Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Esquisse Historique de la Franc-Maçonnerie en général et de l’Ecossisme en particulier (2)

29 Décembre 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #histoire de la FM

LES DIFFICULTES D'APPLICATION DU CONCORDAT DE 1804  

La volonté d'aboutir rapidement avait fait réserver les mesures de détail qui devaient être réglées en « assemblée générale des commissaires ». Mais la rédaction définitive allait se révéler labo rieuse. Les Ecossais avaient obtenu des dispositions très avantageuses :  

les chapitres écossais étaient intégrés de plein droit, sauf à faire viser leurs constitutions par un Grand Chapitre général institué auprès du Grand Orient ; les chapitres antérieurement constitués devaient tous adopter leur rit et leur régime. Le Suprême Conseil se voyait accorder le droit de révoquer les officiers du Grand Orient « à lui dénoncés par les loges », de réformer les décisions du Gran0 Chapitre général, etc.  

Mais au sein de la Commission des difficultés s'élevèrent vite, notamment en ce qui concernait le Grand Chapitre général et la possibilité de destituer les Grands Officiers. Un « état » du Grand Orient de France ayant diffusé des dispositions contraires au Concordat, les représentants du Suprême Conseil firent des obser­vations et Roëttiers de Montaleau prit sur lui de faire publier un erratum. Cependant, dès le milieu de Ventôse An XIII (début mars 1804) la Commission renonçait à poursuivre ses travaux.  

Les mêmes problèmes se posaient au sein du Grand Chapitre général et dès le 11 juillet 1804 l'assemblée générale du Grand Orient décidait d'instituer un Directoire des Rites, avec autant de sections que de degrés, ce qui était, une fois de plus, en contra­diction absolue avec le Concordat.  

Des loges écossaises de Paris décident alors de dénoncer le Concordat « si le Grand Orient ne rétablissait pas dans les dix jours les dispositions du Concordat, sauf au surplus à apporter à celles-ci les changements qui paraîtraient nécessaires et n'en détruiraient pas les bases fondamentales ».  

Grâce aux bons offices de Kellermann, une convention en cinq articles fut élaborée, suivant laquelle les attributions étaient équita­blement réparties entre le Grand Orient pour les degrés du 1er au 18e inclus, et le Suprême Conseil du 18e exclu au 33e.  

L'année suivante, de Grasse-Tilly, qui reprenait du service aux armées donnait sa démission de Grand Commandeur pour la France et le Suprême Conseil le remplaçait par Cambacérès, Grand Maître adjoint du Grand Orient de France, coopté avec de nouveaux mem­bres comme le Sénateur Clément de Ris, le Général de Beurnonville et le comte Muraire, premier Président de la Cour de cassation. En 1811 seront également appelés à leur tour, le maréchal Lefebvre, les généraux Rampon et Rouyer, le sénateur Chasset, le comte de Ségur, l'avocat de Joly et R061-fiers de Montaleau fils.  

Sept membres du Suprême Conseil pour l'Amérique, fondé par de Grasse, sollicitèrent leur admission au Suprême Conseil de France. Par un arrêté pris le 30 janvier 1813, leur demande fut poliment repoussée, leur juridiction se limitant aux Iles. Mais un certain nombre d'entre eux furent cependant admis comme mem­bres honoraires, et les relations entre les deux corps restèrent très fraternelles.  

D'autres rites écossais vont, à leur tour, se réveiller. Camba­cérès accepte la Grande Maîtrise effective de la plupart d'entre eux, consacrant ainsi « en daignant permettre de les protéger, la liberté du culte et des rites maçonniques ».  

Parmi ceux-ci, le rite écossais philosophique, celui de la mère loge du Contrat Social réveillée en 1805 est bientôt fondue avec Saint-Alexandre d'Ecosse. Cette puissance qui comptait une tren­taine de loges à la fin de l'Empire devait disparaître en 1826.  

Cambacérès accepte également la Grande Maîtrise d'honneur des Chapitres français de l'ordre royal d'Ecosse (1806), la Grande Maîtrise effective des Directoires écossais du rit rectifié (1808) et, l'année suivante celle du rite primitif de Narbonne. Ces puissances ne connurent qu'une vie éphémère.  

Lui restaient étrangers pourtant, le rite de Misraïm à 90 degrés (33 + 33 + 11 + 13) et les ordres prétendus Templiers des frères de Chevillon et Fabré-Palaprat.  

LE TOURNANT DES CENT-JOURS ET DE LA RESTAURATION  

La chute de Napoléon ne provoqua au sein de la franc-maçon­nerie aucune perturbation grave. Il y eut bien quelques revirements accompagnés de destruction d'archives, mais pas de raz de marée. Le prince Joseph Napoléon, Grand Maître du Grand Orient, fut rem­placé dans ses fonctions par un Conseil de trois Grands Conserva­teurs, le maréchal Macdonald, duc de Tarente, le général marquis de Beurnonville et le comte de Valence, membre du Suprême Conseil. Roêttiers de Montaleau gardait l'office de représentant dans lequel il avait succédé à son père.  

