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Hauts Grades

Eglise, Religion et Franc-Maçonnerie

28 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Nos sentiments ne sont pas ce que le monde profane et l'ignorant vulgaire s'imaginent. Tous les vices du cœur et de l'esprit en sont bannis, et l'irréligion et le libertinage, l'incrédulité et la débauche. C'est dans cet esprit qu'un de nos Poètes dit :

Nous suivons aujourd'hui des sentiers peu battus, nous cherchons à bâtir, et tous nos édifices sont ou des cachots pour les vices, ou des temples pour les vertus. La saine Morale est la seconde disposition requise dans notre société. Les ordres Religieux furent établis pour rendre les hommes chrétiens parfaits ; les ordres militaires, pour inspirer l'amour de la belle gloire ; l'Ordre des Free Maçons fut institué pour former des hommes et des hommes aimables, des bons citoyens et des bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles adorateurs du Dieu de l'Amitié, plus amateurs de la vertu que des récompenses.

(Le Discours du Chevalier de Ramsay)

« L'athée doit découvrir sa croyance, son fondement irrationnel, et commercer avec elle. Et du coup, nous, néo athées, nous pouvons demander aux croyants de devenir néo - croyants, c’est-à-dire d'établir un nouveau commerce avec leurs dieux ».

(Edgar Morin, Sortir du XXe siècle)

« Ce que nous sentons quand nous avons faim, c’est que la Genèse n’est point achevée, et qu’il nous faut prendre conscience de nous-mêmes et de l’Univers. Il nous faut, dans la nuit, trouver des passerelles ».

(Saint-Exupéry, Terre des Hommes)

Prologue

Tout ce qui se meut dans notre monde est fait de détails et de nuances. Rien n'est simple, si ce n'est pour l'esprit simpliste. Rien n'appartient absolument à un système, si ce n'est pour l'esprit systématique. « Tout ce qui est simple est faux, tout ce qui est compliqué est inutilisable » écrivait en substance Gide… Tel que posé, l’intitulé de la question, tellement vaste, requiert de délimiter les champs de nos investigations. En effet, de quelle « religion », de quelle « Eglise », de quelle Maçonnerie, parlons-nous ? La FM trouvant essentiellement ses origines et ses conflits dans la tradition judéo-chrétienne, il sera question parmi les 3 monothéismes, de la chrétienté.

  • « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques religieuses relatives à des choses sacrées. Cette définition, selon Durkheim en distinguant les « choses sacrées » des attitudes qui s’y réfèrent, invite les hommes qui ont toujours eu, semble-t-il, le sens des choses sacrées et du divin, à un examen de ces croyances et pratiques » comme réalités évoluant dans l’histoire, et à découvrir qu’ils n’ont pas toujours eu de système solidaire pour s’en occuper, et encore moins un conscience lucide de leurs propres attitudes à cet égard. Dans un sens minimal : c’est « ce qui relie ». Mais nous devons prendre conscience que nous sommes reliés à la vie, que la vie est reliée à la Terre, que la Terre est reliée à son Soleil, et que le Soleil lui­même est relié à cet immense cosmos…dans la question qui nous préoccupe ce soir, il sera donc essentiellement question de la chrétienté.

  • « Eglise » : étymologiquement, l’Eglise est une assemblée, plus spécifiquement de chrétiens (orientales, orthodoxes, catholique romaine, protestantes…). Instituée par le Christ, et récupérée par les catholiques (du grec Καθολικοσ = universel !), elle est à la fois une institution hiérarchique et une Théologie par le témoignage de la Sainte Ecriture, spécialement le Nouveau Testament. Ainsi, ni les religions juives et musulmanes, qui ne sont pas constituées en « Eglises », n’entreront pas dans nos considérations.

  • « Franc-maçonnerie » : les relations entre (ou conflits avec) la Maçonnerie au sens large, et les Eglises Chrétiennes ayant varié au cours de son histoire, en fonction des Obédiences et Rites, nous tenterons d’aborder la question de la Maçonnerie sur un plan général, avec quelques exceptions.

1 - Religio

Il est intéressant de noter que si la Grèce antique montre le point de départ de l’idée de religion, celle-ci prend corps chez les Romains : c’est bien le terme religio qui est devenu le nôtre, et qui feront surgir un certain nombre de lieux communs sur la religion qui marqueront toute l’histoire de l’Occident. En pleine crise de la république surgirent alors deux grandes idées opposées :

  • Religio d’après Cicéron : respect que ressent l’individu en face de tout être qui en est digne, du divin en particulier ; Cicéron souligne qu’il ne peut y avoir d’intégrité chez les êtres, ni de respect entre eux, ni de paix dans les cités s’il n’y a pas de religion et ce respect se manifeste par le soin apporté à participer aux rites et gestes traditionnels de la société.

  • Religio selon Lucrèce, analysant les maux qui lui sont dus, prétend qu’il s’agit d’un système de menaces et de promesses qui cultive et développe le fond craintif de la nature humaine, qui écrase l’homme et contre lequel, s’il est « noble et courageux », celui-ci se révolte et en triomphe grâce à la connaissance scientifique et à la sagesse philosophique.

Confrontation dramatique entre deux idées en apparence antinomiques, l’une louant la religion, l’autre incitant à son éviction et à son dépassement, qui traverseront les siècles et empoisonnent encore l’Occident, alors qu’elles ne parlent pas du même phénomène ! Ce que Cicéron veut conserver n’est pas ce que Lucrèce veut abolir !

