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Hauts Grades

Esquisse Historique de la Franc-Maçonnerie en général et de l’Ecossisme en particulier (1)

29 Décembre 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #histoire de la FM

INTRODUCTION

Quelques années avant la guerre de 1939-1945, la Grande Loge de France publiait, sous le titre « La Franc-Maçonnerie écossaise » une brochure destinée à la plus large diffusion.

Largement inspiré des travaux du Frère Albert LANTOINE, ce travail était signé par deux autres Maçons éminents, Michel DUMES­NIL de GRAMONT, alors Grand Maître, et Antonio COEN, futur Grand Maître.

Cette brochure avait pour objet « de renseigner brièvement les lecteurs de bonne foi sur les origines, l'histoire, les principes et l'activité réelle d'une institution en butte depuis si longtemps à des calomnies qui, pour être d'une absurdité parfois criante, n'en trou­blaient pas moins beaucoup d'honnêtes gens. »

L'étude solide et claire, aujourd'hui épuisée, comportait trois titres :

La Franc-Maçonnerie au XVIII° siècle,

La Franc-Maçonnerie au XIXe siècle,

La Franc-Maçonnerie et l'heure présente.

Elle fut rééditée en 1952, et complétée par un appendice qui reprenait le discours prononcé le 15 avril 1945 par le Grand Maître Dumesnil de Gramont, parlant, au nom du Comité de Réorganisation de l'Obédience écossaise, devant les Délégués des Ateliers alors reconstitués un à un, après de sérieuses enquêtes.

Un quart de siècle et plus après ce long et beau discours, la Grande Loge de France a le droit et le devoir de procéder à un nou­vel examen de la situation, d'établir un nouveau bilan, de refaire le point.

Elle a chargé de cette tâche sa Commission d'Histoire et de Documentation, créée précisément l'année où paraissait la dernière édition de la brochure de base que nous ont léguée deux de nos Grands Maîtres les plus prestigieux.

Il est possible, maintenant, de bénéficier d'une documentation précieuse, de reculer les limites qui séparent la certitude de l'hypo­thèse, et celle-ci de la fabulation. En d'autres termes, l'ouvrier de bonne foi peut dessiner en traits pleins les grandes lignes de l'his­toire, les compléter par un pointillé plus ou moins serré et même marquer des repères possibles pour orienter les recherches ulté­rieures.

S'il reste toujours des terres inconnues, elles méritent de ten­ter de plus en plus de découvreurs dignes de ce nom, historiens de profession ou amateurs éclairés, pour le plus grand profit intellec­tuel des hommes de bonne volonté.

C'est à eux tous que nous dédions ce nouvel essai inspiré des travaux les plus récents et entrepris en toute bonne foi.

LES ORIGINES DE L'ORDRE MAÇONNIQUE ET SA LONGUE GESTATION

Une date importante dans l'histoire de la Maçonnerie univer­selle : le 24 juin 1717, jour de la Saint-Jean-Baptiste, quatre loges de Londres décidaient de se fédérer en Grande Loge, et élisaient comme Grand Maître un gentilhomme et comme Grands Surveillants un charpentier et un militaire.

L'Ordre maçonnique était donné comme une « très ancienne et très vénérable Confrérie », dont les obligations, règles, etc. (on disait charges, régulations, etc.) devaient être refondues.

Il était, notamment, question des vieilles Constitutions gothi­ques (Old Gothic Constitutions).

Pour Anderson lui-même, chargé, avec quatorze frères érudits, de la rédaction ne varietur des Constitutions à observer par toutes les loges (for the Use of the Lodges), les origines en remontaient à Adam, et, plus précisément, à l'an 4003 avant l'ère chrétienne.

La franc-maçonnerie moderne se reconnaît dans de nombreu­ses sociétés, confréries ou fraternités anciennes, constituées par des constructeurs de métier, groupés très tôt en organisations qui pouvaient compter des frères ouvriers « opératifs » et des frères membres honoraires dits « spéculatifs ». Mais elle revendique au même titre une autre tradition qui remonte à la plus haute antiquité. On peut dire sans risque d'erreur grave que la Franc-Maçonnerie, présentée dans la Constitution de la Grande Loge de France comme

« un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Frater­nité », continue à la fois des sociétés de pensée et des sociétés d'action, dont l'histoire est rendue difficile par le secret qui consa­crait, dans un monde souvent hostile, leur cohésion et leur frater­nité, et constituait leur « ressort principal ».

Sans négliger les multiples légendes qui ont pu inspirer à la fois et la pensée et l'action et desquelles l'histoire approfondie se rapproche souvent, nous mentionnerons quelques faits solide­ment établis qui permettent à notre construction de ne pas être un château de cartes.

Le savant Elias Ashmole écrit dans ses mémoires : « le 26 octobre 1646 à 4 heures de relevée, j'ai été créé franc-maçon à Warrington, dans le Lancashire, avec le Colonel Henri Mainwaring de Karincham, dans le Cheshire. »

En remontant dans le temps, et malgré la malencontreuse des­truction par le feu des documents utilisés par Anderson, destruc­tion décidée « pour éviter qu'ils ne tombent entre des mains étran­gères », quelques lueurs apparaissent et jalonnent notre route. Men­tionnons les statuts des associations de tailleurs de pierre réunis à Klagenfurth en 1628 et, antérieurement déjà à Edimbourg (loge de l'église Sainte-Marie) en 1598, à Cologne en 1535, à Londres (?) en 1492 (Polykronikon) , à Ratisbonne (Regensburg) en 1459, en Angleterre vers 1430 (manuscrit Cooke) , en Ecosse vers 1390 (manuscrit Regius) , à York en 1352, à Strasbourg vers 1330.

