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Hauts Grades

Apocalypse de St Jean et Jérusalem céleste

13 Mai 2012 , Rédigé par Christian DEGNY Eques ab Igne Publié dans #Planches

Cette planche a été tracée le 2 Mars 1988 devant la R. L Écossaise Rudolph Saltzmann N°7,à l'Orient de Strasbourg.


Mes Bien Aimés Frères,
Nous avions pris l'engagement lors de l'une de nos précédentes tenues d'aborder le thème de la JERUSALEM CELESTE, par l'un des aspects qui nous touche le plus individuellement. Pour ma part, je vous propose de porter un regard sur la Cité Céleste par l'APOCALYPSE de Saint Jean, et comme par conséquence sur notre propre Rite, au quatrième grade, sachant que les symboles ici s'interpénètrent et véhiculent la même source de connaissance.

Portant notre regard vers le sommet de l'édifice initiatique du Rite Écossais Rectifié, nous sommes d'autant plus proches de la pensée de ceux qui l'ont structuré, que c'est précisément par les derniers grades que J. B. Willermoz et ses amis se sont attachés à rectifier notre Maçonnerie.
[108] Nous verrons plus loin à quel point est extraordinaire la puissance du dépôt initiatique que ces hommes nous ont légué. Puissance qui, j'en suis convaincu, les dépassait infiniment, et nous connaissons tous, pour l'avoir expérimenté, ce genre d'événement spirituel où l'homme, s'abandonnant, devient l'instrument de la Volonté divine.

Revenons à l'Apocalypse, dont le texte est lui-même sujet de querelle de dates: antérieur ou postérieur à l'an 70, c'est-à-dire avant ou après la destruction du Temple de Jérusalem. Quoi qu’il en soit, la Jérusalem nouvelle représente à la fois l'Église, épouse du Christ, mais aussi la NOUVELLE HUMANITE, et c'est centré sur cette ouverture que s'articule soudainement notre quatrième grade.
Au sortir des trois premiers grades, le maçon rectifié est promis à une nouvelle humanité. Transporté progressivement de la pierre brute (chute originelle) à la Résurrection (Hiram), le maçon est invité à recevoir la Révélation, qui est d'ailleurs le vrai sens du mot Apocalypse, en grec Apocatypsis. Révélation, car le voile qui cachait certaines vérités à connaître va être levé. Il nous faut remarquer :
1. que l'Apocalypse est donnée par le Christ lui-même ;
2. qu'elle se transmet par un intermédiaire.
Ici, il s'agit d'un Ange, créature divine que nous retrouvons sur un de nos tableaux de Loge.
Dans le cadre traditionnel où nous œuvrons, c'est l'autorité adéquate qui assure la transmission, mais bien sûr au service du G.A.D.L.U. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que cette révélation n'est pas seulement un discours; bien plus, elle se fait par signes : "Il l'a manifesté par des signes" (AP. I/1). Chacun comprendra que nous sommes, par notre filiation opérative, totalement conformes à cette Tradition. On n'insistera jamais assez sur la profondeur de l'attachement qui relie la Maçonnerie authentique à saint Jean.

Après les états de cherchant, persévérant, et souffrant ; après la mort physique, puis la sortie du tombeau; alors, se dévoile devant nous le plus grand des mystères : celui de la proposition d'accéder à une nouvelle humanité. Le passage d'un plan inférieur, plus subtil, en phase de réintégration, à l'état [109] primordial. Ceci est symbolisé par l'AGNEAU (Agnus Dei) au sommet de la montagne. C'est le fondement de la Révélation apocalyptique : la vision de l'Un par la conscience réunifiée et symbolisée par la Jérusalem Céleste.

