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Hauts Grades

Etude sur les Trois Piliers

23 Avril 2013 , Rédigé par C\ T\ (Par) Publié dans #Planches

J'ai été très heureux lorsqu'à un Convent, j'ai vu adopter une question se référant aux trois piliers, car on n'en parle jamais de ces fameux piliers ; ils ne figurent malheureusement même plus dans la majorité des Temples. Ce symbole, qui est certainement le plus profond de tous ceux proposés à notre méditation, est en général presque ignoré de nombreux initiés, et j'espère que le travail qui vous est proposé aura comme bienfaisante conséquence d'appeler l'attention sur la valeur ésotérique de notre Initiation.

Il est vrai que la question, telle qu'elle est formulée - rappelons en les termes : « Etude des Vertus et des Principes maçonniques évoqués par le symbolisme des 3 Piliers. » semble tendre à en restreindre la portée à une morale élémentaire...

Quelles sont les vertus dont s'agit ? La Force est bien une « vertu cardinale » selon la classification ecclésiastique, mais la Beauté ne l'est pas. Elle peut néanmoins acquérir la qualité de Vertu, si elle s'identifie à la Charité - ou amour de ses semblables - de même que la Force s'épanouira dans l'Espérance et la Sagesse dans la Foi. Vous apercevez de suite la correspondance des 3 Piliers de loge bleue avec les colonnes que vous rencontrerez dans un grade d'essence purement gnostique. Mais il est encore trop tôt d'en parler. L'étude des vertus et des principes maçonniques est certes très utile, mais pour que ces derniers soient valablement évoqués, il est d'abord indispensable de bien connaître le symbolisme des 3 Piliers. C'est sur cette étude que nous allons nous concentrer plus spécialement.

LES PILIERS ET LES COLONNES

D'abord que sont ces Piliers, dont deux portent le même nom que les deux colonnes J B situées à l'entrée du Temple. Où figurent-ils ? Quel est leur rôle et qu'ont-ils de commun avec les 3 chandeliers, dont il est question dans certains rituels et particulièrement au rite écossais adopté par le Droit Humain ? Je vous avoue ne pas avoir étudié cette parenté et j'en étais à chercher la solution de ce problème, rituellement très important, lorsque me parvint, voici quelques jours, un manuscrit fort important que me transmettait à fin d'édition le F\ René G\. Ce copieux manuscrit étudie minutieusement avec références nombreuses aux anciens rituels, l'historique des piliers, qu'il dénomme lui, les 3 Colonnes. J'avais déjà édité de ce même auteur une première brochure « Position des Colonnes J et B et l'Ordre des mots sacrés ».

Quoique différent sur certains points des avis de René G\, je me référerai à son consciencieux travail au cours de cet exposé.

René G\ tente tout d'abord de prouver l'identité entre les colonnes J et B et les 3 Piliers ; c'est pourquoi, il les dénomme « colonnes ». Car, d'après lui, il n'y aurait pas deux jeux de soutiens : J-B d'une part et Sagesse, Force, Beauté d'autre part, soit 5 éléments, mais trois seulement, c'est-à-dire les 3 colonnes du Temple. Je ne le suis pas dans cette interprétation. À mon avis, du point de vue ésotérique, il doit y avoir un jeu de deux colonnes J B, répliques de celles élevées par Salomon dans les parvis, à l'extérieur de la porte d'entrée du Temple de Jérusalem, si minutieusement décrites tant dans le Livre des Rois que celui des Chroniques, colonnes qui furent en maçonnerie, placées à l'intérieur, de chaque côté de la porte de notre Temple, - et par ailleurs, d'une manière tout à fait indépendante, les 3 soutiens que nous avons appelés « Piliers », pour les différencier des premières - dont deux répondent aux mêmes principes de Force et Beauté, tandis que le troisième (ou le premier, celui le plus près de l'Orient) s'appelait Sagesse. Je base mon opinion sur le fait que la fonction des deux groupes n'est pas du tout la même.

En effet, les deux colonnes J-B qui se trouvent de chaque côté de la porte - J au nord et B au sud, ou inversement (ceci est une question de rite que nous ne pouvons discuter ici ) ne supportent absolument rien. Aucune architrave ne les unit. Ce sont des « ascheras », réminiscences de pieux primitifs, pylônes que nous retrouvons en Egypte sous le nom d'Obélisques, aussi bien que, sous des formes différentes, chez les Phéniciens, les Tyriens etc.

