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Hauts Grades

Esséniens et Franc-Maçonnerie

10 Novembre 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Suivant l'Histoire Mythique des francs-maçons, la Franc-Maçonnerie ne cessa, dès les origines, d'être transmise et pratiquée au cours des âges de l'humanité.
C'est pourquoi, dans les périodes historiques qui nous sont connues, la tentation est grande de rechercher certains maillons de la chaîne, les ancê­tres spirituels en quelque sorte. Ainsi, les Templiers, les Quabbalistes du Moyen-âge, les Gnostiques du début du Christianisme ont-il fait l'objet de telles investigations, sans oublier - plus loin dans le temps - l'enseigne­ment des Temples Egyptiens.
Moins revendiqués, peut-être parce que moins connus, les Esséniens méri­tent d'attirer notre attention. Cette communauté juive qui résidait à Qumran - sur les rives de la Mer Morte - durant le premier siècle avant J.C. et qui fut dispersée quelques années avant la destruction du second Temple de Jérusalem (en 70 après J.C.) nous était connue par divers tex­tes historiques émanant de Philon d'Alexandrie, Flavius-Josephe et Pline l'Ancien.
Ces textes insistaient sur le caractère exceptionnel de la communauté, la sainteté de ses mœurs, le désintéressement total de ses membres et leur pratique assidue de toutes les vertus.
Depuis 1947, les Esséniens sont devenus infiniment célèbres avec la découverte des Manuscrits de la Mer Morte, Manuscrits qui compre­naient, entre autres, des documents internes à la communauté, tels les Hymnes, le Règlement de la Guerre des Fils de la Lumière contre les Fils des Ténèbres et le rouleau de la Règle appelé encore Manuel de Discipline.
Dès lors, l'intérêt est grand pour nous d'étudier les conceptions et les règles de fonctionnement d'une société initiatique au ter siècle avant notre ère.
Société initiatique, le fait est incontestable !
Les membres de la communauté de Qumran ne se contentent pas de prati­quer toutes les vertus ; leur objectif est la connaissance, celle des lois cos­miques et des mystères de la création. A cet effet, un enseignement ésoté­rique leur est dispensé, de manière progressive, suivant l'évolution de leur capacité de réception.
Écoutons, à ce sujet, le rouleau de la Règle (IX - 18 - 19) : «chacun, selon son esprit, selon le moment déterminé du temps, il les guidera dans la Connaissance ; et, pareillement, il les instruira des Mystères merveilleux et véridiques au milieu des membres de la communauté».
Par contre, rien ne doit être révélé aux «hommes de perversion », les pro­fanes extérieurs à la communauté «même au prix de la mort ».
Quant au mode d'enseignement, Philon d'Alexandrie nous avait déjà ren­seigné à son sujet : «le plus souvent, c'est au moyen de symboles que l'enseignement est donné chez eux, suivant une antique méthode de recherche».
Méthode symbolique, enseignement ésotérique, recherche de la connais­sance joints à un travail sur soi-même qui vise à triompher des passions pour atteindre la «liberté véritable» (Philon). Inutile d'insister pour sou­ligner la parenté avec les principes maçonniques !
Les parallèles ne s'arrêtent pas là, mais avant de poursuivre leur énuméra­tion et de parvenir au plus troublant d'entre eux — la conception essénienne du Temple — il convient de signaler deux grandes différences qu'il ne faut pas perdre de vue pour éviter les assimilations hâtives :
- En premier lieu, la communauté des Esséniens a un caractère résolu­ment religieux et l'aspect initiatique, précédemment évoqué, est insépara­ble d'un intense mysticisme dont la Franc-Maçonnerie moderne ne se fait plus l'écho.
- La seconde grande différence est que la notion, essentielle en Franc- Maçonnerie de Tolérance, ne trouve pas de correspondance chez les Esséniens. Hors de la secte, pas de vérité ni de salut !
Ces deux importantes réserves concernant l'aspect religieux et quelque peu sectaire de la communauté étant faites, nous pouvons reprendre l'examen rapide des règles qui la gouvernent.
Toutes les caractéristiques d'une société initiatique s'y retrouvent. Les candidats sont examinés par un Inspecteur et, s'ils sont acceptés, doivent accomplir une année de postulat et deux années de noviciat.
