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Hauts Grades

Avec la Révolution, la plupart des loges disparaissent

28 Décembre 2012 , Rédigé par x Publié dans #histoire de la FM

Alors que la franc-maçonnerie s’épanouit tout au long du XVIII siècle, touchant de nouvelles classes de la société, la Révolutionva provoquer des frictions parmi les frères bourgeois, aristocrates ou militaires , mettant durement à l’épreuve la « fraternité ».

En 1738, l’ordre a son premier grand maître français , le duc d’ Antin, élu ou simplement choisi, peut-être grâce à l’ appui de Saint-Florentin et du duc de Richelieu . La maçonnerie commence à se diffuser en province , tandis qu’elle conquiert des couches de la petite bourgeoisie parisienne . A la mort du duc d’Antin (1743), Louis de Bourdon -Condé, comte de Clermont , est élu contre le prince de Conti et le maréchal de Saxe. Sa longue grande maîtrise (1743-1771) sera marquée par l’ épanouissement de l’Ordre, mais aussi par de profondes divisions. En 1771, la Grande Loge de France compte quarante et une loges à Paris , cent soixante-neuf en province, onze aux colonies , cinq à l’ étranger plus trente et une loges militaires. En 1771, il n’est guère de ville de quelque importance qui n’ ait ou qui n’ait eu sa loge. Celles-ci se mettant beaucoup plus vite en sommeil au XVIIIe siècle que de nos jours. Il semble que les éléments de diffusion de la maçonnerie aient été les maçons eux-mêmes et, plus particulièrement, ceux qui se déplaçaient beaucoup : militaires, marins, commerçants . L’organisation centrale de la maçonnerie est embryonnaire et le restera encore longtemps. Clermont, très populaire parmi les maçons, confie la gestion de l’ordre à ses « substituts généraux » dont certains, comme le banquier Baur, le « maître à danser » Lacorne et surtout le magistrat Chaillon de Joinville, ne manquent pas de valeur, mais tout simplement d’autorité.

La patrimonialité du premier maillet

Les maîtres de loge parisiens se rendent pratiquement indépendants par la pratique de la patrimonialité du premier maillet, tandis que les grandes loges provinciales font ce qu’elles veulent et, notamment, créent des ateliers sur tout le territoire français . Enfin, avec le développement de l’Ecossisme, il n’y a plus aucune unité rituelle. En 1758, La Grande Loge se scinde : c’est le schisme entre « lacornards » et « anti-lacornards » qui durera. En 1762, Chaillon de Joinville tente vainement de réconcilier les deux factions . Le 4 février 1767, celles-ci se heurtent, et le lieutenant de police Sartines interdit les tenues de la Grande Loge. Celle-ci se réunira plus avant la mort du comte de Clermont le 16 juin 1771. Les « ex-laconards » prennent langue avec le duc de Chartres et proposent son nom pour la grande maîtrise. Il s’ensuit une réconciliation entre les deux factions et le 24 juin, Chartres est élu Grand Maître et le duc de Luxembourg grand administrateur général. Le 27 décembre suivant, une nouvelle Grande Loge est installée. Le 5 avril 1772, le duc de Chartres acceptait la grande maîtrise. Une « commission des statuts » commença alors à fonctionner sous la direction du duc de Luxembourg qui, le 12 février 1773, approuva son travail . Le 5 mars, les délégués des loges de province se réunissent. C’est de cette assemblée qu’est sorti le Grand Orient . Très rapidement, elle se heurte à l’hostilité des maîtres de loge de Paris. Ceux-ci protestent d’abord contre la tenue de la réunion , puis après des injonctions, s’y associent. La situation se durcit lorsque, le 14 juin, sont acceptées les dispositions au terme desquelles « Le Grand Orient de France ne reconnaîtra désormais pour vénérable de loge que le maître élevé à cette dignité par le choix libre des membres de la loge ». Le 26 juin 1773, les statuts de l’ Ordre royal de la franc-maçonnerie en France « sont adoptés ». Au même moment quarante -six maîtres parisiens créent une nouvelle Grande Loge. C’est la Grande Loge nationale (ou Grande Loge de France, ou Grande Loge de Clermont 1773-1799). Il est difficile d’évaluer sa puissance . En 1778, elle annonçait cent vingt-neuf maîtres de loge à Paris, dont vingt-sept absents,et deux cent quarante-sept loges dans la province, les colonies et les loges militaires. Mais en 1789, la Grande Loge ne possède plus qu’une centaine de loges en activité . Elle se met en sommeil dès 1791 pour reprendre ses travaux le 17 octobre 1796. Par la suite, la Grande Loge ressuscitée n’eut plus les hommes capables de l’imposer socialement au Grand Orient de France.

