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Hauts Grades

Aspects historiques de la Franc-Maçonnerie allemande

28 Juin 2012 , Rédigé par Hanns-Philippe Gluck Publié dans #histoire de la FM

Il y a peu de pays en Europe où la Franc-Maçonnerie ait été associée aussi étroitement à l'avènement d'une structure nationale que les pays germani­ques qui, en fait, ne commencent à former une nation que longtemps après l'édification des autres grandes nations du continent. Mais il y a aussi très peu de pays européens où elle fut aussi étroitement mêlée aux errements, aux particularismes politiques, aux règlements de compte et aux défis que se lancent à intervalles étroits les cours féodales qui, très souvent, ne représentent guère plus qu'une entité tribale.

Il ne faut pas oublier qu'à la sortie de cette longue guerre religieuse de 30 ans, en 1648, le territoire qui portera un jour l'empire allemand — et pour 47 ans seulement — est couvert par une mosaïque invraisemblable de 360 royaumes, principautés, grand-duchés, duchés, comtés et autres entités féodales et ecclésiastiques qui, presque toutes, développent leurs chauvi­nismes, leur nationalisme et leur particularisme et dont la composition et la configuration est changeante et fluctuante au gré des héritages et des petits conflits militaires qui surviennent. S'il y a des vraies guerres de con­quête à l'intérieur de ce conglomérat, il y a aussi des conflits d'hégémonie et de préséance. Le tout est d'une complexité effarante.

C'est seulement en 1701 que les margraves de Brandebourg accèdent à la royauté prusienne. C'est avec ce couronnement de Kônigsberg que com­mence le processus de naissance de la nation allemande moderne qui va tout d'abord s'agréger peu à peu autour de ce tout nouveau royaume affi­chant, dès ses débuts, sa volonté de devenir une grande puissance à l'échelle des dimensions nationales de ce temps.

C'est très tôt, dès 1729, que l'on trouve les premières traces d'une activité maçonnique dans les terres germaniques. S'il n'y a pas encore de Loges, il y a néanmoins des Frères. Les liens économiques et commerciaux qui mènent de Hambourg, ville portuaire principale de l'ancienne Hanse, vers les ports anglais constituent en même temps le premier axe de pénétration de la jeune maçonnerie. Nombreux furent les commerçants allemands qui accèdent aux Loges britanniques et apportent de leurs voyages le message maçonnique. Il en va de même pour de nombreux membres de la noblesse.

En cette année 1729, le Grand Maître de la Grande Loge d'Angleterre (qui ne se qualifie pas encore d'Unie), le Duke of Norfolk, nomme un Mon­sieur Thuanus, Ministre plénipotentiaire des Duchés de Brunsuick­Lünebourg et de Saxe-Gotha auprès de la Cour de Saint James, Grand Maître Provencial de Basse-Saxe, cette même Basse-Saxe qui, faisant par­tie du royaume de Hanovre, donne à la toute jeune Grande Bretagne deux rois successifs, Georges Ier et Georges II. Le Frère Thuanus est néanmoins Grand Maître d'une province sans aucune Loge. Cela changera plus tard et la ville de Hanovre est encore de nos jours un des points de cristallisa­tion de la Franc-Maçonnerie allemande.

C'est en 1733 qu'un nouveau Grand Maître anglais, l'Earl of Strathmore donne à onze «gentlemen» allemands l'autorisation de fonder à Ham­bourg un atelier, fondation — qui en fin de compte n'aura pas lieu. Elle sera l’œuvre, en 1737, d'un Frère Charles Sarry, officier de son état et nommé, l'on ne sait par qui, «Député Grand Maître du Royaume de Prusse et de la Principauté Electorale de Brandebourg ». Cette Loge se réunissait dans une taverne de la Bâckerstrasse (rue des Boulangers) qui portait un nom français «Taverne d'Angleterre» comme fut rédigé en français le texte intitulé «Fondation, Règles, Charges, Loi et Minutes de la très vénérable Société des acceptés Maçons Libres de la Ville d'Ham­bourg, érigée l'an MDCCXXXVII (1737), le sixième décembre». Ce texte représente le plus ancien document maçonnique allemand connu.

Cette loge, au départ travaille d'une façon quelque peu particulière, c'est- à-dire soit au ler, soit au 3e degré. La raison en est très probablement le fait que, de ce temps, il n'existait aucun rituel écrit. Les différents rituels étaient appris par coeur et transmis verbalement de génération en généra­tion. Cette jeune Loge n'ayant pas fait partie de cette chaîne de transmis­sion aurait donc été réduite à utiliser les premiers rituels imprimés dans le livre de Pritchard «Masonry dissected », considéré comme une trahison du secret. Il n'en est pas moins vrai que cette trahison se révélera par la suite comme étant d'une portée capitale pour la diffusion de la pensée maçonnique. Il faudrait peut-être, un jour, consacrer tout un travail à cette « trahison » de Pritchard enfreignant l'interdiction d'écrire, de gra­ver ou de buriner ces textes, constituant le secret maçonnique, et ses répercussions sur la propagation de l'idée maçonnique à travers l'ancien continent.