2 – Aperçu de la Religion Chrétienne

2.1. Aspect Historique

C’est parmi les nombreuses sectes messianiques qui se développaient dans le monde juif au début de notre ère que s’opéra le regroupement des disciples de Jésus dans la continuité de ceux de Jean le Baptiste et sans doute des Esséniens. Contestée par les Pharisiens, rejetée par les Saducéens, la communauté des Chrétiens fut acceptée au sein du judaïsme jusqu’aux environs de l’an 65, date à laquelle se consomma une rupture inévitable, par accomplissement et dépassement du judaïsme, exprimée dès le début. Qu’on attribue son expansion aux chances historiques qu’on donne au christianisme l’Empire romain d’abord puis la civilisation occidentale n’empêche pas de lui reconnaître une universalité de principe qu’il s’est attribué dès l’origine, Asie mis à part.

Il faut également situer les premières expressions de la foi chrétienne dans les écritures du Nouveau Testament : Le christianisme n’est pas une religion du livre sacré ; Jésus n’a pas écrit et n’y a point incité ses Apôtres, même s’ils se sont, comme lui, abondamment appuyés sur les livres de l’Ancien Testament.

La première génération chrétienne n’eut point ses écrits propres : Après les lettres de Paul, entre 56 et 63, c’est seulement entre 70 et 95 que furent rédigés les récits évangéliques. Finalement quatre récits furent reconnus comme authentiques dans la Communauté : celui de Mathieu, celui de Marc, celui de Luc et celui de Jean.

Les premiers chrétiens avaient des Ecritures qui leur parlaient de Dieu ; dans leur culte ils entendaient Dieu leur parler. Religio ne faisait pas partie de leur vocabulaire…

2.2. La « Révélation »

Il est significatif que la révélation chrétienne se soit appelée « Evangile » (terme emprunté au vocabulaire du protocole de la cour impériale). La révélation de Jésus-Christ était l’« Heureuse nouvelle » manifestant une venue bienveillante de Dieu parmi les hommes, une lumière sur les origines et sur le terme, une source de renouvellement du projet humain. L’évangile n’était pas seulement une religion, ni doctrine métaphysique, ni éthique, mais tout cela ensemble. Si l’on essaye de dégager les traits constitutifs de cette originalité, on est amené à insister sur les trois aspects suivants :

  • Nouveauté du côté de Dieu : Sa puissance est d’amour, non de terreur ou de domination. Il est le Dieu très humain qui s’adresse à la liberté et au projet de l’homme. Il fait l’histoire avec l’homme au point de lui proposer un avenir absolu ; il est le Dieu de tous et non d’une clientèle choisie, ni d’une nation. Bergson nous dit « qu’à une religion nationale on substitua une religion capable de devenir universelle, à un Dieu dont la puissance s’exerçait en faveur de son peuple, succéda un Dieu d’amour et qui aimait l’humanité entière ».

  • Nouveauté du côté de l’homme : L’homme n’est pas seulement l’assisté ou le sujet de la divinité, mais le collaborateur et le fils. il est appelé à imiter Dieu par l’amour de la vie, de ses frères, de la cause de l’humanité entière. Sa faiblesse n’est plus accablante car il est aimé de Dieu qui met en lui son espérance et partage son projet. La moralité chrétienne dépasse ainsi le légalisme et on parlerait plutôt d’une mystique tant s’y trouvent réinterprétées et prolongées les exigences d’accomplissement véritable de l’homme.

  • Nouveauté du côté de la religion : Elle n’est plus commerce particulier avec la divinité au prix des « techniques » religieuses. Jésus est le seul médiateur toujours agissant entre Dieu et les hommes ; il dispense les hommes d’inventer des voies d’accès à Dieu, les libérant de la superstition, du mythe, de l’occultisme. C’est toute l’existence humaine qu’il faut accorder à l’action et aux intentions éclairées de Dieu car la distinction entre monde sacré et monde profane a éclaté.

Des Synoptiques, nous savons que Mathieu et Marc nous proposent l’Evangile du « Fait et de la Lettre » et que Luc nous présente celui de l’« Ame ». Quant à Jean, il nous offre celui de l’« Esprit » (Clément d’Alexandrie) et de l’« Amour » dont la substance symbolique doit naturellement nous porter à en extraire les enseignements ésotériques qu’il contient (voir en Annexe 1 : « Esotérisme de St Jean »).

3. Tradition Chrétienne et Maçonnerie « OPERATIVE »

Le Christianisme peut se définir comme « une pierre d'achoppement et un rocher de scandale » [Matthieu XXI (44) et Luc XX (17)] La Maçonnerie, en raison de sa très lointaine origine traditionnelle et de ses particularités intrinsèques, ne saurait être inféodée à un groupe religieux déterminé ; ouverte en principe à toutes les religions, elle trouve sa justification dans le fait que l'art de bâtir est commun à presque toutes les traditions. Il remonte aussi au premier sanctuaire érigé par l'homme et procède dans son « inspiration » du geste originel accompli par le G\ A\ D\ L'U\. En tirant de la matière vierge l'ouvrage sacré, l'architecte primordial fixait dans les rites la mémoire de l’œuvre divine, selon une révélation évidemment « non humaine » Le « Métier » s'est incorporé, sans perdre son caractère, dans la religion par laquelle il servait la Vérité, et ce, en raison de circonstances providentielles de temps et de lieu. Il reçut même de la religion ses règles spéciales [« Ars sine scientia nihil» (saint Bonaventure)].

