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Hauts Grades

De Saint Jean aux Templiers, quel Héritage pour nous F:.M:. du R:.E:.A:.A:.?

22 Décembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

"D'où venez-vous ?", interroge le Tuileur. "D'une Loge de Saint Jean", répond le Frère. C'est ainsi que traditionnellement s'identifie celui qui frappe à la porte du Temple.

Lorsque l'Expert, à l'invitation du Vénérable Maître, ouvre sur l'autel des serments le Volume de la Loi sacrée, c'est à la première page del'Evangile selon Saint-Jean que se trouve le signet.

Pourquoi sommes-nous une Loge de Saint-Jean, et pourquoi considérons-nous les premiers mots de l'Evangile de Jean comme emblématiques de notre Foi maçonnique ?

En quoi notre Ordre peut-il s'affirmer "universel" dès lors qu'il considère la Bible comme étant impérativement le Volume de la Loi Sacrée, disposé obligatoirement sur l'Autel sous l'Equerre et le Compas pour constituer les Trois Grandes Lumières qui président à nos travaux.

                                                                                                      

Et que viennent faire les Templiers dans cette histoire ?

 

  • Nous verrons comment il faut voir dans cette Bible non pas tant le Livre Saint des croyants, porteur d'une Parole révélée, - qu'elle peut être mais aussi ne pas être pour chacun de nous, selon notre Foi -   mais le support quasi-mythique de notre culture, de nos valeurs, de notre éthique commune.
  • Nous verrons qu'il faut voir dans cette Bible l'expression de la valeur universelle des Ecritures, exaltant des valeurs qui sont celles de la Loi morale commune à toutes les croyances et à toutes les cultures, parce qu'elles reflètent et qu'elles procèdent de la Loi Universelle.Par Loi Universelle, j'entends celle qui exprime à la fois, à l'échelle macrocosmique, l'unité et la multiplicité de la création du Grand Architecte de l'Univers, celle dont s'inspire, à notre échelle microcosmique,  la religion universelle évoquée dans les Constitutions d'Anderson de 1723 et de 1738 dont nous nous réclamons encore aujourd'hui.
  • Nous verrons aussi comment les Templiers ont été à la fois les protecteurs des maçons francs qui construisaient commanderies et cathédrales et propagateurs des mystères des initiés d'Orient qu'ils côtoyaient en Terre Sainte.

                                                                                                

Notre monde occidental est "judéo-chrétien". La Bible, le Livre que nous appelons Volume de la Loi sacrée est constitué essentiellement de deux ensembles majeurs.

D'une part les 5 Livres de Moïse, autrement dit la Torah, le composant essentiel de la Bible Juive, celle que l'on appelle aussi Ancien Testament.

Et d'autre part les quatre Evangiles dits canoniques qui sont l'essentiel, avec les Actes des Apôtres et les Epîtres, de la partie Chrétienne de la Bible, le Nouveau Testament.

Au degré d'Apprenti où nous travaillons ensemble ce soir, nous savons identifier des marques de cet héritage judéo-chrétien : notre Mot Sacré rappelle le portique d'entrée du Temple de Salomon, et provient de l'Ancien Testament, tandis que la Bible sur notre Autel est ouverte sur un passage majeur du Nouveau Testament. C'est de cette partie de l'héritage biblique que nous allons essentiellement parler ce soir.

 

Faisons d'abord un point d'histoire. Un détour justifié par le sujet qui nous occupe mais aussi par le titre de l'un des deux Ateliers qui se sont réunis ce soir.

Je voudrais évoquer ici l'histoire de deux Ordres chevaleresques liés à Saint Jean.   

                                                             

Le premier est l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, également appelé Ordre des Chevaliers de Saint Jean d'Acre et plus tard Ordre des Chevaliers de Rhodes puis de Malte.

