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Hauts Grades

Art et initiation

30 Juin 2012 , Rédigé par G. P. Publié dans #Planches

Source : http://www.stella-maris-gldf.com


Est‑ce un hasard si le Musée maçonnique, l'une de nos Associations satellites, a organisé durant cette année, trois conférences données par d'éminentes personnalités du monde que nous appelons profane, trois conférences consacrées à la Création artistique, alors que sans concertation aucune, je vous l'assure, je proposais dans le même temps de terminer notre cycle annuel de conférences par un parallèle entre l'art et l'initiation ?

Tout semble se passer, dans l'inconscient collectif, dont nous aurons à parler tout au long de ce travail, tout semble se passer comme si des nuages d'idées se formaient au‑dessus de nos têtes, et à l'instar de la pluie, précipitaient, à un moment donné.

Ainsi vais‑je tenter de montrer tout ce qui peut unir l'artiste, la création et l'oeuvre, avec les valeurs et les concepts qui nous animent, nous Francs‑maçons de la Grande Loge de France, pratiquants du Rite Ecossais Ancien et Accepté, et ainsi voués à un Ordre Traditionnel, Symbolique et Universel.

Les éléments créateurs irrationnels qui se manifestent dans l'art voueront toujours à l'échec toutes les tentatives rationalisantes. Nous verrons que le philosophe lui‑même en a convenu. Hegel nous disait que l'art, développement du concept de beauté, ne saurait être enfermé dans une définition. Le moment créateur qui plonge ses racines dans l'immensité diffuse de l'inconscient restera sans doute fermé, à jamais, aux assauts de la connaissance humaine. Quelle audace alors de vouloir en parler, et d'essayer de montrer que cette secrète affinité, qui unit l'art et initiation, n'est autre qu'un but commun, vieux rêve de l'alchimiste qui sommeille en nous tous, l'union de deux contraires, le matériel et le spirituel. N'est‑ce pas là d'ailleurs, l'un des propos majeurs de notre Ordre ?

S'il revient aux francs‑maçons, dans leur quête de la vérité, de s'unir à tous les hommes de bonne volonté, libres et de bonnes moeurs, afin de partager leur idéal et travailler à la construction de la cité, c'est peutêtre bien aux artistes que nous devrions nous adresser en premier. Dans une triple invocation, dès l'ouverture de nos travaux, notre rituel, après avoir appelé la Sagesse et la Force, invite la Beauté à venir les orner, et je dirais déjà, l'invite à venir les synthétiser, affirmant ainsi, haut et clair, que l'art ressort du domaine du spirituel. N'est‑ce pas ce que voulait dire Stendhal d'ailleurs, quand il affirmait que l'art était comme une promesse de bonheur.

Qu'est‑ce donc que l'art ?

Si nous allons au fond des choses, c'est une oeuvre de l'homme, qui déclenche en nous une émotion, une émotion telle qu'elle nous transporte au‑delà de nous‑même. Au‑delà, et en même temps, au plus profond, laissant ainsi déjà entendre qu'il s'agit d'une seule et même chose. Uart, au niveau où nous voulons l'entendre, va bien au‑delà de l'esthétisme, où le beau n'est que le seul but ultime. Dans cette conception, cette vision de l'art pour l'art, nous sommes devant le serpent qui se mordrait la queue, devant le symbole de l'Ourobouros, selon le mot de Nietzsche.

Il s'agit ici de bien autre chose. Lart, c'est cette émotion qui surgit des profondeurs de notre être, et qui mobilise des contenus ignorés de notre propre conscience. Dans le Temps du Mépris, André Malraux avance une définition de l'art qui est bien dans mon propos. On peut aimer, dit‑il, que le sens du mot art soit de tenter de donner conscience aux hommes, de la grandeur qu'ils ignorent en eux. Est‑ce donc la seule beauté, encore qu'elle‑même indéfinissable, cette seule beauté, sorte d'intégrisme esthétique, dont nous parlions à l'instant, qui serait capable d'une telle mobilisation ? Cette beauté là peut être banale, et passé le regard, disparaître sans laisser de trace. Il y a quelque chose de plus fort que la beauté, comme une sorte de valeur ajoutée, c'est la charge symbolique qui est seule capable de réveiller en nous cette émotion, cette participation, cette vie intense et souveraine qui fait notre ravissement qui fait notre adhésion, et l'objet de notre engagement. Ce quelque chose, et ce je ne sais quoi, font que nous nous sentons concernés, interpellés par l'oeuvre, qui nous est d'emblée familière, objet d'amour, d'admiration, d'identification profonde, voire même de jalousie.

En effet, l'épreuve du miroir, l'un de nos rites de passage, est souvent difficile à vivre. Alain le savait bien qui nous disait que tous les arts sont comme des miroirs où l'homme connaît et reconnaît quelque chose de lui‑même qu'il ignorait. Et nous pouvons déjà nous douter que cela n'est pas forcément toujours satisfaisant pour nous‑mêmes. Le miroir, disait Jean Cocteau, ferait bien de réfléchir à deux fois, avant que de nous renvoyer notre image.

