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Hauts Grades

Du « droit » au bonheur au « devoir » de bonheur pour les FM

21 Août 2013 , Rédigé par M\ J\ Publié dans #Planches

Résumé
Le travail de notre Sœur ne vise pas à parler du Bonheur en général mais il conduit à réfléchir sur une phrase de la constitution internationale du Droit Humain qui pose comme objectif central à notre Ordre de « réaliser sur toute la terre et pour tous les humains :
la condition première du bonheur qu'il est possible à chaque individu d'atteindre. »
Après avoir défini le mot bonheur qui a pour sens éthymologique les deux mots : bon heur c'est-à-dire « bonne- chance », notre sœur distingue cet état individuel, du plaisir ou de la joie. Il ressort de cette approche que le bonheur est impossible à conceptualiser car il reste un « idéal d’imagination » que chacun réalise en fonction de sa personnalité.
Notre Sœur parcourt ensuite un bref historique de différentes conceptions du bonheur de l’Antiquité à nos jours.
Ce travail envisage ensuite le Bonheur non plus dans sa dimension individuelle très subjective, mais dans sa dimension collective. L’accès au bonheur de tous les hommes est une idée révolutionnaire, elle nous oblige à chercher quel est le cadre politique le plus approprié.
Car il ne s’agit pas de faire le bonheur des autres, ni d’imposer un modèle de bonheur. C’est pourtant l’erreur commise par les états totalitaires.
Il ne s’agit pas non plus d’attendre de l’Etat qu’il se charge de réaliser notre bonheur. C’est le risque de la démocratie qui pourrait alors déboucher dans un despotisme des temps modernes.
Le bonheur ne peut pas être non plus calculé dans des statistiques, des barêmes mercantiles, des évaluations économiques.
L’Ordre Maçonnique International Mixte, le Droit Humain garde pourtant le projet de réaliser sur toute la terre et pour tous les humains :
« la condition première du bonheur qu'il est possible à chaque individu d'atteindre. »
Mais quelles sont ces conditions premières ?
Elles sont tout simplement présentées dans les différents articles de notre Constitution.
Et le fonctionnement de nos loges en est une application rigoureuse.
Nos valeurs reposant sur les devises de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, permettent une organisation fraternelle entre tous les Francs-Maçons.
Notre méthode rituelle et symbolique conduit à mettre en œuvre ces mêmes valeurs.
En respectant cet excellent modèle démocratique, nous avons pour objectif de vivre et de travailler ensemble pour atteindre entre nous l’harmonie, c'est-à-dire le bonheur.
Ainsi, le travail maçonnique doit-il conduire à construire dans le Temple un « état de bonheur ». Voilà comment, à la fin d’une tenue et quelles que soient par ailleurs nos vies, nos difficultés, nos soucis, nous sommes « heureux et satisfaits » si nous avons réussi à faire vibrer entre nous l’idée que des hommes fraternellement et organisés, sont capables d’être heureux ensemble.
Plus qu’un « droit au bonheur », nous avons donc en maçonnerie un « devoir de bonheur », et cela repose sur notre travail en loge.
Ensuite il nous faut transmettre, transmettre dans le monde profane que des lois justes, rigoureuses et partagées dans la fraternité sont les bases qui fondent « la condition première du bonheur qu'il est possible à chaque individu d'atteindre. »
La constitution de 1793 stipule à l’article 1 que : « Le but de la société est le bonheur commun ». Cette idée révolutionnaire est soutenue par St Just qui proclame dans un de ses discours que : « Le bonheur est une idée neuve en Europe ».
C’est en réécoutant la Constitution Internationale de notre Ordre que ce thème m’a semblé à moi aussi être une « idée neuve », une question d’actualité, une vraie « question social », à soumettre à votre sagesse, mes FF et mes SS.
