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Hauts Grades

Du grade de Maître au Chevalier Rose-croix

26 Septembre 2012 , Rédigé par Irène Mainguy Publié dans #Rites et rituels

Le grade de Maître n’étant pas considéré comme un haut grade, puisqu’il relève des loges bleues et non de la juridiction des Suprêmes Conseils, nous pouvons légitimement nous interroger sur l’utilité d’en parler.

En fait, il s’agit de savoir si l’on doit considérer que le grade de Maître est le premier des hauts grades. La réponse permettra de tirer telles ou telles conséquences.

Bien vite, on s'aperçoit que dans les anciennes divulgations des trois grades bleus, notamment dans La Maçonnerie disséquée de Samuel Prichard de 1730, on rencontre de nombreux éléments explicatifs des grades de perfection ; et dans le Manuscrit Graham de 1726 des éléments du Chapitre Rose-croix.

Ceci semble démontrer que ces grades sont le complément et le prolongement naturels du grade de Maître et que tout est transmis en germe dès la maçonnerie bleue, on dirait que dès l’origine, le grade de Maître a été conçu pour être la source des Hauts grades.

Si on étudie les nombreux rituels des grades pratiqués après la maîtrise dans le système de perfection, une hypothèse s'impose : elle amène à envisager que les grades de compagnon et de maître auraient pu être vidés très tôt de l'essentiel de leur contenu initiatique pour justifier l'apparition d'une échelle de hauts grades. Ainsi, un certain nombre d'éléments épars peuvent laisser penser que le grade de Maître Parfait pourrait correspondre initialement (avant 1750) à la version complète du grade de Maître. On constate, par exemple, qu'un Manuscrit de la Bibliothèque Municipale de Bordeaux, MS 2098, appelé Ancien Maître propose un croquis du tableau de loge qui correspond en tous points au thème de la quadrature du cercle du Maître Parfait, semblant confirmer cette
possibilité.

Dès l'origine, le grade de Maître semble donc être considéré comme le premier des " hauts " grades, achevant un cursus qui va de l'apprentissage au compagnonnage du métier. En effet, le récit de la mort d'Hiram reste incomplet (Que sont devenus ses meurtriers ? Comment l'enterrer selon la dignité de sa fonction ? Par qui remplacer l'architecte disparu ? Quand et comment le temple pourra-t-il être achevé ?, etc.). Ces nombreuses interrogations restées en suspens suscitent dès les années 1745 le développement d'échelles de grades qui vont avoir pour fonction de répondre à ces questions. C'est ainsi que sont apparus, dans les années qui suivent, une multitude de systèmes de hauts grades.

Ces hauts grades émergent progressivement à partir de 1730, année même de l’apparition du grade de Maître, autour d’une hiérarchie souple. Ils se fixent dans une série de 25 grades autour de 1760 et, après un détour complexe aux Etats-Unis, ils reviennent en France réorganisés en 33 grades, huit nouveaux grades ayant été ajoutés aux vingt-cinq du Rite de perfection.

Après avoir approfondi une maçonnerie reposant sur des symboles constructifs, le compagnon en étant élevé à la maîtrise aborde un autre domaine qui repose sur un récit mythique à caractère méta-historique. Au grade de Maître, l’initié franchit un seuil et se trouve au coeur d’une dramaturgie à épisodes dont la suite n’est accessible qu’en accédant au cycle des grades de perfection, dont les éléments philosophiques et symboliques s’emboîtent les uns dans les autres, tels des poupées gigognes, en apportant une succession d’ éclairages complémentaires sur le grade de Maître.


Il devient alors légitime de se demander :

A- t’- on de nouvelles révélations du 4e au 18e ? Abordons-nous vraiment un autre domaine initiatique, avec des éléments nouveaux ou bien confortons-nous la construction de base, reposant sur le ternaire apprenti – compagnon – Maître. En fait, nous pouvons constater que les clefs données à partir du grade de Maître Secret sont des moyens , des enseignements supplémentaires fournis pour approfondir davantage les éléments initialement reçus, plus particulièrement aux grades de compagnon et Maître.

Le Maître Maçon continue à cheminer. Il cherche à acquérir les éléments qui manquent à la plénitude de sa maîtrise. C'est pourquoi ces grades, en quelque sorte démultipliés, sont indispensables pour devenir Maître, «autrement », et accéder à une autre dimension d'intériorité et d'affinement de la conscience.