 

Vers l'an 1050, des marchands d'Amalfi avaient obtenu du calife d'Egypte l'autorisation de bâtir à Jérusalem un hôpital, qu'ils placèrent sous l'invocation de saint Jean, afin d'héberger les pauvres pèlerins qui venaient visiter la Terre Sainte. Godefroi de Bouillon et ses successeurs encouragèrent cette charitable institution en faisant des donations considérables à la maison de Saint-Jean,. Les frères qui desservaient cet hôpital choisirent alors de former un ordre monastique, non cloîtré, dont tous les membres prendraient le titre d'Hospitaliers. Le pape Pascal II prit vite les Hospitaliers sous sa protection, et leur accorda divers privilèges.

 

Outre les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, les Hospitaliers de Saint Jean devaient joindre l'exercice des armes à la pratique des devoirs de l'hospitalité,

afin de défendre le royaume de Jérusalem contre les entreprises des infidèles. Ils ne tardèrent pas à devenir hommes de guerre.

Mais cela ne les empêchait nullement de demeurer des hommes de Dieu.

Ils poursuivaient leur quête spirituelle et vivaient leur Foi avec la même ardeur que celle avec laquelle ils protégeaient les lieux saints de la Chrétienté.

Mais on le sait, ces lieux saints étaient aussi, et sont aussi de nos jours, les lieux saints de l'Islam, pour ne pas parler des Juifs demeurés attachés à l'espérance de voir un jour rebâti le Temple de Salomon.

Sur cette terre sacrée, des contacts se nouèrent entre cherchants, entre hommes, finalement, du même Dieu, celui d'Abraham.

Et les initiés d'Orient transmirent quelques uns de leurs enseignements mystérieux aux religieux d'Occident, Hospitaliers et Templiers, qui purent en incorporer quelques uns à leur propre savoir. Certains de ces enseignementsétaient réputés venir des Johannites, un courant très discret de disciples de Saint Jean associés à un  noyau d'Israélites descendants des Cohanim, les prêtres du Temple deux fois détruit, dont ils entretenaient les mystères.

La victoire de Saladin en 1191 contraint cependant les Hospitaliers à quitter, les derniers,  la Terre Sainte, après avoir racheté aux Sarrasins plus de mille croisés captifs.

Mais dès le retour des Chrétiens, auquel ils avaient pris une part active et glorieuse, ils s'établirent à Acre, et adoptèrent le nom de Chevaliers de Saint-Jean d'Acre. Expulsés encore une fois de leur nouvelle résidence par les Sarrasins, les Hospitaliers demandèrent au roi de Chypre la permission de reconstituer la maison centrale de leur ordre dans la ville chypriote de Limassol. Plus tard, en 1310, et dans des conditions aussi difficiles que rocambolesques, ils quittèrent Chypre pour Rhodes, avant de s'établir définitivement à Malte en 1530.

Ainsi, les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem étaient devenus les Chevaliers de Malte.                                                                                                                         

 

Les membres de l'Ordre de Malte étaient partagés en trois classes : les Chevaliers, d'origine noble, les Chapelains, qui servaient d'aumôniers, et les Frères servants.

De nombreux et riches nobles accoururent des différentes contrées d'Europe, pour faire partie de l'ordre de Malte, et qui fut divisé en huit langues ou nations. On peut encore voir aujourd'hui à La Valette, la capitale de l'île souveraine de Malte, l'un des derniers entrants de notre Europe communautaire, les "Maisons" de ces "langues" : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne, Castille et Angleterre.

Pendant deux siècles et demi, l'Ordre de Malte poursuivi ses activités hospitalières, mais aussi militaires.

En 1798, Napoléon Bonaparte, en route pour l'Egypte, occupa l'île. Les Chevaliers, en vertu de la règle qui les empêchaient de mener combat contre les autres puissances chrétiennes, furent contraints de quitter Malte.

Après avoir quelque peu erré en Italie du Sud, l'Ordre s'établit à Rome en 1834 où il possède deux Palais, qui jouissent tous deux de l'extraterritorialité.

A dater de cette époque, les œuvres hospitalières et charitables devinrent la seule mission de l'Ordre et elles se développèrent tout au long du siècle dernier grâce à la contribution des Prieurés et des Associations nationales de l'Ordre présents à travers le monde.

