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Hauts Grades

De la géopolitique : Une histoire contrastée

6 Avril 2012 , Rédigé par robert Publié dans #Géopolitique

3-La brusque réapparition du mot géopolitique en 1979

 

En janvier 1979, le mot géopolitique réapparut brusquement dans la presse, et tout d’abord dans Le Monde, pour désigner un événement tout à fait inattendu et spectaculaire : la guerre qui venait d’éclater, pour une question de frontière, entre les Khmers rouges et le Vietnam communiste. Non seulement ce conflit, si les Américains tentaient d’en profiter, pouvait relancer la guerre de trente ans dans cette partie du monde, mais il pouvait aussi provoquer une troisième guerre mondiale, la Chine communiste attaquant « pour le punir » le Vietnam que soutenait l’Union soviétique. L’enjeu territorial explicite du conflit Vietnam-Cambodge justifiait l’emploi du terme géopolitique et les censeurs se tinrent cois devant ce conflit entre pays communistes. Quelques mois plus tard, le départ des Américains d’Iran, chassés par la révolution de Khomeiny, fut présenté à juste titre dans la presse comme un grand changement géopolitique et l’année 1979 se termina par un changement non moins grand, lui aussi dénommé géopolitique : l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques dont on pouvait craindre qu’ils foncent vers les « mers chaudes ».

 

Le mot géopolitique apparut dans la presse comme un mot neuf, du fait de la longue période d’oubli durant laquelle il avait été proscrit. Mais surtout il ne « collait » pas avec les discours qui depuis des décennies opposaient «monde libre » et « bloc socialiste ». Les journalistes ne savaient pas trop ce que pouvait signifier ce mot de géopolitique et certains pensèrent même qu’il s’agissait d’une science nouvelle. Toujours est-il qu’il provoquait l’attention des lecteurs, surpris de l’importance que pouvaient prendre des données géographiques et inquiets des conséquences internationales que pouvaient avoir des rivalités de pouvoirs sur des territoires, même de modestes dimensions. Les journalistes étaient demandeurs d’explications sur ce qu’était géopolitique, mais, parmi les géographes consultés, la plupart d’entre eux, pris de court, rejetèrent dans l’idéologie du nazisme ce terme qu’en vérité, ils ne connaissaient guère. En effet dans la corporation hiérarchisée qu’ils constituent à l’université, il était devenu quasiment de règle (non dite) depuis les débuts du XXe siècle (par souci « d’objectivité scientifique » ?) d’éviter de traiter les questions de pouvoirs et de territoire.

 

C’est à ces questions que s’intéressait depuis plusieurs années la petite équipe constituée par Y Lacoste et ce fut elle qui prit le risque de reprendre, chez les géographes, le terme de géopolitique. À la différence de Ratzel et de ses épigones qui se référaient à de soi-disant lois géopolitiques pour prouver le bien-fondé des visées allemandes sur tel ou tel territoire, en passant sous silence les droits des autres peuples, cette équipe a posé comme principe de la nouvelle géopolitique qu’il fallait, par souci d’honnêteté et d’efficacité, confronter méthodiquement les points de vue des protagonistes. En effet, chaque portion de territoire que se disputent deux ou plusieurs forces politiques fait l’objet de représentations géopolitiques contradictoires où se mêlent des valeurs symboliques antagonistes et des arguments historiques qui privilégient telle ou telle période de l’histoire pour en passer d’autres sous silence.

 

(à suivre )

Source d’analyse :   cnrs.revues.org

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