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Hauts Grades

Création glorieuse et forme d'apparence matérielle (1)

25 Octobre 2012 , Rédigé par x Publié dans #spiritualité

Tout est gloire dans la création. Ou plutôt devrions-nous dire que tout fut originellement créé par la gloire divine, et pour manifester la gloire divine, et que consécutivement tout fut originellement créé dans un état glorieux. Tout, c'est-à-dire les entités spirituelles émanées du sein de la divinité, puis la création qui suivit la prévarication des premiers esprits et enfin l’homme. Ainsi Martinès de Pasqually commence-t-il son traité par les mots suivants : « Avant le temps, Dieu émana des êtres spirituels, pour sa propre gloire, dans son immensité divine. » (Traité, 1)

Mais qu’entend-on au juste par gloire divine ? Pour bien comprendre les écrits des auteurs du XVIIIème siècle il est important de saisir et manipuler le mieux possible la langue de cette époque. Aussi nous irons chercher dans le Dictionnaire de Trévoux (1771) le sens précis de différents termes repris dans cette étude afin de respecter au plus près la pensée et l’intention de l’auteur du Traité de la réintégration, sans la déformer par des concepts modernes n’ayant pas cours à son époque. Ainsi, nous reportant audit dictionnaire, nous notons au mot gloire : « se dit encore de la Majesté divine, de la splendeur qui marque sa puissance et sa grandeur infinie. (…) Les théologiens on distingué dans lui [Dieu] deux sortes de gloire ; l’une qu’ils appellent interne, qu’ils font consister dans l’infinité de ses perfections ; et l’autre externe, qu’ils font consister dans la manifestation de ses attributs. C’est dans ce sens qu’ils ont dit que Dieu avait créé le monde pour sa propre gloire. » Enfin, une signification subsidiaire, mais interpellante : « se prend encore pour ornement ». Ainsi Martines écrit-il :

« Ces premiers chefs [premiers esprits émanés] avaient une connaissance parfaite de toute action divine, puisqu'ils n'avaient été émanés du sein du Créateur que pour être moins [sic pour témoins] face à face de toutes les opérations divines de la manifestation de sa gloire. » (Traité, 3)

La gloire consistant en la manifestation des attributs divins, toute la création doit alors témoigner de la puissance et de la majesté divine. Et puisque Dieu crée pour sa propre gloire, toute la création est nécessairement remplie de cette gloire divine. Et de même, au coeur de cette création, l’homme n’est pas en reste puisque bien qu’émané postérieurement à la prévarication des premiers esprits, sa gloire et sa grandeur n’en furent aucunement amoindries, bien au contraire :

« Aussi la forme dans laquelle Adam fut placé était purement spirituelle et glorieuse, afin qu'il pût dominer sur toute la création, et exercer librement sur elle la puissance et le commandement qui lui avaient été donnés par le Créateur sur tous les êtres. » (Traité, 47)

Et encore :

« Il [le mineur] avait les mêmes vertus et puissances que les premiers esprits ; et quoiqu'il ne fût émané qu'après eux, il devint leur supérieur et leur aîné par son état de gloire et la force du commandement qu'il reçut du Créateur. (…) C'était dans cet état qu'il devait manifester toute sa puissance pour la plus grande gloire du Créateur en face de la création universelle, générale et particulière (…) Adam, dans son premier état de gloire, était le véritable émule du Créateur. » (Traité, 6)

Quel éclairage et quelle révélation ! Ainsi, l’homme par sa constitution glorieuse autant que par ses attributs étendus, est considéré comme émule, c'est-à-dire encore selon Le Trévoux « regardé comme étant d’un mérite égal ». Nous ne suivrons pas cette définition à la lettre, ne pouvant estimer les vertus et puissances de l’homme égales à celles de son créateur – l’homme ne devant son existence qu’à l’amour de Dieu qui est l’action de création divine, mais conclurons cependant que l’homme était à l’image et à la ressemblance du Créateur. Nous soulignerons aussi que, Dieu étant toute gloire et n’ayant d’autre limite que cette gloire qui inonde toute émanation et toute création – c'est-à-dire aucune limite - la forme glorieuse de l’homme, son corps de gloire, participe pleinement de l’image divine. Et cette image est aussi similitude de mode d’action et d’opération par la puissance créatrice donnée au premier homme-Dieu :

