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Hauts Grades

Comment le Maître Secret peut-il concevoir la loyauté envers soi-même et les autres ?

11 Août 2012 Publié dans #Planches

Le Maître Secret doit-il se poser des questions sur la loyauté en faisant une différence telle qu’elle est suggérée, à tort ou à raison, par la présence du « et » dans cette phrase ?

Est-ce que ce mot soulèverait la question suivante : la loyauté conçue pour soi-même doit-elle être différente de celle qui nous lie aux autres ?

Ou alors, y aurait-il interaction, l’une ayant nécessairement besoin de l’autre pour exister ? Il y aurait donc une transitivité qui ferait que l’une implique l’autre et inversement.

Communément confondue avec la fidélité, la loyauté est spontanément perçue comme un impératif moral ou éthique. Alors que dans la tradition judéo chrétienne être loyal implique de croire aveuglément, de faire allégeance puis d’obéir quel que soit le sacrifice qui pourrait être exigé, (rappelons nous les liens qui existaient dans la relation suzerain et vassal), la loyauté est désormais habituellement définie comme étant l’ensemble des relations entre individus, de dévouement, d’obligation et d’attachement). La fidélité quant à elle, fait surtout référence à la confiance et à la foi (dans l’autre). Cependant, l’une et l’autre interviennent comme des actions réciproques et il ne serait peut-être pas judicieux de vouloir les distinguer.

Le sociologue François Bourricaud la décrit d’une autre manière, peut-être plus générale, en donnant la définition suivante. Je cite : « La loyauté est appréhendée comme un ensemble de devoirs, plus ou moins contraignants, et de droits, plus ou moins garantis, variant en fonction du contexte dans lequel celle-ci prend racine. »

On ne peut pas parler de loyauté envers soi-même sans faire référence à Socrate. La connaissance de soi éclaire tout homme sur ce qu’il est et sur ce qu’il peut faire ou ne pas faire. Elle le sauve des illusions qu’il se fait de lui-même. Connais toi toi-même signifiait qu’il faut atteindre la connaissance et la maîtrise de soi et s’affranchir des spéculations idéologiques et des explications théologiques.

En effet, ceux qui se connaissent sont conscients de ce qui leur convient et savent faire la différence entre ce dont ils sont capables ou non. Ils savent parler ou se taire quand il le faut et évitent ainsi les erreurs ou les fautes. On pourrait, en quelque sorte, définir la Franc maçonnerie de cette façon. Le Maître, c'est-à-dire la Loge, n’est plus celui qui enseigne mais celui qui aide, qui assiste les esprits (les Frères de l’atelier), pour les aider à émettre leurs idées, à examiner si elles sont dignes d’être exploitées. En revanche, il ne saurait chercher la Vérité à leur place.

Se connaître, c’est également prendre conscience de son ignorance. Comme disait Socrate, je cite : « Il vaut mieux une ignorance qui se connaît qu’une ignorance qui s’ignore. »

Un autre penseur, Confucius, eut un enseignement voisin de celui de Socrate. Prenant pour exemple le JUN ZI, l’homme, imaginaire, à la pensée droite, au cœur noble et aux actes justes, (cela me rappelle les paroles du Vénérable Maître accueillant le profane lors du passage sous le bandeau et auprès duquel il exige une parfaite sincérité, des intentions pures et un caractère ferme), cet homme, donc, s’efforce de pratiquer la vertu parfaite d’humanité, le rèn, les qualités humaines à leur plus haut degré, notamment la loyauté envers soi-même et les autres ainsi que la fidélité à la parole donnée. Je cite : « Pratiquer le Rèn c’est commencer par soi-même : vouloir établir les autres autant que l’on veut s’établir soi-même et souhaiter leur accomplissement autant qu’on souhaite le sien propre. »

Cette analyse de sa propre connaissance, de son propre être, n’a pas pour but de faire une liste exhaustive de nos qualités et de nos défauts, de nos passions ou de nos manques. Encore faut-il que cela serve à quelque chose et que cela ne soit pas une analyse de complaisance. « Connais le meilleur de toi, vois ce que tu aspires à être, ce que tu es virtuellement, ce qui est ton modèle soit un homme, connais tes propres excès. » Ce n’est pas comme le précisait le neurochirurgien Guy Lazorthes, je cite : « Ce n’est donc pas une introspection narcissique et égotiste : c’est un programme de vie morale »

C’est dans ce programme que je place la loyauté du Maître Secret qui conduit à une discipline que notre volonté s’impose afin de tendre vers un idéal de perfection morale et intellectuelle. Je dis bien tendre car si chaque homme est perfectible il serait vain de croire à l’homme parfait. Ainsi, le Maître Secret, dans son engagement, doit travailler seul et dans le silence. Il doit chercher en lui-même, comme il a été dit, sans complaisance, tout ce qui pourra le faire progresser. Il doit remporter la victoire sur lui-même par ses efforts dans la poursuite du devoir. La loyauté n’existe que dans la mise à l’épreuve, donc elle prédispose la trahison. Trahison il y aura si l’engagement du Maître Secret n’est pas respecté : « Malheur à qui assure une charge qu’il ne peut porter. », « Malheur à qui accepte légèrement des devoirs et ensuite les néglige. » Comme il est rappelé dans le Mémento des grades de perfection du quatrième degré, le Maître Secret devra rechercher, découvrir et définir sa propre lumière intérieure. C’est en cela qu’il se montrera loyal envers lui-même.

La loyauté n’est pas seulement une règle de conduite faisant du respect des engagements une condition sine qua non. Elle est en soi « engagement ».