Les grades, dits de perfection, de Maître Secret à Grand Élu, du 4e au 14e, développent le thème de la mort d’Hiram. Après l’avoir pleuré, il faut lui faire des funérailles, puis comme personne n’est irremplaçable, il faut songer à lui trouver un successeur qui poursuivra les travaux interrompus, mais c’est impossible tant que l’on n’a pas retrouvé et condamné ses trois assassins. Enfin on arrive au grade de Grand Maître Architecte où le Maître Maçon devenu concepteur, peut achever la construction du temple. C’est à partir de cette étape que commence à s’esquisser la question essentielle : et s’il s’agissait non plus de construire un temple de pierre qui peut s’écrouler comme un château de cartes sous les pressions redoutables de nouveaux prédateurs, mais bien plutôt d’ériger un temple spirituel, de bâtir pour chaque Maître Maçon son temple intérieur ?

Il s’agit bien d’un cheminement initiatique qui appelle à une marche en avant, un mouvement, une action qui rejette tout statisme. Le cheminement est balisé dans la succession des grades maçonniques qui marquent des étapes, des seuils à franchir, où des clefs sont données… mais ces clefs ne peuvent servir que si l’on se donne la peine d’en ouvrir les accès et d’en franchir le seuil.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté dont l’origine historique continue à garder bien des zones de mystères, comme cela a été précédemment exposé, dont la plupart sont loin d’être toutes élucidées, nous fait découvrir et approfondir un monde peuplé de personnages mythiques ou historiques, de légendes bibliques souvent revues et corrigées à la sauce écossaise de France, de mises en scènes théâtrales, avec des mots hébreux déformés au point qu’un bon hébraïsant en perd son latin, etc..

Néanmoins, ce monde étrange et quelque peu déroutant dans lequel pénètrent les maçons dès le 1er degré, est porteur d’une cohérence subtile qui ouvre une voie et balise une quête jalonnée d’ énigmes et de scènes ou séquences à plusieurs niveaux de lecture, où apparaissent par exemple un Maître Élu des Neuf ou un Chevalier de Royale Arche. Il suggère, propose ou peut prodiguer un enseignement philosophique entendu au sens large, lequel interpelle chacun et chacune de nous sur la nécessité de tirer vengeance ou de rendre justice, d’exercer sa curiosité à bon escient, de dépasser ses limites en allant parfois jusqu’à transgresser la règle établie, de lutter pour s’affranchir de toute forme d’esclavage qui entrave la liberté et de tout système tyrannique d’oppression. Cette philosophie charitablement injonctive exhorte tout maçon à considérer son F. humain comme semblable à lui-même par la mise en pratique des principales vertus. Porteur d’un message d’amour, le Chevalier Rose-croix doit trouver les moyens de rayonner à l’extérieur, les valeurs prônées en loge et véhiculées par l’ensemble de ces rituels.

Il ne s’agit plus ici d’un univers uniquement mythique dans lequel les maçons s’enfermeraient grâce à de belles histoires pour échapper à la réalité de leur destinée, mais de s’appuyer sur des scénarios à caractère théâtral qui permettent de réfléchir et de se positionner sur des questions philosophiques et éthiques essentielles auxquelles chacun est confronté dans la vie.


Chaque grade de perfection et grade capitulaire développe un aspect particulier de la recherche de la Vérité, posant de nombreuses questions philosophiques, spirituelles voire métaphysiques complexes. Ces étapes du voyage initiatique enrichissent et développent ce qui était contenu en germe dans les trois premiers degrés et donnent les moyens à tout Maître Maçon d’acquérir les éléments qui manquent à la plénitude de sa maîtrise.

La Maçonnerie peut être définie comme un conservatoire, étant héritière de nombreuses traditions perdues, comme le pythagorisme, la chevalerie, le mouvement de la Rose-croix, des courants hermétiques et de bien d’autres.

Ainsi, dès le XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie apparaît comme un facteur de synthèse de tous ces courants de pensées en voie de disparition. Il est difficile de percevoir leur lecture pluridimensionnelle si l’on n’approfondit pas ses sources d’inspiration. Celles-ci sont multiples et sont d’abord puisées dans l’Ancien et le Nouveau Testament, largement revus et réécrits. De même on retrouve des
éléments épars des sagesses disparues ainsi que des mythes familiers, comme le mythe d’Osiris, des éléments de fables et contes de l’Antiquité. Ainsi le grade de Chevalier de Royale Arche tire son inspiration du Myriobiblion qui rassemble plus de deux cent soixante dix textes résumant des pages importantes de la prose grecque sous la plume de Photius1 ( Deux fois patriarche de Constantinople et
considéré comme l’un des principaux acteurs de la « renaissance byzantine).