La spiritualité, comme Logos, est apparue en premier. Au commencement était le Verbe, nous dit Jean, dont le prologue est ouvert sous nos yeux durant nos travaux. L'homme des premiers ages ouvrit les yeux, et vit une pierre. Il y vit le Mystère de Dieu, le réceptacle du divin. La matière fut dès lors pour lui inséparable de l'Esprit qui l'habitait. Cette première pierre qu'il vit fut une oeuvre sacrée, la première ceuvre d'art, la pierre brute. Ainsi fut allumé le feu intérieur, par la réunion du verbe et de la pierre. Plus tard, bien plus tard, l'homme apprit à se servir de ses mains et s'essaya à copier la nature, devenant ainsi un collaborateur, ou un concurrent de Dieu, voire quelquefois, peut‑être, son cauchemar.

Tout ce qu'il ressentit là, en ce premier soir, il ne put l'oublier. Le Sacré, le Numen, crainte sublime, aspiration confuse et sans limites, énergie d'un auire monde, qui le pousse à se dépasser sans cesse, pour tenter, mais en vain, d'apaiser ce feu intérieur. Il créa alors les arts, les rites, les cultes, les mythes, sans que jamais son besoin de Sacré fut assouvi.

Mesdames, Messieurs, mes Soeurs, mes Frères, notre présence ici, dans ce temple de la Grande Loge de France, en cet après‑midi n'en est‑elle pas une preuve, s'il était besoin ?

Au Moyen‑Age, l'artiste c'était l'artisan, c'était le compagnon, le maçon, l'initié. Art et sacré étaient encore indissolublement liés. Parler de musique sacrée eût été un pléonasme. Les premières villes furent des nécropoles, attestant ainsi de la nature sacrée de l'architecture et de la construction. Avant que de bâtir sa maison, l'homme a d'abord songé à construire sa tombe et son temple.

On sait que depuis les temps les plus reculés, l'art se manifeste tantôt sur le mode figuratif, tantôt sur le mode abstrait.
Figuratif d'une part, mais en rappelant que le fruit du travail artistique n'a jamais concerné la seule reproduction des apparences. Il est même, au contraire, comme une sorte de décentrement, par rapport à cela. L' homme se mesure à Dieu, mais n'est pas Dieu.

Abstrait d'autre part. Ainsi dans les très anciens dessins thodésiens de l'âge de pierre, nous relevons, à côté d'images fidèles d'animaux, un dessin abstrait. Une croix à huit branches enfermée dans un cercle, qui se retrouve pour ainsi dire dans toutes les cultures. Nous la retrouvons dans les églises chrétiennes comme dans les monastères tibétains. Ce dessin, que l'on appelle la roue solaire, émane d'époques et de civilisations ou n'existait pas encore, et pour bien longtemps, de roue. Il n'emprunte que peu à l'expérience extérieure. Pour une plus grande part, il est symbole, celui d'une expérience faite de l'intérieur.

Dans son ouvrage «L'Idée Maçonnique», notre Passé Grand Maître, Henri Tort‑Nouguès se plaît à souligner que Baudelaire, si fin critique de la pensée artistique, sépare bien lui aussi les deux genres ; le réaliste, ou le positiviste, qui veut représenter les choses comme elles sont, qui veut penser l'univers sans l'homme ; et celui qu'il nomme luimême l'imaginatif, celui qui veut illuminer les choses avec l'esprit et en projeter les reflets sur l'autre. Nous verrons plus loin, d'ailleurs, que cela peut ne pas être un choix ou une démarche volontaire. Déterminisme ou Liberté, un couple infernal, dont les proportions réciproques en l'Homme ne cessent de nous interpeller.

Pour se pencher sur ce type d'expérience, d'expérience de l'Intérieur, d'expérience du Symbole, il est difficile de se priver des outils de la connaissance humaine. Rendons grâce, bien au‑delà de son aspect thérapeutique non négligeable, rendons grâce à la psychanalyse, qui nous a permis de mieux nous comprendre, et de comprendre surtout ce que nous avons en commun, chacun d'entre nous. Cette méthode, que je qualifierais volontiers de scientifique, puisque reproductible à souhait, conforte la pensée ésotérique, qui pressent, et connaît, depuis l'aube des temps, l'existence d'un fond commun patrimonial, de l'Idée et du But.

Je m'appuierai essentiellement sur la pensée de Carl Gustav Jung, si proche de nous. C'est à lui que l'on doit la claire expression de notre noyau central, le Soi, commun à chacun d'entre nous, qui est, de ce fait, espérance, espérance d'égalité et de fraternité. Comme une sorte de réservoir des pulsions et des expériences intérieures de l'espèce, qu'il nomme archétype. Ces archétypes sont comme des ensembles symboliques, profondément inscrits au fond de nous‑mêmes. Comme des structures psychiques, innées ou héritées, selon nos convictions métaphysiques, comme une sorte de conscience collective, ou plutôt d'inconscient collectif, puisque, sans don, travail ou accident, ces structures ne nous sont pas révélées. Et cela, parce qu'elles sont recouvertes de l'épaisse couche protectrice du Moi.