Le tableau des « Membres actifs et délibérans » du Suprême Conseil du Rite Ecossais ne subit pas de modifications. Il compre­nait :  

1° le Très Puissant Souverain Grand Commandeur Cambacérès, duc
de Parme, archichancelier d'Empire, absent pour cause d'exil ;  

2° le Très Illustre Inspecteur Lieutenant Grand Commandeur Cyrus de Timburne-Thiembronne, comte de Valence, général de divi­sion ;  

3° le Trésorier du Saint-Empire Claude Antoine Thory, propriétaire ;  

4° le Secrétaire du Saint-Empire Jean-Baptiste Julien Pyron, ancien avocat, ancien Intendant des domaines du Comte d'Artois ;  

5° le Grand Maître des Cérémonies Germain Hacquet, ex-notaire et -propriétaire à Saint-Domingue, et 24 Grands Inspecteurs Généraux dont Kellermann, Lacépède, l'abbé d'Alez, Masséna, Beurnonville, Muraire, le maréchal Lefebvre.  

Après Waterloo, les choses allaient changer rapidement. Le Grand Orient avait, dès le 5 mai 1814, proposé la «centralisation des rites en vue de l'unité » au Suprême Conseil.  

Celui-ci, qui préfère envisager une organisation à l'américaine réserve d'abord sa réponse, puis entame des négociations pour éviter le retour des difficultés de l'année 1804-1805. Mais brusque­ment, le Grand Orient, sous la pression, semble-t-il, des frères titu­laires de divers degrés supérieurs français et revendiquant des « équivalences » déclare, à la fin de 1814, « reprendre l'exercice de tous les droits qui lui appartiennent sur tous les rites ». Le Suprême Conseil ayant alors repoussé la demande de «centralisa­tion » le Grand Orient crée, sous la présidence d'un transfuge du Suprême Conseil, le notaire Germain Hacquet, un Suprême Conseil des Rites qui supposait l'intégration des 33 degrés, et non plus des 18 premiers seulement.  

Le coup était rude pour le « Suprême Conseil du 33»degré pour la France », celui qu'avait créé le comte de Grasse-Tilly en 1804 et qui était, depuis 1806, présidé par Cambacérès. Comme un malheur n'arrive jamais seul, ce Suprême Conseil allait, en 1815, se trouver décapité par l'exil de son Grand Commandeur et par la réaction qui suivit les Cent Jours.  

Il y eut alors une éclipse dans l'activité de cet organisme de haut grade et les dirigeants du Grand Orient de France, devenus ardemment bourboniens, triomphèrent et célébrèrent l'unification sous leur houlette. Leurs relations avec le nouveau pouvoir politi­que étaient si bonnes qu'ils obtinrent du Gouvernement la réouver­ture de loges fermées et une circulaire déclarant que « Sa Majesté tolérait les Loges soumises au Grand Orient et ne les considérait pas comme sociétés secrètes. »  

En août 1818 ils répudièrent « toute solidarité entre les actes du Grand Orient et ceux du Suprême Conseil » (Feuillette) .  

Mais le comte de Grasse, Grand Commandeur honoraire du Suprême Conseil qu'il avait fondé, était resté Grand Commandeur en exercice du Suprême Conseil du 33» degré pour les lies françai­ses de l'Amérique au Vent et sous le Vent, exilé à Paris.  

il donna alors une vive impulsion audit Conseil qui devint dès lors le point de ralliement des ateliers écossais de la métropole, réfractaires au Grand Orient, en attendant que le Suprême Conseil de France reprit force et vigueur.  

Entre-temps et pour le plus grand profit de l'Ordre, de Grasse allait, le 8 septembre 1818, renouveler le geste qu'il avait accompli en 1806 en faveur de Cambacérès : il abandonna sa charge de Grand Commandeur du Suprême Conseil d'Amérique pour permettre l'élec­tion du frère Elie Decazes qui allait être fait duc et devenir, en janvier 1819, ministre de l'Intérieur et en novembre Président du Conseil.  

En dépit des attaques d'une partie de ses collègues hostiles au Suprême Conseil de France, et qui créèrent un troisième Suprême Conseil dit du Prado, du nom de son local, sous la direction du vice- amiral Allemand, de Grasse tint bon, ainsi que Decazes et le Suprême Conseil d'Amérique, désormais dit de Pompéi.  

Ce Suprême Conseil assura alors le relais, et il sera pendant trois ans le point de ralliement des ateliers écossais réfractaires à la domination du Grand Orient.  

Enfin, sortant de son sommeil, le Suprême Conseil de France, Cambacérès auquel il était fidèle étant revenu d'exil mais renonçant à ses fonctions, reprenait ses activités sous la direction du comte de Valence.  

Il admettait dans son sein des membres du Suprême Conseil d'Amérique, dont Decazes, reconnaissait de même la plupart des promotions attribuées par lui comme il en intégrera bientôt les loges. Il enregistrait aussi les démissions des frères Hacquet, Joly et Roêttiers de Montaleau.  

Le 7 mai 1821, il déclara solennellement « réunis à lui tous les Maçons réguliers de Rit Ecossais Ancien Accepté dont il est et demeure le seul chef ». Il complétait son effectif par une série de nominations. Le Suprême Conseil dit d'Amérique cessait d'exis­ter. Son Grand Commandeur prendra, de 1838 à 1860, la direc­tion du rite.  

Pour l'instant, le comte de Valence étant décédé, les fonctions de Grand Commandeur furent dévolues au comte de Ségur, acadé­micien, ex-ambassadeur à Saint-Pétersbourg, écrivain et membre de l'Académie française (février 1822).  

Il choisit comme Lieutenant Grand Commandeur le duc de Choi­seul. Le temple était relevé et avait retrouvé sa couverture.  

