Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Cosmogonie : « Frère Expert, faites apparaître les trois grandes lumières »

24 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Le frère Expert se lève et, avant de tracer le tableau de loge qui va achever la préparation matérielle de la loge, il ouvre le Livre de la Loi Sacrée au Prologue de Jean :

« Au commencement était le Verbe,
le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était proche de Dieu.
Tout a existé par Lui et rien de ce qui existe n’a existé sans Lui.
En Lui était la Vie des Hommes et la Vie était la Lumière des Hommes.
La Lumière brille dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas connue
. »


Nos travaux se déroulent sous le patronage de Jean et de ce texte cosmogonique tiré du Livre de la Loi Sacrée.
Toutes les traditions possèdent un mythe qui raconte la création de l’univers et explique sa fin. Depuis l’océan de lait de Brahmâ jusqu’au Pancréator orthodoxe ou le serpent à plumes aztèque, toutes les cultures racontent un mythe de genèse explicatif de l’état actuel du monde et qui comporte des indications sur sa fin possible, probable ou certaine.
Ces cosmogonies inspirent les monuments qui nous sont parvenus : soit des observatoires astronomiques pour suivre la cosmogonie en marche comme à Stonehenge, soit des monuments reconstituants la cosmogonie elle-même dans la pierre comme à Angkor, soit des livres de pierre racontant cette cosmogonie comme nos cathédrales.
L’humanité se partage entre ceux qui pensent avec Jacques Monod, que la Vie est due au hasard et à la nécessité et ceux qui croient que l’univers a un sens.
Nous autres, maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, pensons que l’univers a un sens et que ce sens lui est donné par un Principe supérieur que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers.
Cette appellation marque notre volonté de ne pas l’identifier à un dogme et permet à chacun d’avancer à son rythme sur le chemin de sa propre compréhension de la transcendance depuis la figure d’un dieu révélé jusqu’à l’abstraction d’un principe mathématique.
Notre article 1er de la Déclaration de principes de la Grande Loge de France dit explicitement : « La GLDF travaille à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. »
Cette invocation qui consacre nos travaux, c’est-à-dire qui les rend sacrés, doit ramener à notre conscience, si nous l’avions oublié, que nous sommes des ouvriers qui travaillent sur un plan, et qui dit plan dit finalité. Finalité qui nous échappe et nous échappera jusqu’à l’orient éternel, mais finalité qui nous impose en permanence la recherche de notre propre amélioration afin d’être le meilleur ouvrier possible, car il est plus facile de faire son devoir que de le connaître.
Ce n’est que dans la perspective de cette finalité que la fraternité, fondement de notre ordre initiatique et traditionnel, offre sa véritable dimension.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu …. »

