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Hauts Grades

Déclaration de Principe de la Grande Loge de France (1955)

18 Août 2012 , Rédigé par PVI N°1 Publié dans #histoire de la FM

I - La Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

               Le premier principe de la Grande Loge de France

 

PREMIERE PARTIE : Histoire et Symbolisme  

La franc-maçonnerie : initiation et tradition.

La franc-maçonnerie est une société.
Mais de quel genre ?
Ni église, ni secte, ni parti politique, ni club, ni académie.
Elle se donne pour école ; mieux : pour guide, pour maître.
Car elle prétend éclairer l'aveugle et instruire l'ignorant.
De quel genre, à son tour, est la science maçonnique ?
Historiens et docteurs divergent dans leurs réponses.
Mais la méthode maçonnique est évidente, elle suffit à définir son objet.
Cette méthode est, en effet, symbolique, et l'exercice de la méthode symbolique procure l'expérience de la gnose.
Or, l'acquisition de la gnose, c'est l'Initiation.
Parce qu'elle recourt au symbolisme, la pédagogie maçonnique s'avère une mystagogie.
Si la franc-maçonnerie est une société, cette société ressortit au genre initiatique. La franc-maçonnerie est un ordre.

En tant que société, la franc-maçonnerie repose sur des lois.

En tant que société initiatique, ou ordre, la franc-maçonnerie ne pro­gresse, et n'accommode ses lois, que dans le respect actif, c'est-à-dire la continuité, de sa tradition .

Les lois de la franc-maçonnerie ne sauraient donc ignorer ou renver­ser les landmarks les plus certains, ses devoirs.

Or, les Old Charges implicitement, et les premières constitutions de la franc-maçonnerie spéculative explicitement, affirment que le bon maçon, le vrai maçon ne peut être athée.

La croyance en Dieu paraît donc d'obligation pour tout membre de la société dite franc-maçonnerie.

Mais que signifie ici le mot « Dieu » ?

La Sainte Trinité et la Sainte Eglise.

Pour les Old Charges, qui disent le droit d'une confrérie catholique, dont rien n'autorise à soupçonner l'orthodoxie, « Dieu » est le Dieu de la Bible, Créateur et Providence. C'est la Sainte Trinité, à qui le maçon opératif prête allégeance en même temps qu'à la Sainte Eglise Catholique.

Les Constitutions de 1722 exhortent encore, cinq ans après la fonda­tion de la Grande Loge de Londres, à honorer Dieu et la Sainte Eglise.

« Grand Architecte de l'Univers » signifie donc ce Dieu-là, mais connote plus particulièrement la deuxième personne de la Sainte Trinité, le Fils qui est Verbe et par qui toutes choses ont été faites, de qui relève la Sagesse, Jésus-Christ qui fut hissé au pinacle du Temple saint. Une formule de serment, en usage chez les opératifs et passée çà et là dans la maçonnerie spéculative, s'ouvre avec cette formule d'ins­piration nicéenne : « Au nom du Grand Architecte de l'Univers, qui est Dieu ».

Le déisme tactique de 1723.

Le Dieu d'Anderson et de Désaguliers n'est point autre, et ils le prêchent.

Mais dans la première édition des premières constitutions de la franc-maçonnerie spéculative, ils requièrent du maçon une croyance en Dieu si minimale qu'elle semble arrêtée et imposée soit par le déisme, soit par quelque tolérance oecuménique : indifférentisme religieux ou indifférentisme confessionnel .

Il s'agit en réalité d'une tactique de deux pasteurs antidéistes, pour décatholiciser la confrérie maçonnique et lui épargner d'être prise dans les luttes religieuses contemporaines ; pour lutter en revanche contre l'athéisme forcené des Hell-fire clubs ; et, peut-être, pour faire franchir aux libertins un premier pas vers l'Evangile dont Anderson et Désaguliers n'ont jamais oublié qu'ils étaient les ministres.

Dans une conjoncture différente, les versions continentales des Constitutions de 1723 (document « suédois » et document « d'Amster­dam ») maintiennent le caractère chrétien de la franc-maçonnerie, infi­dèles à la lettre, mais fidèles, sans doute, à l'arrière-pensée des auteurs de l'original.

Après Anderson, en Grande-Bretagne et en France.

Comment va évoluer le déisme tactique d'Anderson-Désaguliers ?

