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Hauts Grades

Emmanuel

29 Septembre 2012 , Rédigé par JP Frésafond Publié dans #Planches

Le thème d’Emmanuel peut être traité de deux manières différentes :
1) L’aspect historico-politico-religieux
2) L’aspect ésotérique

Le premier sera traité succinctement car il ne concerne pas le présent travail.
Le second sera traité profondément car il est au cœur de notre démarche spirituelle

1) ASPECT HISTORICO-POLITICO-RELIGIEUX

Le mot hébreux « Emmanuel signifie «Dieu avec nous « imaiou-El » qui signifie « avec »
« ou » qui signifie « nous » et « El » qui signifie Dieu « Dieu avec nous ». C’est presque un cri de guerre bien connu de toutes les armées du monde pour exhorter les soldats à tuer l’adversaire pendant les « guerres saintes » (elles se prétendent toutes l’être mais aucune n’est réellement « sainte » par définition, car l’acte de tuer est diabolique).
Mais pour comprendre cet aspect politique de l’histoire, replaçons nous dans le contexte hébreux de l’époque et de l’occupation romaine : les descendants du roi David voulaient reconquérir le trône et chasser l’occupant.
Lorsqu’on sait dans quelles conditions ont été écrits certains Evangiles et l’Apocalypse avec l’opposition des partisans de Jean-Baptiste les « apocalypcistes » et des partisans de Jésus, les « eschatologistes », on n’est pas surpris de constater que seuls Matthieu et Luc citent l’Ange Gabriel annonçant à Marie sa divine grossesse en lui disant à peu près ceci : « Tu es enceinte du Très-Haut, l’enfant que tu portes en toi est l’Envoyé, tu lui donneras pour nom Yeshua, on l’appellera Emmanuel ».
Matthieu ne fait pas dire cette annonce à Marie mais à son fiancé Joseph. Luc, lui, fait intervenir l’ange directement vers Marie.
Mais voici les citations exactes extraites du Nouveau Testament :
Matthieu : « Un messager de Yahvé apparaît en rêve à Joseph et lui dit : « Joseph, fils de David, ne frémis pas de prendre pour épouse Marie, ta fiancée. Oui, ce qui enfante en elle est du Souffle Sacré. Elle enfantera d’un fils. Crie son nom Yeshua parce qu’il sauvera son peuple (Yeshua signifie Yahvé sauve) de ses fautes. Or tout cela est arrivé pour accomplir ce qu’a dit Yahvé par son Inspiré. Il a dit : Voici, la Nubile aura dans son ventre et enfantera un fils, ils crieront son nom : Emmanuel »
Marc : Il ne fait pas d’annonce prénatale à Marie, en revanche il annonce Jean-Baptiste le Précurseur dans son Evangile.
Luc : Annonce ainsi la divine grossesse : « Au sixième mois de la grossesse d’Elizabeth (mère de Jean-Baptiste) le messager Gabriel est envoyé par Elohim dans une ville de Galilée nommée Nazareth vers une nubile, fiancée d’un homme. Son nom Joseph de la Maison de David. Nom de la nubile Miriam. Le messager entre près d’elle et lui dit : Shalom à toi qui a reçu la paix ! Yahvé est avec toi ! Elle, à cette parole, s’émeut fort et réfléchit. Cette salutation que peut-elle être ? Le messager lui dit : ne frémis pas, Miriam ! Oui, tu as trouvé chérissement auprès d’Elohim. Voici, tu concevras dans ta matrice et enfanteras un fils. Tu crieras son nom Yeshua. Il sera grand et sera appelé Ben Elion, Fils du Suprême. I.H.V.H.Elohim lui donnera le trône de David, son père.Il règnera sur la Maison de Jacob, en pérennité, sans fin à son royaume. Miriam dit au messager : Comment cela peut-il être, puisqu’aucun homme ne m’a pénétrée ? Le messager répond et lui dit : Le Souffle Sacré viendra sur toi, la puissance du Suprême t’obombrera (te couvrira de son ombre) , ainsi, Celui qui naîtra de toi, sacré, sera appelé Ben Elohim (Fils de Dieu) »
(La connotation politique de cet Evangile est flagrante).
Jean : pas d’annonce, si ce n’est le Prologue.
Matthieu fait précéder son Evangile de la citation des 14 générations allant d’Abraham à David, des 14 générations allant de David à la déportation à Babylone, et d’encore 14 générations séparant cet évènement de l’arrivée du Christ ; cela confirme et met en évidence la lignée royale de Jésus et la légitimité de son rôle de Messie au sens premier du terme : celui qui a reçu l’onction royale (similaire à celle des rois européens). On constate donc que la préoccupation principale des disciples de Jésus était de rétablir la royauté en Israël.
Le sens du mot Messie que nous connaissons actuellement est relativement récent, par rapport aux évènements dont nous parlons. Tout le monde admet que la préoccupation première de Jésus n’était pas de devenir le roi des juifs, et c’est d’ailleurs ce qui fut la cause de son arrestation après la trahison de Judas. Cela est confirmé par les paroles rapportées dans les Evangiles : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi de Moïse, mais pour la rétablir ».
Je ne développerai pas davantage ce chapitre et je vous invite à lire de livre de l’historien Laurent Guyenot « JESUS et JEAN-BAPTISTE,ENQUETE HISTORIQUE sur une RENCONTRE LEGENDAIRE » publié chez Imago-Exergue.

