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Hauts Grades

Dieu d'Abraham, d’Isaac, de Jacob : une invocation très chrétienne

22 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Dans leurs prières et invocations, les Elus Coens font le plus souvent appel au « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ».

Cette formule particulière, quoique parfois usitée dans la liturgie de l’Eglise, doit retenir toute notre attention dans la mesure où elle amène celui qui l’utilise à rappeler que la puissance, la justice et la miséricorde divines s’appliquèrent dans l’histoire de l’humanité sur les trois patriarches cités issus de la même lignée de père en fils.

· Sur Abraham par l’alliance que Dieu fit avec lui et qu’il rendit réversible sur tout le peuple hébreux en promettant à Abraham une grande descendance : «Voici quelle est mon alliance avec toi. Tu deviendras le père d’un grand nombre de nations. On ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'un grand nombre de nations.» (Gen. 15, 4-5)

· Puis sur Isaac dont Dieu demanda le sacrifice libre. « Dieu dit : « Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t-en au pays de Moriah et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. » (Gen. 22, 2). Ce sacrifice Lui fut accordé par son père Abraham et accepté librement par Isaac qui fit ainsi le sacrifice de sa volonté qui fut le seul que Dieu acceptât : « Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. Alors l’ange de l’Eternel l’appela depuis le ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique.» (Gen. 22, 11-12)

· Enfin sur Jacob, fils d’Isaac, qui malgré ses usurpations et ses nombreuses prévarications fut gratifié de la vision des cieux par l’intercession des anges de l’Eternel : «Il fit un rêve : une échelle était appuyée sur la terre et son sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. L’Eternel se tenait au-dessus d’elle.» (Gen. 28, 12)

Le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob est donc bien le Dieu qui œuvre sans cesse à renouveler l’alliance qu’il a faite avec son peuple au travers des patriarches élus en les gratifiant de toutes ses grâces à la hauteur des épreuves auxquelles ils sont parfois soumis et qu’ils acceptent dans leur crainte de l’Eternel. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et le Dieu de l’Ancienne Alliance, de cette alliance qui se transmet sur la postérité de ces mêmes patriarches et à travers elle sur toute l’humanité sur laquelle il répand ses bénédictions. Même le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est-il uniquement le Dieu de l’Ancienne Alliance ?

Rien n’est moins sûr et nous allons le montrer. En effet, revenons sur chacun des Patriarches susmentionnés et regardons dans l’Ecriture et avec Martinès de Pasqually quel est le type réel de ceux-ci.

Relativement à Abraham, Martinès nous dit dans son Traité de la Réintégration :

« Vous savez que le nom d'Abram fut changé en celui d'Abraham. Le premier nom signifie un père charnel terrestre, élevé au-dessus des pères ordinaires de postérités matérielles terrestres ; aussi il n'y a jamais eu parmi les pères particuliers temporels un homme plus élevé en postérité charnelle qu'Abram. (…) Il est vrai qu'Abraham a succédé en ceci au défaut d'Adam, puisque d'Abraham est véritablement sortie une postérité de Dieu. C'est, en effet, dans la société d'Abraham que le Créateur a fait son élection générale et particulière : la première, pour manifester sa justice, et l'autre, pour manifester sa gloire. »

Martinès enseigne ainsi qu’Abram fut le père d’une postérité charnelle mais qu’Abraham fut quant à lui père d’une postérité de Dieu. Ceci est totalement conforme à l’Ecriture Sainte qui dit :

«Voici quelle est mon alliance avec toi. Tu deviendras le père d’un grand nombre de nations. On ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'un grand nombre de nations. » (Gen. 17, 4-5) et aussi : « Après l'avoir conduit dehors, il [Dieu] dit: «Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter.» Il lui affirma: *«Telle sera ta descendance.» (Gen. 15, 5)

Ce dont nous déduisons qu’Abraham, père d’une multitude indénombrable, est le type de toute paternité spirituelle par l’alliance que Dieu fait avec sa descendance ainsi que temporelle. Il est donc le type du Créateur, du Père éternel.