« Adam avait en lui un acte de création de postérité de forme spirituelle, c'est-à-dire de forme glorieuse, semblable à celle qu'il avait avant sa prévarication : forme impassive et d'une nature supérieure à celles de toutes les formes élémentaires. » (Traité, 22)

De même toute la création est image du Créateur : « Il est appelé Créateur, parce que de rien il a tout créé, et que toute sa création provient de son imagination ; et c'est parce que sa création provient de son imagination pensante divine qu'elle est appelée image. » (Traité, 116). Aussi pouvons-nous déduire de ce qui précède que toute la création est glorieuse ou plutôt inondée de la gloire du Créateur. Toute, pourra-t-on alors objecter en se référant à la création universelle (l’univers), générale (la terre) et particulière (les habitants de la terre et des cieux) ? N’est-il pourtant pas dit par Martinès que :

« Ces premiers esprits ayant conçu leur pensée criminelle, le Créateur fit force de loi sur son immutabilité en créant cet univers physique, en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers avaient à agir, à exercer en privation toute leur malice. » (Traité, 6)

Il y a ici une opposition apparente à notre affirmation qu’il nous faut relever et expliquer. L’univers physique d’apparence matérielle semble, d’après le précédent passage du Traité, avoir été créé dès la prévarication des premiers esprits, mais aussi avant l’émancipation de l’homme et sa propre chute :

« L'homme ne fut émané qu'après que cet univers fut formé par la Toute-puissance divine pour être l'asile des premiers esprits pervers et la borne de leurs opérations mauvaises, qui ne prévaudront jamais contre les lois d'ordre que le Créateur a donné à sa création universelle. » (Traité, 6)

Cette création, qualifiée comme étant « en apparence de forme matérielle », ne peut donc pas être glorieuse, objectera-t-on pertinemment. Martinès ajoute d’ailleurs :

« Tout ce qui les distingue [forme glorieuse et forme de matière apparente], c'est que la première était pure et inaltérable, au lieu que celle que nous avons présentement est passive et sujette à la corruption. » (Traité, 23)

Mais regardons de plus près et poursuivons dans le texte :

« C'est en réfléchissant sur un état si glorieux [le sien] qu'Adam conçut et opéra sa mauvaise volonté au centre de sa première couche glorieuse que l'on nomme vulgairement : paradis terrestre, et que nous appelons mystérieusement : terre élevée au-dessus de tout sens. (…) Cette couche spirituelle, dans laquelle le Créateur plaça son premier mineur, fut figurée par 6 et une circonférence. Par les six cercles, le Créateur représentait au premier homme les six immenses pensées qu'il avait employées pour la création de son temple universel et particulier. Le septième, joint aux six autres, annonçait à l'homme la jonction que l'esprit du Créateur faisait avec lui pour être sa force et son appui. » (Traité, 22)

Ainsi, si comme le dit Martinès, l’homme que nous savons avoir été émancipé au centre de l’univers, était alors placé au centre d’une couche glorieuse, toute spirituelle, « pour agir dans toutes ses volontés sur les formes corporelles actives et passives (Traité, 6) », cette couche glorieuse, figurée par six cercles relatifs aux six pensées du Créateur, devait alors être semblable dans sa substance à l’ensemble de la création considérée comme image de ces six pensées. Aussi, cette création primitive, résultat direct et immédiat de l’opération des six pensés divines, ne pouvait-elle être matérielle et n’avait encore que l’apparence de forme matérielle, apparence de forme conçue dans la pensée divine.

Cette création, que nous appelons primitive, bien que devant présenter en elle toutes les formes corporelles imaginées par Dieu et contenues dans les six pensées du Créateur, n’était donc pas encore la création corporelle d’apparence matérielle. Les essences spiritueuses - innées dans les esprits ternaires détachés dans l’axe feu central consécutivement à la prévarication des premiers esprits - furent originellement produites par ces esprits inférieurs et mineurs ternaires de façon indifférenciée, constituant ainsi un chaos dans le matras philosophique ou matrice vierge de création. Ce chaos, par la densité des essences spiritueuses indifférenciées qui le composaient, constituait déjà l’espace sur lequel les esprits prévaricateurs déchus et chassés de l’immensité divine pouvaient exercer leur action maléfique et ténébreuse. Cette action était par ailleurs limitée dans ses effets par la barrière spirituelle que composaient les esprits ternaires rassemblés en un axe feu central qui sépare la création primitive de l’immensité surcéleste et divine et protège ainsi tous leurs habitants spirituels de toute souillure de ténèbres.