Nous pouvons retenir aussi des condamnations prononcées, avant celle du pape Clément XII en 1738. En particulier, le Concile d'Avignon en 1326 fulmine l'excommunication contre les confréries qui sont désignées comme implantées dans les provinces, groupant des nobles et des roturiers, se réunissant chaque année, élisant leurs dirigeants, et dont les membres qui se disent « frères » por­tent des décors vestimentaires particuliers, se font des signes de reconnaissance, s'engagent par serment à s'entraider mutuelle­ment, etc.

Après la constitution de la Grande Loge de Londres, qui devient vers 1730 la Grande Loge d'Angleterre, l'ordre maçonnique va se développer dans le monde, couvert par un secret devenu moins opa­que et, chose très importante, avec une relative tolérance de fait, les Old Charges n'ayant pas repris la rédaction traditionnelle qui, d'après le manuscrit Cooke, imposait « d'abord et surtout d'aimer Dieu, la Sainte Eglise et tous les Saints » et, d'après Anderson lui- même, obligeait les maçons à pratiquer la religion du pays où ils travaillaient. Cet assouplissement permettait aux frères anglais d'éviter dans leurs loges ce que nous appellerions une « chasse aux sorcières ». Mais il risquait d'opposer aux frères protestants les tenants des « devoirs » laissés dans l'ombre, et cela surtout après la condamnation pontificale. En effet il se produira en 1753 une divi­sion déchirante entre les « modernes » andersoniens et les « an­ciens » conservateurs, scission qui ne trouvera de dénouement paci­fique qu'à la faveur de la guerre contre Napoléon (1813).

LA FRANC-MAÇONNERIE FRANÇAISE  DANS LA PREMIERE MOITIE DU XVIIIe SIECLE

La première loge française bien connue est le Louis d'Argent qui reçut patente de la Grande Loge de Londres le 3 avril 1732. Elle avait très probablement été fondée en juin 1726 par des officiers irlandais au service du Roi de France et prit plus tard le titre distinctif de Saint Thomas.

Si le comte de Darwentwater, élu le 27 décembre 1736, a été considéré, vers 1910 et depuis, comme le premier Grand Maî­tre de la Grande Loge de France, des documents découverts récem­ment parlent de deux prédécesseurs, le baronnet écossais James Hector Mac Leane, et peut-être, avant celui-ci, le duc Philippe de Wharton qui, après avoir été Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1722-23, vécut à Paris en 1728-1729.

Ce qu'il convient de remarquer, c'est que les obligations fixées à leurs membres par les diverses Grandes Loges étaient sensible­ment les mêmes, sans qu'on puisse déceler la moindre trace de pression dogmatique. Le Grand Maître Mac Leane est connu, par exemple, pour avoir promulgué en France les Constitutions colla­tionnées pour la Grande Loge de Londres par le pasteur Anderson entre 1721 et 1723. Mais celles-ci devaient être rééditées, avec quelques changements, à Londres même.

Le New Book of Constitutions présenté en 1738 par Anderson apporte deux précisions importantes :

— la première, c'est que la Maçonnerie universelle compte alors cinq obédiences indépendantes de Londres et saluées comme telles, à savoir celles d'York, d'Ecosse, d'Irlande, de France et d'Italie ;

— la deuxième, c'est que les obligations portent la nécessité pour le maçon d'être un vrai noachide, rétablissant ainsi un devoir traité en 1723 par prétérition, ce qui permit, nonobstant le titre Concerning God and Religion et le toast rituel God bless the Craft, de parler de liberté absolue de conscience et de sous-entendre la négation de Dieu, ce qui est, pour l'époque du moins, un fâcheux contresens historique.

Quoi qu'il en soit, vingt ans après la maçonnerie londonienne, c'est en 1737 que la maçonnerie parisienne sort vraiment de l'ombre. C'est l'année du célèbre discours de Ramsay, homme de lettres écossais converti par Fénelon, de la présence en loges de divers grands personnages comme le duc de Villeroy, le duc d'Antin, le comte de Tressan, le moment aussi où les rapports de police com­mencèrent à parler de l'Ordre, ainsi que diverses correspondances privées. Le cardinal Fleury modère le zèle de Ramsay. Les premiè­res interdictions sont promulguées, mais appliquées avec plus ou moins de rigueur suivant le rang social. C'est aussi vers ce temps que vont se faire jour des tendances nouvelles, peut-être, comme le pense Lindsay, pour se prémunir contre la condamnation que le pape Clément XII va fulminer en 1738.

NAISSANCE DE L'ECOSSISME

Le grade de Maître Ecossais existait en Angleterre depuis 1730 environ. Il y avait des Scotch Mason's Lodges dès 1733 à Londres, dès 1735 à Bath. Anderson et d'autres avaient souligné le rôle joué

par l'Ecosse dans la « conservation des anciens mystères » et il subsistait une tradition diffuse en Grande-Bretagne.