Le Concordat dénoncé, le Suprême Conseil décidait en mars 1821 de créer une Loge de la Grande Commanderie. C'était « la pre­mière cellule », celle où tous les Ecossais, ne faisant pas partie du pouvoir directeur, pouvaient se réunir sous son égide et travailler efficacement au développement du Rite ».  

D'autres loges vinrent rapidement se joindre à la cellule cen­trale qu'était la loge de la Grande Commanderie soit par création, soit par intégration :  

n° 2 les Propagateurs de la Tolérance,
n° 3 les Chevaliers bienfaisants de l'Olivier Ecossais qui deviendra les Trinitaires,
n° 4 les Chevaliers de Palestine,
n° 5 les Hospitaliers Français,
n° 6 le Mont Sinaï, toutes à l'Orient de Paris, et n° 7 l'Ecole de la Sagesse à l'Orient de Metz.

 

Et, le 12 juillet 1822, la Grande Commanderie sera érigée en Grande Loge Centrale, divisée en trois sections : la première, celle des degrés symboliques jusqu'au 18e inclus ; la deuxième, celle des degrés supérieurs, depuis le 19' jusqu'au 32e inclus ; la troi­sième était une section administrative. Au-dessus de ces sections planait le Suprême Conseil qui contrôlait ou légalisait les opérations des sections. Son pouvoir était absolu et il l'est demeuré sur toutes les loges écossaises du 1er au 32° degré jusqu'à ce que les loges bleues du Rite Ecossais aient obtenu en 1894 leur autonomie. Il ne l'exerce plus aujourd'hui que sur les loges travaillant du 4e au 32° degré.  

Quand, le mois, suivant, une Fête de l'Ordre rassemble tous les Ecossais réunis en un même corps, c'est un chant d'allégresse et d'espoir qu'entonne le secrétaire du Saint-Empire, l'Illustre Frère comte Muraire, membre de l'assemblée législative et Président honoraire de la Cour de cassation, dont il convient de saluer la mémoire comme celle de l'artisan véritable de la cohésion du Suprême Conseil, en quelque sorte le Roêttiers de Montaleau du Rite Ecossais.  

Voici les paroles prophétiques qu'il prononça à cette occasion :  

« Ce n'est pas seulement la Fête annuelle de l'Ordre qui nous rassemble, c'est la réorganisation et l'inauguration du Suprême Conseil du 33e degré pour la France que nous venons célébrer ; c'est la reprise de ses travaux et de sa correspondance que nous venons annoncer à tout le Rite Ecossais et, par-là, donner à ce Rite une nouvelle impulsion, j'ai presque dit une nouvelle vie, et lui rendre le mouvement et l'activité ; c'est la réunion loyale et touchante qui s'y est opérée et qui, par l'unité qu'elle y établit et l'harmonie qu'elle y ramène, en assure désormais la constante et inaltérable prospérité que nous venons proclamer ».  

On intronise ce jour-là, comme Très Puissant Souverain Grand Commandeur, le Très Illustre frère Général comte de Valence ; on accueille avec transport le duc de Choiseul.  

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE  

La suite de cet essai devra beaucoup aux travaux que nous citions en avant-propos. Nos éminents frères Albert Lantoine, Anto­nio Coen et Michel Dumesnil de Gramont ont utilisé des docu­ments dont une partie a disparu depuis et, sauf sur certains points que nous n'éluderons pas, les études plus récentes n'ont pas modi­fié foncièrement leurs conclusions, ce qui n'était pas toujours le cas pour la période antérieure à 1820.  

Les Bourbons, revenus au pouvoir, ne songent guère à inquié­ter une Franc-Maçonnerie qui ne les inquiète pas. Elle leur apparaît toujours sous son aspect véritable de bonnes gens qui se réunis­sent pour échanger des propos sans méchanceté et, dans des « agapes innocentes »,célébrer les joies de la fraternité par des cantiques d'une médiocrité ingénue.  

Quand, dans son réquisitoire contre les Quatre Sergents de La Rochelle, le procureur général fera allusion à la qualité maçonni­que de deux d'entre eux, il refusera — assez dédaigneusement — d'y voir une aggravation de leur culpabilité.  

Pourtant la Franc-Maçonnerie, par la force des choses, va se trouver amenée à seconder l'action profane des libéraux. Il nous faut tenter d'expliquer pourquoi, alors que son influence sur la Révo­lution française est, nous l'avons vu, toute relative, elle participera au mouvement insurrectionnel de 1830.  

L'Empereur Napoléon, par le Concordat avec le Pape, avait paru circonscrire d'une façon humiliante le pouvoir de celui-ci ; en réalité — la France s'en est aperçue jusqu'au vote de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat — le Vatican y avait gagné de n'être plus inquiété dans le domaine même où on le reléguait : le domaine spirituel. Depuis longtemps, toute intrusion dans le temporel lui était inter­dite, malgré ses discrètes et indiscrètes tentatives, et il ne perdait pas grand chose en fait — sinon en prestige — à voir cette inter­diction codifiée. Devenir le chef incontesté de l'Eglise catholique donnait au Pape le droit absolu de régir la spiritualité de ses minis­tres et de ses fidèles. Les parlements, au XVIII' siècle, avaient limité ce droit en en soumettant les manifestations à leur examen critique ou au bon vouloir du monarque. Leur refus d'entériner les bulles contre les francs-maçons en est un exemple typique. Après la signature du Concordat, au contraire, toute la Catholicité retour­nait sous la houlette du Saint-Père et les excommunications ponti­ficales se trouvaient reprendre, pour employer une expression maçonnique, « force et vigueur ». Résultat, abandon des loges par les ecclésiastiques et hostilités des dévots contre les francs- maçons, hostilité entretenue par des racontars de curés sans culture et, déjà, par des feuilles publiques spéculant sur la crédulité de leur clientèle. On sent dans leurs propos, comme un relent des calomnies de l'abbé Barruel.  