En Grande-Bretagne, dans les deux directions que son ambiguïté même lui ouvrait : la religion naturelle qu'accentuera, dans la deuxième édition des Constitutions (1738) une référence au noachisme ; et le conformisme religieux, anglican en l'espèce, qu'encouragera la troisième édition (par John Entik, 1756).

L'empirisme britannique gardera les contradictions, voire les prévien­dra. Dès 1760 (cf. J. and B. et Hiram) certaines loges diront « Grand Architecte de l'Univers » au lieu de « Dieu tout puissant ». Ce sera dans l'intention qu'on vient de dire, et non pas dans une intention d'ésotérisme.

Même après 1813, et l'apport des éléments symboliques pré-ander­soniens, qu'avaient conservés ou récupérés les Antients, l'ésotérisme maçonnique qu'on eût pu croire réactivé, demeurera lettre morte. La Constitution de la Grande Loge Unie (1815) rejoint Anderson, l'Anderson obvie du fameux article ter, et s'y tient. Seul avantage : le conformisme anglican s'inscrit moins dans les textes. Mais il est ancré dans la men­talité.

Cette perspective britannique justifie et exige le conformisme reli­gieux des maçons appartenant à d'autres religions que la religion catho­lique anglicane, ou même que toute confession chrétienne.

En France, où les premières constitutions n'avaient pas de motif pour taire le caractère chrétien de la franc-maçonnerie, celui-ci allait de soi. Il allait même si bien de soi qu'il ne marquait guère plus qu'il ne choquait.

La même évolution d'un déisme aussi ambigu que celui des constitutions anglaises, quoique aucune tactique n'eût imposé de le proclamer sur le continent, la même évolution s'observe : vers la religion naturelle et vers le conformisme religieux, catholique en l'espèce.

Le conformisme catholique disparaîtra quasiment au XIXe siècle pour des raisons historiques claires : application des condamnations pontifi­cales, politisation de la maçonnerie.

Quant au déisme, il persistera, de plus en plus vague ou, si l'on veut, de plus en plus pur en tant que déisme.

Le Grand Orient de France n'impose plus la croyance en Dieu à partir de 1877 seulement, et nombreux sont les maçons qui y restent fidèles, dans toutes les Obédiences. A la limite, et comme il est normal quand il manque de racines initiatiques, le déisme devient athéisme.

Il advient que cette perfection du déisme soit réalisée chez des maçons britanniques aussi, mais l'avouer serait, chez eux, de mauvais ton.

L'écossisme.

La franc-maçonnerie française, cependant, n'est pas qu'un rameau, ni même qu'un rejeton de la maçonnerie anglaise, comme on vient de le supposer jusqu'à présent.

La tradition proprement française en maçonnerie ,c'est-à-dire la tradition de l'écossisme souligne l'aspect initiatique — essentiel — de l'ordre, et le renforce. Car l'ésotérisme hermétique, chevaleresque et magique frappe davantage que celui de la maçonnerie opérative, dont on sait peu.

Ce déisme de fait des premières constitutions, l'écossisme le méta­morphosera en un gnosticisme, et c'est encore sa volonté d'ésotérisme, ici confondue avec une fidélité traditionnelle, qui lui inspirera de réim­poser, avec pleine signification, le caractère chrétien de la franc-maçon­nerie. Non point par conformisme religieux, mais parce que l'ésotérisme paraissait exiger la base d'un exotérisme correspondant, selon un schéma classique, mais point si contraignant qu'on le répète.

Exemples : le cas du Régime écossais rectifié, où l'on exige la pro­fession de la religion chrétienne (Code de 1778) et qui recèle une doc­trine ésotérique, de tradition martinésiste (judéo-chrétienne) et cheva­leresque, sans doute plus élaborée et systématisée que dans aucun autre régime ou rite maçonnique.

Autre exemple : le grade de Rose-Croix (qui deviendra le 18e Degré du Rite écossais ancien accepté), très profondément ésotérique, d'un ésotérisme judéo-chrétien lui aussi, où la Sainte Trinité est invoquée et Jésus de Nazareth au moins typifié.

L'écossisme n'insiste, danc certains cas, sur le caractère chrétien de la franc-maçonnerie qu'afin d'offrir un objet à la réflexion initiatique, que pour disposer d'un ensemble de symboles propres à médiatiser la connais­sance ésotérique.

