Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Du Diable

7 Décembre 2012 , Rédigé par Eliphas Levi Publié dans #spiritualité

Le christianisme, en formulant nettement la conception divine, nous fait comprendre Dieu comme l'amour le plus pur et leplus absolu, et définit nettement l'esprit opposé à Dieu. C'est l'esprit d'opposition et de haine, c'est Satan. Mais cet esprit n'est pas un personnage, et il ne faut pas le comprendre comme une espèce de dieu noir ; c'est une perversité commune à toutes les intelligences dévoyées. « Je me nomme légion, dit-il dans l'Évangile, parce que nous sommes une multitude, »

L'intelligence baissante peut être comparée à l'étoile dumatin, et si elle tombe volontairement dans les ténèbres après avoir brillé un instant, on peut lui appliquer cette apostrophe d'Isaïe au roi deBabylone : «Comment es-tu tombé du ciel, beau Lucifer, brillante étoile du matin! » Mais est-ce à dire pour cela que le Lucifer céleste, que l'étoile matinale de l'intelligence divine soit devenue un flambeau de l'enfer ? Le nom de porte-lumière est-il justement donné à l'ange des égarements et des ténèbres? Nous ne le pensons pas, à moins qu'on n'entende comme nous, et suivant les traditions magiques, par l'enfer personnifié en Satan et figuré par l'ancien serpent, ce feu central qui s'enroule autour de la terre, dévorant tout ce qu'il produit et se mordant la queue comme le serpent de Chronos, cette lumière astrale dont le Seigneur parlait lorsqu'il disait à Caïn : « Si tu fais le mal, le péché sera aussitôt à tes portes, c'est-à-dire le désordre s'emparera de tous tes sens ; mais je t'ai soumis la convoitise de la mort, et c'est à toi de lui commander. »

La personnification royale et presque divine de Satan est une erreur qui remonte au faux Zoroastre, c'est-à-dire au dogme altéré des seconds mages, les mages matérialistes de la Perse; ils avaient changé en dieux les deux pôles du monde intellectuel, et de la force passive ils avaient fait une divinité opposée à la force active. Nous avons signalé dans la mythologie de l'Inde la même monstrueuse erreur.

Arimane ou Schiva, tel est le père du démon, comme le comprennent les légendaires superstitieux , et c'est pour cela que le Sauveur disait : « Le diable est menteur comme son père. »

L'Église, sur cette question, s'en rapporte aux textes de l'Évangile, et n'a jamais donné de décisions dogmatiques dont la définition du diable fût l'objet. Les bons chrétiens évitent même de le nommer, et les moralistes religieux recommandent à leurs fidèles de ne pas s'occuper de lui, mais de lui résister en ne pensant qu'à Dieu.

Nous ne pouvons qu'admirer cette sage réserve de l'enseignement sacerdotal. Pourquoi, en effet, prêterait-on la lumière du dogme à celui qui est l'obscurité intellectuelle et la nuit la plus sombre du coeur ? Qu'il reste inconnu, cet esprit qui veut nous arracher à la connaissance de Dieu !

Nous ne prétendons pas ici faire ce que n'a pas fait l'Église, nous constatons seulement sur ce sujet quel fut l'enseignement secret des initiés aux sciences occultes.

Ils disaient que le grand agent magique, justement appelé Lucifer, parce qu'il est le véhicule de la lumière et le réceptacle de toutes les formes, est une force intermédiaire répandue dans toute la création ; qu'elle sert à créer et à détruire, et que la chute d'Adam a été une ivresse érotique qui a rendu sa génération esclave de cette lumière fatale ; que toute passion amoureuse qui envahit les sens est un tourbillon de cette lumière qui veut nous entraîner vers le gouffre de la mort; que la folie, les hallucinations, les visions, les extases, sont une exaltation très dangereuse de ce phosphore intérieur; que cette lumière enfin est de la nature du feu, dont l'usage intelligent échauffe et vivifie, dont l'excès au contraire brûle, dissout et anéantit.

L'homme serait appelé à prendre un souverain empire sur cette lumière et à conquérir par ce moyen son immortalité, et menacé en même temps d'être enivré, absorbé et détruit éternellement par elle.

Cette lumière, en tant que dévorante, vengeresse et fatale, serait le feu de l'enfer, le serpent de la légende ; et l'erreur tourmentée dont alors elle serait pleine, les pleurs et le grincement de dents des êtres avortés qu'elle dévore, le fantôme de la vie qui leur échappe, et semble insulter à leursupplice, tout cela serait le diable ou Satan.

Les actions mal dirigées par le vertige de la lumière astrale, les mirages trompeurs de plaisir, de richesse et de gloire dont les hallucinations sont pleines, seraient les pompes et les œuvres de l'enfer.

Le père Hilarion Tissot croit que toutes les maladies nerveuses accompagnées d'hallucinations et de délire sont des possessions du diable, et en comprenant les choses dans le sens des kabbalistes, il aurait pleinement raison.

Tout ce qui livre notre âme à la fatalité des vertiges est vraiment infernal, puisque le ciel est le règne éternel de l'ordre, de l'intelligence et de la liberté.