Après les trois premiers articles du texte qui fonde notre ordre, un nouveau paragraphe conclue sur l’objectif qui nous rassemble, il est dit que nous sommes là pour réaliser sur toute la terre et pour tous les humains :
« la condition première du bonheur qu'il est possible à chaque individu d'atteindre. »
Sans reprendre en détails notre constitution que vous connaissez tous par cœur au demeurant, je résume brièvement la situation.
L’article premier article affirme l’EGALITE entre tous les hommes, proclame le DROIT HUMAIN et veut la JUSTICE pour tous.
Le second article annonce qui sont les membres rassemblés sous cette triple devise
Le troisième article pose une double méthode de travail : méthode RITUELLE et SYMBOLIQUE
Le paragraphe suivant revendique la LIBERTE de conscience et la TOLERANCE pour tous les hommes et ces deux valeurs reposent sur le développement moral, intellectuel et spirituel de chacun.
Ce préambule de la Constitution conduit à un Objectif central : réaliser sur la terre et pour tous les humains, dans une Humanité fraternellement organisée :
« la condition première du bonheur qu'il est possible à chaque individu d'atteindre. »
Mais qu’est-ce que le bonheur ? N’obéit-il pas à des modes ? Le bonheur aurait-il plusieurs visages ? Certains bonheurs seraient-ils les ennemis du bonheur !
Quel rapport entre le bonheur des uns et celui des autres ? Entre le bonheur individuel et le bonheur collectif ? Et par-dessus le marché qu’est-ce qu’une Humanité fraternellement organisée ?
Autant de questions qui nous assaillent ? A vouloir les aborder, j’ai eu quelques moments difficiles, et plusieurs fois l’impression de ne pas m’en sortir ; finalement je suis heureuse de vous confier mon brouillon qui reste à l’état de gestation !
Une chose est certaine : « Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils emploient. », c’est ce qu’affirmait dans ses Pensées Blaise Pascal.
Et même si tout a été dit sur la question, la recherche du bonheur reste largement ouverte.
Pour ma part, je vous propose une petite excursion au pays du bonheur. Voici donc l’itinéraire que nous allons suivre :
- après quelques propos sur le sens du mot bonheur,
- nous revisiterons certains philosophes de l’Antiquité à nos jours
- ensuite nous passerons du bonheur solitaire au bonheur collectif
- puis nous en reviendrons à la question du bonheur telle qu’elle est posée par le Droit Humain
Quelques propos sur le bonheur
Sans vouloir être exhaustive et surtout sans vouloir rivaliser avec les longues tribulations de la pensée humaine, je vous propose un éventail historique de cette quête naturelle des hommes.
Rappelons d’abord que le mot bonheur associe deux mots et signifie étymologiquement : bonne chance. Il est défini le plus souvent, comme un état de satisfaction, comme une plénitude. Il se distingue du plaisir quoiqu’il puisse le contenir. Mais le bonheur s’inscrit dans la durée comme une sorte de repos de l’esprit, de sérénité alors que le second limité dans le temps, se définit comme un bien être physique, d’ordre sensible.
Le bonheur peut aussi contenir la joie, mais ce n’est pas non plus la joie. En terminant nos tenues par cette phrase « Que la joie soit dans les cœurs », il est vrai que nous ne nous installons pas dans un état de repos ou de bonheur tranquille. Nonobstant, au moment de nous séparer, nous proférons une chaleureuse invitation à continuer le travail accompli ensemble dans la fraternité en le prolongeant dans notre vie profane. En fait nous ne terminons pas nos travaux mais « contents et satisfaits », c'est-à-dire heureux, nous sommes conviés à poursuivre le travail dans la liberté, la ferveur et la joie.
Notons que la joie n’est pas un état stable, c’est un mouvement et comme le dit Spinoza, un passage qui conduit d’une satisfaction moindre à une satisfaction supérieure. Elle s’inscrit dans une dynamique accompagnée de puissance et de force, stimulant un désir d’action, une motivation (motus : moteur+mouvement vers). On définit encore la joie comme un état affectif global reliant les différents état de notre humanitude : le cœur, le corps, l’esprit.