Ces archétypes s'expriment à travers le symbole, chargé d'une grande puissance energétique. Le symbole, c'est beaucoup plus qu'un simple signe. Il représente et voile à la fois. Il fait et défait en même temps, et ce faisant, il joue sur les structures mentales. Il est chargé à la fois d'affectivité et de dynamisme. Bien sûr, il alerte et mobilise l'intellect, mais celui‑ci ne fait que graviter autour de l'image symbolique qui le met en mouvement. Une roue, sur une casquette, c'est peut‑être l'employé des Chemins de Fer. Elle est un signe. Dans un autre contexte, elle est Soleil, elle représente les cycles cosmiques, les demeures zodiacales, le mythe de l'éternel retour. C'est tout autre chose, elle a pris valeur de symbole.

Il n'existe nulle culture primitive qui n'ait possédé un corps souvent étonnamment développé, de doctrines initiatiques secrètes. Elles représentent autant de préceptes relatifs, d'une part aux choses obscures qui se situent par‑delà la vie humaine et ses souvenirs, et d'autre part à la sagesse qui devrait présider aux actions des hommes. Les clans totémiques n'avaient pas d'autre but que de protéger ce savoir, enseigné dans les initiations. L'antiquité fit de même, qui dans ses mystères, ou sa mythologie, tant orale qu'imagée, et donc artistique, offre une somme d'échelons plus anciens et profondément enfouis en nous tous, de pareilles expériences intérieures.

Mesdames, Messieurs, je crois, moi, que c'est cela la Tradition, avec un grand T, telle que l'ésotériste l'entend. Et non pas un catalogue d'usages que le monde profane veut nous présenter quelquefois. C'est la Tradition dite Primordiale, celle qui est le résumé de la pensée humaine, et même peut‑être avant encore, si l'on admet, avec Teilhard de Chardin, qu'il puisse exister une pré‑vie. Objets inanimés, avezvous donc une âme, interrogation de poète, certes, mais aussi un souci de penseur. A s'imaginer qu'il serait possible de fouiller assez profond en nous‑mêmes, ne rencontrerions‑nous pas le principe créateur ? Existe‑il une mémoire des particules élémentaires, que nous pourrions retrouver ? La Tradition Primordiale, c'est une chose insaisissable, c'est une chose vivante, car en perpétuelle re‑création. C'est un réservoir d'idées et d'aspirations où chacun des hommes dépose sa pierre, à chaque instant, et à son insu. Le temps que d'en parler, et voilà que déjà nous ne sommes plus à jour. Il existe le temps d'avant et le temps d'après. Le philosophe Paul Ricoeur aime à appeler le passé «espace d'expérience», et le futur «horizon d'attente». En plein accord avec cette expression, concevons cependant la peine que nous avons de ce fait à saisir l'instant t. N'est‑ce pas là toute la difficulté, dans le fond, de vivre avec son temps ? La méditation sur le temps se doit d'être l'un de nos axes primordiaux.

Projetons maintenant ces pensées sur le monde de l'art. Qu'importe dans ce moule, ces querelles sur l'imitation de la nature, ou sur sa transposition ? Qu'importe là que l'on fustige, ou réhabilite, de Platon à Aristote. Tout d'abord, ces joutes de philosophe ne sauraient concerner que les arts plastiques, que la langue française continue, hélas, à désigner comme les seuls dignes d'être appelés beaux ! Je ne peux que m'en étonner, musicien que je suis. Et puis aussi, j'ai un vieux compte à régler, au nom de Mozart, au nom de tous mes Frères et amis musiciens, avec ce damné Aristote, qui a osé écrire, dans la Politique : «La pratique de l'art musical nous paraît indigne d'un homme qui n'aurait pas pour excuse l'ivresse ou le désir de badiner». Je regrette même de devoir le citer.

Comprenons donc bien que dans l'art, tout est symbole, et que là aussi, artistes et initiés se retrouvent. Derrière le figuratif il y a toujours l'abstrait, sous sa forme symbolique. Je m'aiderai de René Huyghe pour tenter de l'évoquer. Toute oeuvre d'art, si réaliste qu'elle puisse parditre au premier regard, exige une double lecture, la seconde étant le déchiffrage de son organisation interne, l'étude de son anatomie et l'établissement de son squelette. Chez le peintre, ne dit‑on pas que son oeuvre est construite, prenant ainsi l'image du bâtisseur, si chère parmi nous. Construite, à savoir que les lignes principales du tableau, ou de l'oeuvre, au plan plus général, dessinent devant nous, bien au‑delà du sujet même, des lignes structurelles, telles droites, angles cercles et proportions, dorées ou non, qui sont pour l'oeil en alerte, autant de symboles émetteurs. Ces structures abstraites, qui sous‑tendent les apparences les plus figuratives, furent pratiquées très tôt, dès la naissance de l'art. Nous l'avons évoque, si le réalisme trouve son origine dans les grottes de Lascaux, le schéma géométrique et symbolique se trouve pratiqué dans le même temps. Albert Dürer, l'une des figures de l'art graphique et pictural allemand, a aussi, par écrit, laissé ses idées théoriques dans un traité intitulé «De la Règle et du Compas», deux de nos outils symboliques, ceux du géomètre. Nul n'entre chez nous celui qui ne l'est, sachant prendre mesure de toute chose.