Les deux colonnes sont les bornes (les landmarks physiques) qui séparent le monde profane du domaine sacré. Il ne faudrait pourtant pas les confondre avec de simples poteaux indicateurs : « Ici commence le sacré ». Ce ne sont point de passives stèles-frontières, mais elles sont actives et efficaces. Leur structure de bronze n'a sans doute pas été choisie au hasard : le choix du bronze décèle une préoccupation magnétique, quant à la fonction des colonnes. Ces dernières sont en effet, des condensateurs de l'égrégore dégagé durant les offices divins. Lorsqu'un individu coupe le champ magnétique qui s'établit entre les deux pôles + et - (J et B) et voilà pourquoi elles doivent avoir des charges électromagnétiques contraires sa résonance psychique ne sera pas affectée de façon inharmonique s'il est un fidèle, c'est-à-dire si son état de pensée est accordé aux ondes qu'il traverse. Au contraire, s'il est un " infidèle " un incroyant ou un simple ignorant, la décharge produira un choc sur sa psyché, susceptible par des réitérations inconsidérées, de déclencher des formes névrotiques et de le précipiter jusque dans le déséquilibre obsessionnel.

Quoiqu'en maçonnerie, les colonnes figurées ne soient généralement pas de bronze, un effet du même ordre doit se produire, en accord avec la loi de similitude. On sait qu'en magie, la représentation d'un signe prend la place de ce signe et reproduit son action.

Nous dirons que dans notre Temple, on a même poussé plus loin les conditions favorisant le développement de cette charge psycho-magnétique par le moyen d'un fil conducteur la corde à lacs d'amour. Cette dernière, en effet, capte au sud, à l'est et au nord, c'est-à-dire sur tous les côtés où les initiés résident, la force émanant de leur pensée condensée et, par les pointes qui constituent les glands terminaux, transmettent l'influx dont la corde est saturée, respectivement aux deux colonnes, lesquelles sont et doivent rester isolées l'une de l'autre.

Voilà donc pour les colonnes. Mais avant d'aborder l'étude des Piliers, il est nécessaire de restituer dans son exactitude la disposition intérieure du Temple maç\ telle qu'elle ressort de l'ésotérisme de ses constituants.

LE TEMPLE

Rappelons que, primitivement, n'importe quel local clos et rectangulaire pouvait être très simplement et rapidement transformé en sanctuaire maçonnique. À cet effet, un fauteuil était placé devant le mur opposé à la porte et deux sièges de chaque côté de celle-ci ; puis on traçait à la craie sur le plancher un carré « long », à l'intérieur duquel étaient sommairement dessinés les emblèmes essentiels de la Franc-Maçonnerie. II entrait dans les attributions du « Tuileur » (couvreur ou Grand Expert) de tracer ce tableau avant l'ouverture des Travaux et de l'effacer soigneusement après la clôture.

Il fut trouvé plus expédient par la suite, de dérouler sur le plancher de la salle une toile peinte d'avance et une fois pour toutes, qui fut dénommé « Tapis de Loge ». Traditionnellement, un tapis ne se conçoit que bordé de franges. (Ici encore nous avons affaire à une action isolante). Ces franges furent stylisées sous forme de triangles, alternativement noirs et blancs, bordant le tour extérieur du tapis, tandis que la corde aux lacs d'amour, terminée par des sortes de glands, de « houppes » courait sur les 3 faces intérieurement. Cette corde reçut par habitude, le nom de « houppe dentelée », car elle suivait la disposition des triangles, des « dentelures » du tapis.

Certaines loges, arrivant peu à peu à acquérir la disposition de locaux réservés, firent figurer les décorations rituelles à leur place précise ; au lieu de rester sur un plan, les symboles furent érigés en volume. Ce fut le début de l'élévation du Temple, édifice conçu pour s'étendre jusqu'à la limite du « pensable » et devenant l'image de l'Univers « carré long qui s'étend de l'Est ù l'Ouest, dont la largeur est du Nord au Sud, la hauteur de la Terre aux Cieux (retenez bien cette expression ) et la profondeur de la surface de la Terre au Centre ». Ainsi s'exprime l'Instruction au 1er degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

La même instruction dit encore :
D - Quels sont les appuis de votre Loge?
R- Elle est fondée sur trois forts piliers.
D - Quels sont-ils?
R - Sagesse, Force, Beauté. Et plus loin....
D - Quelles figures allégoriques remarquez-vous dans votre Loge ?
R - Un portique élevé de trois marches, accompagné de deux colonnes de bronze.... etc.
On voit par là que, dans l'esprit des rédacteurs de ces textes, il doit bien y avoir 3 piliers plus 2 colonnes.