Ne perdons pas de vue que la Cité Céleste, la Salem, descend sur la terre. Elle nous rappelle que c'est ici et maintenant que doivent s'accomplir les temps nouveaux, il ne s'agit pas d'attendre d'autres temps ou d'autres états de l'être, mais bien de procéder à cette transformation glorieuse immédiatement. Celle-ci s'inscrit dans un mouvement. (La Tradition est un mouvement perpétuel, toujours en cours d'actualisation. Il est curieux de voir comment les hommes en perte de valeurs traditionnelles s'épuisent à vouloir peindre aux couleurs du temps quelque chose qui est déjà prêt pour les générations futures). L'acquisition d'une humanité régénérée, conforme à l'authenticité primordiale, est semblable à un mouvement ascendant. Mais il convient de noter que tout mouvement spirituel de l'homme vers Dieu se vérifie par une descente, et, seulement après, par une montée. Nous approchons du Divin par une descente dans le centre cardiaque, puis une montée ver s l'Esprit. Jean le Baptiste résumera cette donnée - voie initiatique et d'ascèse à part entière - par cette phrase toute simple : «Il faut qu'il s'élève et que je diminue» (notre rituel d'installation du Vénérable Maître répond comme en écho : «Celui qui s'abaisse sera élevé"). La descente de la Jérusalem Céleste sur la terre correspond, encore une fois, à ce mouvement ; mais le processus ne s'interrompt pas, puisque, semblables au Char de Feu de la vision du Prophète Ézéchiel, transformés, nous devons entreprendre notre ascension vers le G.A.D.LU. ; marcher d'un pas nouveau vers notre restauration et la royauté retrouvée.

C'est peut-être une des choses les plus difficiles à faire entendre en ce siècle, où l'homme est descendu (dans le mauvais sens du terme !) dans un état de solidification jamais égalé. Il reste que c'est bien pour réaliser ce grand dessein, qu'individuellement nous avons fait le choix d'une pratique initiatique et spirituelle (dans la spécificité de notre Rit, l'initiatique cédant progressivement la place au spirituel, et ceci au fil de l'évolution des grades). Si cet objectif n'est pas perçu clairement, alors nous manquons «la cible» et pratiquons de l'ésotérisme sans but. Imagine-t-on les Chevaliers de la Table Ronde partir en quête sans savoir que c'est le Saint Graal qu'il fallait trouver ? Si l'Apocalypse est complètement structurée par le nombre 7 : sept sceaux, sept trompettes, sept vignes et phénomènes, sept coupes, etc.. les deux [110] derniers chapitres (21 et 22) décrivent l'âge d'or du nouveau cycle, qui succède immédiatement à la destruction du monde présent et sous la forme de la JERUSALEM NOUVELLE. Le texte passe alors, sans transition, du nombre 7 au nombre 12, qui est le moule archétype de la Jérusalem Nouvelle.

A ce stade de la Révélation, il advient ce qui se produit à l'avènement de tout cycle nouveau : ce qui était caché et perdu devient soudain visible et retrouvé.
Je veux maintenant me recaler sur notre rituel d'exaltation du quatrième grade, dans les derniers instants qui précèdent la découverte de la Jérusalem Céleste. Toute la cérémonie mériterait pareille analyse, mais nous n'allons nous attacher qu'à quelques symboles et découvrir l'amplitude des actes auxquels nous sommes associés, et ceci dans un espace où, le temps étant célestiel, nous participons dès lors avec la communauté de nos Pères, par-delà tous les siècles et toutes les générations. Quelle autre définition donner à la chaîne d'union dans l'espace sacré ?
Vous le savez, la quête initiatique s'inscrit toujours autour de la recherche de LA PAROLE PERDUE ; la recherche du MOT SACRE. Le NOM imprononçable qui, retrouvé, a la vertu de faire de l'homme un dieu auprès de Dieu.
Tout d'abord, le candidat avec son épée et la truelle (instruments opératifs) découvre les quatre côtés du tapis. Il commence à lever le VOILE. Celui-ci est semblable au voile du Saint des Saints dans le Temple de Salomon. Ces voiles portent le nom de PhRKTh (Paroketh) dont la valeur numérique est : 80+200 +20+400=700. Ce nombre est le multiple de 70 qui désigne à la fois le SECRET SVD (Sôd) et la lettre Ayin qui veut dire ŒIL, puis SOURCE.