Cette loge constituée par des Maçons initiés régulièrement, n'en est pas moins irrégulière parce que non intégrée dans une Grande Loge. Elle est ce que nous appelons de nos jours une «Loge Sauvage». Mais ce fait ne l'empêche nullement d'initier dans la nuit du 14 au 15 août 1738 le prince héritier Frédéric de Prusse qui marquera profondément la Franc- maçonnerie allemande et qui deviendra Frédéric II de Prusse, le presque légendaire Frédéric le Grand qui humanise de façon significative le régime monarchique quasi absolu, instauré par son père. Accueillant les hugue­nots français, devenant l'ami de Voltaire qu'il reçoit à sa cour, il admet, pour la première fois en terre germanique, la toute puissance du pouvoir juridique auquel il se soumet lors de la construction du château de Sans- Souci à Postsdam durant laquelle la Chambre Royale de Justice lui inter­dit la destruction d'un moulin qui gêne l'aménagement des jardins ; le Moulin de Sans-Souci existait encore à la veille de la dernière guerre.

C'est donc seulement le 23 octobre 1740 que cette Loge sera inscrite au registre de la Grande Loge de Londres sous le numéro 108 et le titre dis­tinctif «Bunch of Grapes, Becker Street Hamburg ». En même temps, cette Grande Loge de Londres, nomme le Vénérable Maître adjoint de cet Atelier, l'Earl of Kintore étant Grand Maître, Grand Maître Provincial de Hamburg et de Basse-Saxe. Frédéric tient Loge, lui-même, au Château de Rheinsberg, où son père l'a relégué à la suite de profondes dissensions. Lorsqu'il devient roi en 1740, il prend lui-même le premier maillet dans une loge sans titre distinctif qui travaille au Château de Charlottenbourg. Elle est désignée parfois du nom de «Loge Première» ou de Loge du Roi notre Grand Maître ».

La Loge de Hambourg change son titre distinctif en 1743 et prendra celui de Absalom » sous lequel elle existe encore de nos jours. Elle a fêté avec éclat, en présence de plus de 40 délégations étrangères, le 250ème anniver­saire de sa fondation en 1988.

La «Loge du Roi » par contre va s'éteindre lors du départ du souverain aux armées. Mais le secrétaire du roi, le Conseiller Secret Jordan avait fondé en 1740 une Loge roturière «Aux trois Globes» (en français) qui existe encore de nos jours sous la forme de Grande Loge Mère Nationale. Nous allons la rencontrer à nouveau au cours du récit. Peut-être faut-il également mentionner qu'un Comte de Gotter voulait refonder une Loge, réservée aux membres de la noblesse, pour remplacer la « Loge du Roi ». Mais, c'est précisément ce même roi qui refusait cette exclusive.

Nous allons laisser là, provisoirement, cet axe de pénétration anglaise et nous tourner vers l'origine française de nombreuses fondations de Loges dans les territoires germaniques. La figure centrale de cette deuxième source est un fils naturel du Prince Electeur, plus tard roi de Saxe et de Pologne Auguste le Fort, le Maréchal Rutowski, gouverneur de Dresde qui fut initié en France et qui fonda en 1738, également, la Loge «Aux Trois Aigles Blancs» (il s'agit de l'aigle blanc des armoiries polonaises) à Dresde.

En 17 ans, nous nous trouvons donc en présence d'une vingtaine de Loges répandues sur tout le territoire et dont certaines existent encore de nos jours, parfois sous forme de Grande Loge. Nous avons déjà mentionné la Loge « Absalom » de Hambourg, fondé en décembre 1735, en 1738 suivit «Aux Trois Aigles» à Dresde, en 1740 «Aux Trois Globes» à Berlin, en 1741 «Zur Sonne» (Au Soleil) à Bayreuth (dont la Princesse est l'épouse délaissée de Frédéric II et donc Reine de Prusse), en 1741 également une Loge au nom inconnu à Leipzig, en 1741 toujours «Aux Trois Boussoles» à Meiningen (terre saxonne), «Aux Trois Squelettes» à Breslau qui jouera sous l'impulsion du Comte von Schaffgotsch, archevêque de Breslau et Frère de cette Loge, un rôle prépondérant dans la fondation de la Grande Loge d'Autriche. Suivent dans la même année une Loge à Francfort sur Oder et la Loge « Zur Eingkeit (L'Union) à Francfort sur Main qui pen­dant un temps s'érige en Loge-Mère et existe encore.

1742 voit l'avènement des Loges «Aux Trois Compas» à Altenbourg et «Aux Trois Canons» à Vienne en Autriche. Cette dernière mérite une mention spéciale, d'abord parce qu'elle est la cellule germinatrice de la Grande Loge d'Autriche et parce qu'elle travaille encore, souvent en lan­gue française. Elle fut réveillée dans les années 70 et le Vénérable Maître du réveil fut un Frère de la Grande Loge de France.