La haine de ces apostoliques fait, par réaction, l'objet des dis­cussions maçonniques. Comment en serait-il autrement ? Elle ris­que, en effet, de compromettre l'existence de l'Ordre si les conseil­lers écoutés de Charles X, qui sont à la tête de ce qu'on appelle alors « le parti prêtre »,arrivent à triompher de la sourde irritation des Français auxquels la Charte de 1814, leur rendant l'appellation offen­sante de « sujets », avait confisqué les conquêtes civiques de la Révolution. Aussi est-il indiscutable que si elles ne préparèrent pas la chute du régime dans le mystère de leurs travaux, les loges colla­borèrent de toute leur foi, et par l'activité belliqueuse des frères, à l'explosion de colère qui balaya le trône des Bourbons.  

C'est là un fait capital dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie.  

Jusqu'alors, on peut dire qu'elle était simplement demeurée spectatrice des événements. Le fait que certains de ses membres s'étaient trouvés mêlés comme acteurs à ces événements ne cons­titue pas une contradiction, toute liberté d'action et de pensée leur étant, comme de nos jours, constitutionnellement et effectivement laissée. Mais après les Trois Glorieuses, nous la verrons se vanter — pour la première fois — d'avoir aidé à l'instauration d'une ère moins rétrograde. Nous ne disons pas une ère libérale parce que le roi citoyen aura vite fait de décevoir les espérances de ses premiers partisans. La fête qu'elle offre au général La Fayette, à l'Hôtel de Ville de Paris, l'exaltation de ses héros morts pour la « cause sacrée », ses chants et ses discours témoignent nettement de ses soucis politiques. Le Rite Ecossais, certes, participe à la joie géné­rale, puisque c'est son Grand Commandeur, le duc de Choiseul, qui préside la cérémonie en l'honneur du «libérateur des deux mon­des », mais on sent néanmoins qu'il ne voulait pas que cette atti­tude de l'Ordre, bien que justifiée par un sûr instinct de défense, déterminât une orientation contraire à ses principes. La preuve en est que, lorsque des combattants de juillet 1830, francs-maçons, voudront, sous les auspices de La Fayette lui-même, qui accepte d'être leur Vénérable d'honneur, créer une loge nouvelle sous le titre Les Trois Jours, ils échoueront en dépit ou à cause de leur programme d'action.  

On vient d'étudier la brève histoire de cet atelier au titre dou­blement symbolique. Son état-major comprenait les Maçons les plus éminents, outre La Fayette, le député Alexandre de Laborde, le ban­quier Laffitte, Vénérable, le Maire du 4e arrondissement, Ch. Cadet de Gassicourt, le docteur de Laborde, le futur ministre Odilon Bar­rot, et l'explorateur Crampel. Mais lors de son installation, le géné­ral Ch. Jubé, Grand Secrétaire Général du Suprême Conseil, lui retira sa patente, compte tenu du fait qu'avant même l'intégration la loge avait suivi, bannière déployée, le convoi funèbre du général Lamarque et qu'elle prétendait, le jour de son installation même, procéder à l'admission d'un réfugié polonais. L'appel interjeté, sou­tenu mollement ou pas du tout par les fondateurs qui appartenaient au Suprême Conseil fut vain et, en application du règlement, cette loge disparut.  

Louis-Philippe, dont on escomptait la reconnaissante bienveil­lance et qui, espérait-on, placerait ou laisserait placer son fils à la tête de l'Ordre, se montrait du reste déjà sournoisement hostile aux institutions comme aux hommes qui l'avaient porté au pouvoir.  

De son côté, la Franc-Maçonnerie témoignait d'une prudente discrétion et se repliait sur sa véritable tradition.  

Elle venait de sortir de sa tour d'ivoire. Précédent dangereux. A raisonner dans l'absolu, on lui a parfois donné tort. Mais il est des circonstances dans la vie des peuples qui dépassent la volonté des individus et qui prouvent la faillibilité de leurs lois. Tolstoï l'a montré d'une façon prophétique dans La Guerre et la Paix. Et nous l'avons constaté nous-mêmes lorsqu'au moment d'une affaire fameuse, des savants jusqu'alors réputés pour leur dédain des contingences, des écrivains d'un scepticisme presque ostentatoire, voire des Sociétés scientifiques, se mêlèrent au conflit d'ordre idéologique qui divisait le pays en deux camps résolument adver­ses. Le danger de tels gestes est qu'on retrouve difficilement la. sérénité perdue.  

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LA IIe REPUBLIQUE  

Après la chute de Louis-Philippe, d'autres frères aux tendances politiques « opératives » eurent l'idée de fonder une obédience nouvelle qui, s'appuyant sur les principes de 1848 ne se désintéresserait point de la chose publique. Cet engagement politique, qui commença par une réunion à l'Hôtel de Ville et une manifestation en faveur du Gouvernement Provisoire de la République aboutit d'une part à pro­voquer une harangue de Lamartine, et d'autre part à créer une Grande Loge Nationale de France. Convaincus d'être dans la Vérité maçonnique, et d'accomplir la volonté du Grand Architecte de l'Uni­vers ses fondateurs commencèrent par décréter l'abolition des Hauts Grades et de l'inamovibilité des fonctions.  