La Maçonnerie, celle de métier, peut être considérée à juste titre comme un corpus technique, doté d'un « art mystique » fait de symboles et de rites. Ce travail méthodique n'a pu s'opérer qu'en respectant son premier devoir : louer Dieu et Le servir droitement en élevant des Temples à sa mémoire. La Maçonnerie « opérative » est donc une potentialité spirituelle qui ne peut s'actualiser et porter fruit ailleurs que dans le domaine religieux. Il faut noter que la Maçonnerie connue et transmise par les opératifs, s'appliquait au Christianisme. C'est un élément qu'il ne faut pas négliger, puisqu'il fait partie des « fondements » indispensables à toute construction solide !

La bouleversante apparition du Christianisme devait avoir une répercussion profonde au sein des groupements de constructeurs et les pénétrer. Le Christ a repris pour son compte la parole des psaumes : « La pierre que rejetaient ceux qui bâtissaient est devenue tête principale d'angle [Matthieu XXI (42‑43), Marc XII (10) et Luc XX (17)]. L'emploi, en la circonstance, de termes proprement maçonniques, est assez significatif... Si l'on tient compte du rôle joué par la tête d'angle, ou clé de voûte, de sa situation particulière et « unique » dans l'édifice, de son secret de construction qui relève de la technique du compas et non de l'équerre, on conviendra que la phrase du Seigneur est lourde de sens... Désormais l'effort de « réalisation » maçonnique ne pourra s'accompagner d'une volontaire « ignorance » du Christianisme car « quiconque tombera sur cette pierre s'y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé» (1).

L'héritage des constructeurs occidentaux a donc fructifié en terre chrétienne. Il en reste une preuve grandiose : la cathédrale ! Certes, l'architecture n'est pas seulement chrétienne. Les guildes du haut Moyen Age sont filles des Collegia Fabrorum de la Rome antique et des corporations itinérantes du Moyen-Orient (et il restera quelque chose de ce nomadisme chez les Compagnons !).

En portant notre attention sur les organisations médiévales de constructeurs, leur rôle est à double niveau :

  • Sur le plan matériel : mettre à l'abri l'espèce humaine et contribuer à sa conservation.

  • Sur le plan spirituel : permettre le rassemblement des fidèles dans un sanctuaire incarnant et fixant les données et dogmes religieux, en parfaite concordance avec l'enseignement de l'Église, et moyennant l'aide d'une connaissance architecturale et cosmologique.

Mais comment oublier aussi le texte de prières insérées dans les « Old Charges » et manuscrits divers (l’Evangile de saint Jean, la Loge de Saint-Jean, les fêtes des deux saint Jean et les phrases des rituels tirées des Evangiles ?)

Comment le Christianisme peut-il inclure la Maçonnerie dans sa perspective ?

Avant tout, il est indéniable que le Christ, en tant que « Verbe » est le « Lieu des possibles ». Il englobe donc en Lui toute possibilité, et la démonstration métaphysique pourrait se suffire à elle-même. On aurait toutefois tort de sous-estimer les autres indications fournies par le Christianisme.

Ainsi le Christ, prêtre éternel selon l'ordre de Melkitsedeq, détient la fonction sacerdotale. Il est donc, comme le veut son titre de Christ Roi ou de « Roi du Ciel et de la Terre », le Maître, par excellence, de la « Voie Royale », et c'est à ce type de voie qu'appartient la Maçonnerie. Du reste les offrandes des Trois Mages manifestent, extérieurement, la remise des pouvoirs prophétique, sacerdotal et royal à Jésus-Christ. Par ailleurs, l'Enfant Dieu naît dans une famille d'artisans. Ce que l'on sait des trente premières années de la vie de Jésus, nous montre qu'il était charpentier [Marc VI (3)] Qui pourrait trouver des lettres de noblesse plus honorifiques pour le « métier » ? Tout ce qui concerne les événements de la vie du Christ est à méditer et ce n'est pas non plus sans raison, que les Evangiles [Matthieu IV (3), VIII (24‑28), XII (6), XXI (42‑44), XXIV (1‑2), XXVI 61, Marc XII (10‑11), XIII (1‑2), XIV (58). Luc VI (48‑49), VII (12 et 14), XV (28‑30), XX (17‑18), XXI (17)] les Actes, les Epîtres et l'Apocalypse [Actes IV (11) et VII (47‑51)] se sont servi du symbolisme inhérent à la construction pour exprimer les vérités divines. On en trouverait d'autres exemples encore en consultant la vie des Saints.

Les voies de l'Art Royal se sont honorées dans le Service du Christ et de l'Eglise. Elles ont assumé ce rôle de banquier capable de faire fructifier le talent. Ainsi les Rois Mages, partis d'Orient, vinrent déposer devant l'Enfant Dieu les attributs symboliques, [Matthieu XXV (27)] et Luc {XIX (23). non seulement de la Royauté, mais encore du Sacerdoce et de la Prophétie. Depuis la nuit de Bethléem, l'héritage des sciences sacrées n'a jamais été transmis autrement, et ce n'est pas par hasard que la condamnation du Christ a été prononcée par le Grand-Prêtre Caïphe, qui prophétisait [Jean XI (51)], et par Pilate représentant la Royauté (4) Les pouvoirs traditionnels devaient donc se pervertir, jusqu'à servir la puissance de l'ombre, lorsque, passant près du Seigneur, ils refusaient de le reconnaître comme leur suprême et seul Principe.

Il est donc clair que l’œuvre magistrale, le Grand Œuvre, s'accomplit dans le service du Seigneur ; c'est le Temple idéal fait de pierres vivantes équarries par l'ascèse de la vie pieuse et la pratique d'un art sanctifié ; c'est le développement final de la « pierre cubique » selon la méthode d'un véritable exercice spirituel.