Sur le sujet de l'architecture, qui nous concerne peut‑être encore plus, nous les successeurs d'Hiram, pensons a l'album de Villard de Honnecourt, architecte du 13ème siècle, si souvent reproduit dans l'iconographie et montré comme un exemple du rapport étroit qui existe entre art et sacré. Il témoigne, cet album, que le sculpteur de son temps préparait ses ceuvres, qui apparaîtraient réalistes à l'exécution, en les ramenant au schéma, à des triangles, des carrés, des étoiles, à cinq ou six branches, ou à des croix diversement assemblées. Toute cette floraison du réel qui nous enchante, nous apparaît à l'analyse comme expliquée ,par une sub‑structure abstraite et symbolique. Le plan d'une cathédrale au sol, n'est‑ce pas le corps de l'homme couché, ouvert les bras en croix, le visage sur le sol, s'il subit la voie descendante, ou les yeux tournés vers le ciel, s'il aspire par ses efforts propres à retrouver le principe de son existence. En matière d'architecture, comment ne pas se souvenir, entre autres, de Nicolas Ledoux, si cher à Jean Verdun, qui outre tous ces mêmes principes, avait déjà l'idée, traçant les plans des Salines d'Arc‑et‑Senans, d'orner par la beauté symbolique le monde du travail, tentant par là, lui aussi, de réunir le matériel et le spirituel ?

Sur la poésie, je dirai avec Platon, qu'elle est la plus haute expression de l'homme, comme, et je le cite, l'originel langage des Dieux. Dans les «Chemins qui ne mènent nulle part», Heidegger nous disait lui aussi que l'essence de l'art, c'est le poème, car, l'essence même du poème, c'est la vérité. Dès l'origine de notre civilisation, la poésie et la musique furent intimement liées. De l'aède homérique aux bergers d'Arcadie, en passant par les cercles de Mytilène, le monde grec donna à la musique son individualité propre. Sur ses éléments symboliques, quoique s'agissant d'un de mes arts de prédilection, je serai plus bref, car leur analyse nécessiterait des éléments et termes techniques qui n'ont pas leur place ici. Mais peut être est ce le lieu d'évoquer Pythagore, les cordes vibrantes et les rapports des nombres, qui régissent toujours, à notre époque, les intervalles musicaux. Roger Cotte y a trouvé, avec bonheur, matière à un ouvrage conséquent, sous le titre de Musique et Symbolisme. Peut être la musique, par son absolue abstraction, par son évidente gratuité, par son immatérialité, par son intemporalité, peut être la musique est elle paradigme des arts, le modèle des modèles. Ce disant, c'est à Schopenhauer que je pense, lui qui voulait faire d'elle la mère de tous les arts, et bien sûr, l'origine des muses. Et puis, dites donc, n'est ce pas de la musique et de son langage que vient le mot d'harmonie, rêve de l'alchimiste des âmes ?

Au total, disons, et redisons, avec René Huygue, il n'existe pas d'art moderne, et il n'existe pas d'art ancien. Tradition et modernité, c'était, cette année, le titre, et l'interrogation du cycle de conférences organisé par notre Musée maçonnique, et cité en début de ce propos. Je n'apporte pas là de réponse, mais je crois qu'il y a des lois éternelles, réincarnées, de même qu'une génération d'une même famille perpétue et diversifie les types héréditaires, englobant et synthétisant leur totalité. On parle alors d'un même sang. L'art, lui aussi, fait couler un sang unique derrière tous ces visages divers, qu'il colore et qu'il aime. Tout cela, en nous, initiés, évoque les notions d'irréel, car supra‑humain, et d'intemporel, car éternel pour reprendre deux termes si chers à André Malraux.

Ainsi donc, et de ce fait, toute époque de l'Histoire pourrait être comparée à l'âme humaine. Comme cette dernière, elle a une situation consciente particulière, bornée et spécifique. C'est pourquoi elle a besoin d'une compensation. Cette compensation, l'inconscient collectif peut la lui procurer, par le truchement d'un artiste ou d'un prophète qui exprime l'inexprimé d'une époque.

L'art ainsi entendu est donc un art collectif, sans cependant qu'aucun lien extérieur ne semble unir les oeuvres entre elles. Seuls des courants se dessinent. Le but de cet art collectif, dont le message est plus ou moins perçu ‑ et, rappelons à ce propos l'adage si plein de vérité, et a tant de niveaux «Comprenne qui pourra», le but de cet art collectif, c'est de dégager pour certains privilégiés l'absolu du relatif, d'exprimer par le symbole tout ce qu'il y a d'objectif dans le subjectif.