Ce n'est guère que vers 1740 que le « grade excellent » appa­raît en France. Les « Ordonnances générales » votées par la Grande Loge après l'élection du nouveau Grand Maître le Comte de Cler­mont (27 décembre 1743) , soumettent ces maîtres au niveau de l'égalité commune pour « cimenter l'union et l'harmonie qui doivent régner dans la Franc-Maçonnerie ».

Une loge écossaise existe à Bordeaux en 1745. Une autre est signalée à Paris dans un rapport de police en mars 1746. On les appellera bientôt des « loges rouges », l'épithète de « bleues » étant réservée aux loges symboliques, d'après la couleur de l'écharpe ou du sautoir porté par leurs membres.

Il est possible que cette maçonnerie brillante ait été diffusée, au moins partiellement, par des partisans des Stuarts. C'est cepen­dant à Bordeaux, liée à l'Angleterre par des raisons de « sols et de deniers », qu'elle va se développer. La loge écossaise fon­dée dans cet Orient par Etienne Morin s'érigeant en Mère-loge donne naissance à diverses filles, notamment, le Zef mars 1749, à une loge de Maîtres Ecossais établie au Cap Français dans l'île de Saint-Domingue. La patente qui constitue cette loge utilise des titres et formules qui rappellent d'une part ceux qu'emploie Anderson en 1721 et aussi ceux qui figurent dans les loges de Scots Masters Masons comme celle de Bath. Ajoutons que si les divulgations de Pritchard dans sa Masonry dissected (1730) se limitent à faire allu­sion à la construction du premier temple de Jérusalem par l'archi­tecte Hiram, la maçonnerie écossaise, telle qu'elle apparaît dans le premier ouvrage qui cite comme un quatrième grade celui de Maître Ecossais (1745), rapporte cette maçonnerie nouvelle à la recons­truction du temple par Zorobabel au retour de Babylone. Mais il s'y ramifie très vite une excroissance d'assertions dont Lantoine a réduit à rien l'historicité, mais qui a fourni, en leurs temps et lieu, les matériaux d'une rutilante édification devant laquelle le Rit sera obligé de prendre des mesures de protection.

Ainsi l'écossisme qui était apparu en Angleterre vers 1730 et s'était implanté en France dans la décennie suivante y avait trouvé un terrain éminemment favorable. Il constitua, en partant d'une maçonnerie bleue jugée trop plébéienne ou terre à terre, comme une chevalerie nouvelle, une chevalerie de l'épée. De son côté, dès 1755, la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Paris dite de France, pour employer son titre officiel, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, reconnaît et entérine l'écossisme. Par exemple, elle entretient des relations fraternelles avec la Mère Loge de Bordeaux. Elle l'appellera même, en 1762, la Grande Loge Ecossaise.

Au moment où le fondateur de celle-ci, Etienne Morin, part pour les Iles, la Grande Loge de France le constitue Inspecteur de toutes les Loges d'Amérique sous domination française (27 août 1761) . Cette patente, dont divers documents conservés à la Bibliothèque nationale confirment indubitablement l'existence, émane concur­remment de la Grande Loge de France et d'un Grand Conseil établi auprès d'elle et régentant les « grades éminents ». Notons que ce Grand Conseil est présidé par Chaillon de Jonville, déjà subs­titut général du Grand Maître Comte de Clermont et qui le restera jusqu'à la mort rie celui-ci en 1771. Ce qu'il faut souligner égale­ment, c'est que Morin, tombé en 1762, soit en pleine guerre de Sept Ans, aux mains des Anglais se voit confirmer son pouvoir par le comte Ferrers, Grand Maître de la Grande Loge d'Angleterre ander­sonienne. S'il en était besoin, l'abrogation ses pouvoirs le 17 oc­toble 1766 par la Grande Loge, dont le Collège des Grands Officiers avait été renouvelé dans l'intervalle, en prouverait à elle seule l'existence, dont il est curieux qu'on ait longtemps et souvent cher­ché à la nier.

L'écossisme, dont les grades se sont multipliés au point que le Frère Moêt, secrétaire du comte de Saint-Florentin, n'en possède pas moins de 60, connaît en France une période de stagnation au cours de laquelle il se développe en Allemagne de façon extraor­dinaire sous couleur de « rectification ». C'est alors qu'apparais­sent deux grades terminaux et en quelque sorte parallèles, celui de Kadosch et celui d'Ecossais de Saint-André (1761-1765).

Une Grande Loge Ecossaise apparaît également à Lyon, auréolée d'une Souveraine Loge des Chevaliers de l'Orient et d'un Conseil des Chevaliers de l'Aigle Noir. J.-B. Willermoz en est l'âme.

Sous l'autorité du Substitut général Chaillon de Jonville, la Grande Loge avait connu une période brillante, en dépit d'un conflit de personnes entre Pény, maître de la loge Saint-Martin et Lacorne, maître de la loge de la Trinité et nommé par le comte de Clermont substitut particulier.