Par son intention 1. sa volonté 2. et sa parole 3. le Créateur enfanta alors l’action 4. - qui est le Verbe de création - et imprima ainsi ses six pensées divines dans le chaos. Ce Verbe de création, centre du ternaire d’intention, de volonté et de parole, exprime réellement les six pensées divines de création par le nombre 6 qui est la somme de ce ternaire par 1+2+3. Par ce ternaire dont il est le centre, le Verbe du Créateur détient une puissance ternaire créatrice qu’il imprime alors sur le chaos sous la forme d’un triangle qui modèle ainsi toute forme apparente à l’intérieur dudit chaos. Chaque forme a donc pour base ce ternaire que nous représentons aussi par soufre, sel et mercure ou les trois principes de création.

C’est ce qui nous est conté dans la Genèse, par l’image de la Sagesse divine flottant au-dessus des eaux du chaos et les ordres du Créateur qui sont Verbe de création : « La terre n’était que chaos et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait au-dessus de l’eau. Dieu dit : « Qu’il y ait de la lumière ! » et il y eut de la lumière. »[1]L’abîme est entendu suivant Martinès comme le lieu de privation dans lequel ont été précipités les esprits déchus et sur lequel ceux-ci opèrent leurs actions ténébreuses.

« Et c'est pour avoir tenté cette opération opposée aux lois immuables de l'Eternel Créateur, que les démons se trouvent n'avoir d'autre puissance que cette puissance quinaire de confusion, et qu'ils sont précipités dans les abîmes de la privation divine pour une éternité. » (Traité, 240)

Ce lieu est dit de privation car étant coupé de l’immensité surcéleste, dans laquelle opèrent les esprits restés fidèles ou encore nouvellement émanés du sein du Créateur, ainsi que de l’immensité divine. Ces abîmes, qui sont l’espace des eaux inférieures et chaotiques, sont dites ténébreuses car séparées de l’immensité surcéleste, appelée aussi eaux célestielles, par l’axe feu central des esprits ternaires qui composent ensemble un voile épais à la lumière divine ; de même qu’elles ne sont pas encore illuminées par la gloire du Verbe de Création qui doit y être enfanté. Ainsi, de par cette privation nous pouvons dire que ce voile constitue pour les esprits déchus de véritables ténèbres, enveloppant les abîmes qui ne sont pas encore chaos organisé. Martinès ne fait ici que restituer, sous la forme particulière qui est la sienne, l’exégèse des Pères de l’Eglise. Nous reprenons ici les enseignements de Saint Basile le Grand et Saint Grégoire de Nysse relatifs aux six jours de la création dans deux citations qu’il nous est apparu important de reproduire malgré leur longueur :

« Nous disons donc que les ténèbres ne sont pas par elles-mêmes une substance, mais une certaine disposition de l’air provenant de la privation de lumière. Mais de quelle lumière un endroit du monde s'est-il trouvé tout-à-coup privé, en sorte que les ténèbres étaient répandues sur les eaux? Faisons réflexion que s'il existait un monde avant ce monde sensible et corruptible, il était sans doute dans la lumière: qu'en effet, ni les puissances angéliques, ni les armées célestes, ni en général les êtres raisonnables et les esprits exécuteurs de la volonté de Dieu, ceux qui ont un nom parmi nous comme ceux qui n'en ont pas, n'étaient dans les ténèbres, mais menaient une vie conforme à leur nature, dans la lumière et dans une joie spirituelle (…) Si les réprouvés sont envoyés dans les ténèbres extérieures, ceux qui ont fait des actions dignes de la récompense possèdent le repos dans une lumière surnaturelle, cette lumière dont Salomon dit : La lumière est pour les justes à jamais (Prov. 13, 9). Rendons grâces, dit Saint Paul, à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints, c'est-à-dire, à la lumière (Col. 1, 22). Si les réprouvés sont envoyés dans les ténèbres extérieures, ceux qui ont fait des actions dignes de la récompense possèdent le repos dans une lumière surnaturelle.»

