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Hauts Grades

Commentaire sur le serment

3 Mars 2013 , Rédigé par CPG Publié dans #Planches

En réfléchissant au sens du secret maçonnique, je me suis demandé pourquoi, si l'on dit qu'il n'y a pas, en réalité de secret véritable en maçonnerie, la divulgation, même accidentelle, de
celui-ci est sanctionnée des châtiments les plus atroces qui soient. Je me suis demandé quelle était l'origine de ces châtiments terribles que nous retrouvons notamment dans l'obligations
solennelle de l'apprenti franc-maçon et pourquoi ils perdurent dans cette obligation jusqu'à aujourd'hui, alors que pas un seul apprenti parmi nous ne croit réellement que nous lui
arracherons le cœur s'il révèle ce fameux secret maçonnique auquel d'aucuns nient même paradoxalement jusqu'à l'existence . Je me suis également posé la question de la légalité et de la
légitimité morale que requiert une éventuelle application de ces sanctions ; autrement dit : les maîtres de l'atelier ont-ils réellement le pouvoir légal et moral d'appliquer ces sanctions en cas
de violation du serment, et s'ils ne l'ont pas, quel sens ces sanctions ont-elles alors dans le texte du serment ? À l'instar de Daniel Ligou, j'ai distingué le secret relatif au contenu
symbolique et aux tenues maçonniques, et le secret d'appartenance qui " tend à accroître l'efficacité de l'homme dans le monde profane, en évitant de susciter contre lui une réaction qui serait
dictée par la peur de l'organisation à laquelle il appartient ". Je ne traiterai ici que du premier secret, relatif au contenu symbolique de la Franc-maçonnerie.
La consultation de diverses études historiques m'a permis de me rendre compte que la formulation de la solennelle obligation de l'apprenti franc-maçon est presque mot pour mot la même
qu'utilisaient les maçons opératifs du Moyen Âge. Un manuscrit datant de 1694, conservé à Édinbourg, donne une version de ce serment :
Je jure par bien et par saint Jean, par l'Équerre et le Compas, de me soumettre au jugement de tous, de travailler au service de mon Maître dans l'honorable Loge, du lundi matin au samedi, et
de garder les clefs, sous peine d'avoir la langue arrachée à travers le menton et d'être enterré sous les vagues, là où aucun homme ne le saura .
Des anciens ouvriers maçons du Moyen Âge, on conserva certains rites d'initiation. Parmi eux figurent le serment et le secret qui ont tant fait parler ceux qui se sont occupés de Franc-maçonnerie.
Nous venons d'examiner la formule du serment exigé des apprentis, conservée dans le manuscrit d'Édinbourg de 1696. Mais il en existe beaucoup de variantes, bien que les menaces restent
presque toujours les mêmes. Par exemple, dans le journal londonien The Flying Post des 11, 12 et 13 avril 1723, on publie A Mason's Examination, qui est le plus ancien " catéchisme maçonnique
" imprimé qui se connaisse. On y décrit en ces termes l'obligation de l'apprenti :
... Il jure de ne révéler aucun secret de la vénérable Fraternité, sous peine d'avoir la gorge coupée et de recevoir une double ration d'enfer et de condamnation éternelle dans la vie future.
Le serment prêté dans les loges anglaises, selon l'édition de 1730 de la Masonry dissected de Samuel Prichard est le suivant :
Je promets et jure solennellement ici, en présence de Dieu Tout-Puissant et de cette respectable assemblée que je vénère, de garder cachés et de ne jamais révéler les secrets ni le secret des maçons ou de la Maçonnerie qui vont m'être révélés ; à moins que ce ne soit à un frère authentique et loyal, après la vérification de rigueur ou dans une loge juste et parfaite où les frères et compagnons se réunissent comme il se doit. En plus, je fais la promesse et je m'engage à ne pas les écrire, ni les imprimer, ni les marquer, ni les sculpter ou les graver, ni les faire imprimer, etc. sur le bois ou la pierre ; de telle manière que le caractère visible ou l'impression d'une lettre puisse paraître, de telle manière que le secret puisse être surpris d'une façon illicite.
