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Hauts Grades

Conseils du Coeur à ceux qui se laissent envahir par la colère

4 Décembre 2013 , Rédigé par Dalaï Lama Publié dans #spiritualité

Quand nous sommes sous l’emprise de la colère ou de la haine, nous ne nous sentons pas bien, ni physiquement ni mentalement. Tout le monde s’en rend compte et personne n’a envie de rester avec nous. Même les animaux nous fuient, à part les puces et les moustiques qui ne veulent que notre sang ! Nous perdons l’appétit, nous ne dormons pas, nous attrapons parfois des ulcères, et si nous sommes continuellement dans cet état nous raccourcissons sûrement le nombre d’années qu’il nous reste à vivre.
À quoi bon ? Même si nous allons jusqu’au bout de notre rage, nous n’éliminerons jamais tous nos ennemis. Connaissez-vous quelqu’un qui y soit parvenu ? Tant que nous hébergeons en nous cet ennemi intérieur qu’est la colère, ou la haine, nous aurons beau détruire nos ennemis extérieurs aujourd’hui, d’autres surgiront demain.
Nos véritables ennemis sont les poisons mentaux : l’ignorance, la haine, le désir, la jalousie, l’orgueil. Ce sont les seuls capables de détruire notre bonheur. La colère ou la haine, en particulier, sont la cause d’un grand nombre des malheurs de ce monde, depuis les querelles familiales jusqu’aux plus grands conflits. Elles rendent invivables n’importe quelle situation plaisante. Aucune religion ne vante leurs vertus. Toutes mettent l’accent sur l’amour et la bienveillance. Il suffit de lire les différentes descriptions de paradis pour se rendre compte qu’on y parle de paix, de beauté, de jardins exquis, de fleurs, mais jamais, que je sache, de conflits ni de guerres. On n’accorde donc à la colère aucune qualité.
Que faire de la colère ? Pour certains, elle n’est pas un défaut. Ceux qui n’ont pas l’habitude d’observer leur esprit pensent qu’elle fait partie de la nature, qu’il ne faut pas la réprimer mais au contraire l’exprimer. Si c’était vrai, il faudrait aussi dire que l’ignorance ou l’illettrisme font partie de notre esprit, puisqu’en naissant nous ne savons rien. Pourtant nous faisons tout pour les éliminer, et personne ne proteste que ce sont des choses naturelles auxquelles il ne faut rien changer. Pourquoi alors ne pas vouloir de faire de même avec la haine ou la colère, qui sont beaucoup plus dévastatrices ? Cela vaut certainement la peine d’essayer.
Il faut du temps pour apprendre et il est impossible de tout connaître, mais il est bon de devenir un peu moins ignorant. De même, il est difficile de se débarrasser pour toujours de la colère, mais si l’on y parvient dans une certaine mesure, le résultat en vaut la peine. Vous pouvez bien sûr me répondre que ça ne regarde que vous, que ce n’est pas mon problème ! (Éclat de rire.)
Les psychologues vous diront peut-être qu’il ne faut pas refouler un sentiment comme la colère, qu’il faut l’extérioriser. En tout cas, ils ne vous diront pas qu’il faut le rechercher ou le développer. Apprenez à voir les défauts de la colère, et même si vous pensez toujours qu’elle fait partie de votre esprit, vous ne pourrez pas vous empêcher de conclure qu’il vaut mieux vous en passer.
Évitez autant que possible les situations qui provoquent chez vous une réaction violente. Si elles se présentent malgré tout, essayez de ne pas vous emporter. Si vous rencontrez quelqu’un qui a le don de vous irriter, efforcez-vous d’oublier cette particularité fâcheuse et considérez cette personne sous un autre angle.
Ceux que nous prenons pour des ennemis ne nous sont pas hostiles dès leur naissance. Ils le deviennent à la suite d’un certain nombre de pensées et de comportements. On les étiquette alors « ennemis ». Si leur attitude envers nous change du tout au tout, ils deviennent des « amis ». Une seule et même personne pourrait donc être un jour « ennemi » et un autre jour « ami ». C’est absurde.