Quant au bonheur, ce n’est pas un passage, c’est un état statique, tout comme la béatitude ou la félicité qui serait en quelque sorte des bonheurs parfaits de très longue durée, voire éternels.
Lorsque l’harmonie s’installe en nous-même et que nous sommes en accord avec ce qui nous entoure, nous éprouvons tout simplement oserais-je dire, le bonheur. « Puissent nos travaux commencés dans l’ordre, se poursuivre dans l’harmonie et se clore dans la paix »
Car le bonheur est bien cette rencontre harmonieuse entre nos valeurs profondes et la vie qui nous entoure. Dans son livre : « Le bonheur considéré comme l’un des beaux-arts », René Polin, écrit que : « Pour un homme donné, le bonheur entendu dans son sens le plus classique, est la jouissance de l’accord qui s’établit entre l’ordre de ses valeurs et l’universel …, que l’on peut appeler symboliquement l’ordre du monde. »
Le bonheur à travers les âges
Les chemins du bonheur repérés par les hommes sont aussi variés que leurs origines, leurs cultures, leurs croyances, leurs empreintes digitales, leurs cartes mentales.
Je n’ai pas voulu traiter de tous ces voyages dont certains sont parfois mythiques… rappelez-vous :
« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… »
Le bonheur est dans le pré !
Le bonheur est toujours pour demain !
Autrefois, à l’époque du Paradis terrestre, les hommes vivaient heureux
Pourtant il m’a semblé intéressant de vous proposer à titre d’échantillon, un bref parcours à travers des pistes plus sérieuses qui s’entrecroisent, tout en me limitant le plus souvent, au petit monde de la pensée occidentale
Dans l’Antiquité tous les philosophes sont « eudémonistes » et l’eudémonisme qui n’est pas une maladie, c’est la doctrine morale affirmant que le but de l’action humaine est le bonheur.
Mais déjà tous ne sont pas d’accord sur les moyens d’être heureux.
Pour Aristote le bonheur est dans la vie contemplative et dans l’exercice de l’intelligence qui conduit au « penser vrai ».
Pour Epicure c’est « l’hédonisme » : le souverain bien est fondé sur le plaisir et la sérénité de l’âme. On l’obtient par une recherche faite d’absence d’émotions ou de douleur, par la stabilité, voire l’indifférence de l’esprit à tout ce qui pourrait le déstabiliser.
Pour les stoïciens avec Sénèque, Epictète, Marc Aurèle et les autres il s’agit de garder coûte que coûte sa liberté spirituelle. « Le bonheur ne consiste point à acquérir et à jouir, mais à ne pas désirer.» On se contente de vivre en conformité avec la nature. Là serait la liberté. On retrouve dans la pensée contemporaine et par exemple dans un petit recueil que je vous conseille : « Le bonheur désespérément » de Comte-Sponville, une autre recherche qui consiste à désirer ce qui est et à faire porter son action dans le courant de la vie telle qu’elle s’offre à nous. Cela se rapprocherait en partie de la pensée bouddhiste très présente aujourd’hui en Occident.
Après les philosophes de l’Antiquité, la révolution chrétienne a d’abord prôné la fraternité, l’harmonie et l’amour entre les hommes mais les Eglises ou les pouvoirs qui succèdent prêchent une vision plus pessimiste. Le bonheur n’est pas pour l’immédiat ; il n’existe pas ici bas mais il est pour plus tard, dans la citée de Dieu. La recherche du salut et l’espérance vont remplacent l’eudémonisme antique. L’homme est déchiré entre son moi temporel condamné à vivre à la sueur de son front et son moi transcendantal, tourné vers un espoir idéal. Il est coupable, dans un monde hostile, sur une terre d’exil.