En 1743 fut fondée la Loge «St Georges» à Hambourg, en 1744 la Loge « Jonathan » à Brunswick qui a joué un rôle important au temps de la Stricte Observance, en 1746 la Loge Friedrich » à Hanovre, en 1748 la Loge «Augusta» à Celle (Basse Saxe), en 1752 « Abel » à Oldenburg, en 1754 «Saint Michael » à Schwerin (Mecklembourg) et «Aux Trois Cœurs » à Vienne (Autriche).

Cette rapide propagation entraîne la mise en place tout aussi rapide de structures fédératives. En 1740 Londres délivre une patente de Constitu­tion à la Grande Loge Provinciale de Hambourg et de Basse Saxe, la Loge «Aux Trois Globes» s'érige (1744) en «Grande Loge Mère Royale», et les «Trois Aigles Blancs» de Dresde deviennent Grande Loge du Royaume de Saxe (à ne pas confondre avec la Basse Saxe). Les premières vingt années de la Franc-Maçonnerie germanique nous fournissent une image assez systématique d'un développement logique et naturel, facile à suivre et à analyser.

Cela va changer rapidement. Des émigrants et aussi des prisonniers de guerre introduisent depuis la France le rite écossais. La première Loge de ce Rite sera établie par sept Frères, issus des «Trois Globes» à l'Orient de Berlin, la deuxième deux ans plus tard, sous le titre distinctif «De l'Union» à l'Orient de Hambourg sur l'initiative d'un Comte von Schmettau. Il y en aura d'autres à Leipzig et à Francfort sur Mein. Elles entraînent la formation d'autres structures, imitant la Franc-Maçonnerie et dont la vie n'est souvent que très éphémère.

Et puis, un Marquis Filley de Lerneu, prisonnier de guerre français, intro­duit les Chapitres de Clermont à Berlin, d'abord, où ils trouvent un appui précieux auprès de la Grande Loge «Aux Trois Globes ». Ce rite, le Système de Clermont-Rosa, trouve de nombreux adeptes à travers toute l'Allemagne. Comprenant quatre degrés, dont trois chevaleresques, ces Chapitres se réclament des Connaissances acquises par les écossais, de retour de Jérusalem. Leurs travaux tournaient autour de thèmes alchimis­tes, physiques et mécaniques. Ils formaient même une Institution d'ins­truction pour les jeunes dénommée «L'école des Roses ». De tendance déiste, ils faisaient néanmoins certains emprunts aux rites de l'église catholique médiévaie et une partie des travaux se déroulait en latin, pour l'essentiel c'était le français qui dominait les réunions. Peut-être convient- il de noter que le premier degré était largement basé sur la légende d'Hiram et les cinq points de la Maîtrise.

Mais le sommet de la confusion et de l'errance sera atteint par le rite de la «Stricte Observance». Il mérite que l'on s'y attache un instant, car pen­dant près de 20 ans, ce rite va devenir quasi tout puissant en Allemagne et dans une notable partie du continent. L'on ne sait de quoi il faille s'étonner davantage de l'absence étonnante de tout esprit critique de ses adeptes ou de la détermination avec laquelle il s'organise et se répand.

A l'origine de ce système se trouve le Comte d'Empire germanique Carl Gotthelf von Hund auf Altengrotkau descendant d'une famille de la noblesse silésienne dont les origines sont documentées jusqu'en 1300. Son père, camérier du Prince Electeur de Saxe, était propriétaire d'immenses domaines dont une notable partie va être engloutie dans cette fabuleuse aventure de la Stricte Observance ». Von Hund est un des rares qui ne se soit pas enrichis durant cette épopée, tout au contraire ; il meurt, étant pratiquement ruiné. Né en 1722, il décède le 8 novembre 1776 à Meinin­gen et ne verra donc pas la fin lamentable de cette entreprise. Il fut inhumé, revêtu de la Grande Tenue de Maître des Armées de cette Stricte Observance dans l'Eglise de Mellrichstadt en Basse Francnie, portant au doigt la bague de sa dignité avec l'inscription N.V.I.O. (nulla vi invertitur ordo - nulle force ne saura renverser l'Ordre).

C'était quoi que cet Ordre ? La légende veut qu'après la mort de Jacques de Molay sur le bûcher, en 1314, les Chevaliers du Temple auraient conti­nué secrètement leurs activités en Ecosse afin de conserver pour les géné­rations à venir, l'enseignement templier. Ainsi aurait existé un Chapitre templier de Héredom-Kilwinning. Héredom serait le nom d'une monta­gne près de Kilwinning, mais cette montagne n'a jamais été connue autre­ment. Hund déclarait avoir été consacré Chevalier du temple à la cour de Charles Edouard Stuart, en présence de Lord Kilmanock et de Lord Clif­ford, Cour qui, en ce temps, se tenait à Paris. Cette consécration fut authentifiée par une patente chiffrée qui, de nos jours, se trouve dans les archives de la Grande Loge du Danemark et qui a résisté jusqu'à nos jours à toute tentative de décodage. Ajoutons tout de suite que le journal de von Hund se trouvait encore en 1935, à la veille de l'interdiction de la Maçonnerie en Allemagne, dans les archives de la Loge «Minerve» à Leipzig et enfin qu'un très grand nombre de documents des archives de la « Stricte Observance », reliés dans un immense volume, seraient actuelle­ment en possession d'un antiquaire de Vienne en Autriche.