Des activités hospitalières et caritatives furent lancées sur une grande échelle

Voilà pour le premier Ordre de Saint Jean.

 

Mais revenons aux premières années du 12ème siècle.

 

Vers l'an de grâce 1115, deux gentilhommes français; Hugues de Payn et Geoffroy de Saint-Omer résolurent de partir en Terre Sainte  afin d'assurer la garde du défilé d'Athlit, le chemin d'accès le plus dangereux pour les pélerins. Ils associèrent à leur projet sept autres chevaliers et s'embarquèrent pour la Terre Sainte, où ils s'installèrent à Jérusalem, alors tenue par les Croisés sous les ordres du Roi Baudoin II. Ils assurent tenir leur légitimité du patriarche Théoclètes, 67ème successeur de Saint-Jean, auquel ils vouent une particulière dévotion.

Le 27 décembre 1118, le jour de la Saint-Jean l’Evangéliste, ces neuf chevaliers font part de la fondation de l’Ordre des Pauvres Chevaliers Du Christ et du Temple de Salomon.

Ils menèrent d'abord une vie simple et régulière, inspirée de la règle de saint Augustin. Leur charité et leur dévouement leur vaut d'emblée

la bienveillance du roi de Jérusalem et des chrétiens d'Orient, qui leur font de fréquentes et nombreuses donations. Et c'est ainsi que, séduit par leur projet de protéger les Chrétiens en pèlerinage à Jérusalem, et constatant leur dénuement, Baudouin II leur octroie une partie de son palais, construit à l'emplacement du Temple de Salomon, détruit 17 siècles plus tôt. Du fait de cet emplacement symbolique, ils prennent alors très rapidement l'appellation de Chevaliers du Temple ou Templiers.

                                                                                                                                                                                                                       

Comme les Hospitaliers de Saint Jean, mais sans doute avec davantage d'intensité, ils ont des échanges spirituels avec les initiés locaux, notamment les Johannites, ou les Ismaéliens, qui leur révèlent certains de leurs mystères. Ceux-ci venaient tant de l'héritage juif des continuateurs du culte du Temple de Salomon que de l'héritage gréco-romain des perpétuateurs byzantins de la pensée pythagoricienne et des collèges romains, eux-mêmes dépositaires de la tradition mystérieuse de l'Egypte antique ou encore de la pensée islamique très élaborée

des Assashim.

 

C'est au concile de Troyes, en 1128, que l'Ordre est véritablement créé, à la demande de Bernard de Clairvaux, le futur Saint Bernard, qui aurait lui-même écrit la Règle de l'Ordre.

Progressivement, d'autres chevaliers se joignent à eux, et, en peu de temps, ils devinrent assez nombreux. L'Ordre du Temple dût s'organiser et se divisa en commandeurs, frères servants d'armes et serviteurs domestiques.

Revêtus de l'habit blanc symbole de pureté, marqué de la croix rouge, pour rappeler le vœu qu'ils faisaient d'être toujours prêts à répandre leur sang pour la défense de la religion chrétienne, les Templiers devaient entendre la messe trois fois par semaine et communier trois fois l'an. Leur règle, très austère, leur imposait l'exil perpétuel et la guerre sainte

jusqu'à la mort. Ils devaient toujours accepter le combat, fût-ce à un contre trois, ne jamais demander quartier, et ne jamais donner de rançon.

                                                                                                

Les Templiers, qui vivaient d'une manière exemplaire, conservèrent longtemps l'estime et la bienveillance des rois de Jérusalem.

Aussi acquirent-ils une puissance réelle, qu'ils employèrent à la défense de la religion chrétienne, soit en Terre Sainte, soit dans tous les royaumes où ils allèrent fonder des commanderies. Régulièrement en querelle avec les Hospitaliers de Saint-Jean, pendant près de deux siècles, les Templiers vont accroître leur aura avant de revenir définitivement en Occident en 1291 après le chute de Saint-Jean d'Acre…

Leur raison d'être initiale avait disparu.