Isaac, premier fils d’Abraham et de sa femme stérile Sara, fut engendré quant à lui selon l’esprit de Dieu. En effet, n’est-il pas dit dans l’Ecriture :

« Dieu dit à Abraham: «Quant à ta femme Saraï, tu ne l'appelleras plus Saraï, car son nom est Sara. Je la bénirai et je te donnerai même un fils à travers elle. Je la bénirai et elle donnera naissance à des nations; des rois seront issus d'elle.» (Gen. 17, 15)

Isaac est donc le fils engendré dans l’Esprit et non dans la passion des sens. Aussi, fut-il dès sa naissance dévoué à Dieu, comme Abel, fils d’Adam le fut en son temps. Tout comme Abel, il voua sa vie au culte et à la réconciliation de ses pères et de l’humanité comme nous l’indique le Traité :

« Il [Isaac] lui dit [à Abraham], selon l'instruction intérieure qu'il en avait reçue de l'intellect spirituel divin, qu'il était temps qu'il fît usage de toutes les sciences divines dont il était instruit et qu'il offrît un sacrifice à l'Eternel. Abraham lui répondit : "Qu'il soit fait, mon fils, ainsi que tu le désires, et que le sacrifice que tu te proposes d'offrir au Créateur serve d'expiation aux hommes de la terre, pour qu'ils soient remis en grâce, qu'ils rentrent dans leurs vertus premières, et qu'ils opèrent efficacement le culte divin pour lequel ils ont été créés."

Le culte qu’Isaac souhaita vouer à l’Eternel, et les sacrifices qu’il désira offrir furent portés à leur paroxisme quand Isaac accepta de porter en offrande à Dieu le sacrifice de sa vie suivant ce que nous dit l’Ecriture :

« Alors Isaac s'adressa à son père Abraham en disant: «Mon père!» Il répondit: «Me voici, mon fils!» Isaac reprit: «Voici le feu et le bois, mais où se trouve l'agneau pour l'holocauste?» Abraham répondit: «Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l'agneau pour l'holocauste.» Et ils continuèrent à marcher tous les deux ensemble. Lorsqu'ils furent arrivés à l'endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit un autel et rangea le bois. Il attacha son fils Isaac et le mit sur l'autel par-dessus le bois. (Gen. 22, 7-9)

Par ce sacrifice volontaire, le sacrificateur qu’il devait être devint le sacrifié. Isaac ne se débattit point et accepta ce que lui proposait son père. Il n’alla point contre la volonté de Dieu et de son père et fut donc sauvé par cet abandon, Dieu arrêtant le bras sacrificateur d’Abraham, ainsi qu’il est dit dans l’Ecriture (Gen. 22, 11-12). Isaac fut donc comme ressuscité de la mort que représentaient l’abnégation et l’abandon de sa volonté propre. En cela, il est le nouvel Abel, le type parfait du Christ qui fit don de sa volonté humaine en acceptant la coupe que lui proposait le Père.

La figure de Jacob est différente et plus complexe.

Le Traité fait de Jacob une représentation très caractéristique qui n’apparaît pas de façon aussi marquée dans l’Ecriture. Pour Martinès, Jacob est un usurpateur et un prévaricateur. L’Ecriture nous révèle qu’il est le tentateur de son frère qu’il manipule pour le supplanter (Gen. 25, 31-34) et dont il usurpe la bénédiction que devait lui donner leur père Isaac (Gen. 27, 6-40). Martinès le qualifie en ces termes :