Cette obédience comptait au départ sept loges dont cinq trans­fuges du Suprême Conseil, les Trinitaires (n° 3) , les Commandeurs du Mont Liban (16) , les Patriotes (38) , les Invisibles Ecossais (65) , l'Etoile de Bethléem (90) .  

Mais les dissidents restaient encore fidèles aux traditions du rite, ce qui n'arrangeait rien. Ils avaient mis à leur tête le docteur du Planty, maire de Saint-Ouen, et créé une loge La Fraternité à l'Orient de Montmartre.  

Face à ce schisme qui pouvait être inquiétant, l'obédience écos­saise se contenta de parler de manifestations soi-disant maçonni­ques et de prendre au coup par coup des mesures feutrées qui allè­rent pourtant jusqu'à l'exclusion sans éclat de loges ou de frères, pendant qu'on pouvait faire état des « frères restés fidèles à leur serment ».  

De son côté, le Grand Orient ne perdait pas de temps. Dans son convent de 1849, se refusant à faire la part du feu, il jugea néces­saire de définir ses principes et d'affermir sa régularité en précisant une obligation jusque-là restée vague.  

Après rapport, débat et vote, l'Assemblée générale vote un article ter de la Constitution du Grand Orient de France qui précise que « La Franc-Maçonnerie a pour principe l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. » Malgré un correctif sur la liberté de conscience, cette affirmation dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est dogmatique paraît, avec le temps, assez peu adéquate. Mais elle permettait, alors, d'espérer l'audience d'une clientèle assez large, car elle intéressait un secteur d'opinion hostile au « Roi Citoyen », mais « voltairien ». Ce secteur allait jusqu'aux curés bénisseurs d'arbres de la liberté et on pourrait, rien que d'après Balzac, en faire une étude instructive.  

Pour en revenir à la Grande Loge Nationale, elle provoqua le 30 octobre 1850 l'envoi par le Ministre de l'Intérieur d'une circulaire aux Préfets dans laquelle il dit :  

... L'Administration ne reconnaît une existence régulière qu'aux loges « qui sont placées sous l'obédience du rite français et écossais et du Suprême Conseil.  

Toute société maçonnique qui ne se rattacherait pas directement à l'une ou l'autre de ces deux branches de la franc-maçonnerie, devra être assimilée aux sociétés secrètes ordinaires... »  

Trois mois plus tard, le Préfet de Police de Paris, fonctionnaire de la 2e République, interdisait une obédience qui avait le défaut d'être républicaine et aussi de prétendre « qu'il ne soit rien fait sans qu'on ait à compter sur elle. »  

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LE SECOND EMPIRE  

Les deux organisations qui se trouvent ainsi régularisées par un ukase officiel ont-elles tenu à justifier cette confiance en reve­nant à la pure tradition maçonnique ? On est obligé de le croire car enfin — et cette constatation doit bien gêner les anti-maçons qui, au cours de l'histoire, s'obstinent à classer toujours l'Ordre parmi les groupements d'avant-garde — on ne la voit guère se mani­fester lors du Coup d'Etat de décembre 1852. Une adresse du Grand Orient deux mois auparavant le montre même, cette fois encore, impérialiste avant l'Empire.  

Les travaux de cette obédience ne prêtent guère à suspicion. Malheureusement des rivalités d'ordre intérieur et assez vives, au sujet de la Grande Maîtrise que se disputent un moment le prince Murat et Jérôme Napoléon, provoquent l'intervention de Napo­léon Ill. La tactique de l'oncle inspire le neveu. Et alors paraît sa décisions dans I' « Officiel » du 2 janvier 1862 : « Napoléon, vu les articles, etc., etc., considérant, etc., avons décrété et décrétons ce qui suit... S. Exc. le Maréchal Magnan est nommé Grand Maître du Grand Orient de France ». Magnan n'était même pas maçon.  

Le coup est rude ; non pas qu'a priori le maréchal Magnan déplaise, mais le procédé choque. Certes ce n'était pas la première fois que I'Etat imposait son favori, mais en sauvant la Forme ; le vote des frères entérinait. D'ailleurs, souvent l'Ordre lui-même, pour témoigner de son loyalisme, avait demandé au pouvoir de lui désigner un chef. En 1862, c'est la carte forcée, contre laquelle on ne peut rien, sinon se montrer assez souple pour — et c'est ce qui arri­vera — reconquérir le droit d'élection. Et les bulletins alors consa­creront le choix de l'Empereur en maintenant à son poste de Grand Maître le maréchal Magnan.  

Celui-ci, pour ajouter à son prestige et satisfaire à la volonté évidente de l'Empereur, veut obliger le Suprême Conseil à fusion­ner avec le Grand Orient. Ainsi se trouverait justifié ce titre qu'il arbore orgueilleusement, mais inexactement : Grand Maître de l'Or­dre maçonnique en France. Le Rite Ecossais renâcle. En somme c'est son suicide qu'on lui demande. Déjà, depuis sa naissance, les offres les plus tentatrices lui avaient été faites pour une absorption sans douleur.  