Les possédés de l'Évangile fuyaient devant Jésus-Christ, les oracles se taisaient devant les apôtres, et les malades d'hallucinations ont toujours manifesté une répugnance invincible pour les initiés et les sages.

La cessation des oracles et des possessions était une preuve du triomphe de la liberté humaine sur la fatalité. Quand les maladies astrales se montrent de nouveau, c'est un signe funeste qui annonce l'affaiblissement des âmes. Des commotions fatales suivent toujours ces manifestations. Les convulsions durèrent jusqu'à la révolution française, et les fanatiques de Saint-Médard en avaient prédit les sanglantes calamités. Le célèbre criminaliste Torreblanca, qui a étudié à fond les questions de magie diabolique, en décrivant les opérations du démon, décrit précisément tous les phénomènes de perturbation astrale. Voici quelques numéros du sommaire de son chapitre XV de la Magie opératrice :


1. L'effort continuel du démon est tendu pour nous pousser dans l'erreur.
2. Le démon trompe les sens en troublant l'imagination, dont il ne saurait pourtant changer la nature.
3. Des apparences qui fappent la vue de l'homme se forme immédiatement un corps imaginaire dans l'entendement, et tant que dure le fantôme, les apparences l'accompagnent.
4. Le démon détruit l'équilibre de l'imagination par le trouble des fonctions vitales, soit maladie, soit irrégularité dans la santé.
5 et 6. Quand l'équilibre de l'imagination et de la raison est détruit par une cause morbide, on rêve tout éveillé, et l'on peut voir avec une apparence réelle ce qui n'existe réellement pas.
7. La vue cesse d'être juste quand l'équilibre est troublé dans la perception mentale des images.
8 et 9. Exemples de maladies où l'on voit les objets doubles, etc.
10. Les visions sortent de nous et sont des reflets de notre propre image.
11 - Les anciens connaissaient deux maladies qu'ils nommaient, l'une frénésie, dont l'une fait voir des formes imaginaires, l'autre fait entendre des voix et des sons qui n'existent pas, etc.

Il résulte de ces assertions, d'ailleurs fort remarquables, que Torreblanca attribue les maladies au démon, et que par le démon il entend la maladie elle-même ; ce que nous entendrions bien volontiers avec lui si l'autorité dogmatique le permettait.

Les efforts continuels de la lumière astrale pour dissoudre et absorber les êtres appartiennent à sa nature même ; elle ronge comme l'eau, à cause de ses courants continuels ; elle dévore comme le feu, parce qu'elle est l'essence môme du feu et sa force dissolvante.

L'esprit de perversité et l'amour de la destruction chez les êtres qu'elle domine n'est que l'instinct de cette force. C'est aussi un résultat de la souffrance de l'âme qui vit d'une vie incomplète et se sent déchirée par des tiraillements en sens contraires. Elle aspire à en finir, et craint cependant de mourir seule, elle voudrait donc
anéantir avec elle la création tout entière.

Cette perversité astrale se manifeste ordinairement par la haine des enfants. Une force inconnue porte certains malades à les tuer, des voix impérieuses demandent leur mort. Le docteur Brierre de Boismont cite des exemples terribles de cette manie qui nous rappelle les crimes de l'apavoine et d'Henriette Cornier (l).

Les malades de perversion astrales ont malveillants et s'attristent de la joie des autres. Ils ne veulent pas surtout qu'on espère; ils savent trouver les paroles les plus navrantes et les plus désespérantes, même lorsqu'ils cherchent à consoler, parce que la vie est pour eux une souffrance et parce qu'ils ont le vertige de la mort.

C'est aussi la perversion astrale et l'amour de la mort qui font abuser des oeuvres de la génération, qui portent à en pervertir l'usage ou à les flétrir par des moqueries sacriléges et des plaisanteries honteuses. L'obscénité est un blasphème contre la vie.

Chacun de ces vices s'est personnifié en une idole noire ou un démon qui est une image négative et défigurée de la divinité qui donne la vie; ce sont les idoles de la mort.

Moloch est la fatalité qui dévore les enfants.

Satan et Nisroch sont les dieux de la haine, de la fatalité et du désespoir.

Astarté, Lilith, Nahéma, Astaroth, sont les idoles de la débauche et de l'avortement.

Adramelech est le dieu
du meurtre.

Bélial, celui de la révolte éternelle et de l'anarchie. Conceptions funèbres d'une raison près de s'éteindre qui adore lâchement son bourreau pour obtenir de lui qu'il fasse cesser son supplice en achevant de la dévorer !

Le vrai nom de Satan, disent les kabbalistes. c'est le nom de Jéhovah renversé, car Satan n'est pas un dieu noir, c'est la négation de Dieu. Le diable est la personnification de l'athéisme ou de l'idolâtrie.

Pour les initiés, ce n'est pas une personne, c'est une force créée pour le bien, et qui peut servir au mal ; c'est l'instrument de la liberté. Ils représentaient cette force qui préside à la génération physique sous la forme mythologique et cornue du dieu Pan ; de là est venu le bouc du sabbat, le frère de l'ancien serpent, et le porte-lumière ou phosphore dont les poetes on fait le faux Lucifer de la légende.

 

(1) Histoire des hallucinations, 2e édition, 1853

source : http://graal.over-blog.com/article-6995293.html

Partager cet article

Commenter cet article