2) ASPECT ESOTERIQUE DU MOT EMMANUEL

Pour simplifier l’exposé et aller droit au but, je vais commencer par l’Annonce faite à Marie par l’Archange Gabriel, qui peut être interprétée comme l’annonce du phénomène christique, évènement hautement probable dans l’évolution qui conduit au phénomène humain selon Teilhard de Chardin.
Pour nous mettre dans l’ambiance de la symbolique maçonnique, je ferai un rapprochement avec les peintres italiens du XVe siècle dont nombre d’entre eux étaient des initiés ; ainsi Fra-Angelico (et plusieurs autres peintres) s’est plu à représenter l’Annonciation (leur thème favori avec la Descente de Croix). Il a représenté les anges et la Vierge Marie avec les deux mains croisées à plat sur la poitrine, geste rituel s’il en est …
Le mot Emmanuel est celui de l’annonce de la réalisation de la Promesse, celle qui est faite par la Parole qui fut perdue lors de la « cristallisation » de l’Esprit dans la matière (on pourrait dire aussi enlisement de l’Esprit dans la matière).
Mais la Parole n’est pas perdue, elle est seulement cachée. D’ailleurs, si elle était vraiment perdue, il n’y aurait aucun espoir de la retrouver, pour la bonne raison que l’évolution de la matière n’aurait jamais eu lieu et nous ne serions pas ici pour en parler. En effet, l’évolution de la matière primordiale vers la vie n’est pas due aux seules forces électrochimiques, atomiques, nucléaires etc …ainsi qu’au hasard. L’évolution est due à une « information divine » consubstantielle à la matière. La matière est déterminée, elle est chargée d’intentions, Dieu est en elle : Emmanuel.
Non, la Parole n’est pas perdue, elle est seulement cachée de telle manière que l’Homme puisse la retrouver par lui-même. Par lui-même, c’est cela qui est important. C’est l’objet de notre démarche.
Pour mieux exprimer cette idée que Dieu est en nous, et qu’il est la cause de tout ce qui est, je citerai le scientifique et mystique Pierre Teilhard de Chardin, qui s’exprime comme suit dans l’un de ses livres, le plus synthétisant de sa pensée, LE PHENOMENE HUMAIN (tome 7/Editions du Seuil) :
« Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour, comme final, à travers divers seuils (si critiques soient-ils) successivement franchis par l’évolution, qui n’a pas été d’abord, obscurément primordial. »
Cet homme parle du Principe Divin comme d’une « Conscience Elémentaire», présente déjà dans chaque particule, et la somme de toutes ces consciences dans l’univers formerait ce qu’il nomme « le quantum initial de conscience de l’univers » et, l’âme de chaque être humain en serait le foyer de transmutation. Pour confirmer cette idée, je citerai Saint Thomas qui a dit :
« Si l’Esprit est cause de la matière, c’est une merveille ; si la matière est cause de l’Esprit, c’est merveille des merveilles ».
On retrouve l’idée d’Emmanuel dans le texte que Saint Jean l’Evangéliste a retranscrit d’après les paroles du Christ prononcées dans le Jardin des Oliviers, pendant la nuit avant son arrestation ; texte intitulé « prière sacerdotale du Christ » dont le thème développé est une prière de Jésus adressée à son Père, l’esprit de ce texte étant « Lui en Moi, Moi en Lui ». Ce texte peu connu (très hermétique) a été utilisé par Maître Eckart pour construire son système de pensée. La pensée maçonnique du XVIIIe siècle, elle aussi, est inspirée par cette Prière Sacerdotale.