Bien sûr quelques récits joyeux de moines rabelaisiens, de farces et de comédie prouvent que, malgré les risques encourus (enfer, damnation, excommunications, bûchers et autres voluptés) : beaucoup ont continué à chercher, voire à trouver le bonheur ici-bas !
Au XVIIIème siècle Jean-Jacques Rousseau place le bonheur au centre de son œuvre et pense que dans un lointain passé, les hommes vivaient égaux, insouciants, en pleine harmonie avec une nature généreuse et accueillante. Le mythe de l’âge d’or n’est pas loin et mériterait d’être réexploré à son tour.
A la fin du siècle des Lumières, la doctrine kantienne poursuit dans un autre sens : elle prône comme bien suprême la raison et l’usage d’une morale acquise par la volonté comme fondement à la quête humaine. Dans ces conditions, il est permis d’espérer un bonheur parfait mais seulement dans un au-delà futur… si Dieu existe ! Pour Kant, la morale entre dans l’ordre de la loi quant au bonheur, il reste un objet d’espérance. C’est un peu la fraise sur le gâteau.
Au XIXème et au XXème siècle certains penseurs ne sont guère plus optimistes : pour Schopenhauer l’ordre des choses engendre mal et souffrance. Freud a mis en évidence la pression puissante de l’inconscient et les possibilités de souffrance que cela engendre. Plusieurs intellectuels fondent leurs philosophies sur la notion de « bonheur compromis » dès l’aube de l’humanité ou dès la naissance.
Il faudrait encore, parler de Nietzsche, des « Propos sur le bonheur » d’Alain, d’Albert Camus, ou d’Albert Jacquard. Pour ce dernier tout est lié à la fraternité et à l’amour puisque le bonheur « c’est de se sentir beau dans le regard des autres ».
En fait la quête du bonheur varie selon notre vision du monde et cette vision est influencée par un contexte historique, régional, culturel, familial. Et c’est bien le sens que lui donne Kant lorsqu’il le définit comme un « idéal d’imagination » ; il précise que le bonheur dépend du sentiment particulier de plaisir et de peine que chacun éprouve ; bien plus, pour un seul et même sujet, ce choix dépend de la diversité des moments de l’existence, et l’état de bonheur peut donc évoluer chez un même individu. Il arrive par exemple, qu’après certaines expériences vécues douloureusement, nous changions radicalement notre fusil d’épaule et du même coup notre vision du bonheur. Ne serait-ce pas, d’ailleurs, un signe de réussite, voire d’intelligence que de chercher à s’adapter à la vie comme elle va. Finalement, le bonheur n’est peut-être pas toujours comme son nom l’indique, un problème de chance : nous pouvons aussi faire certains choix.
Le « droit au bonheur »
Jusqu’ici notre parcours ne traversait que l’histoire du bonheur dans sa dimension individuelle mais ils nous faut en revenir à l’objectif du Droit Humain et considérer le bonheur dans sa dimension collective
Car nous sommes des êtres sociaux et nous ne pouvons nous construire qu’ensemble. Respecter le développement de l’homme et de sa nature conduit à lui permettre de réaliser son bonheur tout en vivant avec ses semblables. Ce projet rejoint d’ailleurs notre vœux de travailler au progrès de l’humanité avec un postulat : la foi dans la perfectibilité de l’homme.
Et c’est donc du « droit au bonheur » qu’il s’agit. Ce droit révolutionnaire dont St Just affirmait en 1793 que c’était une idée neuve en Europe. Sans ce but suprême, nous n’avons pas besoin des lois.
Le bonheur repose donc nécessairement sur l’organisation de la société et par conséquent sur une organisation politique. On comprend alors la nécessite de rester vigilants pour dénoncer certaines illusions qui ne manquent pas de faire obstacle au bonheur des hommes. Dans cet « idéal d’imagination », pour reprendre l’expression de kant, on peut faire miroiter des paillettes de bonheur ou de malheur, comme on agite des leurres, pour mieux manipuler, pour dominer, pour exploiter, pour vendre.