Mais d'autres rivalités se firent jour après la mort de Lacorne (1762) et comme d'autre part le comte de Clermont était assez mal en cour pour des raisons politiques, il ne faut pas s'étonner de voir une douzaine de maîtres parisiens exclus de la fraternité et les assemblées interdites par mesure de police au printemps 1767.

Réunis chez le doyen Puisieux à la mort du comte de Clermont (16 juin 1771) , les maîtres de Paris, y compris ceux qui avaient été exclus, cherchent un moyen de redonner à l'Ordre la force et la vigueur perdues. Ils parviennent à faire accepter la Grande Maî­trise au duc de Chartres, futur duc d'Orléans, avec le duc de Mont­morency-Luxembourg comme administrateur général. Mais en 1773 celui-ci irrité de la prépondérance que les Statuts de la Grande Loge de France accordaient aux Maîtres de loge parisiens, érigea en Grande Loge Nationale une Assemblée principalement composée de députés des Loges de province et des Loges militaires, venus à Paris pour assister à l'installation du Grand Maître. Entre le 5 mars et le 24 mai 1773 se tinrent huit séances solennelles qui aboutirent à la constitution, sous le nom de Grand Orient de France, d'une puissance maçonnique solidement structurée, et suf­fisamment garantie par le prestige de ses chefs, aussi bien du duc de Chartres, fait Sérénissime Grand Maître, que du duc de Mont­morency-Luxembourg, son très illustre Administrateur général. Bien qu'on le nommât parfois encore substitut, il ne s'agit plus d'un Grand Maître Adjoint, mais d'un véritable Président de fait, d'au­tant que de nombreux Grands Officiers et Officiers d'Honneur appartenaient à sa propre loge, laquelle portait le titre distinctif et significatif de Saint Jean de Montmorency-Luxembourg.

LA DUALITE DES OBEDIENCES

Le Grand Orient de France se dit « la seule et légitime Grande Loge ». Mais en face de lui la plupart des maîtres de Paris préten­dent se maintenir en Grande Loge de France (ou de Clermont) et contre ce qu'ils appellent un « schisme ». Mais s'ils ont raison en droit, leur position n'est pas matériellement très solide, car on peut leur reprocher d'avoir surtout voulu défendre l'inamovibilité des maîtres de loges ; et d'autre part elle ne l'est pas politiquement beaucoup plus, étant donné la personnalité des dirigeants du Grand Orient. Fait significatif : plusieurs des signataires de la circulaire de protestation, et notamment le Garde des Sceaux Duret, furent incarcérés au Châtelet pendant une dizaine de jours-pour « affaire de franc-maçonnerie », peut-être, comme l'affirme le frère Feuillette, historien du Grand Orient, à la suite d'une lettre de cachet. Le même auteur assure que la création du Grand Orient fut particuliè­rement favorable au développement des doctrines démocratiques. Mais les réfractaires, par la plume du Grand Orateur Gouillard, y voyaient au contraire le « despotisme le mieux caractérisé, tous les pouvoirs résidant en fait dans la seule Chambre d'Administration ». Ils protestaient aussi et contre l'obligation pour les loges consti­tuées de se faire intégrer moyennant paiement d'un droit de 120 livres et contre le « mot du guet » institué pour empêcher les réfractaires d'assister aux réunions des loges intégrées (mot de semestre) .

Il ne semble pas que la dualité des obédiences ait nui au déve­loppement de l'Ordre entre 1773 et 1789. Compte tenu de la santé fragile d'un certain nombre de loges, on peut accorder un certain crédit aux chiffres fournis par diverses sources qui confluent dans l'ensemble. En 1771 le nombre des loges était de 164, soit 71 à Paris, 85 en Province, 5 aux colonies, 1 à l'étranger et 2 ambulantes. A la veille de la Révolution, le Grand Orient accuse le chiffre de 629 : 63 pour Paris, 442 pour la Province, 38 pour les colonies, 69 militai­res et 17 à l'étranger. Quant à la Grande Loge, elle comptait 376 loges, dont 129 à Paris et 247 en province.

La dualité des obédiences ne nuisit pas davantage au dévelop­pement de l'Ecossisme jusqu'à la veille de la Révolution. Ni la Grande Loge de Clermont, ni jusqu'en 1787 le Grand Orient de France ne prétendirent en effet régenter les Hauts Grades. Nombre de loges de l'un et l'autre bord se coiffèrent librement d'un Chapi­tre. Le Grand Orient conclut des Concordats en 1776 avec les Direc­toires Ecossais du Régime rectifié, en 1781 avec la loge parisienne du Contrat social, Mère Loge Ecossaise de France, en reconnais­sant à celle-ci « la faculté d'affilier aux Grades dont elle [était] en possession les Loges régulières de la constitution du Grand Orient ». L'Ordre des Philalèthes de Savalète de Lange, le Rit Pri­mitif de Narbonne du Marquis de Chefdebien, et tant d'autres, purent se développer librement. En 1787 seulement, après que l'Ordre Royal d'Ecosse établi en 1763 à Edimbourg eut patenté un Chapitre à Rouen, le Grand Orient entreprit de régenter les Hauts Grades et institua un Rit français, ou Rit moderne en sept degrés ; mais il ne prit pas alors de mesures de coercition pour l'imposer.