La loyauté avec les autres doit se distinguer, selon certains sociologues, de la « loyauté de calcul » indexée à un ratio « coûts/avantages» telle qu’on peut la trouver dans le clientélisme ou dans certaines organisations. Là est peut-être la prudence de la Franc maçonnerie qui a émis des doutes sur les fraternelles qui auraient pu faire penser à un état dans l’état. Ces associations créaient un lien nouveau qui encourageait un nombre de participants à se différencier des autres membres avec d’autres buts ou d’autres relations ou avec une autre expérience, le tout, risquant d’exclure ceux qui n’en faisaient pas partie.

La loyauté présuppose une relation entière ancrée dans une histoire partagée. Cette histoire partagée, entre individus qui ont défini des relations de dévouement, d’obligations ou d’attachement ne peut être fugace. La loyauté doit se créer, se développer et se continuer dans le temps, en référence à un socle historique et culturel commun, tel qu’on peut le trouver dans les origines de la Franc Maçonnerie. « Aime ton prochain comme toi-même ». Encore faut-il s’aimer soi-même, sinon comment pouvoir aimer les autres ! C’est la thèse du sociologue Fletcher qui dans son essai intitulé « Les objets de notre loyauté nous définissent » précise ; le cite : « Pour m’aimer, je dois respecter et chérir les aspects de ma personnalité qui sont liés aux autres. » Ainsi, par le simple fait de vivre, je contracte des obligations, envers autrui, que je regroupe sous l’intitulé général de la loyauté.

Faire partie d’une tradition, d’un socle commun, d’une histoire, contribue ainsi à la transmission d’un certain sens de la loyauté, notre identité se construisant en référence à un « système de relations et d’engagements nous préexistant ». C’est toujours Fletcher qui définit ainsi le « moi historique », celui-ci ayant une action réciproque avec la loyauté.

Notons à ce sujet que les engagements professionnels, (les contrats), ne sont pas une forme pure de la loyauté et ne contribuent pas à la formation du « moi historique », c'est-à-dire à la formation d’une identité sociale ancrée dans la tradition.

Si la loyauté envers les autres implique une expérience partagée, donc un lien social pour pouvoir se développer, elle est, en même temps, au service de ce lien afin de le maintenir, de le renforcer et de le faire durer dans le temps. C’est le ciment qui lie toutes les pierres nécessaires à la construction du temple et qui contribue à l’unité et à la souveraineté de la Loge. Les difficultés que peuvent rencontrer les Frères dans l’édification de Temple ne peuvent que renforcer et développer, par ces mises à l’épreuve, les relations de confiance entre eux, ces relations étant, elles même, placées avant les individus.

Le Franc maçon loyal doit donc s’impliquer en temps que responsable de la relation aux autres. Cela se traduit par des comportements au service de cette dernière. De la prise en compte de la formation des apprentis jusqu’à la responsabilité des maîtres dans la tenues des plateaux et des participations dans la vie de l’atelier, le Franc Maçon manifeste ainsi de la dévotion, des sentiments positifs, des marques d’attachement (par son assiduité) et de dévouement (avec le Frère hospitalier par exemple).

Ces engagements apportent un plus par rapport à un simple engagement contractuel en raison de cette dimension affective. La loyauté envers les autres est la conjonction entre l’affect et la volonté.

Comme l’écrit le philosophe belge Jean Ladrière, je cite : « L’individu loyal fait passer, dans son existence, d’autres existences, en assumant leur passé et en se proposant de préparer avec elles leur avenir. Autrement dit, la conduite loyale est donc également un engagement et une promesse vis à vis du futur car elle concernera non seulement l’être à venir qui s’engage mais aussi tous ceux qui sont partie prenante dans cette relation.

On doit donc tenir compte de l’affectivité dans cet engagement car elle permet de s’ouvrir mutuellement et de poser les bases d’une reconnaissance.

Pour conclure ce chapitre, si nous considérons la loyauté comme vertu, à priori bonne, nous devons, comme en toutes choses, en considérer les limites. En effet, elle peut nous entraîner vers la partialité en nous privant de jugement critique, ou vers le favoritisme. Nous nous trouvons là en contradiction. Nous sommes trop près du sujet et l’affectif prend le pas sur le juste, le moral et le raisonnable.

Avant de terminer, je souhaiterai associer les mots de loyauté et de fidélité. Si la loyauté, comme nous venons de le voir, se cristallise sur le devoir et l’engagement ; la fidélité fait plus appel à la confiance et à la foi de l’autre.

Loyauté envers soi même et envers les autres font preuve de réciprocité. En ce qui concerne la relation envers les autres, je n’y vois que celle qui me lie à mes frères. Comment imaginer une loyauté avec un ensemble d’individus ou de groupements qui ne partageraient pas les mêmes valeurs.

Je retiendrai ces citations de Comte Sponville car je leur trouve une résonance avec certains passages du rituel ; je cite : « La fidélité n’est pas l’exclusivité ; c’est la constance, c’est la loyauté, c’est la gratitude, mais tournées toutes les trois vers l’avenir au moins autant que vers le passé. La fidélité, c’est ce qui reste de la foi quand on l’a perdue : un attachement partagé à ces valeurs que nous avons reçues et que nous avons à charge de transmettre. »

Associée à la renaissance maçonnique, cette renaissance linéaire, celle qui nous fait revivre pour progresser, bien différente de la renaissance circulaire qui nous renvoie à nous même, tel que nous étions avant l’initiation, la loyauté en général, ciment de notre engagement, nous apparaît comme le moyen d’élever nos esprits vers l’idéal de notre ordre. La loyauté est d’autant plus grande qu’elle se construit entre personnes libres.

J’ai dit T.°. F.°. P.°. M.°.

 Source : http://esmp.free.fr/

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Harry 13/02/2013 22:30


Merci pour ces réflexions qui me sont fort utiles.