Persuadonsnous bien de ce fait que l'art ne peut être que collectif. Un art qui serait uniquement et essentiellement personnel se devrait d'être considéré et traité comme une névrose.

Ainsi, dans le domaine de l'art le sacre a précédé le profane ; dans le domaine des connaissances, le traditionnel, l'ésotérique, le sacré, ont toujours précédé là aussi le profane. A l'alchimie, l'Art Royal, a succédé la chimie. A l'astrologie a succédé l'astronomie. Tout se passe comme si, dans le monde intérieur, dans la psyché inconsciente, existaient des modèles appelés à s'actualiser dans le monde du conscient, donc dans le monde existentiel, dans le monde du sensible. Le compositeur Bela Bartok, fouilleur invétéré du folklore, disait : «J'ai l'intuition que toutes les musiques trouvent leurs sources dans un vaste océan musical commun, une sorte de matrice aujourd'hui disparue». Combien il a raison, recoupant à la fois la pensée analytique et la pensée traditionnelle, mais combien il a tort de croire cette matrice disparue, lui qui, sans le savoir donc, y a tellement puisé ! Le vieux mythe d'Icare inscrit dans la mythologie, et ancré depuis des millénaires dans la psyché a bien fini par se réaliser concrètement, ici et maintenant.

Bien avant la naissance de la psychanalyse, l'homme a eu connaissance d'un monde intérieur, inconnu par les moyens habituels de connaissance, mais perceptible à certains moments privilégiés, tels les songes, par exemple. C'est en ce sens que Merlau‑Ponty et René Huygue recoupaient leurs pensées, quand ils disaient que l'art est une espèce de voyance. Un exemple : sur le plan de la technique picturale révolutionnaire, l'impressionniste ne peint que, et uniquement que la lumière réfléchie. Il accomplit là une incroyable révolution préfiguratrice. Il fait disparaître la matière, il lui substitue l'énergie, sous la forme lumineuse. Il avance, par ses moyens propres de langage, que je dirais presque initiatique, une conception nouvelle du monde, dans un élan visionnaire, plus tard recoupé par la science.

Interrogé sur les moyens d'explorer ce qu'il appelle «l’ordre impliqué de l'Univers», le grand scientifique contemporain David Bohm répond qu'il en connaît au moins deux, le premier est mathématique, et le second l'émotion musicale. A l'instant précis où la musique vous émeut, dit il, vous pouvez percevoir comment le passé, le présent et l'avenir de la mélodie et du discours se télescopent en un seul point, un point qui est votre conscience. Et c'est bien, me semble t il, la même chose qu'exprime Einstein, quand il déclare que la véritable émotion est mystique et qu'elle est le germe de tout art vrai, ou de toute vraie science.

Nous touchons là, avec ces réflexions, à ce qui est l'essence même de la voie maçonnique : l'harmonisation des contraires, objet d'une des devises qui nous animent : «Rassembler ce qui est épars». Nous qui vivons notre foi maçonnique sur le pavé mosaïque, vaste damier cosmique, dans lequel nous avons tantôt un pied dans le noir, et tantôt un pied dans le blanc. Toute découverte, ou en l'occurence, toute redécouverte, ou mise à jour, ne vient‑elle pas de cette intuition des profondeurs. L'artiste puise dans la perception fondamentale et essentielle, au sens étymologique d'essence, au sens du verbe latin essere, être de toute éternité, et exprime l'idée consciente et sensoriellement perceptible qui en découle.

Ainsi, et de ce fait, les visionnaires ne sont‑ils pas toujours reçus de leur temps. Brusquement, une époque découvre, ou redécouvre un artiste, ou un courant artistique : le XXème siècle, l'art nègre ; ou Mendelson, J.‑S. Bach, par exemples. Cela se produit lorsque le développement de notre conscient nous a fait gravir une marche de plus, point de vue d'où l'artiste que nous connaissions peut être autrefois, nous dit aujourd'hui la même chose, et cependant quelque chose de nouveau pour nous.

Ce quelque chose de nouveau se trouvait pourtant dans son ceuvre sous forme de symbole caché, qu'il ne nous est permis de lire que grâce au renouvellement de l'Esprit du moment, et de notre degré d'identification personnel au devenir de l'homme. Il fallait d'autres yeux et d'autres oreilles, des yeux et des oreilles nouvelles, ceux d'autrefois ne pouvant distinguer que ce qu'ils avaient l'habitude de voir.

«Vous avez des yeux et vous ne voyez pas. Vous avez des oreilles et vous n'entendez pas». Cette phrase célèbre ne vient elle pas à l'appui de cette idée ? Paul Valéry, dans son «Introduction à la méthode de Léonard de Vinci», nous fait remarquer qu'une oeuvre d'art devrait toujours nous apprendre que nous n'avions pas vu ce que nous voyons. L'initiation maçonnique, comme beaucoup d'autres parmi la diversité des cultures de notre espèce, se fonde sur une symbolique de mort et de résurrection, sur le dépouillement volontaire et actif du vieil homme. C'est elle qui nous permet de nous débarrasser de la gangue ancienne, et de renaitre, tel le phénix, en un homme nouveau, lui permettant d'accéder à ce qui en lui est esprit et liberté, connaissance et amour. Un homme nouveau, avec un coeur neuf, des yeux et des oreilles nouvelles.