LES PILIERS

Si les colonnes figurent à droite et à gauche de la porte d'Occident, il n'en est pas de même des 3 Piliers qui sont assez rarement représentés quoique, par leur importance, leur présence soit aussi nécessaire que celle de J et B. Dans les loges où ils figurent, on s'est rarement souvenu de leur rôle exact et j'ai même vu le pavé mosaïque être disposé entre eux. De là à prétendre, comme je l'ai souvent entendu dire, qu'il est interdit de marcher sur le pavé mosaïque, il y a une déduction qui semble logique, mais qui est fausse en son essence. Cela tient à une confusion entre le pavé mosaïque et le tapis de la loge, qui est d'ailleurs concomitante avec celle entre la « houppe dentelée » et la « Chaîne d'Union ».

Il peut y avoir des similitudes revêtant des caractères différents. Cette confusion est d'autant plus ancrée dans l'esprit que l'on a pris l'habitude, je ne sais trop pourquoi, d'inclure l'image du pavé mosaïque dans la composition du tapis de la loge.

Le pavé mosaïque est inhérent au complexe des deux colonnes ; il doit être disposé entre elles, à l'entrée du Temple, de façon que l'on soit obligé d'en fouler les dalles pour s'avancer en loge. C'est sur lui, comme sur un canevas, que les pas rituels s'exécutent. Son action, de même nature que celle des colonnes doit par l'alternance des forces opposées, empêcher toute démarche profane. Le pavé mosaïque guide l'initié sur la voie droite, le maintient dans l'axe de l'Orient, tout en l'invitant à faire, par un changement de direction en équerre à gauche, le tour de l'espace délimité par les trois piliers, car bien entendu, il est formellement interdit, même pour la réception de dignitaires (et l'on ne s'en fait pas faute) de passer entre les piliers.

En tout cas, Règle absolue : l'aire délimitée par les 3 Piliers est un espace tabou, que personne n'est autorisé à fouler, sauf en certaines circonstances, le Grand Expert dans l'exercice de ses fonctions. On a compris par la description précédente, que les 3 Piliers s'érigent à peu près au centre de la loge, un peu plus près de l'Orient que de l'Occident.

Que sont ces Piliers ? Dans les temples antiques, c'étaient de simples pieux, comme ceux dont nous avons déjà parlé et qui délimitaient l'espace très saint, là où réside le dieu, tandis que les colonnes J B marquaient simplement les bornes du sanctuaire. Il ne faut pas oublier que tous les temples de l'Antiquité étaient constitués de 3 parties : un haut mur d'enceinte extérieur, enserrant tous les bâtiments sacrés, existait déjà du temps de Salomon, afin qu'aucun élément impur ne puisse pénétrer dans le lieu saint, car les esprits malins, les forces adverses, les pensées mauvaises cherchent toujours le point faible pour s'insinuer. La sécurité la plus élémentaire commande que le profane soit tenu à l'écart et que l'Assemblée des fidèles se trouve à l'abri des entités maléfiques. Entre nous, on est " à couvert "

Je ne peux pas reprendre la description du Temple de Salomon, mais il n'est pas inutile de rappeler que la première partie du temple proprement dit, s'appelait ULAM. La foule, plus ou moins cosmopolite, plus ou moins orthodoxe, les marchands de bondieuseries (comme à Lourdes) restait à l'extérieur de ULAM. C'était une première pièce complètement vide et ce dénuement devait provoquer une sorte de purification spirituelle nécessaire à qui veut pénétrer dans la Demeure Sainte. Au milieu du mur qui faisait face à l'entrée, se voyait une porte splendide à deux vantaux. Cette porte donnait accès au sanctuaire, le Hékal où se déroulaient les rites spéciaux.

Nous reconnaissons la porte à deux vantaux de notre propre Temple, qui n'admet que les initiés, les maçons venant prendre part aux « mystères accoutumés », ainsi qu'il est spécifié dans le Rituel Ecossais Ancien et Accepté. Ce qui prouve que des « mystères » existent bien chez nous aussi, contrairement à ce que beaucoup dénient.