Il s’agit d’un grand réservoir de choses connues, sur lequel on a construit tout un système à tiroirs ou degrés qui, en dépit de ses éléments disparates, multiples et variés, propose néanmoins une construction cohérente et porteuse de sens, dont nous pouvons tirer une application pratique.

Dans le déroulement des degrés du 4e au 18e,comme dans les grades suivants, on est confronté à un enchaînement apparemment arbitraire du temps et de l’espace, mais en fait, cet enchaînement demande à chacun d’accéder à une autre dimension qui l’oblige à laisser de côté ses repères spatio-temporels habituels. Par exemple, à chaque grade, on reçoit des âges qui sont emblématiques amenant à jouer au yo-yo entre un âge très avancé et un âge juvénile. On peut avoir 27 ans juste après en avoir eu 81 ou 63, toutefois là encore, il existe une cohérence dans cette arithmétique déroutante, car elle est le plus souvent basée sur les multiples du nombre 3. On peut considérer que chacun des degrés initiatiques, indépendamment de leur ordre, correspond à un plan d’existence, à un état et une qualité d’être différents.

Du Maître Secret au Chevalier Rose-croix, il est donné à chaque Maître Maçon la possibilité d’approfondir le contenu initiatique des loges bleues par une exploration des valeurs initialement proposées. Dès le grade d’apprenti il est fait appel au sens du devoir et à l’importance de l’engagement contracté, alors que l’on semble accueillir cela comme une révélation au grade de Maître Secret.

De même il est dit à l’apprenti, et a fortiori au Maître, que tout Maçon est un homme vertueux ami du riche et du pauvre, alors qu’au 14e degré on semble découvrir l’importance des Vertus et de l’Amour de la Vertu. Celle-ci est renforcée dans l’action du Chevalier Rose-croix qui repose sur la pratique des vertus théologales.

Enfin, le moteur de cette quête initiatique semble reposer tout simplement sur une question initiale, qui après bien des années de réflexion, prend une résonance de plus en plus profonde.

Revenons à ce qui nous est demandé dès le degré d’apprenti :


D – Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir maçon ?

R – Parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai désiré voir la
Lumière.

De quelle nature est cette lumière ?

Visible et perceptible dès le cabinet de réflexion, elle est tour à tour perdue, puis regagnée chaque fois avec plus d’éclat, de force et d’intensité. De la chambre noire au temple noir, de la lumière voilée à la lumière resplendissante, au cours de laquelle la Parole, la manifestation du Verbe, est perdue, substituée, recherchée, retrouvée sous une autre forme, voire identifiée et personnalisée selon le prologue de Jean dans le Nouveau Testament... De la mort physique du récipiendaire au grade d’apprenti, à la mort animique du Maître, le Chevalier Rose-croix passe par la troisième mort, celle de l’esprit qui lui permet par la mort de vaincre toutes les morts en renaissant dans la pérennité de l’esprit.

La Lumière qui est en chacun se dévoile progressivement par paliers d’ouverture de la conscience. Le maître agit sur lui avant d’agir sur le monde et de répandre au dehors les valeurs intérieures cherchées dans le temple.

Cela est toujours réel pour le vrai cherchant bien qu’aujourd’hui il y ait un réel danger que cette recherche de valeurs ne soit plus assez forte, au point que des pseudo-valeurs extérieures finissent par rentrer dans nos temples et être cautionnées, pouvant aller jusqu’à se substituer aux valeurs initiatiques.

Maître de lui avant toute chose, le Maître Maçon a une vocation de constructeur. On ne lui demande plus de construire des cathédrales ou des temples, mais de faire oeuvre de bâtisseur d’abord en se construisant lui-même, après quoi, en rassemblant ce qui est épars, dans la recherche du Beau, du Bien, du Vrai et de la Vérité, c’est alors qu’il pourra commencer à transmettre des repères et des valeurs à un monde et à une société qui en ont perdus beaucoup.

Dans le parcours idéal de celui qui gravit l’échelle de la perfection de Maître Secret jusqu’au Chapitre, on observe que le Maître Maçon fait preuve d’une double aptitude. Ses deux aspects sont particulièrement marqués au 15e dans le degré de « Chevalier d’Orient ou de l’Épée » où il est décrit tenant la truelle d’une main, affirmant ainsi son aptitude de bâtisseur et son art de concilier les oppositions nécessaires et fécondes, et l’épée de l’autre main. Cette représentation allégorique veut donner une représentation forte de la volonté de construire, tout en demeurant vigilant sur la défensive pour sauvegarder la réalisation en cours.