Et aussi :

« La séparation des eaux opérée par l’interposition du firmament, d’une part n’est pas incompatible avec cette façon de voir, d’autre part s’enchaîne logiquement si l’on considère l’Ecriture. Le texte de l’Ecriture enchaîne en effet, après avoir parlé de la terre : une ténèbre était au-dessus de l’abîme et l’Esprit de Dieu était porté au-dessus de l’eau. Nous pouvons conjecturer que l’Esprit de Dieuest aussi loin d’être ténèbre qu’il est étranger à tout mal et on peut citer à ce propos mille paroles de la Sainte Ecriture : Dieu est lumière véritable et habite une lumière inaccessible ; l’Esprit de Dieu est par sa nature ce qu’est Dieu lui-même ; si dieu et l’Esprit ont une seule et même nature et si Dieu est lumière, il faut bien conclure que l’Esprit de Dieu aussi est lumière ; d’autre part la lumière met immanquablement dans la lumière ce sur quoi elle est portée. Donc l’eausur laquelle l’esprit de Dieu était porté était immanquablement dans la lumière et à l’abri de l’ombre, et ce qui n’était pas dans la ténèbre n’avait absolument pas besoin d’un être qui l’illuminât.

Si ces idées sont recevables, l’eau sur laquelle l’Esprit de Dieu était portéest autre chose que la nature portée à descendre des eaux qui coulent ici-bas ; elle est séparée par le firmament de l’eau pesante et portée à descendre. Si est également nommée eau par l’Ecriture cette substance dont nous conjecturons, en élevant le niveau de notre étude, qu’elle désigne le plérôme des puissances intelligibles, il ne faut pas qu’on se laisse abuser par l’homonymie. Car aussi bien Dieu est un feu dévorant, mais le terme est exempt la signification matérielle du mot feu. Donc, comme quand tu entends dire que Dieu est un feu, tu penses qu’il est autre chose que le feu d’ici-bas, de même quand tu reçois l’enseignement d’une eau soumise à l’Esprit de Dieu, tu ne dois pas penser qu’il s’agit d’un élément porté à descendre qui vient s’écouler sur la terre ; car l’Esprit de Dieu n’est pas porté sur les êtres terrestres et instables.

Donc, afin d’éclairer cette pensée et de la rendre plus claire, nous reprendrons avec concision le sens de ce que l’Ecriture a dit : le firmament, qui a été appelé ciel, est la limite de la partie sensible de la création. Ce qui la remplace au-delà de cette limite, c’est la création intelligible, dans laquelle il n’y a ni forme, ni grandeur, ni position en un lieu, ni mesure par intervalles, ni couleur, ni figure, ni quantité, ni aucune autre des choses visibles sous le ciel (…) Donc lorsque j’entends le mot abîme dans l’Ecriture, je dis qu’est désignée la masse des eaux car c’est ainsi que le définit aussi le psaume : les abîmes furent troublés, masse du retentissement des eaux ; et lorsque j’entends la ténèbre qui l’accompagne, je pense que c’est que la puissance lumineuse qui réside dans la nature des êtres n’est pas encore apparue.»

A l’opposé de cela, l’Esprit de Dieu, ou Sagesse divine, flottait au-dessus des eaux célestielles, c'est-à-dire inondait de sa lumière et de sa gloire l’immensité surcéleste où résident les intelligences et tous les ordres et classes angéliques. Martinès l’Ecriture Sainte en mentiponnant : « Ainsi flottait l’esprit divin avant qu’il séparât la lumière d’avec les ténèbres et que chaque chose chaotique eût pris sa place naturelle selon sa loi. » (Traité, 207)

Aussi, lorsque Dieu dit : « Qu’il y ait de la lumière ! » il enfante par ce commandement son Verbe de Création qui vient habiter le chaos afin d’y apporter la lumière et l’inonder de la gloire divine. Par les différents commandements successifs le Créateur procède ensuite à l’organisation du chaos suivant ses six pensées qui, comme nous l’avons vu précédemment, sont mises en action par le Verbe de Création doublement fort qui engendre ainsi l’entièreté de la création glorieuse primitive.