3) LE MOT EMMANUEL DANS LE R.E.A.A.

Le mot Emmanuel est la précision complémentaire indispensable pour comprendre la formule V.I.T.R.I.O.L. (visite l’intérieur de la terre, rectifie, et tu trouveras la Pierre secrète) qui pose un défi.
I.N.R.I. en est la réponse (La nature est entièrement régénérée par le feu), c’est la Parole Perdue. Le chevalier Rose Croix doit faire avec cela pour maîtriser son existence.
D’ailleurs, le centre de l’Homme étant spatialement nulle part, c’est par le vouloir que l’on fait le pas vers la conscience supérieure. La liberté de l’Homme réside essentiellement dans ce pouvoir de décision : vouloir ou ne pas vouloir.
Le chevalier Rose Croix n’a pas besoin d’autres outils que ces quatre formules : V.I.T.R.I.O.L., EMMANUEL, I.N.R.I. , C’EST LA PAROLE pour avancer plus loin. A-t-il besoin de savoir ? je ne le pense pas car, par rapport à la réalité de l’univers, à notre niveau d’êtres humains, que l’on soit savant ou pas, le niveau du « connaissable » n’est pas très élevé ; on ressent davantage que l’on ne sait, et avec cela il faut croire, ou plus exactement, se forger une conviction. Un seul signe suffit au chevalier pour symboliser toute la connaissance nécessaire à l’Homme, c’est le Signe de la Croix qui, dans son axe vertical, délimite, en bas, sa naissance initiatique et, en haut, sa suprême initiation que le profane nomme la mort. Ces deux limites, le bas et le haut, sont placées sur l’axe infini de l’Esprit. L’axe horizontal de la Croix marque les limites de l’univers spatiotemporel.
Avec ces quatre mots et le signe de la Croix, l’Homme peut accéder à la grâce divine, sans passer par l’inaccessible savoir, c’est ce que nous appelons la Voie Royale, ou la Rose, symbole de la Rédemption.
Vouloir accéder à la connaissance par le savoir équivaut à passer par le long chemin tortueux du doute qui est placé sur l’axe horizontal de la Croix. L’axe vertical est celui de la foi, plus on le monte, plus l’axe horizontal se réduit, ce qui n’est pas une raison suffisante pour le lâcher : sans lui on ne sert à rien ; or, telle est la finalité du chevalier Rose Croix : s’initier soi-même et aider les autres à s’initier.
Le chevalier Rose Croix doit servir, et pour ce faire, il doit approfondir la notion de bien et de mal.