Enfin, dissimulée à l'Occident, sous des rideaux soutenus par 4 piliers, voici le DEBHIR, réduit complètement obscur où les « Kéroubim » veillaient sur l'Arche d'Alliance contenant les Tables de pierre où Moïse avait gravé la Loi. Seul le Grand-Prêtre pouvait, en certaines circonstances, pénétrer le DEBHIR ; encore fallait-il qu'il se déchaussât et qu'il y entrât rituellement. Yahvé était censé y résider quelquefois.

L'origine du mot DEBHIR, dit Frédéric Thieberger, ancien professeur au Séminaire rabbinique de Prague, est obscure, ainsi que celle de ULAM ou ELAM. On souligne la ressemblance de ce dernier mot avec l'assyrien « ellamu » qui signifie « côté de la façade ". HEKAL est, dit-on, apparenté à l'akkadien « ekallu » : grande maison, ou palais.

Par ce rappel de la description du Temple que j'abrège, on voit se dessiner la similitude avec notre Temple maçonnique. Le Saint des Saints, le DEBHIR (mot que nous utilisons également), c'est l'espace isolé par nos trois piliers qui, de pieux grossièrement façonnés aux époques reculées, se sont transformés en colonnes assez hautes pour conserver leur caractère originel de troncs d'arbre, sur lesquels repose tout le Temple. On n'insistera jamais assez sur ce fait. Et là où ils n'existent pas, le Temple risque de s'écrouler, car il n'est pas soutenu, c'est-à-dire qu'il est privé de la Force Spirituelle, de son Harmonie, de sa Sagesse même.

PILIERS ET CHANDELIERS

Qui dit « spiritualité», évoque par association d'idées celle de Lumière, et peu à peu, par incompréhension de l'origine des piliers, le symbolisme de lumière est venu se superposer à celui des piliers, pour le plus grand dommage de deux groupes symboliques bien distincts. René G\ écrit dans le travail déjà cité : « Une des principales difficultés que nous ayons eu à surmonter a été précisément de parvenir à démêler et à séparer ces deux questions étroitement liées sinon par leur origine, du moins par plus de deux cents ans d'histoire du symbolisme maçonnique « spéculatif » ».

En fait, les piliers sont des supports répondant au ternaire : Sagesse - Force Beauté, tandis que les chandeliers en constituent un autre, attesté dans nombre de textes, comme le rituel officiel du G\O\D\F\ de 1880. Voici ce que nous lisons dans l'instruction au 1er degré :
D - Qu'avez-vous vu en recevant la Lumière ?
R - Le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Le soleil pour gouverner le jour, la lune pour la nuit et le M\ pour sa Loge.

Telle est, en effet, la signification absolument constante des 3 grands chandeliers. Ne multiplions pas les citations qui deviendraient fastidieuses par leur abondance et leur similitude à peu près complète.

Dans les Rites où la séparation existe entre les Piliers et les Chandeliers, ces derniers se trouvent à des emplacements parfaitement identiques dans un grand nombre de gravures françaises de la seconde moitié du XVIIIe siècle, c'est-à-dire que les 3 chandeliers dont la base est souvent triangulaire, sont disposés l'un au Nord-Est, le second au Sud-Est et le troisième au Sud Ouest de la loge. En tenue de Maîtrise, ils occupent la même situation, mais portent chacun trois bougies, ce qui forme 9 « lumières » ou « étoiles ». Par simplification, on en est venu à réduire leur échelle et à les disposer sous forme de « bougeoirs » l'un sur le plateau du Vén\ qui est allumé le premier et duquel on porte le feu sur le plateau du l er Surveillant puis du second. Mais tout ceci n'est qu'affaire de détail et de rite, sans influer en rien sur le symbolisme général. Ce qui importe, c'est que ne soient pas confondus luminaires et piliers et qu'ils restent bien indépendants les uns des autres.

Remarquons que les positions indiquées pour les chandeliers au Nord-Est, Sud-Est, Sud-Ouest sont en rapport avec la course du soleil : ainsi que le remarque encore René G\ , le jour où le soleil se lève le plus au Nord-Est correspond au solstice d'été et celui où il se couche le plus au Sud-Ouest est celui du solstice d'hiver. Quand à celui du Sud-Est, il marque le milieu du jour. Ainsi se trouve également indiquée la durée du travail : le commencement au lever du soleil - le repos à midi la fin au coucher du soleil. Du moins en est-il ainsi dans certains grades dits « Supérieurs », dont la supériorité réside justement (et symboliquement) dans l'aptitude à un travail plus éclairé. Mais nous autres, pauvres bleus, malgré nos efforts, nous travaillons toujours à moitié dans l'obscurité, puisque les heures qui nous sont assignées sont de midi à minuit. Mais qu'importe, puisque la véritable illumination - celle qui seule compte - est celle qui se manifeste à l'intérieur de soi. L'étincelle allume l'athanor dans le chaud, dans le doux de l'intimité, car le sanctuaire mystique est situé au coeur de l'Initié et c'est là justement que prennent racine les arbres-piliers, soutiens du Temple commun.