C’est bien cette création primitive, que nous appelons paradis terrestre, que l’homme émancipé dans son corps de gloire d’apparence de forme triangulaire – portant ainsi l’image de la pensée du Créateur - vint habiter avant sa chute afin de dominer toute création de forme apparente et agir pour la molestation, mais aussi le repentir, des esprits prévaricateurs, et commandant pour cela sur les différentes classes d’esprits ou hiérarchies spirituelles.

« L'intention se joint à la création de l'univers, qui est figuré par un cercle immense, dans l'intérieur duquel le général et le particulier, sont mis en action et en mouvement. La volonté se joint à la création du général ou de la terre, qui est figurée par un triangle, ainsi que la figure qu'en avait conçue le Créateur dans son imagination pensante devait être représentée. La parole rejoint l'émanation particulière des mineurs spirituels, habitant dans la forme corporelle particulière terrestre, forme semblable à celle de la terre, et qui a été également produite conformément à l'image de la pensée divine. » (Traité, 47)

Cette création étant le fruit direct de la volonté divine par le Verbe Créateur qui est la lumière de ce monde créé, celle-ci ne peut être que pure, glorieuse et lumineuse, inondée de l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi Martinès attribue à cette création le nom de couche glorieuse. Et ce n’est qu’à l’occasion de la chute d’Adam que cette création primitive, subissant une transmutation profonde, prend son aspect définitif et que toutes les formes originellement créées sont alors déchues en formes d’apparence de matière ténébreuse recevant, en elles une nature active et passive. Ces formes sont dites ténébreuses, non pas parce qu’elles seraient intrinsèquement mauvaises, ou que la matière qui les constitue depuis leur dégradation serait impure et intrinsèquement mauvaise et corrompue, mais parce qu’étant maintenant privées de la lumière divine qui en a été retirée[4]. Martinès résume cette mutation profonde dans les trois opérations suivantes qui ont donné lieu à ce qu’il appelle l’explosion des corps chaotiques :

« La première action est la descente du mineur général dans la forme corporelle générale terrestre ; la seconde est la jonction de l'esprit divin majeur avec le mineur ou âme générale ; la troisième est la borne de l'étendue que l'esprit majeur fixa lui-même au corps général et aux corps particuliers, tant célestes que terrestres, par l'ordre du Créateur, ainsi que les différentes facultés et propriétés qu'il donna à tous les corps (…) C'est par ces trois opérations que la création universelle reçut les lois, préceptes et commandements, que se fit l'explosion du chaos. Alors chaque forme corporelle contenue dans le chaos prit son action et opéra selon l'ordre qu'elle avait reçu. Il ne faut pas croire que l'explosion du chaos se soit faite par la descente de l'esprit mineur, ni par la jonction de l'esprit majeur avec lui, mais seulement par la retraite que fit cet esprit majeur ou doublement fort de l'enveloppe chaotique pour aller se réunir à son père ; et ce ne fut que dans ce moment que toute chose se présenta en nature passive et active aux yeux du Créateur, conformément à l'image qu'il s'en était formé. » (Traité, 123)

Ainsi la création glorieuse fut comme transmuée en une création d’apparence matérielle, à l’inverse de la transmutation alchimique des métaux. En effet, cette transmutation se fit par retrait du Verbe de Création, c'est-à-dire retrait de la lumière et de l’Esprit de Dieu. C’est cette dé-spiritualisation de la création qui donna naissance aux formes passives qui devinrent consécutivement animées d’une vie animale inférieure qui est le feu généré et transmis par les esprits de l’axe feu central. En conséquence aussi, du fait de sa prévarication, Adam ne put récolter comme fruit de son opération impure, qu’une forme de matière ténébreuse et non une forme glorieuse comme le verbe divin de création originellement inné en lui devait le permettre :

« Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de création. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération. Il s'était attendu à avoir le même succès que le Créateur éternel, mais il fut extrêmement surpris ainsi que le démon, lorsqu'au lieu d'une forme glorieuse, il ne retira de son opération qu'une forme ténébreuse et toute opposée à la sienne. Il ne créa en effet qu'une forme de matière, au lieu d'en créer une pure et glorieuse telle qu'il était en son pouvoir. » (Traité, 23)

Doit-on penser pour autant que la création soit de ce fait privée de toute lumière et que le monde soit irrémédiablement tombé dans les ténèbres ? Que la seule lumière élémentaire soit aujourd'hui celle qui puisse, par le soleil, éclairer et féconder cette seconde création qui serait alors une sorte d'abîme abandonnée a la domination des légions de celui que nous appelons le Prince de ce monde ? Que le Créateur aurait définitivement mis cet univers en totale privation de sa gloire ?