4. Les Ruptures

4.1. Pourquoi des ruptures entre L’Eglise et la F\ M\ ? :

L’Anti maçonnerie (voir historique de « l’antimaçonnisme », Annexe 2)

L'antimaçonnisme accompagne, depuis sa naissance, l'histoire de la Franc-maçonnerie ; mais les motifs de dispute et les lieux d'affrontements qui ont jalonné la vie de ce couple maudit se sont déplacés constamment en fonction des enjeux de société, religieux et politiques. La nature du lien entre les maçons, initiation et serment, le recours au secret, alimentèrent une opposition d'autant plus forte que les maçons eux mêmes se prévalurent du rôle et de l'efficacité de ce lien parfois bien au delà des réalités.

Eglise(s), Etat et Maçonnerie

A cause de la complexité des relations entre Eglise, Pouvoir et Maçonnerie, leurs interpénétrations au cours d’une Histoire chargée d’associations - dissociations Eglise - Etat ne sont pas chose aisée ; cependant, un certain nombre d’éléments peuvent être dégagés :

  • Aux origines de l'antimaçonnisme, la part du secret et celle du public ne fut jamais bien nettement séparée ; si les Grandes Loges se formèrent sur la base de documents écrits (les Constitutions d'Anderson parurent en 1723), les rituels appris par cœur et les tableaux de loge dessinés à la craie sur le sol et effacés après la tenue demeuraient en principe secrets.

  • La mise en place de ce réseau international qui ignorait les anciens clivages religieux ont inquiété les autorités. Les autorités catholiques romaines, pour des motifs politiques dans le royaume de Naples et de Toscane, virent dans les activités des loges l'occasion de redonner aux tribunaux d'Inquisition devenus inactifs une raison d'être.

  • Le secret de la société et le mélange d'adeptes de religions différentes, ne comportant pourtant aucune argumentation théologique motivée la condamnation pontificale de Clément XII, In Eminenti n 1738, confirmée par Benoît XV par Providas (1751), (voir en annexe 3 : « Eglises »)

  • Vers 1867 Mgr de Ségur fait le lien entre l'anti-maçonnisme du XVIIIeme siècle et les grandes manipulations d'opinion publique du monde actuel, il est contemporain d'un autre livre à succès : Le Juif, le judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens de Henri Gougenot des Rousseaux (1804‑1876). Ainsi se trouvaient mis en place, à la fin du Second Empire, les principaux thèmes des débats d'opinion jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

  • En 1877, le G\ O\ D\ F\ abandonne l'obligation de la référence au G\ A\ D\ L’U\, et accueille les anticléricaux, les militants de la laïcité de l'école.

  • Au cours du XIXe siècle, l'Eglise catholique croyait reconnaître la main de la F\ M\ activant les mesures qui aboutirent au rejet du religieux dans la sphère des libertés individuelles, la sécularisation dans le monde anglo-saxon, la laïcité en France ou en Belgique. La thèse de l'unité du mal, la maçonnerie reprenant et résumant dans ses principes toutes les anciennes hérésies, constituait « la secte » par excellence.

  • En 1884, l'encyclique Humanum genus de Léon XIII, donna une expression dogmatique opposant « deux étendards », « deux Cités » du bien et du mal, invitant à « arracher le masque » de la société secrète.

  • D’une façon générale, l'argumentation résidait dans la distinction fondamentale entre la maçonnerie apparente, conviviale et bon enfant, et les « arrière-loges » où les véritables maîtres de l'Ordre donnent impulsion et direction aux activités des loges. Le nombre d'adeptes, était destiné à illustrer la gravité du péril social et cette masse manipulée apparaît comme nécessairement inconsciente.

  • En terre d'Islam l'antimaçonnisme était lié à des enjeux de société ; la méfiance domine en envers la maçonnerie, une organisation dont la tête était à l'étranger :

  • donnant une image de la modernité occidentale,

  • laissant craindre une adaptation de l'islam au monde contemporain.

  • et accusée de libéralisme par « infiltration maçonnique »

D’une Manière plus spécifique : Maçonnerie et Eglise, un Divorce à L’Italienne ? (ou plutôt « à la romaine » ?) (voir en annexe 3 « Eglises »)

Les pratiques maçonniques demeurent ancrées dans le relativisme né des Lumières, et par conséquent s'opposent au dogme enseigné par l'Église). Dès 1738, l'Église catholique romaine a condamné la franc-maçonnerie et menacé d'excommunication le catholique qui s'y engageait par :

  • la bulle du Pape Clément XII, In Eminenti en 1738, confirmée par Benoît XV Providas (1751), motivée par le secret de la société et le mélange d'adeptes de religions différentes, ne comportait aucune argumentation théologique.

  • en 1884 Humanum genus de Léon XIII et l'abandon, en 1877, de la référence obligatoire au Grand Architecte de l'Univers par le Grand Orient de France sont la confirmation pure et simple du complot que le souverain pontife dénonçait en invitant à la lutte : il fallait alors, selon les termes de l'encyclique, « arracher à la franc-maçonnerie son masque » !

  • En 1917 : violentes condamnations par le Code 2335 de droit canonique : « Ceux qui donnent leur nom à une secte maçonnique ou à d'autres associations du même genre qui complotent contre l'Église et les pouvoirs civils légitimes, contractent par le fait même une excommunication simplement réservée au Siège apostolique ». Pour le magistère catholique, « la franc-maçonnerie reste un danger pour le salut des âmes ».