Cette fois la situation est grave, car — fait encore unique dans l'histoire de l'Institution — le Pouvoir jette son glaive dans la balance. Résister à la volonté de l'empereur eût été impossible si le Suprême Conseil n'avait eu à sa tête un assez mauvais coucheur, l'écrivain et homme politique Viennet. Il a pour lui le bénéfice de son rang social — il est membre de l'Académie française — et le bénéfice de son grand âge. Il est royaliste. Il a fait partie de cette cohorte de collaborateurs du Constitutionnel que l'on appelait les « Voltairiens de la droite » ou « les hérésiarques de la légitimité » — et il est demeuré fidèle à ses convictions monarchistes. Raison de plus pour le réduire ? Non. Tout gouvernement pactise avec ses adversaires. C'est son intérêt, surtout pour des affaires d'une impor­tance bien secondaire.  

Viennet refuse de se soumettre au désir impératif du maré­chal Magnan ; ses missives témoignent de l'orgueil de son Rite. Magnan insiste, pis, il menace. Viennet va trouver l'empereur. L'em­pereur n'est pas méchant. Il compatit au fond à la révolte sentimen­tale de ce vieillard qui ne veut pas se rendre. On l'imagine calmant l'impatience du maréchal : «Laissons-le tranquille... Il a quatre-vingt- huit ans... Quand il ne sera plus là... ». D'autre part, il sait bien que le Rite Ecossais est peut-être royaliste, mais que son caractère initiatique peu enclin aux aventures, ne le rend guère inquiétant pour le régime. Le Suprême Conseil est surtout préoccupé d'interna­tionalisme, non dans l'acception antipatriotique que des malveillants pourraient donner à ce mot, mais pour un apostolat de fraternité. D'autres Suprêmes Conseils se sont créés dans maintes nations par des statuts précis où sont affirmés la croyance en Dieu et le respect des lois et, par leur confédération, ils aident à l'interpéné­tration des esprits et conséquemment au rapprochement des peu­ples.  

Quand Viennet meurt, après Magnan, l'attention gouvernemen­tale est accaparée par bien d'autres soucis. La Franc-Maçonnerie d'ailleurs ne fait guère parler d'elle ; un de ses membres, le docteur Buchtold-Beaupré, dans son livre Isis ou l'Initiation maçonnique, va même jusqu'à lui reprocher « son abstention ou sa réserve dans les grandes luttes politiques et religieuses du jour ». L'Institution est vraiment fidèle à sa doctrine première qui ne prescrivait aucune foi, mais il n'y a guère d'exemple qu'à cette époque un rite accueil­lît un seul néophyte se proclamant nettement athée. Même, en 1875, au Rite Ecossais (nous anticipons un peu sur les événements mais ce détail trouve ici sa place et son considérable intérêt), la loge des Coeurs Unis refuse un candidat qui n'avait pas voulu reconnaître l'existence du Grand Architecte, « ce qui, disait le rapport envoyé au Pouvoir Central, est contraire à nos Règlements ».  

La Franc-Maçonnerie, sous le Second Empire, y gagne du moins d'être bien vue et à la Cour, et à la Ville. Quand la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui, assez inquiétante par ses menées politiques, refusa la reconnaissance publique qu'on lui avait offerte, le mini­tre, M. de Persigny, opposa officiellement (circulaire du 16 octobre 1861) le bon esprit de la Franc-Maçonnerie à l'attitude méfiante de la Société. Cela devait susciter de la part de Mgr Dupanloup une protestation enflammée. L'influence du maréchal Magnan aidait à cette heureuse réputation.  

En effet, tout système, aussi fâcheux soit-il, ne va pas sans quelques avantages compensateurs : ces grands Maîtres toujours choisis parmi les personnages haut placés non seulement protègent l'Ordre, mais celui-ci profite moralement de leur situation dans le monde profane. Cela ne fut pas seulement au XVllle siècle, mais pen­dant tout le XIXe siècle jusqu'en 1871. Les francs-maçons jouirent jusqu'à l'avènement de la troisième République d'une considération évidente parmi toutes les classes de la société. Ils avaient des enne­mis parmi les catholiques, certes, mais des ennemis qui n'étaient jamais parvenus à les salir dans l'opinion de leurs contemporains. Ils gardaient le prestige d'avoir eu dans leurs rangs des hommes célèbres par leur talent, leurs mérites, et même par leur naissance.  

Lorsque ceux qu'on appelait les libres-penseurs étaient malme­nés par leurs adversaires dans les assemblées représentatives, on évitait de les confondre avec les francs-maçons. Combien cette remarque est révélatrice d'un état d'esprit qui nous étonne aujour­d'hui ! Pour ceux qui la pourraient trouver insuffisamment fondée, nous citerons ce fragment du discours que Sainte-Beuve prononça au Sénat, en 1868, au sujet des « tendances matérialistes de l'ensei­gnement ». Nous le relevons dans le Moniteur Universel du mer­credi 20 mai 1868 :  

« ... Est-ce parce que les esprits faisant partie de cette classe ne sont pas associés, affiliés entre eux, comme cela a lieu pour les sectes et communions religieuses ? Je serais presque tenté de le croire, car du moment qu'il y a un lien d'association comme dans l'Ordre de la Franc-Maçonnerie par exemple, oh ! alors on cesse d'être injurié, répudié, maudit — je ne dis pas dans les chaires sacrées, c'est leur droit — mais dans les assemblées publiques et politiques. Si l'on parlait ici dans le Sénat des francs-maçons comme on y parle habituellement des libres-penseurs, on trouverait assu­rément quelqu'un de haut placé °pour répondre. » (Sourires, les regards se portent sur le général Mellinet qui prend part lui-même à l'hilarité). (Le général Mellinet était alors Grand Maître du Grand Orient, mais à la différence du maréchal Magnan, il était maçon depuis de longues années) .  