Tout ceci, sous peine au moins d'être égorgé, que ma langue soit arrachée de ma bouche, mon cœur extirpé de mon côté gauche et d'être enterré ensuite dans le sable de la mer, à une encablure du rivage. Quand la marée aura effectué son flux et son reflux deux fois en vingt-quatre heures, que mon corps soit réduit en cendres et celles-ci dispersées sur la surface de la terre, de manière qu'il ne reste pas le moindre souvenir de moi parmi les maçons. Que Dieu me vienne en aide.
Dans un catéchisme suisse de la Franc-maçonnerie de Berne, de 1740, le serment est le suivant :
Je promets, parole d'honneur, de ne jamais révéler les secrets des maçons et de la Maçonnerie qui vont m'être communiqués au titre de l'initiation. Je promets de ne pas les sculpter, ni les graver, ni les peindre ou les écrire sur quelque objet que ce soit. En plus, je promets de ne jamais parler contre la Religion, ni contre l'État ; d'aider à secourir mes frères dans leurs besoins, et de toutes mes forces. Si je manquais à ma promesse, je consens à ce que l'on m'arrache la langue, qu'on me coupe la gorge, qu'on me traverse le cœur de part en part, que mon corps soit brûle et mes cendres jetées au vent, pour qu'il ne reste plus rien de moi sur la terre, et que l'horreur de mon crime serve pour retenir les traîtres s'ils étaient tentés de m'imiter. Que Dieu me soit en aide .
Un autre texte, d'Amsterdam et de 1745, reprend à peu près la même formule :
En cas d'infraction, je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brûlé et réduit en cendres, pour être jeté au vent, pour qu'on ne parle plus de moi parmi les hommes. Que Dieu et ce saint Évangile viennent à mon aide.
Les serments exigés à Londres, Berne et Amsterdam, coïncident avec celui de Rome, de 1791 :
Moi, N... je promets et je jure de ne pas révéler ces mystères secrets, sous peine d'être étranglé, d'avoir le ventre ouvert, le corps brûlé et les cendres dispersées au vent, afin qu'on
perde jusqu'au souvenir de ma personne.
Ces serments contiennent explicitement les choses auxquelles on se soumet. A priori, ils ne sont pas autre chose qu'une promesse revêtue de formalités, qui ne la font ni plus terrible, ni plus solide qu'une autre, mais solennisent son émission par une mise en scène théâtrale destinée à graver un souvenir durable qui empêche son inaccomplissement. En voici une autre, qui vient de France et date de 1787 :
Je promets, devant le Grand Architecte de l'Univers, et devant cette respectable assemblée, d'être fidèle à Dieu, à la religion que je professe, au souverain dont je suis le sujet, à ma
patrie et à mes frères ; je promets de les aimer de tout mon cœur, de les secourir avec tous mes moyens, même en prenant sur mes moyens de subsistance quand le partage sera nécessaire pour leur soutien. Je promets de respecter la femme, la fille et l'amie de mon frère ; d'être correct envers tous dans ma conduite, prudent dans mes actions, modéré dans mes paroles, sobre dans mes goûts, juste dans mes allégations, équitable dans mes décisions, honnête dans mes procédés, fraternel, généreux, charitable pour tous les hommes, spécialement pour mes frères. Je promets d'obéir à mes supérieurs en tout ce qui sera prescrit pour le bien et qui se rapporte à l'Ordre, auquel je déclare mon adhésion pour la vie. Je promets d'être discret, impénétrable sur tout ce qui me sera confié, de ne jamais écrire, dessiner, peindre, graver, ou faire quoi que ce soit qui puisse provoquer sa divulgation. Si je manque à mon serment, je consens à ce qu'on m'arrache la langue, qu'on
me coupe la gorge...
Plus ou moins de la même teneur sont les serments utilisés par les maçons espagnols au début du XIXe siècle, et qui sont conservés dans les Archives du Palais, parmi les papiers réservés de Ferdinand VII.

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