Pour parodier une phrase connue, je dirais volontiers qu'être artiste c'est faire retentir le verbe primitif, derrière les mots, derrière les vibrations sonores ou les ceuvres. La voie maçonnique, c'est de s'efforcer d'en retrouver le son, elle qui nous demande de descendre, par le travail sur nous mêmes, au plus profond possible de notre psyché. Elle qui prone, comme programme de travail, le si fameux «Connais‑toi même» et impose le silence pour y mieux parvenir.

Un Artiste avec un A majuscule, un authentique Artiste, c'est un fou. Un fou au sens où l'entendait déjà Platon, qui décrivait quatre délires majeurs, à savoir celui des mystiques, celui des initiés, celui des amants et celui des artistes.

Mais qu'ont ils donc en commun, ces quatre types d'êtres ?

Cadeau pour l'un et salaire pour l'autre, don du ciel pour l'un et fruit du travail sur lui‑même pour l'autre, artistes et initiés ont en commun un affaiblissement du conscient, leur permettant d'accéder à des profondeurs interdites aux autres. Que les amants et les mystiques, hors de notre champ d'analyse, veuillent bien m'excuser, ainsi que Platon, notre maiÎtre à tous, de ne pas analyser leurs situations, somme toute analogue, mais par des voies si différentes. Nous savons, nous, combien les chemins qui mènent au principe créateur peuvent être multiples.

L'artiste est un médium, un interprète, un traducteur, un outil de l'espèce. Que son génie, qui fait notre joie, veuille bien nous pardonner, c'est en quelque sorte un irresponsable. Son oeuvre, son message, entendu comme tel, n'est que l'expression, n'est que la sécrétion même, dirais‑je d'une activité que nous possédons tous. Tout comme francs‑maçons, nous sommes intimement persuadés que tout homme est porteur d'une parcelle de lumière. Encore faut‑il faire l'effort d'aller la chercher.

De même que l'on ne peut expliquer le supérieur par l'inférieur, le biologique par le minéral, ni la conscience par le biologique, on ne peut expliquer l'oeuvre d'art par l'homme. L'oeuvre d'art, nous laisse entendre Hegel, tout en recoupant ainsi nos pensées, à la fois traditionnelle et analytique, l'oeuvre d'art n'est pas le fruit de l'homme. C'est tout au contraire l'homme qui en est le produit. Tout se passe comme si cette ceuvre était un être qui utiliserait simplement, comme un sol nourricier, l'homme et ses dispositions naturelles et personnelles. Comme un parasite, comme le gui sur le chêne, ou la truffe se nourrissant des racines d'autrui. Oscar Wilde lui‑même ne disait‑il pas : «La vie imite l'art, bien plus que l'art n'imite la vie».

Une oeuvre d'art existe et préexiste de toute éternité. Elle existe, d'une existence indépendante, éclatante et autonome, parce que son essence a précédé son existence. En aucun cas, elle n'appartient à l'artiste, qui simplement, comme une mère, l'a portée en lui même et l'a nourrie et accouchée, assouvissant ainsi quelque chose de plus fort que lui, comme un instinct créateur et transmetteur, aussi fort, et même peut être plus, que celui de la reproduction de l'espèce. L'artiste se doit de ne pas être une mère abusive, s'il a compris, lui, qu'il n'était que le transmetteur du patrimoine commun de l'humanité tout entière, toutes cultures confondues.

Mais cet accouchement, vécu réellement comme tel, ne se fait pas sans douleur. La péridurale, dans cette situation de l'âme, n'a pas encore été découverte en cette fin de siècle. En effet, la vie de l'artiste est par essence marquée au sceau d'un conflit intime. Conflit entre l'homme banal, au sens où l'entend le philosophe Paul Diel, avec ses légitimes exigences de l'ego, et d'autre part, la pulsion créatrice intransigeante, qui foule aux pieds, à l'occasion, toutes ses aspirations personnelles.

Comme une sorte de Dr Jekill et Mr Hyde, ou plutôt, parlant où je suis ici, un crucifié du pavé mosaïque, déjà évoqué comme une valeur du monde symbolique. Autre parallèle, l'initié, pratiquant de l'Art Royal, suit aussi une voie douloureuse, voire périlleuse, dans la descente en lui même, dans cette phase que les alchimistes appellent l'oeuvre au noir.

Il n'existe en effet que rarement un être créateur, au haut sens du terme ainsi défini, qui ne doive payer très cher l'étincelle divine de ses capacités médiumniques. Pensons au destin tragique de nombre d'entre eux. L'artiste s'efface devant son oeuvre, qui est sa seule vocation. Celle Ci monopolise pour son seul profit toute la masse de spiritualité ' dont il est porteur, et de ce fait l'en dépouille. L'artiste s'appauvrit d'autant qu'il enrichit son ceuvre. Combien de biographies en sont la preuve irréfutable. Comment le pélican, qui nourrit sa descendance de sa propre chair, l'oeuvre consomme à satiété l'inconscient de l'artiste, puis éclate au grand jour, d'une vie rayonnante, autonome et universelle.