Mais on voit apparaître aussi une tendance très nette à l'action dans le « monde profane », qui ne se traduit guère en France que dans le choix de titres évocateurs comme ceux de Contrat social, de Démocratie, d'Egalité, de Fraternité et de Liberté. C'est en Alle­magne qu'on a pu situer le point de départ d'une « déviation ». Nous dirions plutôt un gauchissement vers une action politique et vers une pensée mystique, qui s'accompagnait, et sans doute par souci d'efficacité, d'un renforcement du secret, l'occulte se superposant à l'occultisme. Mais ni l'Illuminisme de Weishaupt, ni les doctrines de Swedenborg ne prirent racines en France où, en revanche, s'im­plantèrent mieux qu'ailleurs les « loges militaires » et les « loges d'adoption ».

LOGES MILITAIRES

La première loge militaire dont l'existence soit certaine remonte à 1732 et se rencontre en Irlande. En France, cinq Loges régimentaires figurent, dès 1744, au Tableau de la Grande Loge.

Ces loges sont généralement créées à partir d'une patente per­sonnelle et elles portent le plus souvent soit le nom de la « loge mère » de leur fondateur, soit celui de leur unité.

Leur nombre s'accroît très rapidement après la constitution du Grand Orient au point qu'on en rencontre dans ses « états » environ une pour trois unités. Mais il s'en trouve également qui restent indépendantes.

Il arrive, comme à Châteaudun, qu'une loge militaire crée dans sa garnison une loge bourgeoise qui subsiste après le départ des militaires. Mais l'inverse peut également se produire. Et dans certains cas, comme à Carcassonne, il y a fusion entre la loge mili­taire et la loge civile, ce qui est possible dans les cas de recru­tement militaire local.

L'ouvrage récent d'A. Le Bihan donne une liste de 99 loges militaires constituées ou reconstituées par le Grand Orient avant 1789, dont 4 pour Paris, et il en cite 25 qui n'entrèrent pas en rela­tion avec lui, notamment la loge de Beauffremont Dragons dont le vénérable était le capitaine de Varennes et la Militaire de Saint- Jean sous le marquis de Maupeou.

On n'est pas peu surpris de voir se constituer en 1793 même, à l'Orient de la Légion Franche Etrangère, un atelier au titre distinc­tif de Liberté, Egalité, Fraternité, inspiré peut-être des idées que nous allons voir diffusées par des Maçons écossais et véhiculées hors de nos frontières. Mais c'est le premier Empire qui constituera l'Age d'or des loges militaires. Il s'en constitua même, sur les pon­tons anglais, parmi les soldats et marins prisonniers de guerre, comme le futur Grand Commandeur Jean-Pons Viennet.

LOGES D'ADOPTION

La Constitution d'Anderson n'admet pas les femmes dans l'Or­dre maçonnique. Assez vite cependant, celui-ci excite la curiosité féminine, et c'est par une femme, la célèbre Carton, de l'Opéra, que le Lieutenant de Police Hérault put connaître et divulguer en décem­bre 1737 le « Secret des Freys-Maçons ». Des sociétés féminines ou mixtes parfois fort fantaisistes se constituèrent comme l'Ordre de la Félicité, ou ceux de la Mouche à miel, des Fendeurs et des Ten­deuses, des Chevaliers et des Chevalières de l'Ancre ou de la Rose. Il était impossible, au siècle des salons, de résister au courant. Comme il arrive souvent, c'est par des rapports de police qu'au moins depuis 1744 nous trouvons trace des « frimaçonnes », avec des détails assez peu édifiants. A. Lantoine en parle comme de

« jeux innocents ». Certaines loges masculines, comme la Candeur, les Neuf Sœurs, le Contrat social s'agrégèrent sous le nom de

« loges d'adoption » des loges de femmes, avec rituel spécial dont quelques-uns nous sont parvenus. En 1774, le Grand Orient léga­lisait l'institution.

L'essentiel de l'activité de ces loges est constitué par des œu­vres d'assistance. Mais il est vraisemblable qu'au cours des tra­vaux et des divertissements en apparence futiles, des idées comme celles de Rousseau, de Voltaire ou de Beaumarchais faisaient leur chemin, ce que Louis XVI appelait, et en cela il était assez clair­voyant, une « folie intellectuelle ». La reine elle-même semble s'y être intéressée d'assez près.

Mme Helvétius tint le maillet dans la loge Les Neuf Soeurs et, dans les années qui précédèrent la Révolution, la duchesse de Bour­bon doublement sœur du duc d'Orléans, et mère du duc d'Enghien, était Grande Maîtresse de la Maçonnerie d'adoption.

L'ORDRE SOUS LA REVOLUTION

La Franc-Maçonnerie française, divisée d'abord par des ques­tions de personnes, ensuite par l'existence de deux puissances en compétition plus ou moins ouverte, a subi dans son ensemble et dans ses différents membres des épreuves égales et rudes. Si les maçons n'avaient pas eu, au siècle des Lumières, de doctrine com­mune en matière de politique, mais seulement une tendance huma­niste, libérale et jusqu'à un certain point contestataire (cf. par exem­ple le comte de Clermont et le duc d'Orléans), ils se rencontraient, le plus souvent, dans une opposition à peu près constante à la monarchie absolue. Ils ne tarderont pas à se trouver en conflit d'idéologie dès l'ouverture des Etats Généraux. C'est ainsi que le Grand Maître duc d'Orléans soutient le vote par tête et son adminis­trateur général le duc de Montmorency-Luxembourg le vote par ordre.