LA FRANC-MAÇONNERIE SOUS LA IIIé REPUBLIQUE  

Une grande partie de la Maçonnerie, et notamment certains de ses dirigeants les plus importants, allait changer de cap. Bonapar­tistes sous l'Empire, ils allaient être, sous la Ille République, républi­cains avancés.  

La décennie 1871-1881 fut une nouvelle période tournante. Si, aux témoignages tardifs de Léo Taxil ou de partisans à oeillères, la Commune de Paris fut une oeuvre maçonnique, les contemporains comme Louise Michel, Maxime du Camp ou un des principaux acteurs, le frère Thirifocq, montrent bien qu'il y eut, comme sous la Révolution française, des partisans dans les deux camps. Comme l'obédience écossaise était mieux implantée à Paris que ne l'était le Grand Orient et qu'elle comptait de nombreux fédérés ou sympathi­sants, le frère Malapert, Grand Orateur du Suprême Conseil et son représentant à Paris se borna à inviter les membres de celui-ci à ne pas engager l'Ordre dans son ensemble. Mais le Préfet Babeau ­Laribière, Grand Maître du Grand Orient et plusieurs de ses Grands Officiers stigmatisèrent les partisans de la Commune, même dans leur action comme libres citoyens. Il avait l’excuse d’être un haut fonctionnaire de province et sans doute assez mal informé de l'esprit des Parisiens, ce qui s'explique aisément, étant donné les circonstances dans leur ensemble.  

La République instituée, puis passée aux mains des républi­cains, comment expliquer le revirement qui s'est produit dans l'es­prit d'une certaine élite sociale et, avouons-le, dans l'opinion publi­que, touchant la renommée de la Franc-Maçonnerie ? Elle le doit certainement à la campagne menée par les cléricaux, mais aussi à ses propres fautes. L'avènement de la République porta au pouvoir plusieurs de ses membres qui avaient appris à penser à l'intérieur de ses temples et qui se trouvèrent devoir mettre en pratique le libéralisme de son enseignement.  

Il devient alors de plus en plus difficile à l'Ordre de se tenir à l'écart des événements profanes — et ce d'autant plus que la Répu­blique assez mal assise va encore avoir à se débarrasser de certai­nes erreurs qui nuisent à son épanouissement. On discute la loi Falloux. L'ecclésiastique a encore une influence considérable dans les rouages de l'Etat...  

Le succès grise. Les jeunes francs-maçons voudraient «extério­riser » la Franc-Maçonnerie. Certains d'entre eux, comme Gambetta, Jules Ferry, Brisson, Floquet, Camille Pelletan, Georges Perin, Edouard Lokroy, Wyrouboff, Millet le sculpteur, le docteur Lanne­longue, etc., dont beaucoup, comme les neuf derniers, appartien­nent à des loges écossaises, voudraient pousser le Suprême Conseil à sortir de sa réserve. Ils proposent des innovations dans la consti­tution que désapprouvent les Grands Commandeurs —même des chefs comme Adolphe Crémieux dont le républicanisme n'est pour­tant pas suspect. On voudrait jeter par-dessus bord le Grand Archi­tecte de l'Univers. Le Grand Orient le fait en 1877 en rejetant de sa « Déclaration de principes » la croyance en Dieu et à l'immortalité de l'âme. Pourquoi le Rite Ecossais n'imiterait-il pas un exemple aussi méritoire ? Le Suprême Conseil tergiverse, élude, accorde des concessions qui ne touchent pas au point névralgique du débat, c'est-à-dire à son propre pouvoir dictatorial qui semble aux révolu­tionnaires un anachronisme inadmissible. Et cela dure jusqu'au jour où des loges intransigeantes se séparent de lui — en 1880 — pour fonder une obédience aux tendances nettement politiques : La Grande Loge Symbolique Ecossaise. Douze Loges font ainsi dissi­dence.  

Le Suprême Conseil, cédant à la force des choses, accordera à ses Loges Bleues (du le' au 3e degré) de tels avantages, que la Grande Loge Symbolique Ecossaise ralliera le bercail pour fonder avec les ateliers demeurés fidèles l'organisme qui existe de nos jours sous le titre de Grande Loge de France (1894). En 1905, ces avantages iront même jusqu'à une complète autonomie, de sorte que le Rite se trouve actuellement scindé en deux parties qui cons­tituent néanmoins l'unité écossaise : le Suprême Conseil qui conti­nue d'administrer autocratiquement les ateliers du 4e au 33e degré, et la Grande Loge de France qui est une organisation à forme démo­cratique, sous la juridiction de laquelle travaillent les ateliers du 1" au 36 degré.  

CONCLUSION  

Dans la mesure où ils peuvent être connus et étudiés pour la période plus proche de nous, les grands événements du XXe siècle feront l'objet d'une publication plus complète dans les numéros à venir des Points de Vue Initiatiques. Ce qu'il nous faut retenir en terminant cette esquisse dont nous espérons qu'elle n'est ni trop ardue, ni trop absconde, même pour le moins averti de nos amis, c'est que depuis le Convent auquel furent conviés, par le Suprême Conseil de Suisse, à Lausanne en 1875 tous les Suprêmes Conseils existant alors, le Suprême Conseil de France, puis la Grande Loge de France s'efforcèrent, par d'incessants retours aux sources, d'être les conservateurs éclairés des plus pures traditions de la franc- maçonnerie universelle, sans se laisser influencer ni par les gau­chissements possibles des uns ou des autres, ni par les querelles de doctrine provoquées par les circonstances et les fluctuations d'un moment, l'Ordre Maçonnique se devant, d'une part, de favo­riser dans un véritable humanisme le rôle individuel de chacun de ses membres, d'autre part de rester, quant à lui, sereinement hors du temps et des querelles.  