Les notions d'ésotérisme et d'universalisme sont connnexes. Seul l'ésotérisme fonde un universalisme authentique. L'exemple et l'enseigne­ment de Ramsey, qui ne fabriqua aucun grade mais qui est un Père de l'écossisme, comme on dit Père de l'Eglise, aident à désigner la voie .

Il est vrai qu'en 1875, l'écossisme, à Lausanne, paraît avoir rejoint l'Anderson légal et versé dans le maçonnisme philosophique au détriment de l'ésotérisme maçonnique.

La voie cependant reste ouverte, où nous sommes engagés, bon gré mal gré, et où il faut marcher, sauf à nier notre situation et à renier notre vocation. Car nous sommes situés en écossisme et appelés à l'ini­tiation.

Il est juste et réjouissant que le tracé historique, débouchant sur l'implantation écossaise de la Grande Loge de France, confirme l'examen philosophique au terme duquel la franc-maçonnerie se qualifie comme société initiatique. Dans cette perspective, posons le problème du Grand Architecte de l'Univers.

Le symbole du Grand Architecte de l'Univers.

On a vu quel respect de la jurisprudence obligeait la société dite franc-maçonnerie à maintenir l'exigence de croire en Dieu, et comment cette exigence s'est analysée au cours de l'histoire.

Mais que signifie « Dieu » pour une société maçonnique fidèle à sa nature initiatique, c'est-à-dire éminemment pour la franc-maçonnerie écossaise ?

Parce qu'elle est initiatique (inversons le sens de notre raisonne­ment initial), la société maçonnique suit la méthode symbolique. Elle interprètera donc symboliquement un dogme, ou plutôt laissera la liberté d'interprétation symbolique quant à toute expression d'allure dogmatique.

D'où la commodité, d'où la nécessité, statutaire au plan ésotérique, de désigner par le symbole du Grand Architecte de l'Univers ce « Dieu » auquel un imprescriptible landmark impose, en style exotérique, la croyance .

D'où l'interdiction corollaire, et non moins statutaire au plan éso­térique, de réduire à un concept unique, ou d'ailleurs à une juxtaposition, voire à une coordination de concepts, le symbole du Grand Architecte de l'Univers. Car cette opération aboutit à détruire le symbole en tant que tel, donc à condamner la méthode symbolique et à effacer, par conséquent, le caractère initiatique, pourtant essentiel, de la franc-ma­çonnerie.

De quoi le Grand Architecte de l'Univers est-il le symbole ? Impossible, par définition, de répondre adéquatement.

Le passage du polygone inscrit, au cercle exige un saut. L'imagina­tion seule, en l'occurrence, peut effectuer ce saut. Car elle est la fonc­tion symbolique. Du symbole est possible une approche esthétique ou intellectuelle ou mystique, du symbole ou plutôt de l'un ou l'autre de ses aspects qu'il déborde. L'appréhension du symbole en tant que tel, génératrice de l'expérience gnostique, est l'oeuvre de l'imagination, quels que soient ses états ; expérience ineffable tout à fait.

Mais, s'il faut parler, on peut multiplier les côtés du polygone. Rele­vons au fil de l'histoire :
Le Grand Architecte de l'Univers symbolise ad libitum : Dieu » ;
le « Dieu » de telle, ou telle, ou telle religion ;
— le « Dieu » des déistes ; le « Dieu » des théistes ;
— le « Dieu » de toute philosophie qu'on voudra ;
— l'Harmonie universelle, la Loi suprême, le triangle équilatéral, l'élan vital, le feu, la vie, la lettre G., ...que certains distinguent de « Dieu » comme des créatures du Créateur, et d'autres comme des éner­gies de leur source ;
— tel aspect du « Dieu » des religions ou des philosophies : créa­teur, ordonnateur, démiurge. La qualité de géomètre paraît inhérente au symbole même du Grand Architecte de l'Univers.

Dans les Old Charges, le Grand Architecte de l'Univers est particu­lièrement Jésus-Christ, Dieu Incarné. Approfondissons. Le Grand Archi­tecte de l'Univers symbolise le Logos, la Sophia ; l'Homme total aussi (Adam Oadmon de la Kabbale). Pourvu qu'on les entende ésotériquement (ce qui n'est pas le cas d'ordinaire et c'est pourquoi la substitution, d'ail­leurs anti-traditionnelle et limitative, est inacceptable), les invocations « A la Gloire de l'Humanité » ou « A la Gloire de la Franc-Maçonnerie Univer­selle » sont synonymes en partie de l'expression « A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers ».

