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Hauts Grades

De la géopolitique : Une histoire contrastée

6 Avril 2012 , Rédigé par robert Publié dans #Géopolitique

2-Le mot géopolitique frappé d’interdit et cependant banalisé 1945-198...

 

 

Aussi dès la fin de la seconde guerre mondiale, toute allusion à la géopolitique, jugée alors théorie spécifiquement nazie, fut proscrite dans tous les pays européens et aux États-Unis. Ensuite, durant des décennies, il fut moralement interdit de parler de géopolitique à propos de toutes questions relatives à des territoires, qu’il s’agisse des accords de Yalta, de la division de l’Allemagne et de ses nouvelles frontières, ou celles de la Pologne, de la partition de l’Inde après l’indépendance, de la Corée ou du Vietnam en 1954, etc. En URSS comme dans d’autres États « socialistes », ce fut un crime grave durant des décennies que de parler de géopolitique et la géographie humaine y fut même interdite par crainte de dérive géopolitique. En France, le mot géopolitique resta moralement proscrit (notamment durant la guerre d’Algérie) sous l’effet d’une stricte vigilance idéologique de gauche dans les milieux intellectuels, sauf quand il servait à diaboliser l’impérialisme américain.

 

Durant des décennies, les souvenirs les plus épouvantables du nazisme ont donc été associés au mot géopolitique, mais si quelques lecteurs en cherchaient alors la signification dans un dictionnaire, le Larousse ou le Robert, les définitions qu’ils y trouvaient, étaient d’une étonnante sérénité naturelle. Le Grand Larousse Universel (1962) définit la géopolitique comme « l’étude des rapports qui unissent les États, leurs politiques et les lois de la nature, ces dernières déterminant les autres ». Dans la dernière édition du Petit Larousse 2008, la géopolitique est « l’étude des rapports entre les données géographiques et la politique des États ». Pour le Robert, et c’est encore le cas aujourd’hui, la géopolitique « est l’étude des rapports entre les données naturelles de la géographie et la politique des États ». Pas la moindre allusion à l’implication de la géopolitique (ou plus exactement de discours géopolitiques d’un certain type) dans les plus grandes tragédies du XXe siècle. Est-ce l’effet d’une règle lexicographique qui serait d’éviter de mettre en cause une forme d’» étude » (sinon de discipline) considérée comme scientifique ?

 

Le préfixe « géo » implique la géographie, mais dans ces dictionnaires celle-ci est réduite aux données naturelles, celles-ci étant jugées fondamentales, et ce en dépit des géographes eux-mêmes qui récusent le « déterminisme » des dites données naturelles sur les activités humaines. Ces prétendues définitions de la géopolitique qui perdurent dans de larges milieux intellectuels et qui proclament dans « la politique des États » la place déterminante des « données naturelles », font curieusement silence sur le rôle de l’histoire. Pourtant son importance est d’évidence considérable dans tout problème géopolitique, ne serait-ce que dans le tracé de toute frontière et plus encore de celles qui sont contestées. Les « données naturelles » sensées déterminer la politique des États, ne changeant que sur des milliers ou des millions d’années et les « lois de la nature » étant éternelles, on devrait être logiquement réduit, en matière de géopolitique, à des lieux communs du genre « l’Angleterre est une île », « le Japon est un archipel » ou l’immensité du territoire de la Russie.

 

Ce ne sont évidemment pas ce genre de banalités géographiques qui explique le succès croissant du mot géopolitique depuis une vingtaine d’années en France. Succès d’autant plus étonnant que la géographie, réduite à une fastidieuse discipline scolaire, est – à la différence de l’histoire – assez mal vue des intellectuels. Le mot géopolitique est pourtant devenu aujourd’hui un terme à la mode. Il subit depuis peu une véritable inflation sémantique, à telle enseigne par exemple que des philosophes anglo-saxons « postmodernes » séduits par les discours de leurs confrères parisiens, dissertent sur « la géopolitique de la connaissance et de la différence coloniale ».

 

( à suivre)

 

Source d’analyse :   cnrs.revues.org

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