Cette conception de l'ordre était rigoureusement conforme aux principes de la Franc-Maçonnerie Universelle, tels que la Grande Loge de France devait les formuler en 1966 :  

« La Franc-Maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité.
Elle constitue une alliance d'hommes libres et de bonnes mœurs, de toutes races, de toutes nationalités et de toutes croyan­ces.
La Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement moral de l'humanité.
A cet effet, les Francs-Maçons travaillent à l'amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel que sur le plan du bien-être matériel.
Les Francs-Maçons se reconnaissent comme Frères et se doi­vent aide et assistance, même au péril de leur vie. Ils doivent, de même, porter secours à toute personne en danger.
Dans la recherche constante de la vérité et de la justice, les Francs-Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite.
Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression.
Ils recherchent la conciliation des contraires et veulent unir les hommes dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun.
Ils considèrent le travail comme un devoir et un droit.
Les Francs-Maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement.
Ils sont des citoyens éclairés et disciplinés et conforment leur existence aux impératifs de leur conscience.
Dans la pratique de l'Art, ils veillent au respect des règles traditionnelles, us et coutumes de l'Ordre.
Les Francs-Maçons, dans la poursuite commune d'un même idéal, se reconnaissent entre eux par des mots, signes et attouche­ments qu'ils se communiquent traditionnellement en Loge au cours des cérémonies initiatiques.
Ces mots, signes et attouchements, de même que les rites et les symboles font l'objet d'un secret inviolable et ne peuvent être communiqués à quiconque n'a pas qualité pour les connaître.
Chaque Franc-Maçon est libre de faire ou de ne pas faire état de sa qualité, mais il ne peut dévoiler celle d'un Frère.
Les Francs-Maçons s'associent entre eux pour constituer, conformément à la tradition maçonnique, des collectivités autono­mes qui prennent le nom de Loges.
Toute Loge se gouverne conformément aux décisions prises par la majorité des Maîtres-Maçons réunis en Tenue d'Obligation, mais elle ne peut s'écarter des principes généraux de la Franc- Maçonnerie ni des lois de l'Obédience à laquelle elle appartient.
Les Loges se groupent en Grandes Loges, Puissances natio­nales et indépendantes, gardiennes de la Tradition, exerçant juri­diction exclusive et sans partage sur les trois grades de la Franc- Maçonnerie symbolique : Apprenti, Compagnon et Maître-Maçon.
Les Grandes Loges se gouvernent conformément aux prin­cipes traditionnels de l'Ordre Universel, à leurs propres constitu­tions et aux lois qu'elles se sont régulièrement données.
Elles respectent la souveraineté et l'indépendance des autres Puissances maçonniques et s'interdisent toute ingérence dans leurs affaires intérieures.
Elles entretiennent entre elles des relations nécessaires à la cohésion de l'Ordre Universel.
Elles s'abstiennent de délivrer patente à des Loges hors de leur territoire national, sauf dans les pays où il n'existe pas de Puissance Maçonnique régulièrement constituée.
Elles concluent librement des traités et des alliances frater­nelles entre elles, mais ne reconnaissent aucune autorité maçon‑
nique nationale ou internationale supérieure à la leur.
Elles arrêtent souverainement leur réglementation et assurent seules leur administration, leur justice et leur discipline intérieure.
Ainsi est maintenu le caractère universel de l'Ordre Maçonnique dans le respect de la personnalité de chaque corps maçonnique national, dans celui de l'autonomie de chaque loge et dans celui de la liberté individuelle de chaque Frère afin qu'entre tous les Francs- Maçons règnent l'Amour, l'Harmonie et la Concorde. »

     

DECLARATION DE PRINCIPES DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE    (5 décembre 1953)  

I. — La Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.  

II. — Conformément aux traditions de l'Ordre, Trois Grandes Lumières sont placées sur l'autel des Loges : l'Equerre, le Compas et un Livre de la Loi sacrée.  

Les obligations des Maçons sont prêtées sur ces trois Lumières.  

III. — La Grande Loge de France proclame son indéfectible fidé­lité et son total dévouement à la Patrie.  

IV. — La Grande Loge de France ni ses Loges ne s'immiscent dans aucune controverse touchant à des questions politiques ou confessionnelles. Pour l'instruction des Frères, des exposés sur ces questions, suivis d'échange de vues, sont autorisés. Toutefois, les débats sur ces sujets ne doivent jamais donner lieu à un vote, ni à l'adoption de résolutions, lesquels seraient susceptibles de contraindre les opinions ou les sentiments de certains Frères.  

V. — En ce qui concerne les principes autres que ceux définis ci-dessus, la Grande Loge de France se réfère aux » Anciens Devoirs »,notamment quant au respect des traditions de la Franc- Maçonnerie et quant à la pratique scrupuleuse et sérieuse du Rituel et du Symbolisme en tant que moyens d'accès au contenu initiatique de l'Ordre.

 

Source : www.ledifice.net

 

Partager cet article

Commenter cet article