La diversité des formes du bonheur et ses métamorphoses, laisse présager le piège de toute démarche qui consisterait par exemple à vouloir fixer le bonheur des autres. C’est le piège des états totalitaires en particulier. En effet, certains systèmes politiques ont prétendu ou prétendent réaliser non pas les conditions du bonheur, mais le bonheur lui-même. Or le bonheur par essence même individuel, ne peut obéir à des lois générales et toute loi visant à le définir ou à l’imposer, est contraire à la diversité du bonheur. Et voilà qu’apparaît une incontournable valeur : la liberté. On ne peut donner l’ordre à quelqu’un d’être heureux ou d’être heureux conformément à un modèle édicté par d’autres. On ne peut pas non plus imposer une méthode meilleure ou supérieure à celle d’un autre. Et voici l’émergence d’un autre valeur : l’égalité.
D’autre part, si le bonheur reste un état d’âme, on ne peut pas en donner un modèles : par définition, il n’existe pas d’état d’âme standard. Et chacun ne peut vivre ses états d’âme que dans la fraternité.
Ajoutons que si la recherche du bonheur est dans la nature de l’homme, il n’a besoin ni d’ordre, ni de sanction, ni de patrons pour se mettre en quête. Et le bonheur ne saurait en aucun cas se transformer en devoir.
A l’antithèse du totalitarisme imposant un même bonheur pour tous, se profile une autre perversion émanant de la démocratie moderne et dénoncée, en 1840, par Tocqueville dans « La démocratie en Amérique ». Il arrive en effet que, dans ce cadre politique ce soit les citoyens eux-mêmes qui attendent de l’état qu’il organise le bonheur.
Tocqueville définit la démocratie comme « le droit égal et imprescriptible, pour chaque individu, à vivre indépendant de ses semblables en tout ce qui n’a rapport qu’à lui-même et à régler comme il l’entend sa propre destinée ». Donc l’Etat n’a pas à se mêler de nos affaires personnelles. Or, Tocqueville oppose ce concept de liberté à celui des Anciens, pour lesquels la liberté était éminemment politique, c’était le droit pour chaque citoyen de participer à la souveraineté. Cependant qu’aujourd’hui, nous revendiquons la liberté hors de l’Etat et finalement presque contre lui.
Dans le système démocratique, la naissance de la liberté va de pair avec un goût prononcé pour son propre bien-être, pour sa prospérité matérielle. Mais cette liberté individuelle, risque de s’autodétruire car on a tendance à laisser à l’état et à un nombre restreint de délégués les tâches qui règlent les affaires publiques afin de jouir en paix de nos biens et de notre indépendance ; il s’en suit une perte de responsabilité, jointe à une tranquillité qui se protège. L’idée s’installe que du reste « on s’en fout » ! Pendant ce temps, un petit nombre de représentants finissent par agir sans contrôle. L’Etat s’occupe bientôt de tout, décide, pense à notre place et sous couvert d’assurer la sécurité de nos biens privés, il empiète peu à peu sur les fondements de ce bonheur qui devait pourtant rester privé. Plus personne ne s’occupant de politique, il n’y a plus de pouvoir intermédiaire et le pouvoir devient un pouvoir unique et central. Ces paradoxes pourraient bien conduire à la ruine de la démocratie.
C’est ainsi que Tocqueville parle de « despotisme des temps modernes »
Car le bonheur reste fluctuant et ce qui fut réclamé comme Bonheur aujourd’hui nous révoltera demain… surtout si cela nous vient d’en haut.
Finalement, comme le disait si bien Benjamin Constant : « Prions l’autorité de rester dans ses limites ; qu’elle se borne à être juste. Nous nous chargeons d’être heureux ».