  • Dans le Code de Droit Canonique promulgué en 1917, la Congrégation pour la doctrine de la foi persiste à considérer le catholique franc-maçon en état de péché grave…

  • en 1980, lors des débats préparatoires à la rédaction définitive du Code, la question est posée : « Faut-il conserver intact le canon 2335 du Code de 1917, qui prévoit expressément la peine de l'excommunication pour les membres de la secte maçonnique ? »

  • En 1964, le décret Unitatis redintegratio de Vatican II sur l’œcuménisme, consiste à ne pas priver des sacrements les catholiques dits « frères séparés » ; leur état de baptisé les rend, de droit, membres du Peuple de Dieu, et aptes à recevoir les moyens de salut attachés à ce statut. Le concile Vatican II a mis fin à la diabolisation de la maçonnerie, mais le nouveau Code de droit canon a maintenu l'interdiction de la double appartenance, laquelle est assimilée à une faute grave.

  • En 1983, dans le canon 1374, le terme « franc-maçonnerie » est absent de façon implicite du Code de droit canonique mais soulève la question des relations du fidèle catholique avec l'association qu'elle représente: « Qui s'inscrit à une association qui conspire contre l'Église sera puni d'une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d'interdit ». Même si ce n'est plus la problématique de l'excommunication, l'interdit sanctionne celui qui y joue un rôle actif.

Cependant, peu après la promulgation du Code de droit canonique, la Sacrée Congrégation émet une tout autre interprétation du canon 1374 : « Le jugement négatif de l'Église sur les associations maçonniques demeure inchangé parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l'Église et l'inscription à ces associations reste interdite ».

Alors, pour le catholique pratiquant, il serait interdit de « s’inscrire » (!?) en maçonnerie, même si celle-ci ne « conspire » pas contre l’Eglise ? S’il n’est pas capable de se sentir libre, sa conscience lui dictera peut-être de s’orienter vers les positions du Père Riquet (voit en Annexe 3, dans Riquet) : pour lui, les franc-maçon « irréguliers » d'aujourd'hui sont les héritiers plus ou moins directs des Illuminaten et méritent assez largement les condamnations romaines. Par contre, les francs-maçons réguliers, croyants et apolitiques, ne devraient pas subir les foudres des excommunications pontificales. M. Riquet en 1972, il obtient officiellement de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la foi que seuls soient excommuniés les membres de loges maçonniques qui complotent contre l'Église et les pouvoirs civils légitimes.

Plus encore, lorsque la nouvelle rédaction du Code de droit canonique (1983) supprime toute référence à la franc-maçonnerie, M. Riquet y voit un aboutissement de son travail. Lorsque, le 26 novembre 1983, la même Congrégation déclare que l’appartenance d'un catholique à la franc-maçonnerie demeure toujours interdite, il considère que cette déclaration ne concerne pas les maçons de la Grande Loge Nationale Française, l'appartenance de catholiques à cette obédience ayant été autorisée auparavant.

Pourtant, à propos des initiations de métier et de chevalerie, on pourrait penser que les organisations qui les détiennent et qui rendent un hommage tout spécial à Jean, ont répondu à une double fonction :

  • d'une part, maintenir une assise sacralisée, par le symbolisme et les rites de l'activité humaine considérée, de façon à faire de cette activité un support spirituel ;

  • d'autre part, utiliser certaines connaissances cosmologiques « réservées » pour permettre l'accomplissement historique de la Chrétienté.

Mais comment ces hommes, tout pénétrés de leur métier, acquis à l'évidence que le « Plan du Grand Architecte » est dans la plénitude formelle du Corps Mystique, auraient-ils imaginé une voie opposée à l'Eglise ?

L'enseignement de l'Art s'est conservé d'ailleurs dans les monastères. Les grandes figures d'Architectes, constructeurs d'abbayes celtiques, surgissent au sein des monastères bénédictins.

L'Architecture concerne le domaine cosmique, elle est « de ce monde ».

Le Sacerdoce, par contre, est dans le Christ, son royaume « n'est pas de ce monde » mais il contient de façon « éminente » et principielle le cosmos. Christus regnat. Le Christ est le Roi du Ciel et de la Terre, du Compas et de l'Equerre.

C'est en humble offrande que l'Art Royal apporte à l'Art Spirituel ses connaissances sacrées. Il reçoit en échange la bénédiction et l'impulsion divines nécessaires à la fructification de l'Art (5).

Les Constructeurs font à l'Eglise, don de leur science correspondante entre « Ciel et Terre », rapports symboliques des nombres, orientation rituelle, mise en concordance de certains courants subtils pour la répartition des sanctuaires, valeur des éléments telluriques, autant de « points de répète » ou bornes qui permettront à l'édifice futur de s'incorporer dans l'harmonie universelle du créé et de remplir heureusement sa mission. (6)

L'idée archétypale de l'édifice reste toujours le Christ. Les rapports dimensionnels, les contours et la sculpture traduiront plus spécialement l'intention religieuse contenue dans la première opération rituelle dévolue au Saderdoce : la Dédicace.

A propos des initiations de métier et de chevalerie, nous pouvons penser que les organisations qui les détiennent et qui rendent un hommage tout spécial à Jean, ont répondu à une double fonction :

  • d'une part, maintenir une assise sacralisée, par le symbolisme et les rites de l'activité humaine considérée, de façon à faire de cette activité un support spirituel ;

  • d'autre part, utiliser certaines connaissances cosmologiques « réservées » pour permettre l'accomplissement historique de la Chrétienté.