Il est du reste habituel, dans les sociétés initiatiques, que le héros mythique et rituel passe au premier plan de la pensée et des images, tandis que le Principe suprême domine de très haut, de très loin en appa­rence. Ainsi, de notre maître Hiram et du Grand Architecte de l'Univers.

Ce phénomène peut signifier sécularisation, profanation, et il serait alors catastrophique. Mais il est inévitable, car précisément la franc-maçonne­rie ne peut travailler à la gloire du Grand Architecte de l'Univers que par Hiram, avec Hiram, en tant qu'Hiram. L'état de maçon tire sa supré­matie du fait que la géométrie, qui est son propre quand il est devenu maître, est l'attribut par excellence du Grand Architecte de l'Univers. L'homme ne doit et ne peut être maçon que parce qu'il a été créé par le Grand Architecte de l'Univers, à son image. D'autre part, un symbolisme privilégié et à double sens unit Hiram et le Grand Architecte de l'Univers.

Hiram est le Grand Architecte du Temple qui est symbole de l'Uni­vers. Hiram et le Grand Architecte de l'Univers entretiennent des rap­ports particuliers avec le temple-univers qui symbolise aussi l'Humanité. Tout le sens, toute la valeur de l'élévation à la maîtrise vient des rap­ports de soumission, d'imitation et d'union où le récipiendaire entre avec Hiram et le Grand Architecte de l'Univers.

Le Grand Architecte de l'Univers est le symbole essentiel, alpha et omega ; le lieu de tous les symboles. Il est la valeur dernière et le prin­cipe premier. En lui le maçon vit et se meut ; en lui il existe.

Le symbolisme est un existentialisme

De la liberté à la transcendance, de l'homme au Grand Architecte de l'Univers, le rapport ne s'établit pas tant par une démarche intellectuelle que par l'expérience concrète de l'existant libre.

Ce rapport qui procède d'un déchiffrement par l'existant et sur lequel insiste mainte doctrine contemporaine de philosophie et de théologie, c'est ce que la franc-maçonnerie écossaise nomme la voie, la méthode (au sens large, étymologique) symbolique.

L'absurde, écrivait Albert Camus, n'est pas dans l'homme, il n'est pas dans le monde, il est dans le rapport de l'homme au monde.

Pour nous le rapport de l'homme au monde n'est pas l'absurde, mais le Grand Architecte de l'Univers. Quand nous disons Grand Architecte de l'Univers, nous disons « anti-absurde » nous disons « sens », nous disons « principe d'ordre », en même temps que — et d'où — principe de l'ordre maçonnique ; nous trouvons le courage de donner à la vie un sens. Car ce rapport, où la transcendance s'expérimente, donne un sens à notre existence, à l'existence des autres et à l’existence du monde.

Qu'à partir de cette expérience du Grand Architecte de l'Univers, cer­tains déduisent des conséquences philosophiques, que d'autres dédui­sent des conséquences théologiques ; que certains y éprouvent la pré­sence d'un Dieu personnel ou que d'autres concluent à l'existence de ce Dieu, c'est affaire individuelle, affaire de raisonnement, et donc de langage. Chaque maçon a le droit, et même le devoir, de réfléchir sur son expérience du Grand Architecte de l'Univers ; et ainsi d'aborder la philosophie et la théologie, chacun en son particulier.

Mais, en tant que franc-maçon, son affirmation et sa glorification du Grand Architecte de l'Univers signifient précisément qu'il a choisi d'exis­ter authentiquement et de travailler contre l'absurde, père du mensonge, selon le plan qu'il décrypte et parfait à la fois, en lui-même et dans le monde.

Semblable à l'âme socratique, au nous, le Grand Architecte de l'Uni­vers, auquel réfère, dans le grand livre du monde, la nature, contradictoire du hasard, est appréhendé, par excellence, grâce à la connaissance de soi, non pas introspection psychologique mais plongée, ou ascension, méta­physique. Semblable à l'esprit universel est en effet « celui qui, de son compas, marqua les limites du monde et régla au dedans comme au dehors tout ce qui se voit et tout ce qui est caché (7) ; celui qui se tient devant le temple idéal, un bâton d'arpenteur à la main. Tel l'homme d'Ezéchiel, oui ; image de l'homme qui est son image, dans le miroir d'Hiram.

