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Hauts Grades

De la prière à la recherche de la Parole Perdue

4 Juillet 2013 , Rédigé par PIERRE LENGYEL Publié dans #Planches

Rien de ce qui est humain, ne n'est étranger !

C'est au cours d'un repas avec des sœurs et des frères, qu'une sœur aborda le sujet suivant : qu'est ce qui fait que depuis la nuit des temps, l'homme aspire au religieux, par la prière ?
Notre sœur précisant que sa question, ne concernait nullement les clergés, et les structures qui en découlent. Non ce qui l'interrogeait, c'est le phénomène religieux en tant que tel, celui qui constitue le fondement et les racines de nos civilisations passées, présentes et à venir. Notre conversation, n'a pas débouché sur une réponse satisfaisante ou définitive, mais je crois que chacun d'entre nous est reparti, à la fin de ce repas, avec un certain nombre d'interrogations propres à faire germer des planches pour les SS et les FF , de LL concernées ce soir là.
Pour ma part, j'ai pensé que cette attitude religieuse, pouvait avoir une résonance, avec la recherche maçonnique, car si l'on en croit l'étymologie, le mot religion signifie, relié ce qui est en haut avec ce qui est en bas, la matière avec le spirituel, pour les croyants l'homme à Dieu, et pour le maçon passer du monde profane au monde initiatique.
Les croyants, religieux et autres (je dis croyant, parce que je suis convaincu que nous sommes aussi des croyants en maçonnerie) pour que cette relation s'établisse avec le Divin, pour qu'il ait une passerelle entre les deux mondes, ont codifié dans un rituel, à la fois leurs interrogations et leurs certitudes.
Il est possible que les peintures rupestres des grottes, aient été pour nos lointains ancêtres, un rituel d'appropriation de l'âme animal, et en même temps une supplique pour que la chasse soit bonne, ces peintures pourraient être une forme de prière. C'est fort possible puisque l'on ignore si ces lointains ancêtres, avaient un langage permettant la communication.
On retrouve chez les peuples animistes, la prière, chaque fois que l'homme chasse, ou coupe un arbre, ou dérange l'ordre apparent, par ses propres actes. La prière devient une sorte d'excuse, excuse pour avoir bouleversé temporairement l'ordre naturel. Pour ces peuples, c'est une attitude normale, car ils font partie du monde sensible, mais ils savent qu'il y a aussi un monde invisible avec un Ordre supérieur que l'on doit respecter.
Dans les religions les plus évolués, la prière entraîne un certain nombre d'attitudes, de postures physiques, qui permettent une concentration spirituelle ; dans l'acte de la prière, le croyant fait preuve de sentiments contradictoires, la crainte, la soumission au divin, l'humilité, la demande d'un acte que l'homme ne peut pas obtenir par lui-même, un miracle, un désir d'élévation spirituelle, et bien d'autres choses encore. C'est aussi une façon de se remettre en mémoire les principes et préceptes de la religion, dans le but et la volonté d'une meilleure connaissance du divin, le divin servant de modèle, afin de devenir meilleur et parfait. Cette démarche est propre à chaque femme et à chaque homme, le besoin intérieur d'élévation. Pour les hindous, chaque matin donne l'occasion de saluer la renaissance du Soleil, par une série de postures, glorifiant le jour naissant.
La prière, comme moyen pour parvenir à cette élévation, utilise l'oralité, le verbe, oralité qui par la répétition des mêmes mots et des même phrases doit déclencher des états de consciences supérieures à la normale. Tout le monde connaît les mantras utilisés dans le bouddhisme, le plus célèbre d'entre eux étant : Aum mani padme Aum. On n'utilise pas de prière écrite, et si pour les besoins de la cause, le support écriture est utilisé, il n'est là que pour aider la mémoire. La prière s'utilise d'une façon individuelle ou collective, à voix haute ou à voix basse et intérieure. Elle conduit pendant le temps de son utilisation à une mini extase. Les Juifs, lorsqu'au cours de leur cérémonie, lisant la Torah, prennent un soin particulier a bien prononcer les mots, et avec les bonnes intonations. Les plus pragmatiques, sont les bouddhistes, puisqu'ils utilisent des moulins à prières. C'est l'intention qui compte. Dans tous les cas, on peut faire une prière pour les autres, ceux qui sont dans le malheur, par altruisme et par générosité. Mais aussi pour soi même, pour être riche, en bonne santé, pour réaliser un souhait. Mais disait le Frère Voltaire, à propos d'une nonne priant pour la mort de son oiseau, Dieu a autre chose à faire que de s'occuper d'un oiseau !
Dans le Christianisme, l'oralité de la prière a pris comme support le chant, en particulier le grégorien ; il est vrai qu'entendre un chant grégorien, transporte l'auditeur dans une autre dimension. Dans le monde musulman, la prière est la pierre d'angle de l'Islam, cinq fois par jour, elle exprime le lien constant avec le divin, mais elle révèle aussi la capacité du croyant à rompre avec les préoccupations matérielles du quotidien. L'appel du Muezzin est aussi comme le chant grégorien, par ses modulations, par son chant de l'oreille interne, il prépare aux prières des croyants, il ouvre la porte du monde spirituel.