Lors du Convent d'Altenberg, en 1764, von Hund s'est retranché derrière son serment pour refuser toute explication supplémentaire. Le Convent de Kohlo en 1772, discuta à nouveau cette patente et, finalement se déclara convaincu de son authenticité. Enfin, le Convent de Brunwick, en 1775 - donc un an avant la mort de von Hund - s'empara à nouveau de ce thème. Pressé de questions sur l'identité de l'Eques a penna rubra (Chevalier à la plume rouge) qui l'avait consacré, von Hund éclata en lar­mes et assura que cette révélation était contraire à son serment et à sa conscience. Les choses en restèrent là.

Le territoire européen était découpé en neuf provinces :
1 - Anjou
2 - Albernia (Auvergne)
3 - Occitania (notre Languedoc)
4 - Leggio
5 - Burgundica (avec la Suisse)
6 - Britannia (notre Bretagne)
7 - Germanica inferior
8 - Germanica superior ad Danubium, Padum et Tiberi (Danube, Po et Tibre)
9 - Graecia et Archipaelagos

Au début, seule la VIIe Province, celle de von Hund qui englobait toutes les terres le long de l'Elbe et de l'Oder, le Danemark, la Suède et la Cour­lande était réellement structurée et, disons-nous de nos jours, opération­nelle, quatre autres étaient actives à des degrés variables, celles de Germa- nia superior, de Bourgogne, d'Auvergne et d'Occitanie. On peut admirer, au passage, les immenses efforts déployés d'organisation et de planifica­tion. Car il s'agissait ni plus ni moins que de reconstituer l'Ordre Tem­plier et toutes ses richesses. Les chevaliers devaient se trouver à la tête de préfectures. Par dessus les Chevaliers préfets il devait y avoir, dans cha­que Province et sous l'autorité du Grand Maître des Armées, les Prieurs, les Subprieurs et les Grands Commandeurs. Tout membre devait jurer au cours d'un acte d'Obédience et sur le « rituali strictae observantiae» une obéissance absolue et aveugle.

C'est ici qu'il convient de se pencher un bref instant sur les contenants et contenus spirituels et maçonniques de ce rite.

Tout d'abord, il comprenait les trois degrés symboliques des Loges de Saint- Jean, il y avait ensuite un quatrième degré, dit écossais, qui survit encore de nos jours dans certaines obédiences sous la forme des Loges de Saint André. Le cinquième degré groupait les Frères Novices, d'où le nom de la Loge «Maison des Novices », le sixième enfin apportait à l'impétrant son arme­ment de chevalier. En 1770 s'y ajoute un VII degré, celui de l'Eques Profes (Chevalier du Grand Serment) qui survit encore de nos jours sous le titre de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte du Rite Ecossais Rectifié.

Le contenu spirituel des travaux était assez mince. Sa préoccupation prin­cipale était le rétablissement, dans toute sa splendeur et dans toute sa puissance, de l'Ordre des Chevaliers du Temple, dont la «Stricte Obser­vance» proclamait sa filiation directe. Pendant un certain temps, l'Ordre ne subsista que grâce à la fortune personnelle de von Hund. Il devint donc urgent d'asseoir plus largement l'existence matérielle. D'où la création d'un département économique qui levait des impôts, d'où un prosély­tisme acharné qui s'adressa en priorité aux membres de la haute noblesse d'où aussi les nombreux travaux alchimiques qui furent menés. Il était prévu, par exemple, de constituer pour chaque Chevalier un capital de 2.000.000 de Thalers somme astronomique pour l'époque, et de lui ver­ser, comme à sa descendance, une rente annuelle de 500 Thalers d'empire.

En 1772, le Duc Fernand de Brunswick devint Magnus superior ordinis per Germaniam inferiorem et trois ans plus tard, 26 princes régnants appartenaient à l'Ordre.

Il convient peut-être encore de noter que l'on projeta la fondation d'une espèce d'Ecole de Guerre pour les jeunes cadres, comme nous disons de nos jours. Cette aventure, pour incroyable qu'elle puisse paraître, était parfaitement réelle ; l'apparente puissance amenait un grand nombre de Loges à l'adhésion et même la Grande Loge Mère Royale «Aux Trois Globes» s'y affilia pendant quelques années jusqu'en 1779, date à laquelle elle s'en sépara pour adopter le système suédois. A cette époque, à la suite de la formation de nombreuses Obédiences et systèmes concur­rents, la confusion arrivait à un stade inimaginable. La lenteur des com­munications, à cette époque, y était pour beaucoup ; il s'avéra donc indis­pensable de provoquer un assainissement.