Même opposition entre les frères « aristocrates » et les frères « sans-culotte ». On en rencontre beaucoup d'exemples. Un grand nombre des émigrés avaient fait partie des loges, tant à Paris qu'en province. D'autres frères étaient d'ardents révolutionnaires.

Comme dans les guerres civiles de Grande-Bretagne, on trouve donc des frères aussi bien dans le camp des montagnards que dans celui des royalistes. Mais le trait le plus commun qu'il soit possi­ble de discerner en eux est le courage civique et le courage tout court. Si l'attitude du Grand Maître sous la Convention lui valut d'être répudié par les Frères dont il s'était désolidarisé, il faut convenir que le danger qui le menaçait était bien susceptible de lui inspirer une résolution désespérée, et que son courage devant la guillotine peut encore lui valoir une sympathie rétrospective.

La mère loge de rite écossais philosophique Le Contrat Social, dont, comme nous l'avons dit, le nom était déjà un programme, dif­fuse dès le début de 1791 plusieurs circulaires dans lesquelles on trouve réunis pour la première fois les mots de liberté, d'égalité et de fraternité qu'elle qualifie de « devoirs civiques », et elle met les Frères en garde contre la violence d'où qu'elle vienne, qui n'a plus rien de maçonnique. Une de ces circulaires fut traduite en alle­mand par le frère Dietrich, maire de Strasbourg, et diffusée par le frère Lemaire, capitaine à l'armée du Rhin, avec l'aide d'autres frè­res appartenant à des loges militaires.

Les travaux des loges subissent évidemment des perturbations graves sous la Convention. Beaucoup d'entre elles pratiquent cepen­dant, comme il est souvent arrivé par la suite dans l'histoire, une Maçonnerie de la pénombre et du silence qui garde le feu sous la cendre. Ainsi à Toulouse où on signale l'initiation « d'une partie de 1'Etat-Major », à Marseille où, dans la loge La Parfaite Sincérité, le frère Joseph Clary présente son futur gendre Joseph Bonaparte et l'ami de celui-ci, Antoine Saliceti, Commissaire aux Armées ; à

Lyon où la plupart des Ecossais de rit rectifié, après avoir pris parti contre l'Eglise romaine, mais aussi contre le clergé constitutionnel, trouvent la mort comme Antoine Willermoz ou doivent s'exiler comme son frère Jean-Baptiste ; à Paris enfin. Ici, l'activité maçon­nique est interdite pour « modérantisme », mais elle se poursuit cependant au sein de la loge des Amis de Sully devenue La Monta­gne, par exemple, mais surtout au Centre des Amis autour du véné­rable Alexandre Roëttiers de Montaleau qui sut maintenir le flam­beau dans les pires circonstances.

LE REVEIL : CONCORDAT DE 1799

Après la Terreur, les deux obédiences françaises regroupent les éléments qui peuvent reprendre quelque activité. Un Concordat est conclu le 21 mai 1799, sanctionné par le Grand Orient le 23 mai et par la Grande Loge le 3 juin. Il prévoit la fusion des deux Obé­diences sous le titre de Grand Orient de France, la suppression de l'inamovibilité, mais la possibilité pour les Vénérables qui en avaient été investis par leur loge de garder leurs fonctions pendant 9 ans encore. Le frère Roëttiers, élu Grand Vénérable et non Grand Maître, appartient à l'Ecossisme comme membre des Philalèthes qui se réunissent à leur tour ainsi que le Chapitre d'Arras resté jusque-là indépendant et le Grand Orient peut déclarer « irrégu­liers » tous les autres corps et se proclamer « seul et unique délé­gué en France de la Grande Loge d'Angleterre ». Il s'agit évidem­ment, de la Grande Loge des « Modernes ». Restaient cependant à l'écart encore le Rite d'Hérédom (H.R.M.) de Kilwinning avec son Grand Chapitre de Rouen et divers Ateliers ou groupes d'Ate­liers dispersés. Mais c'est par le « pont américain » que vont reve­nir des frères séparés qu'on ne reconnaîtra pas sans quelque gêne dans la grande famille.