Un Grand Orient très prospère

A l’inverse, de 1773 à la Révolution française , le Grand Orient de France, sous la direction nominale du duc de Chartres, mais de fait du duc de Luxembourg, connaît une ère d’ immense prospérité . A la veille de la Révolution, il possède quelque cinq cents loges et probablement une centaine de milliers de maçons. Tout ce qui compte dans la vie sociale à Versailles , à Paris, en province est ou a été maçon. Sous l’égide du Grand Maître travaillent des loges militaires, des loges d’adoption groupant des dames de très hautes noblesses, comme la duchesse de Bourbon, des loges navales, des loges coloniales. Grâce à une administration relativement solide, le Grand Orient réussit à maintenir un semblant d’autorité sur ce monde maçonnique. Il obtient que chaque loge, de création nouvelle ou ancienne , lui présente ses constitutions qui doivent être renouvelées. Bien entendu , toutes les idéologies ont pu s’y rencontrer . Socialement, 80 % de membres et du tiers état contre 15 % de nobles et 4 % d’ecclésiastiques (chanoines, curés et religieux en proportion inégal). Sauf au niveau épiscopal, il semble que les interdictions pontificales aient peu joué . Les nobles sont essentiellement militaires, non seulement dans les loges militaires, mais même dans les loges « bourgeoises ». Les grands noms ne manquent pas.

Pas de pauvres ni de juifs !

Quant au Tiers, il est dominé par les officiers royaux et les négociants. L’artisanat et la boutique sont très – souvent exclus… Car malgré le principe d’égalité, on cherche à « maçonner » entre gens du même milieu : loges « aristocratiques », négociantes ou « petites bourgeoises ». Les « pauvres » sont éliminés tout comme les comédiens (mais pas les musiciens ), les juifs mais pas les protestants (qui au contraire, jouent souvent un rôle majeur). Le monde littéraire et artistique est important et ne le sera jamais autant. On compte un millier d’auteurs estimables sur les six mille connus. La majorité des francs-maçons est indiscutablement « éclairée » mais on peut citer quelques farouches ennemis de l’ Encyclopédie de Diderot dont Fréron et Lefranc de Pompignan, ainsi le rôle de l’Ordre dans l’ Encyclopédie est-il marginal . La musique est représentée avec Cherubini , méhul, Piccinni, Delayrac. Certaines loges possèdent d’ailleurs de véritables orchestres. Certains historiens affirment que la décadence de l’Ordre aurait commencé dès la veille de la Révolution à la date des réunions des Assemblées de notables et celles des Assemblées provinciales créées par Loménie de Brienne. Ce n’est pas évident, même si ce n’est pas contestable pour quelques régions dont l’ Ile-de-France et peut-être la Provence. Mais une fois la Constituante réunie, et les premières décisions politiques prises, la maçonnerie essaie de montrer à l’égard de la monarchie constitutionnelle le même loyalisme qu’à l’égard de la monarchie absolue , fidèle en cela aux Constitutions d’Anderson . La plupart croie que la maçonnerie n’est nullement en dysharmonie avec l’ordre nouveau, mais ne blâment jamais ceux qui y sont hostiles, « aristocrates » et plus tard « émigrés ». Mais la « cohabitation » devient impossible , et les frères expliqueront a posteriori ces ruptures qui entraînaient souvent la disparition des loges par « circonstances » ou « la différence des opinions politiques ». Disparaissent donc les ateliers « aristocratiques », la plupart des loges militaires, mais également beaucoup de loges bourgeoises. Les frères « entraînés » par les affaires publiques négligent les assemblées. « Nous avons, écrit le 28 mai 1792 un vénérable de Toulon au Grand Orient, des occupations plus urgentes et plus conséquentes que la maçonnerie. » Effectivement, beaucoup de frères, notables de leur ville, sont appelés à la hâte des municipalités, des districts et des départements, ou à la direction des sociétés populaires. D’une façon générale, les loges étaient entrées en sommeil avant le 10 août 1792. Il reste peut-être un dixième de l’ effectif en 1792, mais il et difficile de donner une proportion exacte, car beaucoup d’ateliers ont subsisté sous forme profane ou d’une manière informelle. La situation s’aggrave avec l’ avènement du gouvernement révolutionnaire. Certes, il n’y eut jamais, comme sous le gouvernement de Vichy, d’interdiction générale de l’Ordre. Mais les jacobins lui sont hostiles car ils pensent que, dans une République , il ne doit y avoir d’organisation dont l’activité échappe au contrôle populaire. C’est d’ailleurs ce que reconnaît le Grand Maître, Philippe d’Orléans, Philippe-Egalité, dans sa célèbre lettre du 3 janvier 1793 (rendue publique le 23 février). Les arrêtés d’interdiction sont donc l’œuvre de représentants en mission de districts, de départements ou de sociétés populaires particulièrement zélés. Comme souvent, en pareille circonstance, l’ attitude des frères a beaucoup varié ; certains se sont soumis, attendant des jours meilleurs . A Bordeaux et à Toulouse, certaines loges, formées essentiellement de militaires et de fonctionnaires, continuent à se réunir librement « sous la protection des lois » en pratiquant le « mimétisme révolutionnaire » (changement de titres distinctifs, rubans tricolores dans les décors, tutoiements, adoption du calendrier révolutionnaire, etc.). Aurait ainsi survécu une trentaine de loges, chiffre minimal, car des découvertes de documents sont toujours possibles. Nous savons , d’autre part, qu’il y a eu, ici et là, des tenues informelles qui ont permis, dès la réaction thermidorienne et sous le Directoire, la restauration de l’Ordre. Nous connaissons mal le moment où les instances dirigeantes ont cessé de se réunir. Le redressement rendu très difficile par la dispersion politique des frères, mais aussi par la politique imprécise du Directoire, ne fut pas aisé. Le Grand Orient avait survécu jusqu’à l’été 1794. A la veille de la Révolution, les frères (appartenant essentiellement à la haute noblesse) se divisent : pour ou contre Brienne, pour ou contre Necker. Cette division s’accentue lors des élections à la Constituante. Malgré les efforts du député lyonnais, Milanois, il est impossible de réunir les frères députés en fraternelle. L’attitude politique de ces élus est édifiante de la profonde rupture qui se produisit, pendant la décade révolutionnaire, à l’intérieur du pays. Dans la noblesse où l’épée domine, la rupture s’effectua très vite. Un quart des maçons nobles suit le duc d’Orléans dans son rapprochement avec le Tiers. Par la suite, nous rencontrons ces « sires » à tous les horizons politiques, de la gauche (Beauharnais, Hérault de Sechelles), à la droite (Cazalès) et à l’émigration (Montmorency-Luxembourg, Croÿ). Les représentants du clergé restèrent relativement cohérents jusqu’au vote de la Constitution civile du clergé : la majorité passe dans l’opposition, mais ceux qui deviendront évêques constitutionnels, en sont partisans.