« Je vous dirai donc qu'Abraham a fait le type du père divin et Isaac celui de fils de la Divinité. De même ces deux enfants d'Isaac font les types de la première et de la seconde émanation spirituelles faites par le Créateur et celles des esprits qui ont prévariqué. Jacob, quoique le second né, fut le premier conçu par Isaac. La seconde émanation qui fut faite après la prévarication des premiers esprits et celle du mineur spirituel que nous nommons Réaux, Roux ou Adam : Esaü, quoique premier né, fut le second fils conçu par Isaac. Les premiers esprits, ayant prévariqué contre le Créateur, le mineur ou le premier homme les supplanta spirituellement, et devint par là leur aîné. »

Pour Martinès, Jacob est donc le type des esprits prévaricateurs. Alors quelle place pour le Dieu de Jacob ? pourquoi Isaac aurait-il donné sa bénédiction à un esprit de confusion ? pourquoi l’Eternel aurait-il fait une alliance sans condition avec Jacob ?

Cet épisode de l’Ancien testament est difficilement compréhensible si nous ne nous penchons pas de plus près vers l’Ecriture et l’ensemble des circonstances de la vie de Jacob et de son frère Esaü. Aussi, nous nous livrerons ici à une exégèse toute personnelle, s’éloignant un peu de celle de Martinès et qui, le cas échéant, se trouvera controversée.

Jacob, jumeau d’Esaü, après une certaine lutte dans le ventre de sa mère (Gen. 25, 22), naquit après son frère mais doit prévaloir sur le premier né. Le premier né, Esaü, est roux, poilu et symbolise la force de l’homme charnel, la forme corporelle (Gen. 25, 25). D’ailleurs, Esaü s’occupe de la chasse ainsi que de nourrir physiquement son père. Jacob lui reste auprès de son père Isaac et de sa mère Rebecca, dont il reçoit la tendresse et les instructions (Gen. 25, 27-28). Il est le type du mineur spirituel, celui qui création divine mais prévaricateur est enfermé dans toute forme corporelle qui en constitue la geôle ; n’est-il pas dit : « Il y a deux nations dans ton ventre, et deux peuples issus de toi se sépareront. Un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera asservi au plus petit » (Gen. 25, 23). Cependant, la destinée de ce mineur est de se rétablir dans ses droits, de dominer sur l’âme et le corps afin d’en maîtriser les passions – et les transformer en passions spirituelles - et en gouverner l’action, afin que les œuvres des hommes soient toutes spirituelles et tendent à accomplir la volonté de Dieu ; l’homme en sera ainsi glorifié, réintégré et déifié. C’est pourquoi Jacob naît en tenant le talon de son frère. Ce talon, signe de la supériorité, que Jacob tient dans sa main, montrant que ce pied ne pourrait pas le dominer ; talon qui est le lien avec le monde matériel et qu’il peut ainsi diriger et dompter ; mais talon qui est aussi celui destiné à écraser la tête du serpent (Gen. 25, 26) et qu’il se doit aussi de guider par ses bons conseils.

Jacob, mineur spirituel dégradé, souillé par ses péchés, supplante ensuite son frère Esaü, obtenant de lui son droit d’aînesse (Gen. 25, 30-33). Jacob obtient aussi, de surcroît, la bénédiction d’Isaac son père que ce dernier destinait logiquement à son frère aîné (Gen. 27, 1-30), ce qui rend Esaü soumis à Jacob. Alors Jacob est-il vraiment l’usurpateur que nous décrit Martinès de Pasqually dans son Traité en ces termes ?

« Je n'entrerai point dans le détail d'usurpation que Jacob a faite sur son frère Esaü : l'Ecriture en fait assez mention, puisqu'elle a donné à Jacob à ce sujet, le nom de supplanteur, et le fait est d'autant plus facile à concevoir que nous le voyons journellement s'opérer à nos yeux parmi les hommes qui ne cherchent qu'à se supplanter les uns les autres. (…) Mais la vraie prévarication de Jacob est d'avoir surpris la bonne foi de son père, d'avoir employé toutes ses facultés et tous les moyens possibles spirituels et temporels pour lire la pensée de son frère Esaü, d'avoir voulu s'opposer à l'action bonne de cette pensée avantageuse à son frère, de l'avoir supplanté par ce moyen dans tous ses droits spirituels, et de l'avoir réduit, lui et toute sa postérité, dans la sujétion et la privation divine.»