POSITION DES PILIERS

À quels angles du tapis doivent se trouver les 3 Piliers ? Les textes, comme les avis, sont discutables, car il n'existe en symbolisme maç\ que des vérités relatives.

Un point important est cependant à signaler : de même que les colonnes Force - Beauté (J - B) sont constamment attribuées aux deux surveillants, le Pilier Sagesse est-il toujours et dans tous les rites, identifié au Maître de la Loge. La place du Maître à l'Est est assurément l'une des plus anciennes et des plus sûres de la Franc-Maçonnerie. Mais est-il possible de préciser davantage ? Si nous nous reportons à une gravure de 1735 représentant le tableau des Loges de la Grande Loge d'Angleterre, nous voyons très nettement que la chaire du Maître est placée au coin Sud-Est d'une table en équerre.

De même, un passage du texte : " A mason's examination " datant de 1723, précise :
D - Comment les maçons se placent-ils pour le travail ? R - Le Maître au Sud-Est
D - Où le Maître place-t-il sa marque sur l'ouvrage ? R - Au coin Sud-Est.

Bernard E. Jones dans son Freemason's Guide and Compendium rapporte que lorsque Sir Christopher Wren, le célèbre architecte de la Cathédrale St Paul, mourut le 25 Février 1723 à l'âge de 95 ans, il fut enterré au coin Sud-Est de la crypte de ce fameux édifice. (fait cité par René G\ )

Néanmoins, le rite ancien de 1753 parait avoir adopté pour le Maître lui-même une position plein Est. Cet usage a prévalu en Angleterre et il est à l'heure actuelle absolument universel, au point qu'il serait insolite désormais, de replacer le Maître de la Loge au Sud-Est.

Cependant cette place doit être rappelée par la position Sud Est du Pilier Sagesse et aussi de l'autel des Serments qui est une des marques essentielles des prérogatives du Maître.

Les Piliers disposés aux angles Sud-Est Sud-Ouest et Nord Ouest du Tapis de la Loge, constituent la « niche de lumière " selon l'expression soufique, au Centre de laquelle nous déposons tous nos symboles initiatiques et qui s'avère être le révélateur permanent de notre création intérieure, notre « Shekkina » personnelle, notre Saint des Saints individuel. La shekkina est la lumière qui éclaire l'obscurité de notre être profond et c'est en ce sens que nous la considérons comme sacrée et que jamais nous ne piétinerons les images de notre propre sensibilité compréhensive.

LE NOM DES PILIERS

Une question se pose maintenant Pourquoi les Piliers portent-ils un nom ? Et quelle est la portée des noms qui leur furent attribués ?

Dans les pays orientaux, d'où sont issues les coutumes présidant à l'érection des temples, une prescription exigeait qu'on donnât des noms, souvent humains, à toutes les colonnes symboles. Salomon ne manqua pas d'obéir à cette loi en choisissant les noms de Jakin et Boaz pour les deux colonnes flanquant l'entrée de son temple. Il serait trop long et hors de notre sujet d'étudier la valeur de ces deux noms, ce que j'ai fait d'ailleurs en certains de mes ouvrages, mais rappelons-nous qu'une chose innommée n'existe pas et c'est la raison pour laquelle, selon la Genèse, Dieu a réservé à l'homme la prérogative de " nommer toutes choses ». C'était tout simplement transposer la création du principe en acte, ou autrement dit d'actualiser, ou de faire pénétrer dans le temps, ce qui précédemment n'était qu'à l'état de possibilité non manifestée, parce qu'intemporelle.

Nos piliers acquièrent donc une personnalité du fait de l'application d'un nom et dès lors la Sagesse éclaire notre conscience, la Force habite notre âme et la Beauté rayonne de notre esprit. Ces trois qualités qui sont appelées à transcender notre psyché, il est nécessaire que nous en saisissions non seulement la valeur morale, mais que nous les intégrions à notre subconscient ; on n'explique pas la Sagesse, mais on ressent intimement sa présence ; on n'évalue pas une force d'âme, mais on subit son attraction ; on ne définit pas la Beauté, mais on en éprouve intuitivement le charme et l'harmonie.