Au terme du noviciat, le candidat est pleinement intégré à la commu­nauté, ses biens sont mêlés à ceux des autres, il acquiert le droit de partici­per au repas commun, ainsi que le droit de donner son avis et de voter.
La cérémonie d'intégration comporte un serment, notamment de ne jamais révéler aux profanes les doctrines internes, sous peine des plus effroyables châtiments si on venait à trahir.
A l'intérieur de la communauté règne une stricte hiérarchie fondée à la fois sur l'ancienneté et sur le mérite, ainsi qu'une discipline rigoureuse. Lors des séances, chacun se lève lorsque son tour est venu de parler et il est rigoureusement interdit d'interrompre un Frère - car c'est aussi le nom qu'ils se donnent - au cours de son intervention.
Les Frères se doivent mutuellement bienveillance, courtoisie, amour réci­proque et entr'aide. Mais il existe aussi un devoir de remontrance, car tous sont solidaires et chacun est responsable du progrès et de l'évolution de l'autre.
Toutes ces règles sont incontestablement très voisines des règles maçonni­ques, mais on pourrait en dire autant à l'égard de nombreuses commu­nautés ou sociétés à caractère initiatique.
Il existe toutefois une parenté, plus troublante que toutes les précédentes, entre les Esseniens et la Franc-Maçonnerie telle que nous la connaissons. Cette parenté réside dans la conception même du Temple et de sa cons­truction.
Pour apprécier cette parenté à sa juste valeur, il faut rappeler qu'à l'épo­que où la communauté de Qumran vécut, le Temple de Jérusalem — lieu vénéré entre tous dans le judaïsme — n'était pas encore détruit. Pourtant, les Esseniens considèrent l'édifice sacré avec méfiance et n'y accomplis­sent pas leurs sacrifices.
Ecoutons Henri Corbin dans son ouvrage « Temple et Contemplation» :
«Face au second Temple désormais souillé et profané et dont elle s'est séparée, la communauté de Qumran a conscience de constituer elle- même, symboliquement, le Nouveau Temple comme Temple Spirituel. Miqdash Adam : la traduction par «temple humain » est déjà éloquente. Celle que propose Gartner est plus précise : «un temple d'hommes », c'est-à-dire un temple consistant en hommes. La communauté comme «maison de Dieu» porte le sceau de l'éternité : le Temple éternel est désormais en voie de réalisation dans la communauté. Les sacrifices offerts dans ce Temple, constitué par les membres de la communauté, sont de nature purement spirituelle»...
Allons plus loin. Les Esséniens reprennent et adaptent le verset célèbre d'Isaïe (28-16) :
«Voici, j'ai mis en Sion une pierre, une pierre éprouvée, une pierre angu­laire de prix, solidement posée ; celui qui la prendra n'aura pas hâte de fuir».
Ainsi que l'indique Henri Corbin : «l'herméneutique Qumranienne met au pluriel «les pierres éprouvées ». Le fondement, posé par Dieu, le rocher, ce sont les vérités que l'Herméneutique de la Torah, la loi juive, révèle à la communauté. Les «pierres éprouvées» sur lesquelles est basée la nouvelle alliance, ce sont les membres de la communauté.
Ainsi, non seulement les Esséniens poursuivent l'idéal de construction d'un Temple éternel, universel, de nature purement spirituelle - ce qui est caractéristique de la Franc-Maçonnerie - mais encore ils utilisaient, pour les hommes appelés à construire ce Temple, le symbolisme - omni­présent en Franc-Maçonnerie - de la pierre brute qui doit être taillée, ce qu'ils nommaient «pierres éprouvées ».
Une remarque sur le symbolisme, si important, de la pierre.
En Hébreu, la pierre se dit Even, mot particulièrement intéressant car on retrouve dans sa composition le mot Av qui signifie «le père» et le mot Ben qui signifie «le fils ». Mot à mot, on peut traduire Even par « fils du père ». ou « fils du principe premier ». Ce qui fait dire aux commentateurs que la pierre représente l'homme conscient de sa filiation divine, l'homme spirituel.
Cette remarque explique en partie la pérennité du symbole de la pierre pour représenter l'homme en voie d'initiation.