C'est ainsi que le Duc de Brunswick convoqua le Convent de Wilhelms­bad qui s'ouvrait non sans mal, le 16 juillet 1782 et dura 50 jours. Son but était l'unification de la Franc-Maçonnerie. 35 délégués de beaucoup de pays y participèrent. Parmi eux du côté français, le Baron de Dürkheim, alors Grand Maître des Armées de la Ve Province, demeurant à Stras­bourg et le Maire de cette ville, un Frère von Türckheim mais surtout Jean Baptiste Willermoz de Lyon qui ramena de Wilhelmsbad le système du Rite Ecossais Rectifié.

Car, en fait d'unification, et malgré 36 séances plénières et une durée de 50 jours, le Convent de Wilhelmsbad n'obtint aucun résultat. Par contre il démentit la légende templière, base de toute la Stricte Observance qui s'effondra rapidement et il créa un nouveau système, celui précisément du Rite Ecossais Rectifié. Ce fut tout. Personne n'était réellement satisfait, encore qu'un certain effet purificateur et simplificateur émanât de ces tra­vaux, qui devait avoir, par la suite, des conséquences bénéfiques.

Nous avions déjà noté le nombre important de petits états et minuscules seigneuries qui couvrirent alors le territoire allemand. Il s'en suivit égale­ment un nombre important de Grandes Loges, souchées sur cette multi­tude d'entités. Cela, bien sûr, commence en 'Prusse où la Loge berlinoise «Aux Trois Globes» s'érige en «Grande Loge Mère Royale et devient dès 1772 «Grande Loge Mère» Nationale des Etats Prussiens ». En 1770, c'est le Médecin Général von Zinnendorf qui fonde, également à Berlin et en refusant toute adhésion à la Stricte Observance, la Grande Loge Natio­nale des Francs Maçons d'Allemagne. Ces deux Obédiences existent encore de nos jours.

Quelques 20 ans après, en 1798, se crée, à partir de la Loge «A l'Amitié », elle-même fondée en 1752 par les Maçons français, «La Grande Loge de Prusse dite «Royal York à l'Amitié». Ces trois Grandes Loges étaient porteuses d'un Bref de Protection Royale. Par ailleurs, le même roi pro­mulgua un édit interdisant dans ses terres toute appartenance à des asso­ciations et sociétés secrètes. Furent expressément exclues du champ d'application de cet édit les trois Grandes Loges et leurs Loges membres, ce qui leur conférait un monopole qui dura jusqu'en 1918.

A Francfort s'était établie, en 1782/1783, «L'Alliance Eclectique» qui deviendra en 1823, après avoir rompu avec la Grande Loge Unie d'Angle­terre, la «Grande Loge Mère de l'Alliance Eclectique». C'est la première Grande Loge allemande qui déploie une activité transfrontalière et accueille dans son sein un certain nombre d'Ateliers étrangers. En même temps, elle prend ses distances avec le principe chrétien, introduit en 1811, après la fondation, 4 ans plus tôt, par le Grand Orient de France de la Loge «A l'Aurore naissante» dont l'immense majorité des Frères étaient juifs. En 1906 enfin, cette Grande Loge, lors de son Convent de Franc­fort, reconnaît la Grande Loge de France. Cette reconnaissance va avoir, quelques vingt années plus tard, une suite.

Cette rupture d'avec la Grande Loge d'Angleterre qui ne devient «unie» qu'en 1815 entraîne toute une cascade. En 1811, dans la même année donc, la Grande Loge Provincial de Hambourg et de Basse Saxe rompt avec Londres et devient Grande Loge de Hambourg, suivie immédiatement par la Grande Loge Provincial de Saxe et la Grande Loge Au Soleil» de Bayreuth. La vérité dicte de remarquer ici que ces ruptures n'étaient pas une manifestation de solidarité avec «L'Alliance Eclecti­que », mais plutôt une réaction quelque peu épidermique à la délivrance par Londres d'une patente de Constitution à la Loge juive «A l'Aurore naissante» qui, pourtant, travailla en terre allemande et qui fut fondée, nous l'avons vu, par le Grand Orient de France, donc par une obédience étrangère.

La Grande Loge de Hanovre, riche d'une grande tradition, disparaît en 1866 lorsque le royaume est uni à celui de Prusse (conséquence inéluctable de l'édit royal dont nous avons déjà parlé). Par contre, en réaction à la large ouverture pratiquée par l'Alliance Eclectique, se crée sur l'ordre du Grand Duc de Hesse, Ludwig III, la Grande Loge «L'Union» à l'Orient de Darmstadt que toutes les Loges de l'Archiduché avaient à rejoindre.

Un autre élément intervient au début du 19e siècle : la chute de Napoléon provoque dans les pays germaniques la naissance d'un idéalisme national qui trouve son expression éclatante au cours des années 1809 à 1815 lors de ces «guerres de libération» qui amènent l'effondrement de la domination napoléonienne. Il n'en est pas moins vrai que le «Siècle des Lumières » français se cristallise en Allemagne sous le vocable de «l'Aufklârung ».

Des hommes comme Lessing, Herder et Wieland, Goethe et Fichte enri­chissent l'Ordre tout autant que les hommes politiques tels que Harden­berg et Schenkendorf ou des chefs militaires comme Blücher, Scharnhorst et Gneisenau. La bataille de Waterloo était très réellement une bataille de Francs-Maçons.