Si nous regardons de plus près les circonstances de ces évènements, la chose est loin d’être entendue.

En effet, Esaü attache si peu d’intérêt à son droit qu’il le troque pour de la nourriture, illustrant la façon dont le corps se détourne de l’esprit en se laissant dominer par ses besoins et tractions physiques et charnels. De plus, pour obtenir la bénédiction de son père, Jacob agit suivant les conseils de sa mère Rebecca soucieuse de ne pas voir la bénédiction d’Isaac accordée à un homme négligent et peu soucieux des choses spirituelles : ce n’est pas l’enveloppe corporelle qui nécessite la bénédiction divine et l’infusion de l’Esprit, mais le mineur lui-même afin de l’affranchir des intellects mauvais, de le nettoyer des souillures contractées par ses compromissions pour que rétabli dans ses droits et prérogatives il puisse développer son action spirituelle-temporelle et dominer sur le corps.

Alors même qu’Esaü, imprudent s’adonne au plaisir de la chasse, veillant à satisfaire aux contingences matérielles, Jacob, suivant le conseil de Rebecca, se revêt des plus beaux vêtements de son frère Esaü pour venir recevoir la bénédiction d’Isaac. Et c’est vraiment à la belle odeur émanant des luxueux vêtements qu’Isaac, vieillissant et presque aveugle, croit reconnaître Esaü (Gen. 27, 27). Ces circonstances nous apprennent que ce ne fut pas par le postiche de poils que portait Jacob que son père Isaac fut confondu mais par sa belle parure et son parfum. C’est par une apparence sainte et glorieuse – la parure s’apparentant à l’habit de lumière et donc au corps de gloire – que Jacob confondit Isaac, ce dernier faisant dans cette circonstance le type du Christ accordant sa bénédiction et ses grâces à l’homme ayant recouvré sa forme glorieuse et restauré l’image divine qu’il avait dégradée.

Isaac montre la voie et d’ailleurs ayant été averti de son erreur, il ne retira pas sa bénédiction à celui qui, agissant sous les conseils de la Sagesse divine – symbolisée par Rebecca – était venu la quérir (Gen. 27, 37-38). Ces dons lui furent accordés comme ils le furent ensuite par l’Eternel qui, dans une vision étendra son alliance et sa bénédiction sur Jacob en toutes circonstances : « Et voici que je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai de ce pays, car je ne t’abandonnerai point que je n’aie fait ce que je t’ai annoncé. » (Gen. 28, 15). Ce songe de Jacob d’une échelle angélique permettant d’accéder au Père n’est-il pas d’ailleurs tout simplement la vision de la communion que le mineur spirituel doit et peut recouvrer avec le Père par sa jonction à son bon compagnon, et à tout être spirituel, et que nous appelons réconciliation ? Jacob eut ce songe alors qu’il s’acheminait chez Laban, frère de Rebecca, vers une sorte d’exil. Exil ou lieu de purification et de fortification ?

Les deux fois sept années que Jacob passera chez Laban pour obtenir Rachel sont riches d’enseignements. Laban, « blanc » en hébreux, symbolise l’éclat de la lumière intellectuelle et spirituelle, la connaissance et l’intelligence. Il est frère de Rebecca tout comme l’Intelligence est sœur de la Sagesse. Laban éprouvera Jacob par des forfaits de même nature que les siens et ainsi favorisera sa repentance et la constance de ses intentions et de ses actes. Laban est généralement qualifié de menteur, de tricheur mais il ne fait que reproduire ce que Jacob a lui-même commis à l’encontre de son père et de son frère. Confronté à ces épreuves, Jacob acquerra au service de Laban de nouvelles forces et une plus grande intelligence spirituelles, réalisant au terme de sa servitude ne devoir qu’à Dieu la croissance de sa richesse et la sortie de son exil. Car après avoir conclu un marché avec Laban, il finit par réaliser, à l’issue d’un nouveau songe, que ce n’est pas du fait de ses propres connaissances et de sa propre intelligence qu’il put acquérir de nouvelles richesses en faisant croître son troupeau, mais que ce fut grâce à Dieu qui avait décidé de sa prospérité, du fait de l’alliance qu’il avait scellée avec lui.