Ainsi la tendance rationaliste manifestée d'abord par le déisme ap­parent des premières constitutions de la franc-maçonnerie spéculative, et la tendance ésotérique manifestée par le recours au symbole du Grand Architecte de l'Univers culminent dans un existentialisme philosophique, un universalisme religieux et une connaissance gnostique qui fondent la double et seule intolérance permise, et même commandée aux francs- maçons : intolérance du dogmatisme confessionnel et intolérance de l'athéisme, stupide par définition.

Pour mémoire :

Le problème du Volume de la Loi Sacrée est inséparable du pro­blème du Grand Architecte de l'Univers. La solution doit, pour les francs- maçons écossais, en être cherchée selon la même ligne, que trace leur tradition et où l'on a cherché présentement celle du Grand Architecte de l'Univers.

 

SECONDE PARTIE      

PREAMBULE

Comme toute société initiatique la franc-maçonnerie travaille à la gloire d'un Principe.

Conformément au génie de son symbolisme, elle le désigne comme le Grand Architecte de l'Univers. Ce symbole est la clef de voûte de la franc-maçonnerie. Conscients de cette vérité, les francs-maçons ouvrent et ferment leurs travaux en invoquant le Grand Architecte de l'Univers. Ce que désigne ce symbole, l'esprit humain ne peut ni le comprendre, ni l'exprimer adéquatement dans un autre langage. Car le symbole, vivant et évolutif, sert de médiateur entre le perceptible et l'imperceptible, entre le physique et le métaphysique, entre le manifesté et le non-manifesté, finalement entre le créé et le créateur.

THESES

1° Le Grand Architecte de l'Univers représente le prin­cipe d'ordre qui donne à la nature forme et organisation, inspire et justifie les efforts de l'homme en lutte contre les puissances aveugles de la matière, du hasard et du destin.

2° En travaillant à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, la franc-maçonnerie écossaise manifeste son at­tachement à l'idée d'un univers où le sens l'emporte sur le non-sens et où la pensée et l'action de l'homme doivent être en accord avec la signification ultime de la réalité. Elle laisse aux systèmes philosophiques et aux théologies le soin de définir le mode d'être de ce principe, qui peut être identifié à Dieu, notamment comme Verbe ou Dé­miurge. 

COMMENTAIRE

Le Grand Architecte de l'Univers est un symbole qui a valeur d'analogie. Dans la mesure où l'Univers peut être comparé à un édifice, c'est-à-dire à un ensemble ordonné ayant forme et finalité, il y aurait à l'origine de cet ordre un principe qui serait à l'Univers ce que l'architecte est à l'édifice. Nous sommes ici plus près de l'idée d'un démiurge, artisan oeuvrant sur une matière informe se­lon la devise « ordo ab chao que de l'idée d'un créateur ex nihilo.

« A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers pourrait être interprété ainsi : Dans la lutte de l'ordre contre le désordre, de la forme vivante contre la matière morte, du sens contre l'absurde, de l'un contre le multiple, de l'être contre le non-être, qui se pour­suit depuis l'origine de l'univers et se manifeste dans le travail de l'homme et dans ses efforts pour réaliser la perfection dans l'indi­vidu et dans la cité, le franc-maçon s'est enrôlé.

« A la Gloire de n'est pas une affirmation. On est en dehors de la sphère proprement intellectuelle du vrai et du faux. Il s'agit d'une expérience, vécue par l'âme tout entière et qui concerne le sentiment et l'action autant que la pensée théorique. Le symbole du Grand Architecte est une façon d'exprimer une certaine idée de la nature des choses, à savoir que la conscience n'est pas une sorte d'accident dans l'univers, un produit sans importance spéciale de la chimie du carbone. Ce qui représente pour l'homme une valeur : Sagesse, Force, Beauté, n'est pas sans rapport avec la raison d'être de l'univers lui-même. Le symbolisme maçonnique affirme implici­tement que la notion de Dieu n'est pas dépourvue de signification. Quant à son mode d'existence, la franc-maçonnerie écossaise laisse chaque maçon libre de sa croyance personnelle. »

Tout franc-maçon du rite écossais travaille « à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers », du seul fait qu'il est capable de consacrer à une idée une partie de ses forces et de son temps et de lui sacrifier éventuellement son intérêt personnel et même sa vie. Ce faisant, par définition, il agit à la gloire du Principe inconnu d'où procèdent toute vérité et toute vie.