Mais lorsque « l'Art Royal » renie ce fondement et échappe à l'inspiration de l'« Art Spirituel », il s'engage sur le chemin des vanités : ratiocinations philosophiques, spéculations stériles et dangereuses, indifférence à l'égard de la Vérité, confondue avec la vraie et douce tolérance.

Voilà les fruits de l'arbre aux racines coupées. La confrérie devient un attachement sentimental au « clan ». Elle ne travaille plus à l'élection mais tend vers l'orgueil intellectuel. Elle ouvre la porte aux déviations de l'Art pour l'Art-forme de l'individualisme négateur [« Ars sine scientia nihil » (saint Bonaventure )] - ou aux faux spiritualismes. Ses forces vives sont alors à la merci de l'Ennemi, car lorsqu'une place est libre, l'adversaire l'occupe.

Pourtant, la Maçonnerie n’est ni une doctrine, ni un système !

On peut affirmer que la Franc-maçonnerie dispose d'un symbolisme, d'une transmission spirituelle assurée par les rites, et d'une « méthode de travail » particulière. Il sera juste de lui attribuer comme vertu, l'éventualité d'une ouverture de l'esprit chez ceux qu'elle assimile, et qui peut les conduire, « s'ils comprennent bien l'Art », à vivre intensément leur foi jusqu'à ce que certitude et foi soient une même chose illuminant la vue de leur cœur (tel est le sens de la « Gnose » selon Clément d'Alexandrie). La restitution de son caractère originel, par le travail « opératif », peut la réintégrer dans son vrai rôle traditionnel et lui assurer une finalité au-delà de toute expression puisqu'alors sont dépassées les limites de toute « expérience » et de toute dualité entre le sujet et l'objet. Son « secret », s'il est parfois une mesure de prudence est d'abord une discipline qui n'est pas sans profit. Plus encore, et surtout, il est le symbole de la réalisation intérieure proprement incommunicable et inexprimable.

Mais si on considère également la Maçonnerie sous sa forme obédientielle la moins imparfaite et la plus conservatrice, comme une société vénérable d'accès réservé, elle est composée d'hommes, elle ne saurait échapper à travers les individualités de ces derniers aux imperfections et déviations. Les dégénérescences de l'espèce ne sont jamais des phénomènes uniques dans le temps et l'espace, et elles n'enlèvent rien au fonds immuable, inviolable et « scellé » de la Tradition.

Selon Vuillaume, la Maçonnerie « aujourd'hui décolorée est encore une grande institution dont l'histoire excite la curiosité et sur laquelle on ne sait quel jugement porter. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de Loges, en ont parlé avec enthousiasme et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer leur but».

Il ne s’agit pas de discuter les grandes vérités : dépôt divin du Christianisme, initiation artisanale, chevaleresque et peut-être religieuse de la Maçonnerie. Mais le simple bon sens veut que l'on s'abstienne de prophéties hasardeuses lorsqu'on parle de ces institutions riches d'un passé ancien, composées d'individus souvent très différents les uns des autres, et liés aux événements des temps par une multitude de vrilles enchevêtrées.

L’originalité de la Franc-maçonnerie par rapport aux autres associations et institutions humaines tient à sa nature de société initiatique et à ses « méthodes » de travail. Elle n’est ni une secte (car elle n’a pas de « doctrine » à imposer aux autres hommes), ni un parti (car elle ne cherche pas conquérir le pouvoir), ni une Eglise, car, si elle se veut universelle, son prosélytisme est limité et n’exclut aucune croyance.

L’enseignement maçonnique n’est pas celui d’une doctrine, mais celui d’une méthodologie de la connaissance par le truchement des symboles : universels et intemporels, ils peuvent aider tous les hommes à mieux comprendre le monde sans imposer de préalable idéologique.

La Tradition Maçonnique n’est ni un système, ni une doctrine. Elle est le fil d’Ariane permettant de se véhiculer jusqu’à nous ; elle nous transmet le message d’un très lointain passé, celui de notre origine ; nous avons oublié cette unité créatrice, ce temps primordial, mais sans doute nos cellules nous incitent à rechercher avec nostalgie ces lois du monde que nous voulons interpréter selon le langage de notre époque.

Ainsi l’équerre, le compas, le Volume de la Loi Sacrée sont toujours unis sur l’Autel des Serments, dans la Loge traditionnelle ; ils sont unis comme sont unis des moyens et une fin. Car il s’agit, pour le Franc-maçon, avec ces outils symboliques, de tracer les plans d’un Temple et le bâtir selon la règle de la rectitude et de l’équilibre, la règle de l’Amour et de l’Amitié. Il s’agit de rassembler ceux qui sont divisés, de réconcilier ceux qui sont déchirés. Il s’agit de réconcilier enfin l’homme avec lui-même, dans l’équilibre et l’harmonie, par la recherche de la Vérité, par la pratique de la justice, grâce à la Connaissance et à l’Amour.

Le secret maçonnique, si souvent invoqué comme la volonté de cacher des actions malfaisantes, s’explique d’abord par la nécessité de conserver aux travaux la discrétion indispensable à leur poursuite sereine à l’abri de l’agitation du monde. Surtout, il ne fait que traduire l’impossibilité de décrire et d’expliquer à l’extérieur une réalité incompréhensible au profane. Il faut faire tout de suite une mise au point : le secret de la connaissance, ce n’est pas la connaissance d’un secret, c’est la connaissance d’une technique, d’un langage et d’une méthode.

5- Maçonnerie, Eglise Religion : Quelle Place pour la foi, à la G\ L\ D\ F, au R\ E\ A\ A\ ?