Il faut noter que le mot REVELATION contient le mot VOILE, car révélation veut dire «remettre de nouveau un voile». Le voile en tant que tel joue un rôle important car, sans lui, tout n'est que ténèbres extérieures. Derrière celui-ci se tient Hochmah, la Sagesse. On se souviendra que le voile s'est déchiré en deux au moment de la mort du Christ. Ce voile s'appelle MSK (Masak) et sa valeur numérique est 120. La moitié 60, multiple de 6, nous suggère le Vendredi Saint qui est le sixième jour véritable, le jour du NOUVEL ADAM, le pain parfait.
La mort devient la fin du périssable pour que se révèle la vraie nature de [111] l'Homme nouveau. Le Corps Glorieux, Jérusalem Céleste. La mort engendre une vie nouvelle et l'expression «ombre de la mort» doit nous arrêter, car ombre et voile sont le double sens du mot Révélation. L'Archange de l'Annonciation dira : «Le Saint Esprit viendra sur toi et ta vertu du Très-Haut te prendra sous son ombre» (Luc. I/35).

Ensuite, nous voyons se rétablir la place destinée à recevoir l'autel des parfums. Le symbolisme de la fumée des sacrifices suggère une ascension. Cette fumée qui s'accompagne d'une odeur se transforme en parfum et l'Esprit-Saint est également source de parfum, respiration, odeur divine. Nous établissons cet autel pour que l'Esprit divin s'unisse à notre offrande, formant ainsi une odeur unique. Cette union en la Beauté (Tiphereth) est Repos, consolation et joie. Ce rituel est purement sacrificiel et prépare notre nature à appréhender le choc de la transcendance.
Ce parfum est contenu dans une coupe et la coupe repose sur un autel. Dans le Temple, c'est le Saint des Saints qui est le cœur, et ce Saint des Saints correspond dans la perspective chrétienne à l'Autel. Le CŒUR de l'Autel correspond à la COUPE. Jean l'évangéliste a appuyé sa tête sur le Cœur du Christ, ensuite son signe distinctif, dans l'iconographie, est devenu le Calice.
Par cette trinité des symboles : Autel, Coupe et Parfum, nous sommes devant toute la profondeur de l'immolation du mortel, la réconciliation du Ciel et de la Terre, l'accomplissement de la Gloire qui réside en Tiphereth, la Beauté. En cet instant, l'homme est prêt à aborder la dernière marche qui va le conduire à redécouvrir ce qui était perdu.
Le candidat achève de découvrir avec sa truelle le tapis, et trouve au milieu la lame d'or. Puis il prononce, à haute voix, le NOM qui est gravé sur celle-ci. Nous trouvons dans nos rituels JEHOVA, prononciation fort discutable et à laquelle serait préférable JESHUA.
Le mot OR est Tzeheb (TzHB) dont la valeur numérique est 14. Ce nombre s'attache traditionnellement au nom de David. La Parole de Dieu : «car tu es poussière et tu retourneras vers la poussière», introduit la Rigueur et le Jugement, mais contient aussi le MYSTERE DE L'AMOUR (Ahavah), qui est le MYSTERE DE L'UNITE (Echad) les deux ayant pour valeur 13.
[112] Dieu a façonné l'homme de la poussière tirée de la terre, puis il lui insuffla la vie. Il faut bien comprendre que l'Homme primordial était composé de poussière d'OR. Le Corps Glorieux du Christ est poussière lumineuse et le secret du retour à l'origine passe par cet état retrouvé de l'OR, les alchimistes considérant comme une étape ultime cette transmutation. Ce n'est que parce passage que nous pouvons alors aborder l'insondable mystère : celui de la révélation de la PAROLE PERDUE.
Les dimensions de la lame triangulaire sont : 3 pour le petit côté, 4 pour le côté long et 5 pour l'hypoténuse. 3, 4, 5 est le nombre du SCHADDAI, manifestation de Dieu dans sa Toute-Puissance. Le Schaddalet l'Agneau ne forment qu'un et le SCHADDAI EST LE CHRIST PANTOKRATOR DE L'APOCALYPSE. Alors, se présente à notre entendement l'un des Noms de Dieu, le Tétragramme IHVH, Nom sacré . A ce moment l'homme a intégré son Principe et il s'unit à celui-ci.
Les épousailles mystiques se sont produites, Dieu a posé ses lèvres sur celles de l'homme et la Cité céleste peut s'accomplir (la pensée bernardienne fondera le christianisme du XIIe siècle sur ce concept des épousailles).