Ainsi que disait Jules Lagneau : « En dehors de ces athées qui nient Dieu parce qu'ils s'en font une idée plus haute que leurs contemporains, il n'y a que des athées pratiques, dont l'athéisme consiste non pas à nier la vérité de l'existence de Dieu, mais à ne point réaliser Dieu dans leurs actes. »

 

TROISIEME PARTIE : DOCUMENTATION TEXTES PHILOSOPHIQUES

Avertissement

L'idée de Grand Architecte de l'Univers est difficile à comprendre et à définir. En elle viennent se rejoindre et parfois se fondre des caractères issus, soit de la tradition religieuse, soit de la tradition philosophique. C'est pourquoi il nous a semblé utile, voire nécessaire, d'évoquer la Bible et des textes tirés des grandes œuvres philosophiques de l'Antiquité, du XVII' siècle et du XVIII' siècle où nous rencontrons l'idée de Dieu ou de l'Etre.

On peut penser que l'idée de Dieu ou de l'Etre ne recouvre pas exactement l'idée de Grand Architecte de l'Univers, mais on peut la considérer comme une « approche » qu'il est utile, voire nécessaire, à tout franc-maçon de connaître et de méditer.

Nous nous sommes volontairement limités à quelques textes qui nous semblent significatifs. Mais il va sans dire que cette liste n'est pas et ne veut pas être limitative, et que tout franc-maçon peut, et doit, la compléter et l'enrichir.

Nous ne donnons ces textes qu'à titre d'indication, voire d'incitation, car ils ont pour nous, francs-maçons du Rite écossais, au-delà de leur valeur spéci­fiquement religieuse ou philosophique, la plus haute valeur spirituelle.  

LA BIBLE. Genèse I, 1.  

Si l'on se réfère aux anciennes versions de Genèse (récit de la Création), nous voyons que le verset 1 a été traduit de la manière suivante : « Au com­mencement Dieu créa les cieux et la terre » soit par une proposition indé­pendante. Dans ce cas, il s'agirait d'une création ex nihilo. Mais beaucoup de traducteurs modernes et anciens (parmi les anciens on peut citer Rashi et Ibn Esra) considèrent le verset 1 comme une proposition subordonnée à ce qui suit.

Cette compréhension est beaucoup plus conforme à la grammaire et à la phraséologie hébraïque. Breshit, dans la Bible, n'est jamais pris à la fois abso­lument et temporellement dans le sens de commencement. Ici, l'état construit est donc plus probable.

Si le verset 1 est donc subordonné à ce qui suit. Deux traductions sont possibles :

— Ibn Esra : « Au commencement que Dieu créa le ciel et la terre, la terre était « tohu-bohu »

— Rashi « Au commencement que Dieu créa et que la terre était tohu- bohu et que l'esprit de Dieu... alors Dieu dit... ». Cette dernière compréhension est la meilleure : le verset 1 étant pris comme protase, il est préférable de prendre le 3 comme apodose.

Genèse I, 1 n'exprimerait donc pas l'idée d'une création ex nihilo mais l'organisation d'un chaos. Dans les écrits sacrés juifs, l'idée de création ex nihilo n'apparaît que dans le 2' livre des Macchabées, VII, 28.

De plus, dans ce contexte, tohu-bohu ne désigne pas à proprement parler le néant, mais bien plutôt un chaos liquide désigné à la fin du verset 2 par le mot « Tahom » qui dans les textes bibliques désigne les eaux souterraines, l'océan cosmique sur lequel repose la terre. Comme dans les mythes babylo­niens de création, l'ceuvre créatrice de Dieu apparaît donc dans un certain ordre de la nature exprimé dans Genèse I par la séparation des eaux (apparition du firmament) et dans Génèse VIII par le maintien du rythme des jours et des saisons après le déluge. L'idée d'un démiurge organisateur d'un chaos pré­existant et non-créateur ex nihilo n'est donc pas étrangère à la pensée biblique.

PLATON

Les savants disent que le ciel et la terre, les dieux et les hommes sont unis ensemble par l'amitié, la règle, la tempérance et la justice et c'est pour cela qu'ils donnent à tout cet univers le nom d'ordre et non de désordre et de dérèglement. Gorgias, 568 a.