Ce serait oublier que selon Martinès chaque corps de la nature, animé ou inerte, est habité par un véhicule de feu émané des esprits de l'axe et qui anime et contient chaque corps dans sa forme ; et que ce feu, de par son origine toute spirituelle, est à même de recevoir toute énergie et toute influence divine qui sont autant de manifestations de la gloire du Créateur. Que de même les agents spirituels du surcéleste actionnent sur ces agents inférieurs de l’axe par l’ordre et la puissance d’action qu’ils leur donnent en application de la pensée et de la volonté du Créateur ainsi que par les vertus et pouvoirs que ces mêmes agents déversent sur les sept corps planétaires qui les communiquent à leur tour à toute la création générale terrestre.

« C'est dans le surcéleste que s'opèrent la pensée et la volonté divines, c'est de là que proviennent l'ordre, la vertu et la puissance d'action de tous les esprits qui actionnent dans l'univers. Les sept cieux reçoivent du surcéleste toutes leurs vertus et tous leurs pouvoirs, et ensuite les communiquent au corps général terrestre. » (Traité, 215)

Mais encore, selon Martinès, bien que le monde ait été manifesté sous sa forme actuelle par le retrait de la double puissance du Verbe de création divin, il n'en reste pas moins que notre terre reste actionnée en son centre par la quatriple puissance divine qui opéra originellement à sa création par la volonté, l'intention, la parole et le Verbe de création qui sont quatre manifestant cette quatriple puissance du Créateur. Et que cette toute puissance agit toujours au centre de la terre qu'elle nourrit tout en déversant sur ses productions et ses habitants tous les bienfaits divins qui sont ainsi perceptibles à l'homme et bénéfiques à sa forme corporelle ainsi qu’à son âme animale. Martines évoque ceci en ces mots :

« Je t'apprendrai, Israël, que, par le sommet de la montagne spirituelle, tu dois entendre le type du cercle rationnel le plus élevé de tous les cercles célestes (…) tu reconnaîtras de plus que cette montagne spirituelle, portant le nombre dénaire ou  occupe le centre du réceptacle général, et que puisque la terre a une forme triangulaire, cette montagne doit être à la terre ce que le point ou le centre est à un triangle. Tu sais que cette montagne s'appuie sur le corps général terrestre ; cela ne te fait-il pas connaître que cette terre renferme en elle-même un être vivant émané du Créateur et semblable à celui qui est renfermé dans la forme apparente de tous les mineurs. Ce qui te confirme ce que je te dis, c'est la régularité et l'ordre infini de tout ce qui s'opère sur ce corps général terrestre. » (Traité, 218)

Enfin Martinès considère que toute la création bénéficie encore, malgré la chute, des vertus et puissance divines – que certains Pères à la suite de Saint Grégoire Palamas appelleront énergies divines – qui se déversent incessamment sur elle :

« Les vertus et les puissances de l'Éternel s'opèrent et s'opéreront jusqu'à la fin des siècles sur la montagne spirituelle dont je t'ai parlé, et, de là, elles se répandent sur le corps général terrestre pour se faire ressentir aux trois parties de cette terre et aux formes de tous ses habitants, soit dans le général, soit dans le particulier. Ici le mot général est attaché aux animaux irraisonnables, et le mot de particulier à ceux qui sont animés d'un être spirituel divin, tant céleste que surcéleste. » (Traité, 218)

C’est dans cette même création matérielle qu’Adam fut alors précipité pour revêtir sa forme corporelle de matière apparente. Cette opération s’entend par une sorte de transmutation inverse similaire à celle des formes originellement créées :

« Le Créateur, par sa toute-puissance, transmua aussitôt la forme glorieuse du premier homme en une forme de matière passive, semblable à celle qui était provenue de son opération horrible. Le Créateur transmua cette forme glorieuse en précipitant l'homme dans les abîmes de la terre d'où il avait sorti le fruit de sa prévarication. » (Traité, 24)