En fait, cette époque de la vie de Jacob et les épreuves auxquelles il est soumis sont bien le reflet des épreuves qu’endure le mineur en parcourant les sept cercles d’expiation. Mais ce sont aussi les mêmes épreuves qui apporteront la vivification et la fortification spirituelle du mineur et sa réconciliation.

Ces épreuves nous apprennent que c’est uniquement de l’Intelligence divine, par le vecteur de toute intelligence créée, que le mineur spirituel recevra toute illumination, toute connaissance, tout intellect ou pensée et toute intelligence spirituelle pendant sept nouvelles années d’illumination et de fortification par la grâce. Alors, le mineur sortira de son « exil » ou plutôt de son lieu de rédemption et de réconciliation. Et fort des connaissances, des dons reçus et de l’assistance divine continuelle, le mineur viendra instruire, guider et diriger l’âme et le corps de l’homme auquel il désire de façon ardente redonner « la belle forme dont il est susceptible »

Le retour de Jacob vers son frère Esaü, suite à l’appel fait par le Seigneur (Gen. 31, 11-13) est alors l’occasion de nouveaux enseignements et d’une nouvelle révélation qui sera quant à elle déterminante.

Jacob semble fuir Laban car étrangement ce dernier paraît afficher une certaine jalousie de tous les biens accumulés par Jacob. Semble jaloux car ayant poursuivi Jacob, il ne l’attaqua point mais vint au-devant de lui pour lui reprocher de ne pas s’être congédié de lui et de sa famille. Jaloux de la jalousie de Dieu envers le mineur habité par l’Esprit quand il est dit : « C’est avec jalousie que Dieu aime l’Esprit qui habite en nous. » (Jac. 4, 5) Mais au-delà de cette jalousie relative ce que vient réclamer Laban se sont les théraphim emportés par Rachel (Gen. 31,19 et 31,34). Ces objets de divination et d’oracle, symbolisant la connaissance que l’on désire d’acquérir, le message de Laban est clair : il n’appartient pas à l’homme de posséder ces théraphim, comme il est considéré comme péché d’orgueil du mineur de penser qu’une quelconque connaissance puisse venir directement de lui alors qu’il n’acquiert toute connaissance que par la volonté et l’action divines. Jacob, à qui Rachel avait dissimulé ce vol, ne convoitait en rien les théraphim comme le mineur réintégré ayant recouvré l’image divine ne prétend en rien détenir ses puissances, vertus et connaissances par son propre et unique pouvoir.

Enfin, la révélation finale arrive avec le dernier songe de Jacob, préalablement à sa rencontre avec Esaü. Jacob rêve d’un combat contre un ange ayant pris l’apparence d’un homme (Gen. 32, 25). Que nous enseigne ce songe ? Jacob lutte contre l’ange, le domine par les forces qu’il a acquises dans son séjour chez Laban montrant ainsi la supériorité recouvrée de l’homme réconcilié par rapport à l’ange. Alors l’ange marque Jacob à la hanche en la lui déboîtant, soulignant ainsi le sceau divin qui marque tout homme et la faiblesse du mineur spirituel dès lors qu’il n’est pas soutenu par l’Esprit. Ainsi, la victoire de Jacob est toute relative car sans l’Esprit de Dieu, point de victoire. Et réalisant cette vérité, Jacob, mineur spirituel, demande la bénédiction de l’ange c'est-à-dire demande à Dieu que jamais ne lui soit ôté son Esprit afin de le rendre victorieux en tout combat et en toute circonstance. Ce qui lui est accordé, Dieu dans son immutabilité ne revenant pas sur sa promesse faite d’accompagner et soutenir Jacob dans toutes les circonstances de sa vie (Gen. 28, 15).