Ce qui répand la lumière de la Vérité sur les objets de la connaissance et confère au sujet qui connaît le pouvoir de connaître c'est l'idée de Bien. Puisqu'elle est le principe de la science et de la vérité, tu peux la concevoir comme objet de connaissance, mais si belles que soient ces deux choses, la Science et la Vérité, tu ne te tromperas pas en pensant que l'idée du Bien en est distincte et les surpasse en beauté. Comme dans le monde visible on a raison de penser que la lumière et la vue sont semblables au soleil mais tort de croire qu'elles sont le soleil, de même dans le monde intelligible il est juste de penser que la science et la vérité sont l'une et l'autre semblables au Bien ; mais faut-il croire que l'une ou l'autre soit le Bien ; la nature du Bien doit être regardée comme beaucoup plus précieuse. La République, 508 e - 509 b.

Quant au ciel entier ou monde, il faut se poser la question qu'on doit se poser dès le début pour toute chose. A-t-il toujours existé, sans avoir aucun commencement de génération, ou est-il né et a-t-il eu un commencement ?...

Il est né... ce qui est né doit nécessairement sa naissance à quelque cause....

— A propos de l'univers il faut examiner d'après lequel des deux modèles son architecte l'a construit, d'après le modèle immuable ou d'après celui qui est né. Timée, 29 e.

Celui qui a formé le devenir et l'univers a voulu que toutes choses fussent autant que possible semblables à lui-même. Que ce soit là le principe le plus effectif du devenir et de l'ordre du monde c'est l'opinion des hommes sages.

Le Dieu... prit toute la masse des choses visibles qui n'était pas en repos, mais se mouvait sans règle et sans ordre et la fit passer du désordre à l'ordre estimant que l'ordre était préférable à tous égards. Timée, 29 a.

(Traduction Chambry.)

ARISTOTE

Il existe quelque chose toujours mû par un mouvement sans arrêt, mou­vement qui est le mouvement circulaire...

...Il y a par suite aussi quelque chose qui le meut et puisque ce qui

est à la fois mobile et moteur n'est qu'un terme intermédiaire, on doit supposer un extrême qui soit moteur sans être mobile, être éternel, substance et acte pur.

Le Premier Moteur est un être nécessaire et en tant que nécessaire son être est le Bien et c'est de cette façon qu'il est principe...

...A un tel principe sont suspendus le Ciel et la Nature. Et ce principe est une vie comparable à la plus parfaite qu'il nous soit donné à nous de vivre pour un bref moment.

Et la vie aussi appartient à Dieu car l'acte de l'intelligence est vie et Dieu est cet acte même ; et l'acte substistant en soi de Dieu est une vie parfaite et éternelle. Aussi appelons-nous Dieu un vivant éternel parfait ; la vie et la durée continue et éternelle appartiennent donc à Dieu car c'est cela même qui est Dieu. Métaphysique, (trad. J. Tricot).

DESCARTES

Par le nom de Dieu, j'entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante et par laquelle moi-même et toutes les autres choses qui sont, ont été créées et produites.

L'idée de cet Etre souverainement parfait et infini est entièrement vraie ; car encore qu'on puisse feindre qu'un tel être n'existe point, on peut feindre néanmoins que son idée ne représente rien de réel. Méditations métaphy­siques, III.

MALEBRANCHE

L'idée de l'être sans restriction, de l'infini, de la généralité, n'est point l'idée des créatures ou l'essence qui leur convient mais l'idée qui représente la Divinité ou l'essence qui lui convient.

Tous les êtres particuliers participent à l'être mais nul être particulier ne l'égale. L'être renferme toutes choses mais tous les êtres et créés et possibles avec toute leur multiplicité ne peuvent remplir la vaste étendue de l'être.

Dieu ou l'infini n'est pas visible par une idée qui le représente. L'Infini est à lui-même son idée. Il n'a point d'Archétype. Il peut être connu mais il ne peut être fait.

L'Infini ne se peut voir qu'en lui-même : car rien de fini ne peut représenter l'infini. Si on pense à Dieu il faut qu'il soit.

On ne peut voir l'essence de l'infini sans son existence, l'idée de l'être sans l'être ; car l'Etre n'a point d'idée qui le représente. Il n'a point d'archétype et il renferme en lui l'archétype de tous les êtres. Entretiens métaphysiques, II.