L'assemblage des «pierres éprouvées» doit permettre la construction du Temple Universel. Cet idéal de construction puise sans doute son origine à la source même de la tradition judo-chrétienne, dans le livre de la Genèse (II.3).
« Elohim bénit le septième jour et le sanctifia, car en ce jour il se retira de toute l'oeuvre qu'il avait créée pour qu'elle soit faite (traduction de Zohar) ».
Ce verset, très commenté en Quabbale a des conséquences importantes. Il implique qu'Elohim a créé l’œuvre en principe (c'est l'une des traductions du mot Bereschit «au commencement ») qu'il en a tracé les plans, mais qu'elle reste à faire, à construire, suivant la volonté de l'Architecte. Et c'est évidemment la vocation de l'homme, maçon sur le chantier de l'édi­fice en construction.
L'édifice est un Temple, car le Temple est le lieu où doit s'établir la com­munication entre l'homme et Dieu. Il est ainsi sous-entendu que l'établis­sement de cette communication est le but même de la création.
L'originalité des Esseniens — et c'est là leur principale parenté avec la Franc-Maçonnerie — est d'avoir dépassé l'idée de l'existence obligatoire d'un édifice matériel. L'ensemble des hommes composant la commu­nauté représente le véritable Temple éternellement construit par le travail de chaque membre sur lui-même. Et ce Temple a vocation de s'étendre à l'infini par tous les nouveaux volontaires qui viennent rejoindre la com­munauté.
Comme souvent dans les époques troublées, les Esseniens croyaient la fin des temps proche. Le Temple serait bientôt achevé et, dans une sorte d'apocalypse, les fils de la lumière triompheraient définitivement des fils des ténèbres.
Il faut bien reconnaître que, vingt-et-un siècles plus tard, la construction se poursuit toujours et que les ténèbres sont loin d'être dissipées. Toute­fois, le message de Qumran garde sa valeur :
Le Temple de Jérusalem, sur la souillure et la destruction duquel des générations de juifs se sont lamentées est le symbole de la désacralisation de l'homme lui-même considéré comme Temple.
L'Homme, gouverné par ses passions, détournant ses regards du ciel pour se consacrer exclusivement à la Terre, figure le Temple souillé que la pré­sence divine (la Schekinah) a déserté et qui sera détruit.
Par contre, construire le Temple, rétablir la communication entre ciel et terre, c'est faire le Temple en soi, pratiquer l'ascèse initiatique que les Esséniens - il faut bien le dire - ont poussé jusqu'à son ultime perfection.
Vers l'année 63 après J.C., la communauté de Qumran fut dispersée et partit en exil. On retrouve sa trace à Damas, grâce à l'écrit qui fut retrouvé dans une synagogue du Caire et qui porte le titre «Ecrit de Damas ». Puis les Esséniens disparaissent définitivement de l'Histoire que nous connaissons.
Mais, il est évident que leurs enseignements ont survécu.
A travers la Quabbale, c'est certain : ainsi que le note Dupont-Sommer «la secte essenienne, ainsi que certains auteurs l'avaient antérieurement pressenti, semble avoir été le foyer initial de ce mysticisme, de cet ésoté­risme juifs qui connurent au Moyen-Age, notamment avec la Quabbale, d'extraordinaires développements.
Et, à travers la Quabbale, dont l'influence sur l'élaboration des rituels maçonniques est généralement reconnue, c'est probablement la Franc- Maçonnerie elle-même qui véhicule aujourd'hui le message fondamental des Esseniens, vérifiant ainsi la réalité de cette chaîne traditionnelle qui était évoquée tout à l'heure.
Au ler siècle avant notre ère, les hommes de Qumran utilisaient un symbolisme de construction très voisin du symbolisme maçonnique. Sur les rives de la Mer Morte était déjà posé - comme l'exprime l'hymne VI «le fil à plomb de vérité pour contrôler les pierres éprouvées ».
Ces hommes bâtissaient Miqdash Adam «le Temple de l'Homme », cons­cients que l'édifice à construire, suivant les plans de l'Architecte est lié à l'évolution de l'homme par l'effort et la connaissance.

Source : www.ledifice.net

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