Ainsi vivifié de la force de l’Esprit, Jacob ira à la rencontre de son frère Esaü. Mais avant même de le rencontrer, et dans la crainte du courroux de son frère qu’il souhaitait apaiser, Jacob fera offrir par ses serviteurs les troupeaux et le bétail qui l’accompagnent. Cependant Esaü n’avait manqué de rien pendant l’exil de Jacob et s’était enrichi jusqu’à dire ne pas avoir besoin des richesses proposées (Gen. 33, 9) Car en effet, les dons de la grâce et des énergies divines ne s’attachent pas uniquement à l’esprit de l’homme, à son âme spirituelle que nous appelons mineur, mais aussi à son âme psychique, affective, vitale et à sa forme corporelle. Ces énergies et ses grâces se répandent sur l’homme dans son intégralité, le vivifiant dans toutes ses composantes, car Dieu n’a pas fait l’homme pur esprit mais corps, âme et esprit et c’est l’homme entier qu’il veut restaurer, réhabiliter et glorifier. Malgré cela, conscient de la valeur de ce cadeau il l’accepta.

Jacob est ainsi le type du mineur spirituel rétabli dans ses puissances et vertus qui, grâce aux dons spirituels recouvrés, désire procéder à la réédification de l’homme dans son intégrale triplicité de corps, âme et esprit. Mais il est bien compréhensible que ce même mineur, ayant déjà succombé à l’attraction des pulsions et passions de l’âme et de la chair, redoute cette nouvelle rencontre qu’il devra cette fois dominer. Bien heureusement, il est maintenant armé des grâces de l’Esprit et des forces nouvelles qu’il confère et dont il désire accorder le bénéfice à toutes les parties constitutives de l’homme afin de les sacraliser et les réconcilier. Par ces grâces, le mineur opère alors une traction spirituelle dans l’âme passive et le corps ; il en prend l’ascendant et opère ainsi la réintégration complète de l’homme qui fait suite à la sienne propre.

Jacob retrouvera alors dans de joyeuses circonstances son frère Esaü, symbolisant ainsi la joie de la réunion spirituelle du mineur réhabilité et fortifié par la grâce de l’Esprit-Saint avec le corps et l’âme passive, qu’il peut maintenant guider avec douceur et constance et avec lesquels il désire de faire la plus parfaite alliance. Le mineur apporte ainsi en offrande à l’âme et à la chair tous ses dons et richesses spirituels afin de concourir à leur glorification et à la déification de l’homme. Ainsi est il écrit : « Je t’ai regardé comme on regarde Dieu et tu m’as accueilli favorablement. » (Gen. 33, 10)

Ces grâces et dons sont ceux de l’Esprit-Saint que nous pouvons reconnaître dans les différentes circonstances de la vie de Jacob :

·         La Crainte de Dieu quand, après son combat avec l’ange, Jacob s’écrit « J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée » (Gen. 32, 31) reconnaissant la grâce divine accordée au pécheur et dont il doit attendre sans cesse les bienfaits, le jugement qui est celui de Dieu, qu’il doit craindre à tout moment, ainsi que la miséricorde dont il est le bénéficiaire.

·         La Piété par la bénédiction qu’il demande à l’ange, bien qu’il en soit victorieux dans son combat (Gen. 32, 27-30), et par les différents autels qu’il éleva en culte à l’Eternel. (Gen. 28, 18), (Gen. 33,20).

·         La Force par sa victoire dans son combat avec l’ange (Gen. 32, 25-27) et le courage qui fut le sien pour aller à la rencontre de son frère afin d’opérer sa réconciliation.