Leur retour ne pouvait pas plaire à tout le monde, d'autant plus que sans cesse, les biens de l'Ordre du Temple s'étendaient prodigieusement.

Les donations reçues de l'aristocratie et de l'épiscopat n'étaient pas des terres incultes ni de la menue monnaie, mais des châteaux, des fiefs, des bourgades avec leurs dépendances ainsi que les personnes qui y travaillaient; même des dîmes furent cédées.

Tout semblait donner à l'Ordre une puissance lui permettant de bouleverser l'organisation féodale voire menacer la puissance des souverains et des princes qu'ils avaient pourtant largement aidés.

Jaloux et inquiets de l'accroissement de l'Ordre et de sa splendeur, cherchant à combler les trous laissés dans leurs finances royales par les guerres incessantes de l'époque, ces rois ne songent qu'à trouver les moyens de confisquer à leur profit la fortune des Templiers.

 

A la fin du 13ème siècle , ceux-ci possèdent ainsi près du tiers de Paris, qui échappe ainsi à la juridiction et à l'autorité du Roi de France,

Philippe IV le Bel.

Peut-être est-ce ce qui explique qu'il est le premier à mettre ce dessein à exécution . Le 13 octobre 1307, il donne l'ordre de procéder

à l'arrestation des membres de l'ordre du Temple, accusés d'impiété, d'hérésie et de tous les désordres qui devaient soulever contre eux l'opinion publique.

Un concile général est assemblé à Vienne, en 1311. La condamnation de l'ordre y est décidée, et une bulle du Pape Clément V du 22 mars 1312 en prononce l'extinction, ainsi que la confiscation générale de tout ce qui pouvait appartenir aux chevaliers.

 

En France, après un  procès inique, un grand nombre de chevaliers sont condamnés à être brûlés vifs.

                                                                                                                                                                            Jacques de Molay

Le 18 Mars 1314, Jacques de Molay , le 22ème et dernier Grand Maître de l'Ordre, est livré aux flammes d'un bûcher dressé sur le terre-plein du Pont-Neuf, à quelques pas de Notre Dame, dont les chapelles Nord et les arcs-boutants ne sont pas encore achevés.

Dans les autres Etats, on arrête les chevaliers, on les jette en prison, et partout on confisque leurs biens. Ceux d'entre eux qui sont assez heureux pour échapper aux poursuites doivent se cacher et se réfugier en d'autres lieux.

En fait, la majeure partie des biens Templiers, particulièrement pour la France, sont transférés aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui continuent l'oeuvre pour laquelle les Templiers avaient reçu tant de riches donations.

La plupart des Templiers qui ont pu échapper aux poursuites ou qui ont été mis en liberté en profitent pour entrer dans l'ordre de Saint-Jean, en conservant leurs dignités.

Ce qui est devenu aujourd'hui l'Ordre de Malte recueille une bonne part de l'héritage humain et matériel de l'ancien Ordre du Temple.

 

Mais quel lien, me demanderez-vous, avec notre Ordre maçonnique ?

 

Après les forts et châteaux forts, les fameux kraks, érigés en Palestine, les Templiers ont fait construire en Europe de multiples bâtiments de tous types. D'innombrables églises et chapelles (la fameuse chapelle de Fleet Street !), plus de dix mille manoirs, des ouvrages militaires de toutes tailles, portent dans toute la chrétienté les couleurs de l' Ordre.

Toutes les chapelles, les Commanderies et autres résidences des Templiers sont placées sous l'invocation de Saint Jean.

De nombreux ouvriers maçons, groupés pour la plupart dans "l'Ordre du Saint Devoir de Dieu des honnestes compagnons", y avait travaillé.

 

Il faut rappeler que les Maçons opératifs, ou Maçons de métier appartenaient à des confréries de métiers libres, également dits métiers francs, par opposition aux professions rattachées à des corporations. Chaque Métier se réclamait d'un saint patron, car à l'instar de tout ce qui réglait la vie sociale, les confréries étaient d'inspiration religieuse.