Et nous alors, Mesdames, Messieurs, mes Soeurs, mes Frères, nous non artistes, nous non créateurs, comment vivons nous la rencontre avec 1'oeuvre‑témoin, que se cache t il derrière cet état que l'on appelle l'émotion artistique ?

Cette rencontre, cette expérience, elle est ressentie par le sujet comme un contact comme une union avec plus grand que soi, que l'on appelle ce dernier esprit universel, absolu, Dieu, Grand Architecte de l'Univers, ou tout autre chose. C'est un instant privilégié d'accession à des niveaux de réalité toujours plus élevés, une identification de plus en plus profonde avec un phénomène, un phénomène qui serait assez grand pour être Dieu, et à la fois assez intime pour être moi.

L' adaptation à ce type de rencontre, à cette communion des profondeurs, est fort pénible pour notre conscient. Aussi lorsqu'elle se produit, nous ne devons pas nous étonner d'éprouver brusquement comme un sentiment de libération tout spécial, comme transporté dans une autre dimension supra humaine. Sous la boutade et la plaisanterie, se cache souvent une réalité profonde. J'ai fréquemment dit que la Messe en si mineur de J.‑S. Bach était une des preuves de l'existence de Dieu.

 Dans de tels moments, nous ne sommes plus des êtres particuliers. Nous sommes l'espèce, et c'est le verbe primitif, la voie de l'humanité tout entière qui retentit en nous mêmes, adaptés que nous sommes, et pour un court instant, à la voix universelle. Alain veut dire la même chose, me semble t il, quand dans les «Aventures du Coeur», il écrit : «J'aime à supposer que l'oeuvre d'art est celle qui fait le salut de l'Arne, au moins un court instant».

L’Artiste, lui, c'est un inadapté chronique. Cette relative inadaptation est son véritable avantage. Elle lui permet de rester éloigné des grandes voies, elle lui permet de suivre la sienne, et de découvrir ce qui manque aux autres, sans qu'ils le sachent. Ainsi, et de ce fait, l'art peut représenter, dans la vie des nations et des époques, comme un processus d'auto régulation spirituelle.

Mais alors, interrogeons nous. Où donc se situe l'initié dans tous ces courants de pensée ?

Nous pouvons concevoir la relation artistique sous la forme d'une équation :

ART = SPIRITUALITE projetée sur la MATIERE.

Tout comme nous pouvons poser une autre équation:

INITIATION = SPIRITUALITE extraite de la MATIERE.

Ce n'est pas seulement le goût très marqué que j'ai pour le paradoxe qui me pousse à formuler ce renversement. C'est aussi que le paradoxe est souvent la seule formule dialectique capable d'unir les contraires.

L‘initié, le franc‑maçon, c'est un homme de tous les jours, lui. Point ne lui a été donnée la chance ou la douleur, comme elle a été donnée à l'artiste, de percevoir spontanément le monde intérieur, le monde des profondeurs. Quêtant cependant un supplément d'âme, sentant obscurément l'existence d'une autre chose, et de ce fait initiable, il a dû voyager en profondeur à la recherche de son noyau central, effondrant une à une les barrières du monde conscient des apparences.

C'est en cela qu'artiste et initié ont en commun l'affaiblissement du conscient, donné pour l'un, ou acquis pour l'autre. Ils ont en commun la perméabilité, la relative faiblesse de cette armure qu'est le moi, de ce blindage social. De cette carapace, qui a cependant le mérite de rendre possible une vie grégaire, celle qu'a choisi l'humanité, mais qui, par contre, masque à nous mêmes tout ce qui fait de l'autre un frère. Une image : tout comme notre planète terre pourrait exploser, sous la poussée volcanique du feu intérieur, chez quelques d'entre nous, privilégiés, privilège inné ou acquis, cette croûte peut se fissurer pour nous montrer vertigineusement notre commune identité. Freud nous le disait bien : «Le Moi peut ne pas être maître dans sa propre maison». Et la Tradition de dire : «Creuse assez profondément en toi même, tu trouveras ton feu intérieur, tu trouveras ton frère.

Certains ici, et d'autres non, savent que l'une de nos épreuves initiatiques n'a pas d'autre signification, plongés que nous sommes, à ce moment là, dans les profondeurs de la Terre, que de nous inciter au meurtre rituel, au meurtre de l'ego, au meurtre du conscient. C'est une démarche, dans le propos de ce jour, qui nous mène du non voir au voir. Et ainsi de triompher de ce combat, comme Georges, mon Saint Patron, dont c'est aujourd'hui la Fête en ce 23 avril, comme Georges triompha du Dragon, et Jacob de l'Ange. Cette déchirante épreuve, si elle est réussie, nous ramène au niveau de l'artiste, qui, lui, en aura été dispensé. Platon, nous l'avons vu, lui aussi visionnaire de l'âme humaine, ne nous range t il pas, nous autres initiés, parmi les délirants majeurs, expression à laquelle je n'oublie pas, bien sûr, de mettre des majuscules.