Car le bonheur, comme la santé ne sont pas des droits. Certes, nous avons droit à une organisation qui nous permet de garder notre santé : nous avons « droit au soins ». De même nous avons droit à une organisation collective de la société qui évite certains obstacles à la poursuite de notre bonheur. Mais nous n’avons pas droit au bonheur ! C’est à chacun de le construire comme il l’entend.
Avec l’économie moderne, le contrôle du bonheur semble encore plus important. Certains dirigeants ont même mis au point le BNB ou Bonheur National Brut pour mesurer scientifiquement le bonheur. Ce BNB viendrait compléter la PNB dont on s’est rendu compte qu’il ne suffisait pas à mesurer la bonne santé de l’économie ou la motivation des consommateurs par exemple.
Des indicateurs, inventés par Stuart Mill ont été dégagés et appliqués il y a quelques mois dans 28 pays. Mais la lecture des résultats reste influencée par l’idéologie des statisticiens : la France, par exemple, obtenait 16 sur 20 à partir d’un barème cartésien mais tombait à 8,5 selon les critères stoïciens.
Devant ces contradictions, les économistes en viennent à mieux soupeser les différences entre richesse, bien–être, bonheur, félicité, avant de nous bercer à nouveau dans les mythes de la pensée positive très populaire, aujourd’hui. C’est toujours drôle de penser qu’en Californie par exemple, le stress fait des ravages. Or ce stress serait essentiellement dû à la peur de ne pas avoir l’air heureux et en bonne santé ! Un vrai cercle vicieux !
C’est donc la foire d’empoigne des bonheurs en tout genre.
Manipulé par les marchands de voiture, de beauté, de pilules, de régimes, d’amour, de calumets, d’îles ensoleillées, de littérature, de musique… Le commerce du bonheur demeure florissant !
Certes, il coûte de plus en plus cher mais avec les aléas de l’économie mondiale, son prix n’offre toujours pas de garanties.
D’ailleurs l’argent fait-il le bonheur ? A cette question Woody Allen répond avec subtilité que : « la richesse vaut mieux que la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières. »
Mais au fond, toutes ces considérations ne concernent qu’une infime partie des habitants de notre planète et nous sommes très loin de l’objectif du Droit Humain qui reste de réaliser sur toute la terre et pour tous les humains :
« la condition première du bonheur qu'il est possible à chaque individu d'atteindre »,
Ce projet n’a rien à voir avec des intérêts économiques, mercantiles ou privés.
Ces brèves incursions dans les théories du bonheur nous prouvent que tout reste à réaliser : « Le bonheur reste une idée neuve en Europe et même ailleurs ! »
Dans un monde où règne la matière, la violence et le mensonge, notre objectif paraît bien compromis……… et pourtant nous sommes là !!!
(le devoir du bonheur pour les FM)
Alors quelle est cette condition première sur laquelle nous pouvons travailler pour fonder le « droit au bonheur », sachant que ce droit est à la fois individuel et collectif ?
La réponse est aussi simple que complexe, elles trouve inscrite dans les différents articles de notre Constitution Internationale qui reflète la Constitution des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Trois valeurs préexistent qui sont inséparables :
Elles ont nom Liberté, Egalité Fraternité :
- la Liberté permet le choix des consciences et la laïcité,
- l’Egalité implique la Justice sociale,
- la Fraternité ouvre à la tolérance, à la solidarité.
A quoi ressemblent les sociétés où des hommes se représentent le bonheur sans liberté, sans justice, sans tolérance ?
Peut-on vouloir le bonheur de l’humanité sans égalité entre les hommes, entre les sexes, entre les peuples.
Peut-on imaginer le bonheur humain sans la fraternité.
Pour que ces valeurs règnent entre nous, il nous faut laisser nos métaux à la porte du Temple. Nous quittons nos fortunes, nos savoirs, nos spécialités, nos hiérarchies. Dans ces conditions nous pouvons nous « entendre » fraternellement car nous repartons tous à zéro, comme les enfants d’une même famille. L’initiation nous fait naître, pour mieux connaître, pour apprendre à marcher, apprendre à lire, à écrire, apprendre à dire, à se dire !