4) LE BIEN ET LE MAL

Le développement de l’idée Emmanuel induit le concept du bien, car Dieu est en nous, c’est donc l’idée que l’on se fait du bien En extrapolant cette idée, nous sans Dieu serait donc le concept du mal ?
. Malheureusement pour notre petite conscience d’êtres humains qui avons tendance à tout simplifier (et pour cause) , le problème du bien et du mal est beaucoup compliqué qu’il n’y parait de prime abord, dès lors que l’on cherche à l’approfondir. Le tigre qui mange un homme ne fait qu’écouter la loi de la nature.
Le concept du bien et du mal , tel qu’il est exposé dans les catéchismes des religions induit l’idée manichéenne de deux forces contraires : les forces du mal s’opposant aux forces du bien ; et comme dans cette pensée, Dieu est l’Esprit et satan la matière, tout ce qui est esprit est le bien, tout ce qui est matière est le mal (cf l’hérésie cathare).
Je ne pense pas que cela fonctionne ainsi, car Dieu est dans la matière, Il est l’Energie et l’Information primordiale et principielle, Il est la matière, l’on ne peut donc pas séparer l’esprit et la matière.
Avant d’avancer plus loin dans l’analyse du bien et du mal, je vais tenter de définir ce qu’ils sont l’un et l’autre. Ce sera chose délicate car ce qui est bien jusqu’à un certain stade de l’évolution de la matière, devient mauvais au stade suivant et, même à l’intérieur du même stade, une caractéristique qui est bonne peut révéler certains effets pervers, idem pour ce qui est mauvais (à l’inverse).
Le tigre a le devoir de tuer pour survivre, c’est l’Homme qui n’a pas le droit car telle est sa loi du fait qu’il est conscient.
Pour donner une idée du concept que je voudrais développer, je propose la définition suivante : Les forces du bien seraient un courant de force dans la direction d’un certain objectif, et qui perturbe les courants sauvages, aveugles et égocentriques des forces primitives de l’évolution de la matière.
En « amont » de ce schéma cadré dans l’univers spatiotemporel, le Créateur doit se « heurter » à un mur du néant contre lequel son effort doit s’amortir comme un coup de poing porté sur un ventre mou de sumitomo. Dieu lutte aussi contre le néant, deuxième combat qui doit être, à mon avis, aussi dramatique que l’autre, bien qu’il soit d’un genre différent.
En plus de son combat contre le néant, le Créateur est à l’intérieur des forces qu’il a déchaînées pour qu’existe l’univers manifesté, le Créateur doit faire en sorte que l’évolution de la matière ait un sens, et c’est à ce niveau que doit intervenir son courant de forces orientées.
Mais revenons sur terre… on pourrait dire que les personnes vouées au mal n’ont pas, à priori, la volonté de faire le mal car elles n’ont pas la « conscience du mal ». Elles n’ont que la notion du moi et dès lors on conçoit très bien qu’elles n’aient pas la notion du bien tel que l’entendent le code moral et les religions, et ce, pour la bonne raison qu’elles n’ont pas la notion de l’autre. Pour eux, n’écoutant que la loi sauvage de la nature, tout ce qui est bon pour eux est le bien. Dans le prolongement de ce raisonnement, selon le point de vue des gens moraux, on pourrait dire que le mal est l’absence de bien …et toujours dans le style de ces définitions imagées, on pourrait dire que le mal c’est le moi et que le bien c’est l’ensoi.
Vous remarquerez que la boucle n’est pas fermée (on n’est pas revenu à l’hérésie cathare manichéenne), nous progressons en suivant une spirale infinie, nous sommes à la spire suivantte puisque nous arrivons à constater la différence entre le moi et l’ensoi. Si notre tigre était un homme qui ne connaît pas le code moral qui régit la société, il en serait de même, sauf qu’à cet « homme tigre » on pourrait, bien que ce soit difficile, lui faire prendre conscience de notre code moral. On pardonne à l’homme tigre (au moins une fois) parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Après « initiation » aux lois de la société, si l’homme continue à se comporter en homme tigre, à ce moment là seulement il devient « forces du mal ».