L'ORGANISATION DU RIT ECOSSAIS EN AMERIQUE ET SON RETOUR EN FRANCE

Le vieil écossisme avait été porté de bonne heure en Amérique et peut-être, si l'on en croit Reghellini et Thory, par des Ecossais eux-mêmes. Il y avait été, par la suite, organisé ou réorganisé par Etienne Morin, porteur d'une patente de la Grande Loge de France et de son Grand Conseil présidé, comme elle en fait, par Chaillon de Jonville. Morin avait reçu d'autre part à Londres où il avait été conduit en captivité pendant la Guerre de Sept Ans, une commission analogue du comte Ferrers, Grand Maître de la Grande Loge d'Angleterre. Resté en relations constantes avec la Grande Loge de France, il visite une quinzaine d'Orients où il délivre des certificats, reçoit et transmet des requêtes et au besoin établit des ateliers. Il fait de même en territoire anglais, comme nous allons le voir. Nous avons déjà vu qu'à la faveur des désordres qui devaient aboutir à une suspension de plusieurs années, la Grande Loge avait relevé Morin de ses prérogatives, confiées à un certain frère Martin, ci- devant huissier rue Quincampoix, qui partait pour les Iles. Mais celui-ci semble s'être borné à créer une loge de la Vérité au Cap Français, loge que la Grande Loge, d'ailleurs, refusa d'abord d'inté­grer. C'est Etienne Morin qui continua d'exercer les fonctions de Député de la Grande Loge et de Grand Inspecteur Général pour l'Amérique. Pendant qu'en France la prolifération des degrés « supérieurs » aboutissait au chaos, il dotait l'Ordre maçonnique d'Amérique d'une organisation de Hauts Grades articulée sur la Maçonnerie bleue par une habile superposition de loges symboli­ques, de loges écossaises ou de perfection, de chapitres de Chevaliers d'Orient et de Conseils de Princes du Royal Secret, grade qui constituait vers 1770 le dernier degré de l'Ordre maçon­nique et qu'on peut assimiler comme tel à celui de Chevalier Kadosch institué en France et inconnu outre-Atlantique.

Mais, en même temps qu'à Paris la Révolution, avait éclaté ici la révolte des esclaves qui avait chassé les colons. Toute trace d'activité de Morin avait cessé sans que nous puissions savoir à la suite de quels événements, mais il avait préparé sa succession et l'avenir de l'Ordre. C'est ainsi que le comte de Grasse, marquis de Tilly, fils de l'Amiral de Yorktown et son beau-père Jean-Baptiste Marie de la Hogue ou Delahogue, propriétaire à Saint-Domingue, avaient tous deux été investis « à tous grades ». Ils trouvèrent refuge en 1796 à Charleston, en Caroline du Sud. D'autre part, en vertu de la patente qu'il tenait du Grand Maître Ferrers, Etienne Morin avait nommé en 1766 le Frère Henry Andrew Francken « Deputy Inspector General pour les possessions anglaises », avec pouvoir d'en constituer d'autres partout où ce serait nécessaire. Francken créait en 1767 une loge de perfection à Albany, dans la colonie de New York et nommait à son tour Inspecteurs Généraux adjoints les Frères Moses M. Hays et Hyman I. Long. A Charleston, celui-ci à son tour conférait ces titres aux Frères de Grasse et Delahogue. D'autres nominations avaient été prononcées dans l'in­tervalle, puisque, dès le 25 juin 1781, huit Inspecteurs Généraux adjoints créés par le jeu des cooptations pouvaient tenir un premier Chapitre Général à Philadelphie en Pennsylvanie.

A l'aube du XIXe siècle, le colonel John Mitchell et Frédéric Dal­cho, autre citoyen de l'Amérique indépendante, jetaient les bases d'un Suprême Conseil des Etats-Unis. Celui-ci, ouvert solennellement le 31 mai 1801, annonçait par circulaire du 4 décembre 1802 « aux Deux-Hémisphères » son existence officielle. C'est ce Suprême Conseil père qui nomma de Grasse-Tilly Grand Commandeur et Delahogue Lieutenant Grand Commandeur pour les Indes occiden­tales françaises. Il y avait, en Caroline du Sud comme en Angle­terre, deux Grandes Loges rivales, la Grande Loge des Anciens Maçons qui suivaient la tradition d'York, et la Grande Loge qui avait adopté la tradition anglaise et se nommait Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons. Le Suprême Conseil intitula son rite Ancien Accepté, passant la truelle sur les différends, et on peut remarquer que si l'expression de Maçons anciens et acceptés fait penser sur­tout à cette dernière qualité, la suppression de la conjonction dans rite Ancien Accepté fait porter l'accent sur l'ancienneté, ce qui aura en France une importance certaine. Il s'agira moins de « l'ac­ceptation » des non-opératifs par les manuels que de leur ancien­neté honorable en face d'une obédience qui ne datait que de trente ans : le Grand Orient.

C'était déjà en vertu d'un principe analogue que le frère da Costa ou d'Acosta, fait par Morin (?)Inspecteur Général adjoint et réorganisateur au Cap Français de la loge au titre distinctif La Vérité, était entré en correspondance avec le Grand Maître du Grand Orient de France en vue d'établir des relations tant de la part de cette loge que d'un « Grand Conseil des Hauts Grades ». Il en re­çut une réponse d'attente très fraternelle : mais c'était en 1788...

C'est dans le même esprit que le comte de Grasse, revenu à Saint-Domingue au moment de la campagne du général Leclerc entreprit une démarche analogue en 1802. Mais c'est comme pri­sonnier de guerre et en Jamaïque qu'il fonda en 1803 le Suprême Conseil pour les Iles anglaises de l'Amérique.