Ce privilège de franchise dont se réclamaient les Francs-Maçons opératifs était essentiellement accordé sur le domaine des abbayes, et en particulier sur les domaines appartenant aux Templiers. Ces derniers attiraient dans leurs commanderies de nombreux artisans, auxquelles ils garantissaient leur protection afin qu'ils puissent librement circuler d'une commanderie à l'autre. Or les Templiers, nous l'avons vu, portaient à Saint-Jean l'Evangéliste une particulière vénération. Au demeurant, une certaine confusion existait avec Saint-Jean Baptiste, puisque c'est le jour de la fête de ce dernier, le 24 juin, qu'ils organisaient de grandes célébrations.

La disparition de l'Ordre du Temple et la dispersion de ses biens ne mirent pas fin aux privilèges que représentaient les franchises.

Ainsi, tous les métiers francs continuèrent au cours des siècles à célébrer le culte de Saint-Jean.

 

En 1326, le Concile d'Avignon condamne les fraternités et les confréries, dont les pratiques, les insignes et le langage secret lui paraissent menacer l'orthodoxie de la foi.

A peine quelques dizaines d'années plus tard, est rédigé le manuscrit Régius, premier document connu, mais peut-être pas premier document écrit, attestant en tous cas l'existence de la Franc-maçonnerie opérative, avec l'histoire de la fondation de la Maçonnerie par Euclide en Egypte, la règle du Maçon en 15 Devoirs et 15 points et le développement sur les Arts libéraux.

 

Franchissons d'un bond trois siècles durant lesquels les Maçons opératifs continuèrent de jouir de leur privilèges et de protéger les secrets de leur Art, avant d'entrouvrir leurs cercles, leur ateliers - car ils y traçaient leurs plans et façonnaient leur outils-, leurs loges - car ils y logeaient le temps que durait le chantier sur lequel ils étaient appelés -, à des clercs, des nobles , des bourgeois riches et érudits.

Ces membres non opératifs, intéressés à la découverte des Mystères de l'Art Royal, étaient ainsi les premiers Francs-maçons admis parmi les opératifs, d'où leur dénomination de Francs-Maçons acceptés.

 

C'est le jour de la Saint-Jean-Baptiste de 1717 que quatre loges londoniennes où opératifs et spéculatifs se côtoyaient s'unirent pour constituer la première Grande Loge.

 

A dire vrai, la tradition solsticiale remonte bien au-delà de l'époque chrétienne, et s'étend à des pays et à des cultures qui ignorent tout des Evangiles.

Le cycle Solaire et les deux positions particulières de l'astre qui éclaire notre planète et lui donne la vie sont connus et vénérés depuis l'âge de pierre. Carnac ou Stonehenge, Baalbek et cent autres sites mégalithiques en témoignent.

Mais la chrétienté a su adopter la fête du dieu romain Janus, en accolant à chacune des célébrations solsticiales la commémoration d'un Saint Jean, Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin lorsqu'au solstice d'Eté le soleil est à son apogée, et Saint-Jean l'Evangéliste, le 27 décembre juste après le solstice d'hiver, alors que le soleil est le plus bas dans le ciel et donc juste avant que ne réapparaisse la lumière.

 

Telle est en quelques mots l'explication la plus courante pour justifier l'invocation que nous continuons de pratiquer.

Mais il convient d'aller, bien entendu, un peu plus loin, et tout d'abord de rappeler qui sont ces deux Saint-Jean dont nous nous réclamons quelque peu confusément.

 

Evoquons d'abord, dans l'ordre chronologique, Saint-Jean-Baptiste.

 

Ce Jean-là, de son prénom hébreu Johanan, ce qui signifie "D. a fait grâce", est considéré par les Juifs comme le dernier prophète de l'Ancien Testament, et par les Chrétiens comme le premier prophète, ou plutôt le précurseur du Nouveau Testament.

Jean serait né à quelques lieues à l'ouest de Jérusalem, alors que la Judée était gouvernée par Hérode le Grand.

Dieu lui commande, alors qu'il a près de 30 ans, d'aller au désert afin de s'y préparer.  Il y mène une vie rude, ascétique, enseignant la rigueur, la pénitence, et prêchant le repentir et la confession des fautes.