Père, pardonne leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, ainsi s’exprimait le Christ sur la croix. Cette « parole » est la base de notre code moral, mais elle ne doit pas devenir le prétexte à un non engagement qui serait destiné à aider le courant du bien.
Au fil du raisonnement nous constatons que la notion de bien et de mal n’apparaît qu’à un certain stade de l’évolution, celui de la découverte de l’autre comme étant un autre nous même. Au passage, je ferai remarquer que l’Homme n’a pas le privilège de la conscience de l’autre car cette notion existe déjà dans le comportement de certains fauves pendant leurs affrontements à l’intérieur de la même espèce (confirmation de la loi récurrente de Teilhard, citée au début de cet ouvrage : « rien ne saurait éclater qui ne soit déjà obscurément primordial (…) »
En guise de morale à ce chapitre, je dirai que celui qui a pris conscience est non seulement responsable de lui-même mais aussi des autres restés au bord du chemin.
Maintenant nous pouvons admettre que penser à l’autre n’est pas une chose qui va de soi. Résumons :
-Il faut une initiation pour prendre conscience,
-Il faut une conviction et une volonté pour faire ce travail sur soi.
Ainsi présenté, on comprend mieux le fait qu’il y ait beaucoup de gens qui ne pensent qu’à eux-mêmes, et peu de personnes qui pensent aux autres. Bien souvent, seul l’intérêt personnel pousse les gens à utiliser l’autre, donc à ne pas l’ignorer totalement !
Nous constatons que la conception du bien et du mal est une notion relative, plus ou moins intégrée dans les forces qui régissent les sociétés suivant les degrés de conscience et les références diverses.
L’univers est une expansion composée des trajectoires de tous les individualismes qui se coupent, se bousculent et s’éliminent entre elles. L’univers est la résultante de tous les égoïsmes. L’univers de la matière n’est donc pas en soi une « force du mal » mais un chaos de forces rivales qui ignorent que ce chaos contient une information pour un certain ordre. L’univers est un fouillis d’inerties par rapport aux forces qui voudraient y mettre de l’ordre ; forces que nous convenons de nommer « forces du bien » à défaut d’une autre définition.
De même, la formule disant que la Lumière doit vaincre les ténèbres est, elle aussi, très satisfaisante pour symboliser l’affrontement bien/mal car seule la Lumière est chargée d’énergie alors que les ténèbres sont absence d’énergie (on rejoint ma remarque précédente : le mal est l’absence de bien).
Exploitons cette idée : les ténèbres sont « absence d’énergie » ou du moins pas tout à fait …car elles absorbent l’énergie sans la renvoyer et, faisant allusion au monde profane, dans les ténèbres il y a des éléments « miroir » qui renvoient l’énergie de la lumière vers leur émetteur.
Ces « miroirs » sont des individus initiables, des « cherchants ». De tels miroirs sont rares, mais il faut savoir qu’ils existent et ce postulat doit nous maintenir debout plutôt que couchés.
Si l’univers est dual dans son essence énergétique (voir les particules, tout tourne, tout vibre), il est monal dans le contexte divin, Dieu est seul face au néant (niveau non manifesté). Quant au niveau manifesté, citant encore Teilhard de Chardin, à travers le phénomène humain, le principe divin défie l’entropie.