Les trois premiers grades capitulaires s’affirment comme grades chevaleresques, ils sont fondés sur le thème du retour de Babylone à Jérusalem ou plutôt sur le symbole central de Jérusalem avec la reconstruction du Temple visible. On a laissé les trois mages venus en pèlerinage à Jérusalem retourner à Babylone. Jérusalem fait figure une fois de plus de terre promise vers laquelle il faut retourner . Les Princes de Jérusalem vont étendre réciproquement leur sphère d’action entre Babylone et Jérusalem. Pour la première fois il y a deux
présidents qui dirigent la loge chacun dans sa sphère de pouvoir, Darius sur Babylone, Zorobabel sur Jérusalem. Au 17e grade de manière très anachronique vient s’intercaler l’Apocalypse.

Ces grades capitulaires reposant sur les lois d’analogie entre l’individuel et l’universel proposent d’oeuvrer au rétablissement du règne de la justice selon l’Esprit de Vérité. Au 17e les symboles utilisés appartiennent à l’Apocalypse de Jean, témoignant de la victoire de la Lumière sur les ténèbres.

Cette loi d’analogie, permet de transposer tous les faits historiques des grades capitulaires, tels que la reconstruction du second Temple, en passant de l’Ancien Testament sous ses aspects de rigueur, au Nouveau Testament prônant son complément nécessaire, la miséricorde.

Dans ce déroulement continu des grades le Maçon revêt plusieurs habits, d’abord celui de tailleur de pierre qui a l’ambition de participer à la construction d’un temple, puis celui d’architecte concepteur de son oeuvre avant de revêtir l’armure et le charisme d’un chevalier et d’un noble, puisqu’il est appelé aussi Prince, tout en étant également pasteur et pèlerin. Dans le grade de Chevalier d’Orient et de l’Épée qui a pour attribut l’épée dans une main et la truelle dans l’autre la truelle du maçon côtoie l’épée du chevalier. Le Maçon sort de l’état d’artisan pour devenir Chevalier et aussi Prince, passant ainsi de la truelle à l’épée. Il synthétise en lui toutes les principales castes artisanales, guerrières et sacerdotales. C’est bien au 18e grade que s’opère ce passage du temple matériel au temple spirituel et que la réalisation individuelle intérieure s’intègre au plan universel. Mais le chevalier doit se préparer à toute forme de sacrifice. La voie est aride et la liberté de passer se conquiert par des luttes sanglantes. Il s’agit de s’affranchir de tous les jougs de l’esclavage. Les applications de cette libération s’appuient sur des références contemporaines qui hélas abondent. Les combats que nous avons chacun à mener dans notre sphère spécifique aujourd’hui sont nombreux.

C’est au grade de Chevalier d’Orient et d’Occident (synthèse des deux mondes en opposition et de toute forme de dualité) que s’opère le passage de la tradition judaïque développée par l’Ancien Testament à la tradition chrétienne néo-testamentaire. Celle-ci plus particulièrement se réfère à l’Apocalypse, avant d’entrer de plein pied dans le Nouveau Testament dont le Rose-croix a réutilisé
de nombreux symboles. Il se dégage une interprétation ouverte sur la Foi l’Espérance et la Charité ainsi que sur l’amour du prochain qui trouve sa consécration dans le partage en commun du pain et du vin dans une chaîne d’union substantielle et essentielle qui relie chacun à l’Universel.

Par le signe de reconnaissance, le Chevalier Rose-croix atteste sa position d’intermédiaire entre la terre et le ciel, ce qui correspond au Maître Maçon situé entre l’équerre et le compas au centre du cercle. Dès le grade de Maître, la notion de sacrifice est clairement exprimée par le personnage d’Hiram. Au chapitre Rose croix on retrouve la valeur initiatique du sacrifice par le don de soi. Si au grade de maître, le sacrifice génère la mort, à l’inverse au Chapitre, il génère la vie.

Au Chapitre, le Maître Maçon est gratifié de plusieurs qualificatifs qui peuvent paraître à première vue contradictoires. Le Chevalier Rose-croix est à la fois reconnu comme Prince, Chevalier, Pèlerin et Pasteur.

La qualité de Prince pourra être reconnue par la noblesse du comportement de chacun et celle de Chevalier par la détermination dans
l’action, au service de causes justes, au service des pauvres et des affligés que l’on désigne allégoriquement le plus souvent par les termes de défense de la veuve et de l’orphelin.