Dans son ensemble, la Franc-Maçonnerie allemande est monarchique et patriotique et elle le restera ; les efforts de Fichte de concilier l'amour de la patrie avec l'ouverture sur le monde de la Chaîne Universelle ne sont pas toujours convaincants encore que leur sincérité ne fasse pas de doute. Cette maçonnerie allemande va donc grandir et croître à l'abri des diffé­rentes protections monarchiques pendant plus d'un siècle. Guillaume le', proclamé en 1871 à Versailles Empereur allemand et non pas d'Allema­gne, est lui-même Frère et son Chancelier Bismarck lui reprochera plus d'une fois la «fidélité quasi religieuse» qui le liait à ses Frères. Son fils Frédéric III qui avait épousé une princesse britannique et qui ne régnera que trois mois, atteint d'un cancer incurable en ce temps, fut également un franc-maçon convaincu. Il incarnait un libéralisme très moderne pour l'époque et voyait dans la Franc-Maçonnerie un moyen de choix pour sur­monter l'étroitesse des chauvinismes et pour réaliser une unité humaine.

En déclarant que la Franc-Maçonnerie était une et unique, cet empereur devançait de loin son temps et sa mort prématurée fut très probablement une tragédie pour la maçonnerie autant que pour l'évolution politique ultérieure. Cette évolution était largement déterminée par son fils et suc­cesseur Guillaume II qui n'a jamais été initié.

Nous avons vu dans ces lignes l'incroyable mosaïque de Grandes Loges et de Loges Mères qui existèrent dans ce qui furent les terres de l'Empire Allemand. Avec l'avènement, précisément, de cet Empire s'accomplit en cette même année 1871 la formation de l'Association Allemande des Grandes Loges. Si partiellement elle représenta seulement une fiction d'unité, pour une autre part elle donna néanmoins des impulsions pré­cieuses aux travaux et aux réflexions des Loges. Mais dans l'ensemble, il faut bien en convenir : cette association n'arriva pas ou, au moins, très insuffisamment à enrayer les incessantes luttes et divergences qui divisè­rent les différentes Obédiences quant à leur contenu et leurs enseigne­ments spirituels.

C'est à cette époque qu'apparût de plus en plus clairement la profonde division qui sépara les maçonneries chrétiennes et humanitaires. Elle per­dure encore, bien que largement atténuée, à l'intérieur des Grandes Loges Unies d'Allemagne de nos jours.

Les trois Grandes Loges prusiennes étaient d'essence chrétienne, en parti­culier la Grande Loge Nationale qui, en pratiquant le système suédois, avait même un caractère confessionnel, luthérien. Et elle l'a toujours. Il faut noter dans ce contexte que, schématiquement parlant, le nord de l'Allemagne était luthérien, l'Ouest et le Sud de confession catholique- romaine. L'hostilité de l'Eglise romaine à la maçonnerie facilitera dans ces régions, en particulier autour de Francfort, la création d'une maçon­nerie dite «humanitaire», nettement plus laïque. La Grande Loge A.F et A.M d'Allemagne est de nos jours l'expression de cette orientation. Elle se sent très proche de la Grande Loge de France.

Cette constellation provoquera accessoirement, si l'on ose dire, une inces­sante discussion sur l'admission de Frères juifs. Nous avons entrevu dans ces lignes, lors de l'évocation de la Loge «A l'Aurore Naissante», créée par le Grand Orient de France à Francfort, les réactions que cette fonda­tion a provoquées.

Le deuxième grand thème de ces décennies était la question des hauts gra­des. Les tenants d'une maçonnerie exclusivement symbolique, travaillant uniquement dans les trois grades de l'ancienne tradition furent et sont encore très nombreux. Il faut dire que l'aventure de la «Stricte Obser­vance» avec ses utopies parfois insensées et ses nombreux abus devait fatalement provoquer de nombreuses tentatives d'assainissement, pour ne pas dire de purification. Les principaux tenants de cet assainissement étaient les Frères Fessier et Schrôder. En particulier ce dernier proclamait que tout l'enseignement maçonnique était contenu dans les trois degrés symboliques, que les suivants étaient superflus et même nuisibles. Fessier tenait le même langage mais de façon plus atténuée. Encore de nos jours existent des Ateliers qui travaillent suivant les rituels de Fessier et surtout de SchrÔder dont les membres s'interdisent toute appartenance aux hauts grades.

A l'opposé, nous trouvons en particulier les Grandes Loges prussiennes qui avaient intégré dans leurs rites, l'une quatre, l'autre six hauts grades et qui les possèdent toujours. Il faudra peut-être préciser tout de suite, ici, que le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne fera son apparition en Allema­gne qu'entre 1925 et 1931 et que le Suprême Conseil de France et la Grande Loge de France y avaient une large part.