Ce « commencement » temporel et éternel ouvre le déploiement d’une Cosmogonie qui se poursuit encore aujourd’hui et que viendra clore l’Apocalypse du même Jean.
Commençons par l’étymologie : cosmos vient du grec kosmos que nous traduisons rapidement par monde ou univers mais qui veut d’abord dire « ordre » et « beauté », et gonie qui veut dire génération au sens d’enfantement. La cosmogonie est donc l‘enfantement dans la Beauté de l’ordre universel. Une sorte d’abrégé de notre devise « Ordo ab Chaos »
Voyons d’abord ce que la science, la physique fondamentale, l’astrophysique peuvent dire aujourd’hui sur la cosmogonie, sur la création de notre univers.
La théorie du Big Bang initial reste, pour le moment, majoritairement reconnue comme étant la plus probable, même si, comme toutes les théories, elle a ses détracteurs. Cela se serait passé il y a entre treize et quinze milliards d’années. Depuis, selon une complexité croissante, la vie en est arrivée sur notre planète au stade humain.
Tous les astrophysiciens sérieux professent que les statistiques nous obligent à concevoir que la Terre n’est pas la seule planète habitée par la vie dans la Voie Lactée, notre galaxie, et à fortiori dans l’Univers. Ces mêmes statistiques nous obligent également à admettre que l’évolution intellectuelle et technologique de l’humanité n’est pas un étalon absolu et que d’autres intelligences peuvent fort bien se trouver à d’autres stades plus ou moins élevés.
L’évolution de l’Univers a deux fins possibles : soit l’expansion infinie avec un refroidissement constant, soit une inversion de l’expansion en cours vers un Big Crash final. Le choix est entre les deux scénarii est entre les mains (si j’ose dire) d’une particule élémentaire appelée neutrino : si cette particule a une masse, même infinitésimale, alors la Loi d’attraction impose un ralentissement progressif puis un retour vers le point de départ : c’est le scénario du Big Crash qui prévaut aujourd’hui.
Car il semble bien que ce neutrino ait effectivement une masse et qu’après une période d’expansion toujours actuelle, il y aura une période de contraction. Les anciens Védas indous appellent cette alternance : la respiration de Brahmâ.
Depuis les années 1905-1910, deux grandes théories s’affrontent dans l’explication physique de l’Univers : la théorie d’Einstein de la Relativité générale et celle de Planck, la théorie quantique.
Je ne rentrerais pas dans l’explication de ces théories, mais je rappelle seulement qu’elles se sont combattues par physiciens interposés pendant 60 ans comme étant irréductibles l’une à l’autre.
En fait, le statu quo s’est organisé dans une répartition des territoires : à Einstein, la physique subatomique et à Planck, la physique infra atomique.
Mais en 1962, un mathématicien et physicien français, Jean Charon publie « Eléments d’une théorie unitaire de l’Univers » puis en 1974 « Théorie de la Relativité complexe ». S’en était fait de la guerre entre les 2 théories même si, comme à l’accoutumée, des escarmouches continuent en arrière garde.
Charon et d’autres à sa suite avaient réussi à fondre les deux visions en une théorie unitaire. La clef leur avait été donnée par l’étude des trous noirs. Un trou noir apparaît (si j’ose dire puisqu’il est invisible) quand une étoile massive s’effondre sur elle-même au point de contraindre les éléments constitutifs de l’atome, protons, neutrons et électrons à s’agglutiner les uns contre les autres. Cette monstrueuse contraction crée un objet d’une densité telle qu’il crève littéralement l’espace-temps pour disparaître ne laissant dans l’univers que la trace de son emplacement sous forme d’un point d’attraction infinie capable de tout avaler y compris … la lumière ! Ce pourquoi il devient invisible.
Mais si cette étoile a disparu à nos yeux en trou noir, elle existe toujours, mais …… ailleurs et c’est l’étude de cet « ailleurs » qui a permis à Charon de construire sa théorie. Ses publications ont été saluées comme des avancées éminentes de la physique fondamentale, et on commença même à parler de Prix Nobel, jusqu’à ce qu’il publie d’autres ouvrages dont certains de vulgarisation sur les conséquences de sa théorie, en particulier sur l’électron.
En faisant court, l’électron est un trou noir à la taille des particules élémentaires : il est éternel, invisible, n’a pas de masse, accroît son énergie sans jamais en perdre, et interagit avec ses voisines avec lesquelles il peut échanger des informations. Comble du paradoxe, ils peuvent échanger entre eux des informations instantanément quelle que soit la distance qui les sépare, ce qui va à l’encontre du tabou de la vitesse limite de la lumière.
Tous ces développements ont amené Jean Charon à conclure que l’électron manifestait des caractéristiques en tout point semblables à celles que l’on prête à l’Esprit : immortalité, accroissement constant d’organisation, réalité d’un autre niveau mais interagissant avec le nôtre, etc … L’électron participe temporairement à des structures vivantes que la mort détruit sans que lui-même soit altéré le moins de monde.
Je vous laisse à penser le sort que ces collègues scientifiques lui réservèrent. Pourtant ses publications scientifiques continuent à faire autorité car personne ne peut, pour le moment, trouver de faille dans ses raisonnements.
Les trous noirs et l’électron nous démontrent donc scientifiquement qu’il existe un « ailleurs » où nos lois physiques classiques sont inversées, temps, espace, entropie, vitesse de communication pour ressembler curieusement à un univers spirituel.
Laissons maintenant un instant la science avec notre côté Soleil pour laisser parler la Lune et notre imaginaire nourri de ces informations scientifiques et des mythes de la Tradition.
Toutes les traditions racontent une histoire ou plus exactement l’Histoire du Monde avec un H. Ces mythes sont parfois traités avec un mépris à peine déguisé par des têtes bien pensantes au nom de la réalité cognitive : tout ce fatras ne serait qu’une tentative d’explication anthropomorphique pour compenser notre peur de mourir.
Cela n’a jamais été pas mon sentiment personnel et encore moins mon sentiment de maître maçon.