5) CONCLUSION

On pourrait résumer un travail sur EMMANUEL par six mots :
Dieu en nous
Nous en Dieu
Cet aphorisme définit notre croyance en une force qui domine et constitue la matière (je rappelle que l’ouverture des travaux au 1er degré symbolise la création du monde). Et alors, diront les rationalistes et matérialistes, quelles conséquences cette croyance génère-t-elle dans la société et dans chaque individu ?
Il est impossible de rester indifférent face à cette question, car l’Homme ne vit pas seul mais dans une société. Certains déclarent pourtant que cette question ne les préoccupe pas, ils imaginent en disant cela se placer en position de supériorité et de totale liberté de pensée. En réalité ils font le contraire, ils s’infériorisent car sans limite et sans contrainte la société qu’ils engendrent est décadente voire inexistante.
En considérant les choses avec honnêteté intellectuelle, force est d’admettre qu’il est impossible de rester indifférent à la question des croyances, pour la bonne raison qu’un être humain ne peut se désintéresser du mystère de la vie et que seuls la brute et l’animal peuvent y être indifférents.
La vie en société rend nécessaire l’existence des croyances car elles sont absolument conformes aux lois naturelles et, toutes les expériences sociales ayant voulu s’en passer, se sont rapidement transformées en échecs retentissants.
Une croyance n’est pas autre chose qu’une manière d’envisager les mystères de l’existence du monde et une codification (bien/mal) des devoirs sociaux qui en découlent. Selon cette définition, les croyances ne peuvent pas ne pas exister car les besoins auxquels elles répondent ne se sont jamais tus depuis que l’Homme est Homme.
Si nous vivions seuls et isolés les uns des autres le problème des croyances ne se poserait pas de la même manière, la force serait notre seule loi, chacun pourrait suivre son rêve en ce qui concerne l’au-delà, ou n’en former aucun, suivant la portée de son intelligence. Une solution dans un sens ou dans l’autre ne serait pas nécessaire, puisque ce que ferait chaque individu n’aurait aucune incidence sur la vie du voisin, étant donné qu’il n’y aurait pas de voisin.
Il en va tout autrement dès lors que nous vivons en société et, de ce fait, un premier problème se pose à nous, impérieusement et inévitablement, c’est celui de la loi des rapports qui doit exister entre êtres associés et qui induit à son tour la résolution du problème des croyances.
En excluant le cas où l’Homme asservirait ses semblables par la force, toute société comporte forcément des conventions qui, elles, reposent sur un pacte. Le principe de ce pacte est celui qui règlera la part de don de soi que l’individu doit à la société.
Dès lors, une autre question se pose : au nom de qui et de quoi les individus qui n’étaient pas nés à l’origine de ce pacte, se condamneraient-ils aux sacrifices imposés ?  
Un deuxième problème se pose : quel intérêt l’individu retire-t-il à respecter ce pacte ? La réponse est : à l’ordre moral qui règnera dans la société ; mais ce n’est pas une réponse acceptable pour le commun des mortels, car un désir dont l’assouvissement est interdit par l’ordre moral fait de l’individu un être malheureux
Pour répondre à la question posée par ce deuxième problème, on invoquera le bonheur futur de l’humanité et le paradis dans l’au-delà. Mais cette promesse est tellement lointaine et incertaine aux yeux des incroyants, alors que les malheurs présents sont, eux, terriblement réels, que les incroyants réclameront, à juste titre d’ailleurs, le droit au libre examen et à la liberté absolue de conscience, droit qui est utilisé comme alibi universel pour justifier tous les égoïsmes.
C’est ainsi que la société actuelle, dite libérale, est la porte ouverte à tous les excès et à tous les débordements.
A bout d’arguments, on parlera à l’individu, non pas de son bonheur futur à lui, mais de celui des générations futures …
C’est ainsi qu’ insidieusement, progressivement, de manière récurrente, se pose sans cesse le problème des croyances, car, l’individu se préoccupera plus ou moins du bonheur de l’autre suivant qu’il sera adepte de telle ou telle croyance.
La question des croyances se pose donc impérieusement à l’Homme, par le fait même qu’il vit en société et sa résolution ne fait qu’un avec le problème social, sauf si nous voulons tout résoudre par la force et la contrainte.
Quoi que nous fassions, nous n’échapperons pas à la nécessité sociale suivante : CROIRE, puisqu’on ne peut pas savoir scientifiquement ce qu’est l’origine et la destinée de l’univers et, de là, en déduire quels devoirs les Hommes ont les uns envers les autres … Le choix est restreint et se résume en trois possibilités :
-Le règne des croyances,
-Le règne de la force,
-ou l’absence de société.
Je terminerai par cette formule lapidaire
En dehors de nous même il n’est point de salut,
La Révélation est en nous et nulle part ailleurs,
L’Esprit est dans la matière : Ordo ab chaos
Telle est la signification d’Emmanuel.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/JP-Fresafond-Emmanuel_a162.html

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