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Hauts Grades

De la géopolitique : Une histoire contrastée

6 Avril 2012 , Rédigé par robert Publié dans #Géopolitique

4-La formation progressive de l’École géopolitique française

 

Depuis trente ans et en fonction de l’actualité, l’équipe de Y Lacoste mène un travail comparatif de réflexion et d’observation portant sur l’analyse précise d’un certain nombre de cas concrets, des situations géopolitiques particulièrement compliquées. En 1986, paraissent, les trois tomes de Géopolitiques des régions françaises , trente auteurs presque tous géographes montrant ainsi que l’analyse géopolitique ne se limite pas aux conflits entre États et qu’elle est éclairante au sein d’une même nation, du fait des rivalités électorales entre partis politiques. En 1988, Michel Foucher publie Fronts et frontières – Un tour du monde géopolitique. En octobre 1989 débute le premier séminaire de la Formation doctorale de géopolitique, à l’université Paris VIII (« Vincennes » à Saint-Denis). Coïncidence, un mois plus tard tombe le « mur de Berlin ». En 1990, l’effondrement des régimes communistes dans les pays d’Europe de l’Est ouvre des perspectives géopolitiques nouvelles et, fin 1991, l’annonce stupéfiante de la dislocation soudaine de l’Union soviétique provoque en France un redoublement d’intérêt pour toutes les questions géopolitiques, aussi bien dans les milieux de droite que de gauche. Est alors mis en chantier un gros Dictionnaire de géopolitique (Flammarion, 1993-95) sous la direction de Y. Lacoste, avec une centaine d’auteurs

 

Des jeunes gens qui avaient déjà « fait de l’histoire » ou du droit, des sciences politiques ou de la géographie, dans diverses universités, poussèrent leur intérêt pour la géopolitique, en souhaitant y consacrer des années de recherches, afin de soutenir d’abord un DEA puis une thèse en géopolitique, portant sur l’analyse très approfondie d’une situation géopolitique précise. C’est pour les accueillir et les guider qu’en 1989 que Y Lacoste,à l’université Paris VIII,  constitue le Centre de recherches et d’analyses géopolitiques qui sera en France pendant quinze ans l’unique Formation doctorale de géopolitique. Elle a accueilli de jeunes chercheurs venus de diverses universités françaises et européennes, notamment de Russie et des pays d’Europe médiane. Chaque année, est menée à bien une trentaine de solides mémoires de recherche pour le DEA de géopolitique devenu depuis deux ans un master de recherches et c’est au total une cinquantaine de thèses de doctorat de géopolitique qui ont été soutenues. Chacune d’elles est une étude approfondie d’un espace de conflit et une contribution originale à la réflexion théorique en géopolitique.

 

Ces succès ont permis en 2002, toujours à l’université Paris VIII et dans le même esprit, la création de l’Institut français de géopolitique. Celui-ci comprend un master de recherches avec deux spécialités : une spécialité recherche « Géopolitique, enjeux territoriaux et rivalités de pouvoirs » et une spécialité professionnelle « Géopolitique locale, aménagement, gestion et enjeux territoriaux ». Plusieurs thèses de géopolitique y sont soutenues chaque année.. Il existe donc désormais une école française de géopolitique.

 

Son influence commence à se faire plus ou moins entendre dans diverses universités et surtout dans de nombreuses écoles de commerce où des géographes enseignent désormais la géopolitique. Un master de géopolitique existe depuis peu à l’université Paris I et à l’École normale supérieure (rue d’Ulm) avec la participation de Michel Foucher qui, avant d’être ambassadeur, a dirigé le Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères.

 

Ainsi depuis trente ans s’est constitué progressivement, sous l’impulsion de Y Lacoste, un groupe nombreux et relativement cohérent de jeunes spécialistes de géopolitique, (le terme de géopoliticien a la connotation fâcheuse de politicien), ce qui est pour le moment un cas exceptionnel au plan mondial. Toutefois, ils ne sont pas les seuls à analyser des rivalités de pouvoirs étatiques ou nationaux, car il existe en France, comme dans divers pays européens et surtout aux États-Unis, de nombreux centres de recherches sur les « relations internationales ». Cette expression désigne des problèmes très comparables à ceux dont il est question en géopolitique. Cependant, les spécialistes de relations internationales, qu’ils aient une formation d’historiens ou surtout de science politique, n’utilisent guère le mot géopolitique. À son encontre, il ne s’agit plus guère du tabou d’antan, mais surtout de leur méconnaissance du raisonnement géographique.

 

Le champ de la géopolitique, tel que le conçoit l’École géopolitique française est en fait plus large que celui des relations internationales puisque celle-ci prend en compte des conflits locaux, par exemple entre des tribus ou au sein de grandes agglomérations urbaines où il s’agit de conflits entre bandes rivales. Certes l’approche en termes de relations internationales est particulièrement efficace pour l’analyse des rapports diplomatiques, commerciaux, financiers et culturels entre les États, mais la géopolitique est mieux armée pour l’étude des conflits sur « le terrain », en raison de la place qu’elle accorde aux raisonnements géographiques surtout s’ils sont menés à différents niveaux d’analyse spatiale. L’étude d’un grand phénomène politique comme l’islamisme relève tout autant des spécialistes des « relations internationales » que de la géopolitique……….

 

 

Source d’analyse :   cnrs.revues.org

 

 

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