Jean – Johanan propose aux pêcheurs de les baptiser, en vue de leur rémission. La purification par l'eau symbolise pour lui la purification morale qu'il faut rechercher par une véritable conversion de son cœur et de son âme.

Il annonce à ceux qu'il baptise ainsi qu'un autre viendra bientôt, plus puissant que lui, qui sera le Messie et qui les baptisera non seulement dans l'eau, comme lui-même le fait pour leur salut, mais dans ce qu'il appelle l'Esprit Saint.

Et un matin, son parent Yeoshoua se présente avec une foule de candidats pour recevoir le baptême collectif, des mains de Jean.

Il proclame alors à la foule que le Messie, le Rédempteur, est là, et qu'il faut le suivre.

 

De nombreux disciples de Johanan le Baptiste, on les appelle les Esséniens, suivront ainsi Jésus, et parmi eux un autre Johanan, un certain Jean, fils de Zébédée, l'autre Jean  de notre histoire, l'Evangéliste.

 

Jean-Baptiste continue de prêcher avec rigueur, tout en s'effaçant peu à peu devant Jésus, qui se met à baptiser à son tour, et à faire de plus en plus de disciples.

Le gouverneur-roi Hérode Antipas, agacé par ces guides spirituels qu'il tient pour des agitateurs et qui craint qu'ils ne profitent de leur ascendant sur le peuple pour fomenter une sédition, fait arrêter Jean – Baptiste et le fait enfermer dans une forteresse sur les bords de la Mer Morte,avant finalement de le faire décapiter.

 

Mais qu'était entre-temps devenu l'autre Jean, celui que j'ai appelé le fils de Zébédée ?

Jean était un pêcheur du lac de Tibériade, vivant avec sa famille dans une petite localité du nom de Capharnaüm,

Lorsqu'ils entendent Jean-Baptiste proclamer que Jésus est le Messie Rédempteur, l'Agneau de Dieu, Jean et son frère Jacques décident d'abandonner leurs filets et de devenir pêcheurs d'âmes, en se mettant au service du nouveau Maître.                                        

Et de tous ses disciples, c'est Jean que Jésus, si l'on en croit les Evangiles, aimait le plus.

Jean devait survivre de longues années à son Maître. Mais on ne dispose d'aucune précision fiable sur la suite de sa vie.

Il est cependant vraisemblable qu'il se serait fixé à Ephèse, ancienne cité de la côte d'Asie Mineure, capitale de l'Asie romaine.

Après diverses vicissitudes, il semble qu'il ait été un temps déporté à Patmos, où il rédigea probablement son premier ouvrage majeur, l'Apocalypse. Il revint finir sa vie à Ephèse,

où l'on vénère aujourd'hui encore son tombeau. C'est là qu'il aurait écrit le livre aujourd'hui considéré comme Evangile canonique.

Que Jean ait écrit de sa main la totalité des écrits qu'on lui attribue, à dire vrai, peu importe, puisqu'ici aussi tout est symbole.

Le livre auquel nous nous référons est la résultante d'une tradition que chacun s'accorde à considérer comme d'inspiration johannique.

Il développe, par sa manière d'évoquer la mort et la renaissance, l'alternance de la Lumière et des ténèbres, le cycle de leur lutte incessante, qui articule toute la démarche à laquelle se vouent les Francs-Maçons de REAA.

 

Revenons, si vous le voulez bien sur ce que dit l'Evangile de Jean, et singulièrement sur le sens qu'il faut donner à son Prologue.

Je dois à cet égard insister sur le fait que les quelques phrases auxquelles nous nous référons ne font aucune référence à Jésus, ni plus généralement à rien qui soit spécifique de la foi chrétienne.

Elles sont une reprise, du début de la Genèse, Bereshit, ce qui signifie précisément "Au commencement".

     Le Prologue de l'Evangile de Jean proclame la gloire de ce que nous traduisons comme le Verbe de Dieu.

En fait, le mot employé dans le texte grec original est Logos, ce qui signifie la Parole, mais aussi la Raison.