REORGANISATION DE L'ECOSSISME EN FRANCE ERECTION DU SUPREME CONSEIL DE FRANCE
CONSTITUTION D'UNE GRANDE LOGE GENERALE ECOSSAISE

Sous le Consulat, le Grand Orient allait changer de politique. Jusque-là, il n'avait prétendu régir que les trois degrés symboliques. Laissant les Ateliers de sa juridiction pratiquer librement les Hauts Grades de leur choix, il traitait avec les Directoires, les Mères Loges Ecossaises, les Chapitres ou autres organismes dits « supérieurs » comme Puissance indépendante, mais d'égal à égal. En 1802, devenu, en quelque sorte, impérialiste avant l'Empire, il considère mainte­nant comme « irréguliers » et bannit de sa correspondance les

« Ateliers qui donneraient asile aux loges (sic) professant des rits étrangers à ceux reconnus par lui ». Cette mesure était peut-être dirigée contre le Rite Egyptien de Misraïm fondé par les frères Michel, Marc et Joseph Bédarride, mais ce ne fut pas précisé et la Loge de la Réunion des Etrangers, ayant protesté contre cette cir­culaire qu'elle considérait comme menaçant les grades écossais, fut rayée de la correspondance du Grand Orient. La réaction partit de la loge Saint-Alexandre d'Ecosse, loge très ancienne puisqu'elle avait été fondée en 1777 par la Grande Loge (de Clermont) sous le titre de Saint-Charles du Triomphe de la Parfaite Harmonie et avait reçu en 1783 du Grand Orient confirmation de sa patente.

Reprenant ses travaux le 22 août 1804 sous le maillet de son ex-Vénérable Louvain de Pescheloche, qui allait tomber au champ d'honneur â Austerlitz, cette loge entendit un exposé de son doyen, l'abbé d'Alès d'Anduze qui déclara : « Napoléon Bonaparte est maçon écossais. Notre rit a donc un droit certain à la protection qui émane du trône. » La loge élut, pour remplacer Pescheloche, Godefroi de la Tour d'Auvergne, considéré comme « digne descen­dant de Godefroi de Bouillon » et prit le titre de Mère Loge Ecos­saise du rite d'Avignon, laissé vacant par le sommeil de sa « sœur aînée », la loge du Contrat Social.

C'est à ce moment que le comte de Grasse revenait à Paris. Il avait été initié au Contrat social et Saint-Alexandre le reçut avec enthousiasme. Dans ce climat écossais, il exposa dans leurs gran­des lignes les structures de l'écossisme américain, conféra le 33e degré à l'abbé d'Anduze et à plusieurs autres Frères et constitua ainsi le Suprême Conseil de France dont il fut fait Grand Comman­deur. C'était le 22 septembre 1804.

La R\M\L\E\ (Respectable Mère Loge Ecossaise) Saint Alexandre d'Ecosse adressa à ce Suprême Conseil une supplique à l'effet d'être considérée comme « le cœur représentatif de la Maçonnerie Ecossaise en France », et avec son accord convia les députés des loges écossaises à ériger à Paris une Grande Loge Ecossaise. Celle-ci appela à sa tête comme Grand Maître le prince Louis Bonaparte et comme l'avait fait le Suprême Conseil de Char­leston, elle apprit la bonne nouvelle au « peuple maçon répandu sur les deux Hémisphères », par circulaire du Zef novembre 1804. L'unité de la franc-maçonnerie française était de nouveau rompue.

Les principaux Grands Officiers de la Grande Loge Générale Ecossaise étaient, avec le Grand Maître ad vitam Prince Louis Bona­parte, connétable d'Empire :

le Représentant du Grand Maître le comte de Grasse-Tilly ; les Grands Administrateurs le maréchal Kellermann,
le maréchal Masséna,
le comte Marescalchi, ministre des Affaires Etrangères du royaume d'Italie ;
les Grands Conservateurs : le général de division de Timburne­Thiembronne, comte de Valence,
le comte de Lacépède, membre de l'Institut, le maréchal Lefebvre ;
les Grands Surveillants le maréchal Sérurier, et l'ancien notaire Germain Hacquet, propriétaire à Saint-Domingue,
le Grand Secrétaire le frère Pyron, etc.

Coup sur coup, la Grande Loge Générale Ecossaise se réunit six fois entre le 27 octobre et le 5 décembre 1804.

Elle put ajouter à son titre celui de « Rit ancien », car elle était, par sa composition, vraiment représentative de « l'ancienne Maçon­nerie », par opposition au Rit moderne du Grand Orient.

Mais, contrairement à l'attente des Ecossais, Napoléon n'allait pas autoriser ce qui lui apparaissait comme un schisme. Il ordonna à la G.L.G.E. de fusionner avec le Grand Orient. Il demandait, en outre, un mémoire détaillé sur la question. Il fallait donc discuter pour établir un modus vivendi.

Les négociations furent conduites, pour le Grand Orient par Roettiers de Montaleau, Challan et Bacon de la Chevalerie, pour la Grande Loge Ecossaise par de Grasse, Kellermann et Pyron. Elles furent menées rapidement entre le 28 novembre et le 3 décembre, elles donnèrent lieu à un « Procès-Verbal d'adoption de l'Acte d'Union entre les deux rites et du Concordat qui y fait suite ». Les deux instances ratifièrent ces documents dans les jours qui suivi­rent et leurs dispositions, présentées à l'Empereur par Kellermanna et Cambacérès, furent acceptées sans changement. La GrandE Loge Générale Ecossaise était absorbée par le Grand Orient.

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