Vous allez vous demander, qu'elle peut être le lien ou l'approche avec la recherche maçonnique de la Parole Perdue ?
Tout d'abord, le besoin de donner à la recherche spirituelle une place plus importante, dans la vie du croyant, comme du maçon, alors que l'un comme l'autre peuvent vivre dans un confort matériel et moral, lénifiant. Ensuite la répétition d'actes précis, d'un côté la prière, de l'autre, le Rituel et les Tenues mensuelles, puis la pratique de l'Oralité, comme support à la recherche, et en abordant la Prière, comme dans le monde orthodoxe, le besoin d'un support matériel symbolique, pour ancrer la croyance. En effet, la religion orthodoxe, a compris que pour bien faire passer, ce que l'on peut considérer, comme une abstraction, puisque l'idée de Dieu dépasse nos imaginations limitées, elle a mis à la disposition de tous, les Icônes, qui ont la même valeur que les symboles du monde maçonnique, permettant dans les deux cas, une compréhension de monde irrationnel et spirituel. Est il besoin de vous dire que sans support concret que sont l'équerre, le compas et la règle, le maçon aurait bien des difficultés à vivre son initiation. Il en est de même avec les Icônes, la statuaire, les retables et autres tableaux religieux. C'est le concret qui permet d'aborder les rivages du spirituel.
Le Moyen Age, nous a légué, la plus formidable prière qui soit au monde : les Cathédrales, et ceux qui ont adressé cette supplique, sont nos Maîtres Vénérés. En taillant la Pierre Brute, ils ont voulu témoigner de l'Harmonie du Monde, de la Sagesse, et de la Beauté, et par leur travail, ils se sont imprégnés de ces trois valeurs, en démontrant que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Il me semble difficile, pour les Maçons d'aujourd'hui, de renier cet héritage, sous prétexte de laïcité, cela constituerait, une rupture dans la chaîne d'union de l'Initiation. La laïcité, n'étant qu'une attitude tolérante de la vie profane, et la laïcité n'exclue pas la religion, ni le besoin de croire, elle considère à juste titre que le besoin de croire, concerne uniquement la sphère du monde privé. N'étant pas dogmatique, elle accepte le phénomène religieux.
Nous avons déjà deux points de ressemblance et même certains détails de convergence : l'oralité et les symboles. Il nous faut donc pour stabiliser cette Planche un troisième point : comme par exemple, la posture physique. Est il bien utile de rappeler aux Maçons, que notre comportement physique change, lorsque nous sommes en Tenue. Nos bras, nos jambes, se mettent à l'Equerre, comme le croyant, qui s'agenouille, se relève, joint les mains, baisse la Tète, et encore d'autres comportements physique que j'ignore, sauf celui qui est un des plus connus ; le balancement des Juifs, devant le mur du Temple de Salomon. N'y a t il pas dans les gestes de nos rituélies, une preuve de croyance ?
Nous sommes donc à la recherche de la Parole Perdue, mais qu'est ce donc que cette parole, qui nous préoccupe tant ? , On en parle certes mais rarement je n'ai entendue un début de définition, sur cette fameuse et mythique Parole Perdue ; j'ai donc repris précisément la Bible et j'ai relu la Genèse. L'idée m'en est venue en visitant les tapisseries de l'Apocalypse du roi René à Angers. Sur l'une des tapisseries, l'on peut voir l'Eternel, un glaive flamboyant à la main, soufflant l'esprit créateur sur le monde. Dans la GENESE, il est dit : au commencement Elohim créa les cieux et la Terre, et ainsi jusqu'au septième jour. Sans vouloir être un spécialiste dans l'exégèse biblique, mais pensant avoir un peu de bon sens, Elohim, partant du tohu bohu initial, et grâce à son souffle et à son esprit, créa ce que nous appelons notre Univers, mais à chaque création, en favorisant la dualité : lumière, ténèbres, terre eau, soleil, lune, et ainsi de suite.
Lui qui était l'unité première a dans sa création introduit la dualité et les lois des contraires.
Ceci me semble intéressant pour aborder et tenter de comprendre notre " prière maçonnique" concernant la recherche de la Parole Perdue. Toujours dans la Genèse, Yahvé Elohim forma l'homme en insufflant dans ses narines une haleine de vie…….. puis il le plaça dans le jardin d'Eden, avec une seule interdiction formelle, de ne pas toucher à l'arbre de la science et du Bien et du Mal. Après ce bref regard sur la Genèse, il me semble que Yahvé, veuille rester le seul à pouvoir tout comprendre et qu'il ne souhaite pas que l'élève devienne l'égal du Maître, que l'Homme reste soumis et docile aux ordres de Yahvé. Mais s'il y a une erreur, c'est celle qu'Yahvé a introduit dans sa création ; la dualité, donc le pouvoir de choisir. Et d'ailleurs c'est ce que fit le premier homme. Tout le monde connaît l'histoire de la pomme, point n'est besoin de la redire.