Pour les Grecs, les deux idées étaient conjointes, au sens où une parole dénuée de raison n'est qu'un vain bruit.

C'est en tous cas ce double sens qu'avait le mot Logos dans l'esprit des habitants d'Ephèse, comme dans celui de tout le monde hellénistique alors dominé par les Romains.

Or on sait que les stoïciens faisaient de la raison, d'inspiration divine, l'âme, le fondement même de l'Univers.

Quant à l'emploi du mot "theos", traduit pas Dieu, une acception plus ésotérique, proposée par le SGC Hubert Greven, conduit à le comprendre comme "La Lumière".

                             "Au commencement était la Parole, et la Parole était accompagnée de la Lumière, et la Parole était la Lumière"

De fait, de nombreux auteurs antiques assimilaient déjà volontiers la parole divine à l'éternelle sagesse, celle-là même par laquelle est créé et gouverné le monde, celle là même qui dirige, enseigne et protège les hommes.

Pour Philon d'Alexandrie, au 1er siècle, le Logos serait un être spirituel intermédiaire entre Dieu et sa création.

C'est de ce positionnement, entre créé et incréé, que devait naître la gnose.

Le Prologue de Jean amène une vision plus simple, plus directe.

Le Verbe est pleinement divin, puisqu'il est contemporain de Dieu, de génération divine.

Mais le Verbe est aussi totalement humain, puisqu'il est incarné.

Ainsi, l'humanité est-elle projetée en son créateur comme le créateur est projetée en elle.

Le Grand Architecte et sa construction ne font qu'un. 

 

Mais il est temps de revenir à nos Loges, et de nous interroger sur le sens de la filiation johannique dont nous nous réclamons.

Il faut noter, au passage, que l'appellation de Loge de Saint-Jean est essentiellement une spécificité de la maçonnerie française ou d'inspiration française et même du Rite Ecossais Ancien et Accepté français.

L'Evangile de Saint-Jean, en revanche, semble largement plus répandu. Il est mentionné dès la fin du 17ème siècle, puisque le Manuscrit d'Edimbourg, qui date de 1696, énonce que

"le Maçon doit prêter serment sur Saint-Jean".

Dans le Manuscrit Sloane, qui date de 1700, il est dit que la Loge s'est réunie "dans une chapelle dédiée à Saint Jean".

Dix ans plus tard, le manuscrit Dumfries indique que les maçons doivent célébrer leur unité en se réunissant chaque année à la Saint Jean.

C'est ce que rappellent les Constitutions d'Anderson de 1723, qui précise que les Maçons doivent se réunir lors de l'une des deux saint Jean pour élire le Grand Maître, un Député et deux Surveillants.

Enfin, en 1730, Samuel Pritchard publie un ouvrage dans lequel il déclare que

"les Loges sont dites de saint Jean parce que Saint Jean Baptiste,le précurseur du sauveur, traça le premier parallèle à l'Evangile".

En 1736, avançant une autre hypothèse, le chevalier écossais Andrew Michael Ramsay, souvent considéré comme le père de l'écossisme maçonnique, écrit que les Loges prirent le nom de Loges de saint Jean car l'ordre maçonnique était uni aux chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, c'est-à-dire aux chevaliers de Malte et, indirectement, aux Templiers.

En tout état de cause, la Maçonnerie française introduisit dans ses rituels d'initiation dès 1745 le serment prêté sur l'Evangile de Saint Jean,qui doit être embrassée par l'impétrant devant les frères assemblés.

 

Notre Ordre tire selon toute vraisemblance ses origines d'une tradition vieille de deux millénaires. Deux ou trois décennies avant que ne naissent nos deux Saint Jean, des charpentiers, des maçons, des décorateurs de toutes sortes agrandirent le Temple de Jérusalem, à l'initiative du roi Hérode. Quoique ce Temple d'Hérode ne soit guère mentionné dans les écrits maçonniques, qui se réfèrent soit au Temple de Salomon soit

au Temple de Zorobabel, il semble bien que c'est à l'époque de sa construction, exécutée selon une méthode romaine d'inspiration grecque assaisonnée de ce que notre T:.C:.F:. Michael Segall appelle "un vernaculaire hébraïque",  que se soit cristallisée l'essentiel de ce qui s'est transmis ensuite aux compagnons bâtisseurs de cathédrales avant de servir de source d'inspiration et de cadre aux fondateurs de la Franc-Maçonnerie spéculative.