Dans notre cérémonie se présente le dernier tableau, celui de la Jérusalem Céleste, portant mention du Tétragramme dans le triangle déjà cité (symbole trinitaire), avec en son centre l'Agneau au sommet de la montagne.
Pour saint Jean, l'Agneau est intimement lié à l'Apocalypse comme fin du monde présent. Il identifie l'Agneau et la Jérusalem Céleste. L'Agneau a pour valeur numérique 80 + 60+8 = 148 PSch (Pesach). Or 148 x 3=444, qui est le nombre de Mikdasch et signifie SANCTUAIRE. L'Agneau et la Jérusalem Céleste ne font qu'un, c'est le CORPS GLORIEUX DE LA RESURRECTION, c'est ce que nous sommes appelés à devenir.
II nous reste alors à pénétrer le dernier des symboles qui aura sans doute retenu votre attention. Au Rite Écossais Rectifié, ce qui caractérise la puissance célestielle s'attache à la forme circulaire, représentée dans notre Rit (Rit : rôder, tourner en rond) par le compas. D'ailleurs, lorsque nous nous déplaçons autour du pavé mosaïque, dans tous les grades, nous le faisons d'une manière circulaire, symbole de la Jérusalem Céleste, en opposition au déplacement en [113] carré qui lui s'attache au Temple terrestre. Or la Jérusalem de la vision apocalyptique est carré. Faut-il voir là une erreur dans nos rituels ? La réponse est négative. La forme circulaire est bien le modèle le plus évolué de l'architecture, contenant toutes les autres figures géométriques ; mais le cercle n'est pas «la» figure définitivement achevée. En effet, dans le cercle vient s'inscrire un carré parfait et passer de l'un à l'autre est tout simplement ce que nous pouvons appeler la quadrature du cercle.

Permettez moi de citer, dans le texte, ce remarquable auteur initiatique qu'a été Nicolas Boon et dont la démonstration mérite à elle seule le nom d'Apocalypse :«La lettre MEM signifie la Mère. Le mot (MI à l'envers) doit s'écrire avec un MEM final = . A ce moment là, le YOD ( ) signifie le PRINCIPE ou bien la Sagesse (Hochmah) qui féconde la Mère. Dès cet instant le MEM s'ouvre pour engendrer le NUN qui est le FILS (...) Remarquons que la valeur numérique du MEM est 40, le YOD est 10, le Principe et la Mère réunis produisent le NUN dont la valeur numérique est 50 (...) qui signifie le retour (Theshubah) en ses origines, ou le retour dans le sein maternel. Le NUN après le retour correspond au centre du carré; ce carré figure le MEM fermé ( final) (...).Le MEM final, en raison de sa valeur numérique, correspond au sixième jour de la création de l'homme dont le nombre est 6 ( VAU) (...). L'accomplissement de toutes choses signifie la réintégration du FILS dans la MERE qui est le MEM final. Au centre de ce MEM final se trouve caché le YOD. Quand nous plaçons le NUN final dans le MEM final, nous avons exactement la représentation de la lettre dans sa forme originelle, avec cette différence que le cercle qui fait partie de la lettre antique de , est devenu CARRE dans le MEM final. Ce passage du cercle au carré est précisément LE SIGNE DE LA REALISATION DE TOUTE CHOSE. C'est le passage du Paradis Terrestre que l'on représente toujours en forme de cercle, (...) qui est projection de la sphère, symbole de la possibilité universelle. La réalisation de ces possibilités est symbolisée par le CARRE ou le CUBE. C'est ainsi que la Jérusalem, la Cité Céleste de l'Apocalypse, est pour la réalisation de toutes les possibilités incluses dans le Paradis Terrestre. La forme de la Cité Céleste correspond au NEM final fermé».

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Cherlime 27/12/2015 15:27

Du nouveau concernant la Jérusalem céleste sur le site : http://clepsydredivine.unblog.fr Amicalement.