Donc l'Homme, transgresse, l'interdit divin, mange le fruit défendu, ses yeux se dessillent, il connaît la cause du bien et du mal… je cite toujours la Bible, et Yahvé Elohim, dit : " voici que l'homme est devenu comme l'un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! (Petite digression de ma part, Yahvé dit l'un de nous ! ils étaient donc plusieurs lors de la Création ?), et il le chasse de ce que l'on nomme Paradis.
Peux t on dire que notre recherche de la Parole Perdue, serait pour nous le retour aux origines, avant la chute, que ce retour restituerait aux hommes, la Connaissance de l'unité de toutes choses, la Connaissance de la loi de Causalité, la Connaissance de la finalité de notre vie, le retour de l'harmonie en nous-mêmes ; peut être, mais pour pouvoir l'affirmer, je devrais avoir retrouver la Parole Perdue, mais ce n'est pas le cas, Hélas ! Il n'empêche qu'à chaque Tenue, sans vouloir le dire ni même l'admettre, nous entamons une "prière" collective, l'union faisant la force, pour retrouver cette Parole, et à tout le moins pour tenter d'en comprendre le sens comme l'utilité. Tout comme les croyants, nous adoptons une posture physique, nous employons un langage différent, nous respectons le silence, nous avons des décors et comme dans nombre de religions, nous avons un guide qui préside nos travaux, ce qui nous permet de recréer, une espace et un temps sacré, proche de la perfection, tout comme dans nombre de cérémonies religieuses.
La Maçonnerie, n'est pas né ex nihilo, n'oublions pas que les maçons opèratifs étaient tous catholiques, c'était la religion majoritaire à l'époque, et la plus part des constructions étaient commanditées par le clergé, et avait comme objet, la construction d'églises, de chapelles et de cathédrales. Le siècle des Lumières s'affranchissant de la tutelle de l'église, et favorisant le transfert du monde maçonnique opératif, vers le monde, spéculatif a codifié les réunions des maçons spéculatifs, en prenant beaucoup dans la rituélie de l'église. Faut il rappeler, que les loges opératives, n'avait pratiquement pas de rituélie, que le gros du travail, consistait à parler du métier, donc pour intéresser les bourgeois à la maçonnerie spéculative, et pour éviter une rupture radicale, avec la fréquentation de la messe, les rituels de l'époque, ont pioché dans la liturgie et dans la rituélie de l'église, en aménageant un rituel qui auparavant n'existait peu ou pas. D'ailleurs cette sorte de plagiat de la messe chrétienne, à l'époque, avait remplacé Dieu par le grand architecte de l'Univers, autre être transcendant qui comme Dieu échappe à une explication rationnelle. La Nature ayant horreur du vide, elle trouve toujours le moyen d'adapter les éléments qui donne du sens à notre vie, comme en remplaçant le paradis céleste du monde religieux, par les paradis terrestres des philosophes du 19 éme siècle. L'Homme à un besoin de croire, pour vivre, a besoin d'espoir, alors qu'importe les outils pour satisfaire, ce besoin essentiel, aussi essentiel que manger, boire et dormir.
Cette invocation, cette supplique, qu'à chaque tenue nous répétons, depuis le premier grade, d'une manière discrète, presque silencieuse, et qui au fil des grades, pour ceux qui ne se contentent pas, d'un tablier de Maître, pour ceux qui veulent vraiment vivre l'initiation, cette supplique devient grandissante et dois donc doit déboucher sur non plus, la recherche de la parole perdue, mais sur des retrouvailles, avec la Parole créatrice, celle qui dépasse la dualité, celle qui donne à l'Homme la possibilité d'être lui-même un chef d'œuvre et de pouvoir dire qu'il participe à l'Art Royal.
Dans une vie d'homme, je crains que la possession et la maîtrise de la Parole Perdue, ne soit une illusion, mais que progressivement, graduellement, si nous nous en donnons la peine, et si nous ne rechignons pas sur le travail, je crois donc qu'il est possible, de s'approprier, quelques éléments positifs de cette Parole, tant convoitée et si utile pour l'homme, pour mieux comprendre la vie, et surtout pour laisser une trace, dans la mémoire collective de notre Humanité. Trace n'étant ni vaniteuse, ni orgueilleuse, mais servant d'exemple et de modèle aux autres hommes, tout comme dans les religions, qui ont comme modèles des Saints.
Pour conclure, depuis les nuits des temps les HOMMES, ont eu besoin d'avoir une espérance, que l'on peut appeler croyance, utopie, explications rationnelles, ou rêveries, songes, prophéties, initiations, ils ont voulu avoir une assurance sur l'avenir et un moteur pour agir, afin de se sentir en sécurité avec leur environnement et surtout avec leurs angoisses existentielles ; alors lorsque je parle de prière en maçonnerie, je pense que nous aussi ,nous n'échappons pas à la règle, car nous faisons partie intégrante de cette Humanité, et nous partageons cette quête ou cette recherche. Pour beaucoup d'entre nous, la vie matérielle, celle de tous les jours, n'est pas une réponse acceptable à nos angoisses, alors nous cherchons, et quelques fois nous trouvons; mais ceux qui trouvent sont rares… !

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/1/priere/priere.htm

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