·         La Science dans le projet qu’il soumet à Laban pour sa rémunération et l’accroissement de leurs patrimoines respectifs (Gen. 30, 31-33) ; dans la façon dont il favorise la « fructification » et l’accroissement de ses propres biens en favorisant par des branches à demi-pelées la reproduction de son troupeau (Gen. 30, 37-43) connaissances divines issues de la vision qu’il eut de l’accouplement des boucs et brebis (Gen. 31, 10-13) et de la révélation du dessein de Laban qui essayait de le tromper.

·         Le Conseil par la vision qu’il eut et à laquelle il se conforma de quitter le pays de Laban (Gen. 31, 3).

·         L’Intelligence par la vision qu’il eut du monde céleste, des hiérarchies angéliques et de leurs mystères dans le songe de l’échelle (Gen. 28, 12-13).

·         La Sagesse, salaire de toutes ces épreuves, et qui est le don par lequel Jacob se trouve durant tout le long de sa vie gratifié de l’Esprit par l’alliance que Dieu avait faite avec lui.

Ainsi Jacob est le type du mineur habité par l’Esprit, guidé par l’Esprit et qui finalement remet sa vie entre les mains de Dieu et de son Esprit. Il est le type du mineur recevant les grâces de l’Esprit par lesquelles il reçoit toute connaissance et toute illumination, toute force et toute consolation.

Alors, certains diront que nous nous éloignons de l’exégèse de Martinès. Ceci est vrai, car à l’étude nous devons bien reconnaître que cette exégèse mérite quelques rectifications :

- sur la forme par la relative liberté que Martinès prend dans le Traité par rapport à la chronologie des évènements, inversant les différents songes de Jacob et plaçant ainsi son combat avec l’ange antérieurement à la vision de l’échelle, ce qui altère significativement le sens et la portée de ces songes ;

- sur le fond en passant sous silence le long exil de Jacob chez Laban et surtout en donnant la primauté de la grâce aux esprits déchus au lieu de l’attribuer à l’homme, inversant ainsi toute la vision eschatologique traditionnelle. Martinès rentre même en contradiction avec sa propre vision de la réintégration et du rôle du premier Adam qui devait œuvrer à la réhabilitation des esprits déchus. Et en dépit de la chute de l’homme, cette économie du salut ne changera pas. Le Christ est venu sauver et rétablir les hommes dans leurs vertus, pouvoirs et puissances afin que ceux-ci, forts de l’Esprit-Saint, puissent œuvrer de nouveau à la réintégration universelle des tous les êtres créés.

Il n’en reste pas moins que l’intuition de Martinès est la bonne relativement au rôle prédominant de l’Esprit chez Jacob, même si l’exposé nécessite quelque commentaire. C’est pourquoi, malgré notre manque de convergence apparent par rapport à la doctrine de Martinès de Pasqually, nous concluons avec lui :

« Dans cette invocation, Jacob reconnaît véritablement Abraham comme type du Créateur par la multitude de puissances spirituelles qui lui furent données. Il reconnaît Isaac comme le type du Fils divin ou de l'action divine dans la grande postérité de Dieu qui provint de lui, dans laquelle l'élection et la manifestation de la gloire divine s'est opérée. Et par lui-même Jacob reconnaît le vrai type de l'Esprit, par les grandes merveilles que le Créateur avait faites pour lui, en lui montrant à découvert la gloire divine. »

Nous pouvons donc conclure que par les personnes d’Abraham, Isaac et Jacob, les Elus Coens invoquent dans leurs prières la sainte et indivisible Trinité très chrétienne dont l’action et les bienfaits sont appelés à s’étendre sur tous les frères.

Ainsi, cette formulation de prière, bien que d’apparence vétéro-testamentaire, souligne l’aspect résolument chrétien de l’Ordre des Elus Coens.

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

 

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