Notre Constitution rappelle, par les « Anciennes Obligations » que « Un MAÇON est obligé par sa Tenure d'obéir à la Loi morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un Athée stupide, ni un Libertin irréligieux » Ces « Old Charges » ajoutent : Mais, quoique dans les Temps anciens les Maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette Religion que tous les Hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des Hommes bons et loyaux ou Hommes d'Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Croyances qui puissent les distinguer; ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d'Union et le Moyen de nouer une véritable Amitié parmi des Personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées.

Allié au précepte « Un Maçon est un paisible Sujet à l'égard des Pouvoirs Civils, en quelque lieu qu'il réside ou travaille, et ne doit jamais être mêlé aux Complots et Conspirations contre la Paix et le Bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les Magistrats inférieurs » et à ce qui vient d’être dit au sujet des origines et de la religion chrétienne, ( en particulier les paragraphes…) il est difficile de comprendre pourquoi les pouvoirs et Eglise catholique ont réagi de la sorte, si ce n’est que parce que la haine de la pensée s'alimente à l'antimaçonnisme primaire qui se livre à une critique aveugle et violente de l'initiation et de son secret d'une part, de la conception maçonnique de la fraternité d'autre part (Michel Barat).

Il s’agit bien, de la part des religions, en particulier de l’Eglise catholique, d’imposer à ses adeptes une croyance obligatoire en des dogmes, par une foi qui exclut le doute et la raison, et qui par conséquent, ne peut permettre une lecture ésotérique de la Bible. Si l'initiation, contrairement aux sacrements, ne confère rien aux participants, elle est une mise en chemin sur la voie de la pensée et de la lumière qui ne peut indiquer la route qu'à l'homme « libre et de bonnes mœurs ».

Quant au secret, qui a tant perturbé les Eglises, il existe bien dans toute initiation, mais ce secret n'est pas à confondre avec un occultisme quelconque, la rétentiond’un savoir ou un désir de complot. Pourtant, la franc-maçonnerie du XVIIIe et XIXe siècles, ne craignait nullement de s'exprimer spirituellement et philosophiquement, tout en conservant le secret, c'est-à-dire l'intimité de l'initiation de chacun de ses membres. Pour nous, le « secret » n'est autre que cette incommunicabilité de l'essence même de l'expérience vécue.

Il existe donc aussi une parenté entre l'initiation et la foi. Ce qui est vécu lors des expériences initiatiques, n’est pas communicable. En ce sens, il est légitime de parler de foi maçonnique.

Cette foi maçonnique est-elle incompatible avec une foi religieuse ? Non, parce que, dans toute foi, il y a un doute profond, plus ou moins refoulé. Miguel de Unamuno a dit : « Ô foi, sans doute, tu n'es pas la foi ! » Cette idée se trouve aussi dans les Pensées de Pascal. Inversement, dans l'athée, dans le sceptique du moins, il y a, au fond, une foi ou une croyance. Il n'y a pas de différence radicale entre athée et croyant. Aujourd'hui, d'ailleurs, on ne peut peut-être se dire athée de façon forte parce que le mot est connoté comme antireligieux. Mieux vaudrait se dire plutôt sceptique par rapport aux religions révélées : on peut être à la fois rationnel et mystique, ayant une foi…

La foi, c'est-à-dire la constance et la vérité dans les choses dites et convenues », écrivait Cicéron. Autrement dit, la foi implique une adhésion ferme de l'esprit, mais pas à un dogme: elle est à la fois certitude qu'il existe quelque chose tel que la vérité, mais que cette vérité ne cesse d'échapper, quels que puissent être les efforts pour la cerner. Et la raison humaine, à savoir la raison d'un être mortel ne saurait posséder la vérité, laquelle ne peut être qu'infinie : le maçon la cherche, sans jamais savoir s’il la trouvera !

Ainsi la foi, quelle qu’elle soit (religieuse, maçonnique…) n’a pas un accès complet et plein à la vérité, quand la foi le prétend, elle devient dogmatisme !

Il y eu des croyants qui voyaient dans leur esprit deux monothéismes se contredire. Alors certains essayaient de fuir cette contradiction en se lançant dans le mysticisme, par exemple Thérèse d'Avila. Et d'autres se sont dit : « Les religions juive et chrétienne sont peut être fausses l'une et l'autre ». Et ils sont arrivés à douter.

C'est à quoi est arrivé Spinoza et quelques autres, justement au début du XVIIe siècle, qui ont du reste été excommuniés par la synagogue. Pour eux, puisqu'ils ne pouvaient plus croire en l'immortalité de l'âme et en un Dieu extérieur au monde - créant le monde, une sorte de Dieu architecte, ils ont dit, à la suite de Spinoza : « Le monde est Dieu, Dieu est le monde ». Ils ne pouvaient pas croire plus que le monde soit divin, parce que, dans l'idée de divinité, il y a l'idée de perfection. Or le monde est imparfait. Cette idée d'imperfection du monde se trouvait dans la gnose et dans la cabale. Puisque, pour que le monde naisse, il faut que l'infini se retire pour qu'il y ait une rupture de la perfection. Cette idée se trouve même dans notre théorie cosmologique actuelle du « Big Bang » : le monde est né dans l'imperfection ; il porte en lui un principe de corruption et de mort. Mais, dans cette imperfection, il porte la possibilité d'amélioration, non pas d’arriver à la perfection Et nous sommes dans ce monde. Ne pas croire que le monde soit Dieu ne veux pas nécessairement dire être athée, mais plutôt « religieux » dans un autre sens.