Ces controverses provoquent des dissensions et discussions véhémentes. Elles menèrent à la création de nouvelles Grandes Loges, à la disparition d'autres et à la démission de plusieurs Grands 'Maîtres. La Franc- Maçonnerie allemande du XIXe siècle vit dans un état de crise perma­nente, dans lequel les jalousies et intrigues des nombreuses petites cours monarchiques ont aussi leur part.

Elle aborde ainsi la guerre de 1914/1918. Immédiatement, elle se trouve complètement isolée et n'a plus aucune relation extérieure. Tous les reproches qui lui furent faits n'étaient justifiés qu'en petite partie. Les nationalismes et chauvinismes se déchaînèrent violemment dans les deux camps ennemis et cela dura jusqu'après la fin des hostilités. Ces hostilités qui se terminèrent par la signature du traité de Versailles qui contenait des conditions extrêmement dures pour l'Allemagne. Parallèlement disparu­rent toutes les monarchies dans les pays allemands, la noblesse fut abolie et l'armée réduite à sa plus simple expression. Cette fin dramatique du conflit entraîna en Allemagne — comme partout et toujours en pareilles circonstances — la recherche des responsabilités et des responsables.

Ainsi naissait la légende de l'armée invaincue, poignardée dans le dos par des puissances supranationales, au premier rang desquelles se situa la Franc-Maçonnerie, suivie des juifs et aussi des jésuites. C'est la naissance du «complot judéo-maçonnique » dont le principal exposant était le Général Ludendorff, ancien chef d'état major général. Et ainsi naissait aussi le parti national-socialiste dont Hitler devint rapidement le chef.

Les Loges de ce temps étaient essentiellement composées de petits bour­geois, de fonctionnaires, d'enseignants, de pasteurs protestants, de mem­bres de professions libérales et beaucoup plus rarement d'officiers. Cette composition en elle-même amenait une composition politique de laquelle la gauche était pratiquement exclue. La Franc-Maçonnerie allemande de ce temps ruminait, comme les autres allemands, l'amertume de la défaite de 1918 et cherchait les voies et les moyens d'atténuer sinon d'abolir les conséquences de ce désastre.

Toutes les tentatives de certaines Obédiences étrangères et en particulier des Obédiences françaises en direction d'une réconciliation furent repous­sées. Les nombreuses démarches du frère Stresemann membre d'une Loge berlinoise de la Grande Loge «Aux Trois Globes », ne trouvèrent prati­quement aucun écho dans les Ateliers et cela d'autant moins qu'en dépit des déclarations et manifestes, en particulier du Grand Orient de France, contre le traité de Versailles et l'occupation de la Ruhr, aucun effet sur la politique gouvernementale n'était visible.

Néanmoins, le Grand Maître du Grand Orient de France, Brenier, et le Grand Maître de la Grande Loge de France, Monier, adressèrent, début 1927, deux lettres identiques au Grand Maître Ries de l'Alliance Eclecti­que à Francfort lui proposant une rencontre devant permettre un échange de vues et le début d'une réconciliation des Frères des deux côtés du Rhin. Le Grand Maître Ries en informa les autres Grands Maîtres allemands leur proposant d'assister à cette conférence. Les grandes Loges prussien­nes refusèrent immédiatement en déclarant que toute négociation serait impossible aussi longtemps que durerait l'occupation étrangère de terri­toires allemands et que ne serait aboli l'article 231 du traité de Versailles, impliquant la seule responsabilité allemande de la première guerre mon­diale.

Malgré tout, le 27 février 1927, se rencontrèrent le Grand Maître adjoint Doignon et le frère Gaston Moch de la Grande Loge de France, le Grand . Secrétaire van Raalte du Grand Orient et le Grand Maître Ries, accompa­gné des frères Becker et Rosenmayer. Le résultat fut quasiment inexis­tant. Les obédiences françaises n'avaient que peu de moyens d'influer sur la politique du gouvernement en matière d'occupation militaire et de l'article 231, seule une promesse d'examiner avec bienveillance la ques­tion de la restitution des biens des Loges en Alsace et Lorraine fut faite, mais non suivie d'effet.

Dans cette Allemagne des années 20 de notre siècle, sortant d'une infla­tion monétaire qui, encore de nos jours, ne trouve aucune équivalence, qui se remet péniblement des conséquences d'une guerre perdue, •qui est amère en même temps que révoltée, qui, enfin, dans une république quel­que peu hybride, cherche à concilier le patriotisme exacerbé, issu de la guerre de 1870/1871, avec une démocratie parlementaire et qui n'y par­vient pas ou très incomplètement. Dans cette Allemagne donc, le crash boursier de Wallstreet, en 1929, éclate comme une catastrophe élémen­taire et anéantit en peu de temps l'acquis économique des années 24 à 29. Très rapidement, la République va compter près de 7 millions de chô­meurs sur une population totale de 63 millions.