SPINOZA

Dieu existe nécessairement ; il est unique, il existe et agit par la seule nécessité de sa nature ; il est la cause libre de toutes choses ; toutes choses sont en lui et dépendent de lui, de telle sorte qu'elles ne peuvent être, ni être conçues sans lui ; enfin tout a été prédéterminé par Dieu non pas en vertu d'une volonté libre ou d'un absolu bon plaisir mais en vertu de sa nature absolue ou de son infinie puissance. Ethique I, De Dieu, Appendice.

J'entends par Dieu un être absolument infini, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éter­nelle et infinie. Ibid., Définition VI.

LEIBNIZ

Il est vrai qu'en Dieu est non seulement la source des existences mais encore celle des essences (en tant que réelles, ou de ce qu'il y a de réel dans la possibilité). La Monadologie, art. 43.

Il y a en Dieu la Puissance qui est la source de tout, puis la Connaissance qui contient le détail des idées et enfin la Volonté qui fait les changements ou production selon le principe du meilleur. Ibid., art. 48.

...Nous devons remarquer une autre harmonie entre Dieu considéré comme Architecte de la machine de l'Univers et Dieu considéré comme Monarque de la Cité divine des Esprits. Ibid., art. 87.

On peut dire encore que Dieu comme Architecte contente en tout Dieu comme législateur. Ibid., art. 88.

KANT

La raison humaine ne contient pas seulement des idées mais des idéaux...

— la vertu et la sagesse humaine sont des idées. Mais le sage (du stoïcien) est un idéal, c'est-à-dire un homme qui n'existe que dans la pensée mais qui correspond pleinement à l'idée de sagesse. De même que l'idée donne la règle, l'idéal sert en pareil cas de prototype à la

détermination complète de la copie et nous n'avons pour juger nos actions d'autre règle que la conduite de cet homme divin que nous portons en en nous et auquel nous nous comparons pour nous juger et pour nous corriger aussi, mais sans jamais pouvoir atteindre la perfection.

L'idéal de l'Etre Suprême n'est autre chose qu'un principe régulateur de la raison, principe qui consiste à regarder toute liaison dans le monde comme résultant d'une cause nécessaire et absolument suffisante pour y fonder la règle d'une unité systématique et nécessaire suivant les lois générales dans l'explication de cette liaison ; il n'est pas l'affirmation d'une existence néces­saire en soi.

Cet objet, cet Idéal de la Raison, porte le nom de :
être originaire : « ens originarium
être suprême : « ens summum »
être des êtres : « ens entium

L'Etre Suprême reste donc pour l'usage simplement spéculatif de la raison un idéal mais cependant un idéal sans défaut, un concept qui termine et couronne toute la connaissance humaine. L'objective réalité de ce concept ne peut sans doute être prouvée par ce moyen mais elle ne peut pas être réfutée.

Ce qui fait toute la diversité des choses, ce n'est qu'une manière diverse de limiter le concept de la réalité suprême qui est leur substratum commun. Critique de la raison pure, livre II, chapitre 3.

VOLTAIRE 
Dialogue de Lucrèce et de Posidonius
Posidonius. — Non, je n'ai pas recours à Dieu parce que je ne puis com­prendre la nature, mais je comprends évidemment que la nature a besoin d'une intelligence suprême et cette seule raison me prouverait Dieu.
Il y a un être intelligent et puissant qui donne le mouvement, la vie et la pensée.
Lucrèce. — De quelque côté que je tourne mon esprit, je ne vois que l'incompréhensible.
Posidonius. — C'est précisément parce que cet Etre suprême existe que sa nature doit être incompréhensible ; car s'il existe il doit y avoir l'infini entre lui et vous. Nous devons admettre qu'il est sans savoir ce qu'il est et comment il opère.
Dialogues philosophiques.

Dialogue d'Evhemère et de Callicrate

Evhemère. — Il y a un Etre nécessaire, éternel, source de tous les êtres : existera-t-il moins parce que nous souffrons ? Existera-t-il moins parce que je suis incapable d'expliquer pourquoi nous souffrons ?

— Cet Architecte de l'Univers, si visible à notre esprit et en même temps si incompréhensible... quel est son séjour ? De quel ciel, de quel soleil envoie-t-il ses éternels secrets à toute la nature ? Je n'en sais rien ; mais je sais que toute la nature lui obéit.

source : www.ledifice.net

 

 

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