Des maçons de tous horizons politiques

La masse des députés du Tiers fut, dans son ensemble, constitutionnelle. Il y eut quelques partisans de l’Ancien Régime, Faydel, Paccard et surtout Martin Dauch, député de Castelnaudary, le seul député à refuser de prêter le Serment du Jeu de paume. Il y eut également quelques députés en relation avec l’extrême gauche, (Barère, Prieur de la Marne, Merlin de Douai, etc.). D’après les votes, on peut dire qu’une centaine de maçons était favorable à la Révolution, une cinquantaine a eu une attitude effacée, quarante ont été nettement hostiles au mouvement parmi lesquels trente et un émigrèrent. Par la suite, vingt -neuf siégèrent à la Convention, une douzaine dans les conseils du Directoire. Quatre-vingt-un se rallièrent au Consulat et à l’Empire, quinze à la Chambre des Pairs de 1815 dont quatre refusèrent de voter la condamnation du frère maréchal Ney. A l’Assemblée législative (octobre 1791-septembre 1792), il y a des maçons de tous bords politiques : à droite, Pastoret, Lameth, Mathieu Dumas, Beugnot, Jaucourt, Girardin ; à gauche, Couthon, Guadet, Lacombe, Saint-Michel, Romme, Lamarque. Plus difficiles à classer, Aubert Dubayet, Lacépède, Muraire. Sous la Convention (21 septembre 1792-26 octobre 1796), les cent soixante parlementaires se divisèrent. Lors du vote test sur la condamnation du roi le 17 janvier 1793, soixante-dix votèrent la mort, treize le sursis, cinquante-deux d’autres peines. Si on ajoute à ces non-régicides ceux qui ont voté l’amendement du frère Miailhe (le sursis), on arriva à un total de soixante et un, égal, à une unité près, à celui des régicides. Si on tient compte de la distinction classique Montagnards-Girondins-Plaine, une trentaine s’orientèrent nettement vers la Gironde, une cinquantaine vers la Montagne, la grande masse étant « centriste ». Mais ces frères s’engagèrent souvent jusqu’à la mort inclusivement. L’attitude des parlementaires n’a guère de répercussions sur les frères de la base. Il y a toujours eu une maçonnerie de « droite », sinon d’ « extrême droite ». Aux débuts, elle apparaît dans les loges « aristocratiques » jusqu’à leurs dissolutions. A Toulouse, vingt-sept parlementaires furent exécutés sous la Terreur. A Lyon, il y eut centre trente-six victimes de la répression révolutionnaire après la prise de la ville, car les frères avaient été nombreux dans la municipalité girondo-royaliste (Vireu, Savaron, Perprissé, Duluc, Gilibert). Dans l’Ouest, il y eut évidemment émigration, mais surtout participation très active au soulèvement vendéen avec Charrette. La Bourdonnaye, Contades… En tant que « corps », la maçonnerie n’a pas à se féliciter de la Révolution. Le nombre des victimes maçonnes n’a jamais été établi, sauf pour le cas de Lyon qu’il est impossible de généraliser. Les organismes directeurs avaient pratiquement disparu et peu de loges avaient réussi à se maintenir. Le redressement avait commencé mais sous le Directoire l’Ordre était profondément divisé, et cette distinction était, non pas seulement l’ordre idéologique, mais aussi politique. Il y a désormais des ateliers jacobins et des ateliers monarchistes. Par contre, les anciennes distinctions de « rites » et d’ « obédiences » se sont à peu près estompées. Et les légendes apparaissent et se développent. Elles dureront jusqu’en 1940. L’accusation d’avoir été aux sources de la Révolution se mêle d’autres idées. La « lato-mophagie » (littéralement « bouffeur de maçons ») est parfaitement contemporaine à l’Ordre et on en trouve les premières traces en Angleterre au XVIIIe siècle… Il n’y a évidemment jamais eu l’ombre d’une preuve de l’existence d’un complot contre l’Eglise et contre l’Etat et a fortiori que ce complot ait eu une origine maçonnique. Sous l’influence de l’abbé Barruel, prends corps une violente campagne antimaçonnique visant à faire de la Révolution française, puis des révolutions subséquentes – indépendance sud-américaine, risorgimento , développement du nationalisme hongrois et tchèque, puis plus tard russe – une œuvre maçonnique. Il semble que cette idée ait connu un immense succès dans les milieux aristocratiques et particulièrement au sein du clergé à qui il fournissait une réponse facile aux questions posées. Aux accusations de Barruel, les loges répondirent par une négation à peu près totale. Mais le polémiste le plus efficace fut l’ex constituant grenoblois, Jean-Jacques Mounier, bien placé pour parler de ces problèmes, puisqu’il avait joué dans les prémices de la Révolution, un rôle capital. Mounier n’est pas isolé. Les frères prennent la plume nient toute relation entre maçonnerie et jacobisme. Mais le mythe survit et prospérera. Sous l’Empire, tout le monde se tait, et la police, tout autant que les préfets, défendent la maçonnerie contre les attaques du clergé. En revanche, la Restauration est marquée par une forte reprise de la polémique antimaçonnique. Dès 1815, est publié Le nouveau judaïsme ou la franc-maçonnerie dévoilée, œuvre d’un auteur anonyme qui reprend les aveux de Cagliostro. Celui-ci avait interprété le fameux « LDP » (liberté de passer) du grade de chevalier d’Orient par Lilium destrus pedibus (« Foule les lys aux pieds ») est affirmé que le but essentiel de l’Ordre était de détruire la monarchie. Plus grave, dès 1820, apparaissent les idées de « satanisme », la maçonnerie « synagogue de Satan » et, ponctuellement, on voit des « ultras » s’adressant à la justice ou à la Chambre des pairs pour obtenir l’interdiction de l’Ordre.

Un rôle très discret

Malgré cette attitude hostile du pouvoir, la maçonnerie n’a jamais cessé de renier la Révolution. C’est en 1848 que les choses vont changer, par la grâce d’un profane de génie, Alphonse de Lamartine qui, le 10 mars, fait sienne l’affirmation parfaitement inexacte de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » avait « de tous temps » été celle de l’Ordre. Lamartine lui donnera toute sa résonance. Désormais, la devise qui était déjà celle de la République (de la seconde, pas de la première) va devenir celle de la franc-maçonnerie française. Il y a un évident contraste entre le rôle très discret, sinon nul, de la maçonnerie pendant la Révolution et la légende qui l’entoure. Il va sans dire qu’il ne saurait être question de nier l’influence de certains maçons sur les événements, même si la maçonnerie n’y a pas joué un rôle de premier plan. Le Vendéen d’Autichamp eut-il été différent s’il eut été profane ? Le rôle de Couthon au Comité du salut public aurait-il été le même s’il n’avait appartenu à l’atelier tarbais ? Question que nous sommes en droit de nous poser, même s’il est historiquement au moins, impossible de répondre.

source : http://www.chroniqueshistoire.fr/index_fichiers/les_loges_disparaissent_avec_la_Revolution.htm

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