C'est dans cette ambiance de catastrophe, dans cette misère vraiment noire, que va se placer, en 1930 la fondation du Suprême Conseil d'Alle­magne à laquelle le Suprême Conseil de France va prendre une large part. Cette fondation est accueillie d'une façon très réservée par la maçonnerie allemande qui, d'un côté y voit une concurrence inutile et de l'autre, une atteinte aux principes de Schrôder et de Fessier. Mais cette nouvelle juridiction a besoin d'une racine, d'une obédience symbolique où elle peut trouver les Frères de l'avenir. Et ainsi naît la dixième Obé­dience Symbolique allemande qui est fondée par huit Loges bleues patentées par le Suprême Conseil et qui regroupe des Frères en prove­nance de toutes les Obédiences existantes et, en particulier, 600 frères appartenant à la Grande Loge du Soleil Levant de Bayreuth.

Elle ne sera reconnue par aucune des Grandes Loges allemandes. Pour elle, l'insertion dans la Chaîne universelle prime tout, le problème juif n'existe pas plus pour elle que les problèmes d'appartenance religieuse ou de politique nationale ou nationaliste. Son premier Grand Maître est le Frère Léo Müffelmann.

Les réactions de cette fondation proviennent de partout, elles ne sont pas limitées, quant à leur provenance, aux seuls milieux maçonniques. Elle est vivement attaquée par la droite politique. L'internationalisme de cette jeune Obédience est même associé à la haute trahison. Mais elle va son chemin. Il ne faut pas oublier que nous nous trouvons alors à même pas trois ans de la prise de pouvoir d'Hitler. Des feux symboliques vont être emmenés par les Frères juifs en Palestine où ils fondent une Loge « Müf­felmann zur Treue » qui existe encore et qui restituera, il y a peu de lus­tres, ces feux aux jeunes Grandes Loges Unies d'Allemagne.

Le début des années 30 nous voit donc en présence de dix Obédiences alle­mandes, groupant environ 80.000 Frères.

L'avènement du régime hitlérien devient de plus en plus prévisible. Les Grandes Loges allemandes s'en inquiètent avec raison, la propagande du parti nazi associant avec de plus en plus d'insistance le zionisme - car en matière d'antisémitisme on ne fait pas de détail - et la Franc-Maçonnerie. Dès le mois de janvier 1933, les membres des Loges qui quittent la Maçon­nerie deviennent de plus en plus nombreux. Nombre d'ateliers décident de se mettre en sommeil.

Les Obédiences prussiennes, surtout, tentent de se rapprocher du régime. Chez certaines, même le vocable « franc-maçon » disparaît complètement. Elles se déclarent «Ordre chrétien-nationale-populaire» et certaines plan­ches de cette triste époque sont plus tristes encore. Rien n'y fait. Les fonc­tionnaires d'état sont tenus à déclarer leur éventuelle appartenance. S'ils démissionnent de leur Loge, ils garderont leur fonction. S'ils persistent, on les remercie sans autre forme de procès. En cas de délit politique ou d'opinion, l'appartenance passée ou présente à là Franc-Maçonnerie est une circonstance aggravante, mais extrêmement rares sont les cas où un Frère est poursuivi du seul chef de son appartenance.

Les archives maçonniques allemandes sont, pour une grande partie, per­dues ou se trouvent en Pologne, en Allemagne de l'Est ou ailleurs. Certai­nes sont maintenant accessibles, d'autres restent fermées. L'été 1935 sonne définitivement le glas, le temps des ténèbres est irrévocablement arrivé, les Loges sont interdites, leurs biens (souvent considérables) et les archives sont confisqués. Une petite partie seulement est soustraite, par des Frères, à cette confiscation. Les immeubles sont souvent dévolus au parti nazi ou à ses organismes.

Partout, les Loges, souvent fortement amenuisées, se réunissent une der­nière fois pour éteindre les flammes et pour se dissoudre. Une de ces der­nières tenues, dont les minutes sont conservées, a lieu à Hambourg - là où tout a commencé - en présence de fonctionnaires de la Gestapo. Elle revêt une grande solennité et une immense dignité qui impressionne profondé­ment ces assistants mal venus. Mais la planche de l'Orateur n'en insiste pas moins sur l'espérance en l'avenir.

Après la guerre, c'est d'abord en zone française, et surtout grâce à l'acti­vité du Grand Orient, que les Ateliers se reconstituent. Peu après, les autorités d'occupation anglaise et américaine autorisent la reprise des tra­vaux et ainsi, peu à peu, la Franc-Maçonnerie allemande renaît et se reconstitue.

C'est dans le cadre des Grandes Loges Unies d'Allemagne que les Frères de toutes ces Obédiences que nous avons évoquées, se retrouvent et reprennent les outils. Ce recommencement fut très laborieux, parfois pénible et encore de nos jours la Franc-Maçonnerie allemande souffre des séquelles de cette période sombre et dramatique.

Mais, cela n'appartient pas encore à l'Histoire et donc - comme le disait notre Frère Kipling - en est une autre.

Peut-être faudra-t-il la raconter plus tard, mais plus sûrement est-il préfé­rable que nos Frères allemands et français se réunissent souvent afin de mieux connaître, les uns par les autres, ce qui fut et ce qui est. Et ce qui est nous emplit d'un immense espoir.

Source : www.ledifice.net

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