Tous ces mythes parlent du GADLU et de l’Univers, le sien et le nôtre. Or quelle que soit notre envie, nous ne pouvons employer que des mots d’homme ; même ce que nous appelons l’abstraction mathématique est encore anthropomorphique. A chacun d’entre nous de trouver l’idée derrière le mot.
Pour aller plus loin, je vous propose un songe qui pourrait avoir été celui d’Hiram et qui combine dans une forme que j’espère maçonnique les grandes traditions spirituelles. Et souvenez-vous que pour approcher l’indicible, le seul outil qui vaille est le symbolisme.
Imaginez, si vous le pouvez, le Néant, sans lumière, ni forme, ni temps, ni son.
C’était il y a très, très longtemps : 15 milliards d’années.
Le GADLU sortait doucement de sa rêverie car le moment était proche. La montée de Son désir devenait trop forte. Il savait que toute Sa sagesse allait vouloir répondre à la Force qu’il sentait monter en Lui.
Une énorme pulsion de volonté L’amena à se contracter pour créer un espace de vide suffisant afin d’accueillir la Beauté d’un nouveau cycle de croissance.
Il savait déjà combien l’extase de la création allait engourdir Sa conscience ; Il vibrait doucement au bonheur à venir des fusions futures.
Sa volonté se fixa tout entière sur Son désir et Il S’abandonna au déchaînement de la jouissance pure.
La Lumière vibrante envahit tout le Vide et partit à la rencontre du Néant. Le flamboiement s’accompagna d’une fantastique chaleur dans laquelle rien n’existait en densité.
La violence de l’acte créateur, la puissance infinie de la sensation, les torrents de Lumière accompagnant la Force de Son cri d’Amour lancèrent à nouveau des myriades de semences hors de lui dans l’espace ainsi créé.
Ces graines inconscientes, ces éons, incandescents tourbillonnaient, se déployant toujours plus loin, s’écartant peu à peu l’une de l’autre, s’éloignant de Lui.
Lui, comblé, engourdi, radieux voyait ce nouvel univers insouciant de sa quête pourtant déjà commencée, s’épanouir en corolles étincelantes et colorées.
Lentement avec l’éloignement, la chaleur diminua et les Lumières se séparèrent : l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur.
Les éons nouveaux nés sortirent de leur torpeur et s’identifièrent aux premiers grains de matière que leur inertie avait fait apparaître.
Alors cherchant sans savoir quoi, ils se rapprochèrent, se connurent, s’agglutinèrent, élaborant ensemble des machines à apprendre.
Ils s’organisèrent selon les règles de la Vie qu’Il avait données, écartelés sans encore le comprendre entre une vague nostalgie et un espoir fou. Toute leur recherche tendue vers ce manque impossible à qualifier qui pourtant les empêchait de rester immobiles.
Lui attendait, disponible, aimant, et attentif.
Avec lenteur d’abord, puis de plus en vite, les éons remontaient l’échelle de Lumière : sidéral, élémental, minéral, végétal, animal.
Chaque expérience rendait la quête plus nécessaire, plus impérieuse, leur désir plus fort et la nature de ce désir plus proche et pourtant encore si mystérieuse.
Les formes périssables qu’ils élaboraient les obligeaient à perdre périodiquement leur support matériel et à expérimenter la peur de la Mort.
Cette Mort les replongeait momentanément dans un état de conscience pur proche du Sien et cependant toujours voilé.
Mais toujours le ressort du désir les poussait plus loin sans s’attarder.
Peu à peu, leur conscience engourdie s’éveillant, des échos lointains leur laissaient à penser qu’une autre réalité était possible ou même nécessaire : « Chimères ! Avancez » disaient les marchands, « A genoux ! Craignez la colère des Dieux ! » disaient les prêtres.
Mais ils continuaient à travailler en plus grand nombre dans des ensembles chaque jour plus complexes qui leur permettraient de mieux avancer et d’accroître encore et encore leur niveau de conscience.
Les galaxies, les systèmes planétaires se pliaient à leur recherche.
Ils travaillaient en groupes, les plus éveillés aidant leurs voisins les plus proches avec qui ils avaient depuis longtemps l’habitude d’échanger.
Ils essayent maladroitement à travers ces échanges d’apaiser le besoin secret qui les taraudait.
Des écoles s’organisaient en créant en leur sein des synergies plus profitables pour calmer leur tension intérieure.
Puis, un jour, un éon recouvrit sa mémoire: il se tourna vers Lui et Lui sourit. Il se leva parmi les siens et dit « : « L’Esprit est ». Alors la quête consciente commença.
Ce premier fut suivi par un second puis un troisième, un quatrième ……
Ensemble s’épaulant, ils conçurent de nouveaux cénacles pour aider ceux qui étaient prêts à retrouver la mémoire plus vite, à aimer plus vrai.
Ces cercles se remplirent et d’autres furent nécessaires.
Les marchands essayent périodiquement de ralentir ce mouvement, de fermer les écoles, de tuer les meneurs, mais rien n’y faisait : leur ardeur était Sa joie, leur prière Son attente.
De temps en temps, l’un d’eux se levait pour parler de Son amour : certains pleuraient de joie, d’autres riaient.
Le jour arriva où leur amour fut suffisant : la dispersion se ralentit et s’inversa : le retour avait commencé.
Chaque fois qu’ils le pouvaient, les éons fusionnaient dans un éclair de Lumière pour rendre visible cette puissance de l’Amour. Et chaque fois, ils se rapprochaient davantage de Lui pour mieux Le connaître.
Peu à peu, les galaxies revenaient du fond de l’espace vers Lui en chantant. Chaque fusion accélérait le mouvement.
Puis, la Lumière intérieure réapparut, vibrante, scintillante. Le chœur de Ses proches se fit entendre de tous.
Enfin, quand ils furent tous prêts, en Paix jusqu’au dernier, unis dans leur chant d’Amour, Il les accueillit dans un appel prodigieux et tandis qu’ils plongeaient avec Joie dans Sa Conscience, Sa Sagesse Dilatée contemplait l’Univers se refermer en Lui.
J’espère que cette évocation poétique puisée dans diverses cosmogonies traditionnelles ne vous a pas lassés.
J’arrête là mon travail qui n’avait d’autres buts que de proposer à l’atelier de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et sa place dans l’univers.
Pour clore ce songe, je vous propose une citation d’un maître soufi :
« Quand j’ouvre les yeux, j’observe ma petitesse face à l’univers, mais lorsque je ferme les yeux, je vois l’univers en moi. »

V.M. et vous tous mes frères, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Partager cet article

Commenter cet article