C’est pour cela que notre double méthode rituelle et symbolique, annoncée dans le troisième article, n’est pas facultative ou ornementale, elle fonde la fraternité. Elle instaure l’accueil et le développement de la parole de chacun. Elle nous aide à échapper aux « partis pris » figés dans des systèmes de pensée trop souvent cloisonnés, dogmatiques, autoritaires, ignorant des pends entiers du patrimoine de la pensée humaine, sous couvert de certitudes, de régionalismes, de scientisme. De plus, elle comble un vide creusé par une culture hyper rationaliste : puisqu’elle rend à l’homme la richesse de sa pleine nature en réconciliant l’imaginaire et la raison.
Grâce à cette méthode symbolique, les Francs-maçons du Droit Humain, peuvent travailler ensemble sans distinction d’ordre ethnique, philosophique, religieux ?
Quant aux rites, ils définissent un même cadre pour tous. Ils instituent démocratiquement des fonctions et ils les font tourner pour que chacun ait l’occasion de remplir tour à tour toutes les tâches afin de mieux partage les responsabilités.
Tels sont les principes inscrits dans les premiers articles de notre constitution ; ils animent notre chantier maçonnique. Ils visent à construire entre nous l’harmonie. Notre Temple est donc un terrain d’entraînement au bonheur. Et lorsque nous avons le sentiment d’avoir « bien travaillé », lorsque « les ouvriers sont heureux et satisfaits », lorsque nous avons reçu notre « salaire » qui n’est autre qu’un grain de sel de sagesse supplémentaire, nous partageons l’égrégore et j’ose dire que nous rayonnons. Ensemble, avec nos soucis, nos difficultés, nos singularités, nous donnons vie à cette idée qu’un bonheur est possible pour des hommes vivant et travaillant dans un cadre juste et rigoureux.
Il nous reste alors à transmettre cet espoir dans la cité.
A l’instar de ce qui se passe dans notre Temple, il nous faut travailler d’une part pour que les lois soient justes et d’autre part pour qu’elles soient respectées.
Cela conduit d’abord à la mise en œuvre de solutions politiques qui permette à chacun de trouver le bonheur auquel il aspire tout en le gardant compatible avec celui des autres. Certes, nous l’avons vu, le bonheur ne relève pas entièrement de la politique, il est affaire privée et non publique. Mais ce que peut donner la politique ce sont les conditions du bonheur. Ces conditions reposent sur un respect inconditionnel de valeurs universelles telles que la liberté, l’égalité, la fraternité - et nous avons la chance que ce soit celles de la République Française -. Par conséquent les lois doivent être garantes de la justice, de la liberté d’expression mais aussi de l’éducation, de la solidarité, de la tolérance, de l’éthique sociale, bref de tous ces facteurs qui nous permettent d’accéder au bonheur.
Cela conduit ensuite à ne pas oublier que si « vivre en cité » peut nous apporter le bonheur c’est aussi parce que les lois nous donnent l’habitude de bien agir et que pour bien agir il faut apprendre à penser, à exercer sa raison. Il faut sortir de l’ignorance, pouvoir s’exprimer, être tolérant. La politique doit donc aussi mettre beaucoup de soin à faire que les citoyens soient des citoyens éclairés, honnêtes, libres et de bonnes mœurs et cela passe par de nombreux apprentissages ou peut-être par d’heureuses initiations !
Pour conclure et pour vous encourager à activer vos zygomatiques, je nous souhaite d’être heureux dans ce Temple, puisque notre première mission consiste à réaliser d’abord notre propre bonheur pour nous sentir capables de le transmettre à ceux qui nous entourent tout en espérant que ce bonheur sera contagieux.
source :
www.ledifice.net

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