 

Saint-Jean le Baptiste a énoncé la valeur de la vertu, de la rigueur, du respect des autres et de soi-même.

Son disciple Saint-Jean l'Evangéliste a mis dans la bouche du Christ avec plus d'emphase qu'elle n'en avait dans l'Ancien Testament (Levitique 19 et 20) ce fondement de l'harmonie entre les hommes :

                                                                                 "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Respect et Amour de l'Autre, mais aussi de soi-même, sont pour moi les fondements de l'engagement maçonnique.

Des valeurs universelles dans lesquelles tout homme juste peut reconnaître ce qui fonde son comportement et son espérance.

 

Pour terminer, je voudrais partager avec vous les premières lignes de ce Prologue auquel est ouvert notre Volume de la Loi sacrée, qui dit exclusivement ceci, que je vous invite à entendre et non seulement à écouter.

                                                                                                       

                                                 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.

                                                                                             Il était au commencement avec Dieu.

                                                              Tout a été créé par lui , et rien de ce qui a été créé ne l'a été sans lui.

                                                                         En lui était la Vie, et la vie était la Lumière des hommes.

                                                            La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise"

 

Que puis-je comprendre de ce texte ?

 

D'abord que la Parole est créatrice du monde. C'est le grand symbole du souffle primordial, celui que les Dogons du Mali ou certaines tribus du Mexique identifiaient comme le souffle qui anime l'univers à son commencement. Le vieux symbole de l'anima.

Celui qui au tout début de la Genèse, le premier livre de l'Ancien testament, planait à la surface de l'abîme au sein des ténèbres, jusqu'à ce que Dieu dise "Que la lumière soit" et que la lumière fût.

Qui souffle ainsi sinon le Grand Architecte de l'Univers, celui-là même qui a conçu le projet du monde et qui lui donne mouvement, c'est-à-dire Vie.

Dieu est-il le Grand Architecte de l'Univers ?  Il suffit de considérer que dire "Dieu" ne veut pas nécessairement dire "religion", "dogme" ni "pratique religieuse".

Convenons donc ensemble que c'est le nom commode, quelque part réducteur car anthropomorphique, du Grand Architecte.

Voici donc en tous cas que le Grand Architecte est proclamé comme le Principe qui a animé le monde, qui lui a donné mouvement et sens, qui a engendré l'évolution qui conduit à la vie telle que nous la partageons et qui nous donne l'occasion et le moyen de nous interroger sur l'Univers dont nous participons à notre échelle infinitésimale et pourtant incommensurable.

Tel est le sens du Principe créateur qu'évoque, pour moi Franc-Maçon de REAA, le prologue de Jean.

Au-delà même de la Religion naturelle, du Noachisme, un principe qui a pour dimension l'Absolu, l'Universel, le Un-Tout.

Dès lors, quelle que soit notre Foi personnelle, nous pouvons ici faire nôtre sans dogmatisme aucun, en toute liberté, le contenu de Prologue de l'Evangile de Saint Jean.

 

Voici pourquoi, au terme de mon propos, je forme le vœu qu'unis par la fraternité qui nous rassemble au-delà de nos différences voire de nos divergences, nous puissions ouvrir longtemps encore ensemble le Volume de la loi sacrée à la page choisie par nos sages prédécesseurs, à la Gloire, vous l'avez compris, du G:.A:.D:.L:.U:.!

Jean Jacques ZAM:.

22 février 2006

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Greg 07/01/2011 02:41



Cela me rappelle les confréries “de dévotion” comme la célèbre confrérie des flagellants, connue pour des processions au cours desquelles les gens se flagellaient en public.