Distinguez bien entre la personne et son attitude momentanée. Ne réagissez pas contre quelqu’un, mais contre une émotion ou un comportement. Rejetez tout désir de nuire à l’individu lui-même. Essayez de l’aider à changer, faites-lui le plus de bien possible. Si vous vous contentez de mettre fin à ses actes tout en manifestant de l’amour, il y a des chances pour qu’il cesse de se comporter en ennemi. Il deviendra peut-être votre ami.
Vous n’avez pas à tolérer le mal qu’on vous fait, à vous ou à d’autres. Combattez-le, mais ne haïssez pas son auteur, ne vous emportez pas contre lui, ne cherchez pas à vous vengez. Ainsi votre réaction ne sera pas en revanche, une colère en réponse à une autre colère. C’est cela, la véritable patience. Il est difficile de réagir de manière juste sous le coup de la rage. Oubliez donc votre rage.
Récemment, alors que j’étais à Jérusalem, j’ai assisté à un débat entre étudiants israéliens et palestiniens. À la fin, un Palestinien a pris la parole pour dire que tout allait bien maintenant, pendant qu’ils dialoguaient, mais une fois qu’ils étaient dans la rue c’était différent. Quand la police israélienne les arrêtait, ils étaient furieux et percevaient les Israéliens comme des ennemis. Il se demandait que faire. Ils en ont discuté et l’idée a surgi de considérer l’autre comme une « image de Dieu ». Un des étudiants a déclaré : « Chaque fois que vous êtes en face d’un homme qui vous fait du tort, quel qu’il soit, pensez que cet homme est une image de Dieu et votre colère disparaîtra. » N’est-ce pas une bonne idée ? Pour ma part, je la trouve excellente.
Si vous avez foi comme eux dans une religion et que vous appliquez cette méthode à votre façon, votre colère diminuera naturellement. Quelqu’un m’a écrit que lorsqu’il méditait, l’image du Dalaï-Lama lui venait à l’esprit et que cela lui faisait beaucoup de bien. Maintenant, quand il se met en colère, il pense à moi et la colère disparaît. Je ne sais pas si ma photo a le pouvoir d’apaiser la colère. (Rire.) Je pense plutôt que lorsque la colère surgit soudain en nous, si au lieu de nous focaliser sur l’objet qui la provoque nous pensons à quelqu’un ou quelque chose que nous aimons, notre esprit s’apaise, au moins dans une certaine mesure. Songez par exemple à l’homme ou à la femme dont vous êtes amoureux. Votre esprit sera distrait et, comme on dit, « deux pensées ne peuvent pas surgir simultanément ». Notre esprit prend automatiquement la direction de la nouvelle image, pourvu qu’elle soit plus forte. Celle que nous avions juste avant disparaît. Elle devient provisoirement discrète, mais prenez garde à ne pas lui redonner vie par la suite. Rappelez-vous ses effets désastreux.
Je dis souvent qu’en cédant à la colère nous ne faisons pas nécessairement du tort à notre ennemi, mais en revanche nous nuisons à coup sûr à nous-même. Nous perdons notre paix intérieure, nous ne faisons plus rien correctement, nous digérons mal, nous ne dormons plus, nous repoussons nos visiteurs, nous lançons des regards furieux à ceux qui ont l’audace d’être sur notre passage. Si nous avons une animal de compagnie, nous ne pensons plus à lui donner à manger. Nous rendons la vie impossible à ceux qui habitent avec nous et nous éloignons même nos amis les plus chers. Comme ceux qui compatissent sont de moins en moins nombreux, nous sommes de plus en plus seul.
Quant à notre ennemi supposé, il est peut-être tranquillement assis chez lui. Si un jour nos voisins lui racontent ce qu’ils ont vu ou entendu, il s’en réjouira. S’il entend dire : « Il est vraiment malheureux, il a perdu l’appétit, sa mine est défaite, ses cheveux sont ébouriffés, il dort mal, il prend des tranquillisants, plus personne ne vient le voir, même son chien n’ose plus l’approcher et n’arrête pas de hurler », il sera ravi. Et s’il apprend qu’on a dû nous emmener à l’hôpital, le voilà comblé !
Se mettre en colère n’a pas de sens. Si votre but était vraiment de punir votre ennemi, il valait mieux rester calme et réfléchir tranquillement au sort que vous alliez lui réserver ! (Rire.)

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