Cette transmutation est une dé-spiritualisation de la forme corporelle de l’homme qui, maintenant privée de la lumière divine – à l’instar de toute forme de création – se voit précipitée au centre de la terre et retenir impression des éléments et donc de la matière sous l’action d’un nouveau feu, non plus spirituel-divin, mais spirituel-temporel, produit par les agents, ou causes secondes, de la création matérielle qui sont les esprits ternaires de l’axe. Le retrait de cette lumière divine plonge alors la forme corporelle de l’homme dans la ténèbre. Cette ténèbre est encore épaissie par le vêtement de matière élémentaire qui vient habiller l’homme dépouillé de son habit glorieux :

« D'un autre côté, cette formation corporelle du Christ nous retrace l'incorporation matérielle du premier homme, qui, après sa prévarication, fut dépouillé de son corps de gloire, et en prit lui-même un de matière grossière en se précipitant dans les entrailles de la terre. » (Traité, 91)

De même, par une sorte d’aliénation, le verbe de création de forme spirituelle glorieuse originellement inné dans Adam fut transmué en un verbe de création de forme corporelle, producteur, non plus d’essences spirituelles, mais bien d’essences spirituelles-temporelles ou spiritueuses :

« Depuis sa prévarication, il est provenu de lui [Adam] des formes corporelles matérielles, et sujettes, comme la sienne, à la peine temporelle, au lieu que, s'il fût resté dans son état de gloire, il ne serait émané de lui que des formes corporelles spirituelles et impassives de la création, formes dont le Verbe était en lui. Tel est le changement qui s'est fait dans les lois d'action et d'opération du premier mineur ; il avait la puissance, dans son état de gloire, de faire usage des essences purement spirituelles pour la reproduction de sa forme glorieuse, au lieu que, depuis son crime, étant condamné à se reproduire matériellement, il ne peut faire usage que des essences spiritueuses matérielles pour sa reproduction. Je t'ai dit qu'Adam avait inné en lui le Verbe puissant de création de sa forme spirituelle glorieuse ; tu peux aisément t'en convaincre en réfléchissant que, pour, opérer aujourd'hui la reproduction de la forme matérielle, il faut que tu aies en toi un Verbe qui actionne, émane et émancipe hors de toi des essences spiritueuses suivant la loi de nature spirituelle temporelle.» (Traité, 235)

Ainsi, par sa prévarication, Adam entraîna la chute et la dégradation de toute la création simultanément à celle de sa propre forme. Aussi Martinès écrit-il :

« C'est pour cela enfin que les démons n'ont pu empêcher que le monde fût tel qu'il est, après le changement de la forme glorieuse de l'homme en forme de matière. » (Traité, 116)

Voici donc un éclairage différent de la pensée de Martinès relativement à la création, pensée qui, à première lecture, peut paraître pour le moins surprenante et quelque peu hétérodoxe  mais qui, sur ce point du moins, ne s’éloigne guère de la pensée des Pères. Martinès semble parfois se contredire car son écriture est désordonnée ; les éléments de son récit sont posés dans une chronologie parfois approximative tout du long de l’œuvre dont il faut, comme un puzzle, rassembler les pièces éparses pour en contempler la véritable teneur dans toute sa hauteur. Et ainsi, au résultat, après étude approfondie, le sens directement apparent est souvent rectifié.

Aussi nous le répétons, car ceci est fondamental, toute la création originelle - c'est-à-dire toutes les formes originellement issues de la pensée du Créateur et mises en œuvre par l’impression du Verbe de création sur les essences spiritueuses indifférenciées (ou chaos) émanées par des agents spirituels inférieurs – toute la création originelle, disons-nous, est glorieuse à l’image de son créateur relativement à l’homme et porte l’empreinte glorieuse de son créateur relativement à l’univers créé. Et cette image ou empreinte, quoi que défigurée ou altérée par la chute, reste et restera pour l’éternité, et ne sera dissipée qu’à la fin des temps lorsque le Créateur décidera de tout faire rentrer dans l’unité de son immensité divine :

« La même faculté divine qui a tout produit, rappellera tout à son principe, et de même que toute espèce de forme a pris principe, de même elle se dissipera et réintégrera dans son premier lieu d'émanation. » (Traité, 116)

(à suivre)

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

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