La théologie des premiers siècles, restée tout à fait traditionnelle en Orient, mais que l'Occident commence à retrouver aussi, obéit à cette contemplation divine qui ne peut pas être nommée. Dès que l'on nomme, on arrête dans nos concepts mentaux, on diminue, on emprisonne, et, bien souvent, on rend ce Dieu détestable.

Prononcer le nom de Dieu, c'est surtout l'enfermer. Ce n'est pas prendre un pouvoir, il n'y a pas de pouvoir à prendre sur Dieu. Mais, c'est l'enfermer, et donc le réduire. En Occident, nous ne l'avons que trop fait, c'est ce qui a rendu détestables bien des aspects de la théologie occidentale. Par suite, en Occident, beaucoup de personnes se disent « athées » parce qu'elles n'ont plus voulu entendre parler de ce Dieu détestable, enfermé dans des catégories réductrices.

Les distinctions de Riquet entre maçonnerie régulière et maçonnerie irrégulière posent, en fonction de l'orthodoxie catholique, des normes d'orthodoxie maçonnique (l'obligation de la croyance en un Dieu personnel). Ceci est contesté tant par des maçons libéraux (Marcel Ravel et Jacques Mitterrand lors du Convent de 1962 du Grand Orient de France) que par des commentateurs catholiques (Jean-Pierre Manigne dans les Informations catholiques internationales, n° 490, 1961). Les uns comme les autres lui reprochent de prendre parti dans des querelles intra-maçonniques. On ne peut toutefois nier que M. Riquet a contribué à rapprocher catholiques et francs-maçons. Il meurt à Paris le 5 mars 1993, quelques mois avant de fêter ses 95 ans.

« La Franc-maçonnerie proclame, comme elle a proclamé dès son origine, l'existence d'un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l'Univers. Elle n'impose aucune limite à la recherche de la Vérité et c'est pour garantir à tous cette liberté qu'elle exige de tous la tolérance. La Franc-maçonnerie est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance. Elle interdit dans les Ateliers toute discussion politique et religieuse ; elle accueille tout profane, quelles que soient ses opinions en politique et en religion, dont elle n'a pas à se préoccuper, pourvu qu'il soit libre et de bonnes mœurs. (Déclaration de principes du Convent de Lausanne (Sept. 1875) du Rite Écossais Ancien et Accepté) Prononcer le nom de quelqu'un, c’est, d’une certaine manière, prendre un pouvoir sur lui ».

Notes :

(1) Ier Epître de Pierre II (8) et voir l'Epître aux Corinthiens III (10‑15) : « J'ai posé un fondement comme un sage architecte et un autre bâtiment dessus...car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est posé, savoir Jésus-Christ. »)

(2) « Ordonnances de la guilde des charpentiers de Norwich », Regius MS, 5e partie « Ars Quatuor Coronatorum » et 8e partie « Instructions religieuses ». « Manuscrit Cook » ‑ Conseil ‑ « Constitution de 1772 Londres ». Invocation, 1ere obligation et formule d'engagement. « Manuscrit Watson » ‑ Exercice et 1 ‑ devoir général ‑ « Constitution de 1723 ‑ Dublin ». Prière en fin des obligations.).

(3) « N'est-ce pas le charpentier ? En Israël, de nombreux scribes « instruits du Royaume des Cieux », exerçaient un métier manuel, l'un des plus nobles étant celui de menuisier ou de charpentier ». A l'époque du Targoum, il y avait un adage qui voulait qu'à l'occasion d'une difficulté d'exégèse de l'Écriture, l'on s'interroge ainsi : « N'y a-t-il parmi nous un charpentier ou fils de charpentier capable de résoudre ce problème ? »(cf. David Flusser, Jésus, pp. 2728, Ed. du Seuil, et Emile Moreau, Et le Verbe s'est fait Juif, p. 74, note 1, Ed. Resiae, 1980, préface d'André Chouraqui).

(4) Dans l'histoire d'Arménie, par exemple, on apprend que saint Grégoire l'Illuminateur, sous la torture fit cette réponse : « La force m'a été donnée, car j'ai prié le créateur de l'Univers, l'Architecte Constructeur des mondes visible et invisible ». Selon la tradition arménienne rapportée par Agathange et Moïse de Khoréen, saint Grégoire se promenait, le niveau de maçon en main. C'est lui qui présida à l'essor de l'architecture religieuse en Grande Arménie.

(5) A rapprocher de la pensée des Pères grecs sur l'apport des sciences profanes : « Beaucoup apportent en don à l'Eglise de Dieu leur culture profane, comme l'illustre Basile qui, après avoir accumulé au temps de sa jeunesse les plus beaux trésors, les consacre à Dieu pour qu'ils servent à l'ornement du vrai tabernacle qui est l'Église » (G. DE NYSSE, Contemplation sur la Vie de Moise)

(6) A noter que les centres religieux utilisent les ressources d'une géographie sacrée. Aussi les relais druidiques semblent-ils annoncer la venue des grands sanctuaires du Père des Moines d'Occident et qui s'élève sur un ombilic druidique, futur centre de rayonnement chrétien pendant la période carolingienne. Une étude intéressante pourrait être faite sur les répartitions des Abbayes ou Couvents (cf. la formule : « Bernardus valles, montes Benedictus amabat oppida franciscus, magnas lgnatius urbes », formule encore rappelée le 29-3-1969 par S.S. le Pape Paul VI lors d'une réception du Chapitre général spécial des Cisterciens réformés (Trappistes).

Source : www.l'edifice.net

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