Certes si en ce XXIe siècle, pour être Chevalier Rose-croix, il n’est plus indispensable de savoir monter à cheval ou manier l’épée, il n’en demeure pas moins indispensable d’en incarner les vertus.

Chacun comprendra ici que les luttes et combats d’aujourd’hui, s’ils apparaissent moins sanglants et spectaculaires qu’autrefois, ils n’en demeurent pas moins générateurs de morts, d’aliénation et de misère à l’échelle de la planète.

De même, se pose la question de savoir comment être pasteur et pèlerin ? Peut-être, pouvons-nous considérer que tout Chevalier Rose-croix devient pasteur des plus jeunes maîtres maçons par la transmission, de même il peut être considéré que nous sommes de perpétuels pèlerins, voyageurs infatigables en quête d’une vérité qui nous dépasse.

En réalité, le Chapitre véhicule des valeurs traditionnelles restant d’actualité puisqu’il s’agit d’acquérir les vertus chevaleresques et de les mettre en pratique, comme il est rappelé dans une instruction de Chevalier d’Occident de la fin XVIIIe Les qualité que doivent acquérir tout chevalier sont comparées à sept étoiles2 :

D – Que signifient les sept étoiles?

R – Elles représentent les sept qualités qui doivent guider les maçons.

D – Quelles sont-elles ?

R – l’amitié, l’union, la soumission, la discrétion, la fidélité, la
prudence, la tempérance.

D – Pourquoi ces qualités doivent-elles guider tout bon maçon ?

R – L’amitié est un sentiment qu’on doit avoir pour tout ses frères, l’union est la pierre fondamentale de toute société, la soumission est nécessaire pour recevoir sans murmurer les arrêts de la loge, la discrétion est pour éviter toute supercherie des profanes et faux frères, la fidélité pour observer nos obligations sacrée, la prudence doit être le propre d’un maçon afin qu’il règle ses actions de façon que les profanes toujours curieux de nos plaisirs ne trouvent point à blâmer sa conduite. Enfin la tempérance doit être le partage de tous bon maçon, afin d’éviter de tomber dans des excès nuisibles au Corps et à l’Esprit.

Sur la valeur initiatique du 18e grade, on peut souscrire à la vision de René Guénon lorsqu’il dit : la qualité de Rose-croix représentait historiquement un niveau de qualification initiatique, un état spirituel intérieur, et ceci indépendamment de toute appartenance formelle à une structure quelconque.

En conclusion, on peut dire que le grade de Maître ne doit être considéré ni comme un achèvement, ni comme un point final, mais au contraire comme le commencement d’un nouveau cycle. La symbolique des grades d’apprenti et compagnon, basée principalement sur les outils et la construction est homogène. La progression d’apprenti à compagnon est évidente. Le travail intérieur prend une dimension extérieure en passant de la perpendiculaire au niveau. Mais, dès lors qu’apparaît le mythe d’Hiram où tout est annoncé, esquissé…une suite s’impose, et elle demande l’engagement d’une vie pour se réaliser… Pour ce faire il est demandé aux Maîtres Maçons d’avoir eu raison de leurs mauvais compagnons, et cela est davantage réalisable par l’approfondissement pratique des compléments de la maîtrise accessibles dans l’enseignement des degrés de perfection et des Chapitres.

Dès lors, ces hauts grades, bien souvent considérés comme étant l’apanage d’une élite, puisque dans la plupart des obédiences, 15 à 20% seulement des Maîtres Maçons y ont accès devraient bien au contraire devenir la solution pour continuer à approfondir le grade de Maître, et être destinés pratiquement à l’ensemble de ceux-ci s’ils ont un minimum d’années de maîtrise, d’assiduité et de travail. C’est à dire que cette proportion devrait s’inverser pour atteindre de 80 à 85 %, ce qui rehausserait le niveau de transmission des Maîtres en loges bleues et l’intérêt général des travaux.

En ce début du XXIe siècle on ne peut que souhaiter qu’une ouverture se fasse dans ce sens, ce qui amènerait à passer d’un élitisme restreint à une démocratisation des hauts grades pour en diffuser l’éthique et les valeurs au plus grand nombre possible.

 

1 Mainguy Irène, Symbolique des grades de perfection et des Ordres de Sagesse, Dervy 2003 p.331.

2 Bibliothèque Municipale de Lyon, manuscrit 5927.

par Irène Mainguy

 

Vice-présidente de la Société Française d’Études et de Recherches sur l’Écossisme (SFERE)

 

 Source : http://sog1.free.fr/ColloqueLyon.htm

 

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