Nous voilà peut être capables, plus que d'autres, et je dis bien peut être, l'initié étant par définition un homme de doute, nous voilà peutêtre capables de lire le message de l'art, et même de le lire à l'artiste, nous qui avons, à la sueur de notre front, compris enfin ‑ et mieux vaut tard que jamais ‑ que le seul moyen d'expression qui nous reste, quand tout a été dit, et que pourtant l'essentiel est indicible, que ce seul moyen c'est le symbole.

Quoique expérience individuelle intérieure et donc personnelle, puisque non dogmatique, la voie maçonnique est à l'évidence aussi une voie sociale, une voie collective, par son préalable de la rencontre avec l'autre. Le franc‑maçon vit en loge et la loge est son maître à réfléchir, selon le mot de l'un des nôtres. Encore une de ces antinomies que nous avons à résoudre. Nous puisons notre force spirituelle, nous, bien sûr, et avant tout, en nous mêmes. Mais aussi dans les autres, je dirais même de notre affrontement avec l'flotte, jusqu'à le reconnaître enfin comme frère, puisque porteur du même noyau que Moi. C'est bien donc de notre collectivité qu'émerge la force individuante de I’esprit.

Un artiste se libère de la spiritualité dans son oeuvre. Il l'offre au monde. C'est en quelque sorte un extraverti de la spiritualité. Il suit une voie descendante, une voie qui va du Haut: le dedans, l'intime ; vers le bas : le dehors, l'extérieur. L’initié, lui, se libère de la matérialité dans sa spiritualité. Il suit une voie ascendante. Il part du bas, du dehors, du monde matériel, des outils, des hommes qui l'entourent, et va en haut, au dedans, à la recherche de sens et de signification. Si l'Esprit a pu se faire chair, la chair, elle, sait par le travail devenir esprit.

Artiste et initié, voie ascendante et voie descendante, Jean le Baptiste et Jean l'Evangéliste, des couples inséparables. Un artiste oeuvre au dehors, l'initié oeuvre au dedans. Comme les deux Saint‑Jean, l'un descend et l'autre monte, ou comme le Janus du monde antique, avec ses deux visages, l'un tourné vers le passé, l'autre vers le Devenir, l'un étant mémoire et projet dont l'autre n'est qu'émergence et actualisation.

Art et religion, nous disait encore Alain, et je dirais, moi, art et initiation, ou plus largement art et spiritualité, art et religion ne sont pas deux choses, mais l'envers et l'endroit d'une même étoffe. Et c'est bien pour cela que celui que l'on nomme un MaiÎtre est aussi un artiste, tout comme on a coutume d'appeler MaiÎtre un véritable artiste. L'écrivain Henry Miller l'avait parfaitement compris lorsqu'il écrivait : «Un véritable artiste renvoie le lecteur à lui même, l'aide à découvrir en lui les richesses inépuisables qui lui appartiennent. Nul ne peut être sauvé, ou guéri, que par ses propres efforts. Le seul remède, c'est la foi. Quiconque utilise d'une manière créatrice l'esprit qui est en lui, est un artiste. Faire de sa vie une oeuvre d'art, en voilà bien le but».

Nous francs‑maçons spiritualistes, imprégnés de la foi maçonnique, sommes des hommes de l'utopie, selon le mot de Michel Barat. Mais d'une utopie qui se veut créatrice. Artistes, puisque pratiquant l'Art Royal, celui qui consiste à être sa propre matière, tout comme le chanteur est à la fois l'interprête et l'instrument, nous rêvons de faire de nous mêmes et de l'humanité tout entière, une véritable oeuvre d'art, sorte de point Oméga de Teilhard de Chardin. Parviendrons nous à ériger cette cathédrale rêvée de l'humanité, inachevée, et peut être inachevable ? Nous espérons, sans ménager nos efforts. Mais réussirons nous ? Les Temps à venir nous le diront.

En cette fin de siècle, toute de haine, d'angoisse et de barbarie, à l'approche de l'ère du Verseau, ère du renouveau, ère de l'esprit, l'heure est venue de dépasser notre monde pour retrouver par l'art et l'ésotérisme les sources vives de l'intuition, c'est à dire l'intelligence du coeur.

La franc‑maçonnerie sait bien que la vraie beauté, c'est l'Esprit et sa transmission. Parodiant Malraux, j'invoque l'architecte pour qu'il fasse que ce XXIème siècle soit, et qu'il soit artistique. Mais de grâce, mes Soeurs, mes Frères, aidons le de nos efforts !

Mesdames, Messieurs, je vous remercie de l'intérêt que vous portez à la pensée de la Grande Loge de France.

Conférence donnée dans le cadre du cercle Condorcet-Brossolette, le 23 avril 1994.

Publié dans Points de vue initiatiques, cahiers de la Grande Loge de France, n° 94, 3è trimestre 1994.

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