Sans vouloir remonter, comme le fait notre F\ René G\, aux origines chrétiennes du terme Sagesse, où il désignerait selon lui la seconde personne de la trinité religieuse et par conséquent le Verbe, reproduisons cependant cette citation de Moïse Mahménide, extraite de « la Cabale » de Papus et commentant le premier verset de la Genèse qui commence par le mot hébreu :

« Bereschit ». Je cite : « la doctrine de nos Maîtres est que le mot « Bereschit » (qui signifie : au commencement ) indique que l'Univers a été créé par l'entremise des dix Séphiroth. Ce mot désigne également la Séphira appelée Sagesse (la deuxième sur l'Arbre séphirothique). Elle est le fondement de tout le sujet de notre texte, car il est écrit (Prov.III/19 ) : « L'Eternel a fondé la Terre par la Sagesse et agencé les Cieux pari l'lntelligence » Notons que l'Intelligence (Binah) est la troisième séphira dans 1a hiérarchie des émanations.

Le mot « Bereschit » désigne donc la Sagesse qui, bien que seconde de la Couronne, est cependant la première qui se manifeste. Papus souligne dans une note que ceci est conforme à l'Évangile de Saint Jean : la Parole qui se manifeste « au commencement » est le seul moyen que l'on ait de prendre conscience du non-manifesté; c'est ce que je disais tout à l'heure au sujet du nom.

Ainsi ces deux termes si usités en maçonnerie : Sagesse et Parole - que l'on songe à la Parole Perdue au 3éme et 18éme degrés - sont tous deux équivalents et la Sagesse est la Parole Créatrice, le « Logos », d'où dérive le mot « Loge », l'endroit où l'on ne prononce que des paroles constructives...

Cette constatation va nous permettre de jeter un regard dans des sphères un peu plus hautes - oh ! rapidement, car je ne veux pas mettre votre esprit à la torture.

L'ARBRE DE VIE

On a souvent comparé la Loge à l'Arbre de Vie de la Cabbale, connu aussi sous le nom d'arbre séphirotique, dont je vais vous dire un mot. Pourquoi l'Arbre de Vie ? Parce qu'il serait capable de nous rendre l'immortalité que la science nous a fait perdre, selon la légende. Aussi son approche fut-elle soigneusement défendue par les « Kéroubim » que nous avons déjà vus, armés d'une épée flamboyante, garder la « Shekkina » où repose la Loi.

Si bien gardé qu'il fût, cet Arbre de Vie est resté sous les regards de l'homme curieux. Sa représentation la plus accessible aux peuples d'occident se trouve dans la Cabbale, dont l'éminent spécialiste Paul Vulliaud déclare « qu'elle semble bien elle-même n'être qu'une tradition antécédente, qui est la Tradition Universelle, dont tous les peuples ont conservé plus ou moins le souvenir. »

Ressemblant quelque peu à un arbre généalogique, l'arbre Séphirothique groupe dans un ordre cosmique les Séphiroth (ou émanations) qui représentent les sphères d'influence de l'Univers sur l'Homme et, dans un autre ordre d'idée, les différentes étapes de la Création, de l'Incarnation de l'Esprit dans la Matière, dans la numération René Guénon dirait : « dans la multiplicité », et son retour vers l'Unité. Ses trente-deux Voies sont les 10 Nombres et les Vingt-deux Lettres hiéroglyphiques de l'Alphabetum.

La trente et unième, se rapportant à la lettre Shin représente la lampe magique et s'appelle l'Intelligence perpétuelle. Celle-là régit le Soleil et la Lune et les autres étoiles et figures, chacun dans son ordre respectif.

Or, si nous parcourons ces canaux, nous trouvons que la séphira 2 appelée " Hocma " signifie " Sagesse », que la séphira 7 (Netzah) est la Force victorieuse et que la séphira 8 (Hod) est la Beauté (à ne pas confondre avec la splendeur qui réside en la séphira 6, laquelle est appelée Tipheret et représente le Soleil ou le Cœur en illuminant la Shekkina, privée elle, de toute lumière profane.)

Ces trois sphères d'influence occupent justement sur l'Arbre la place des 3 Officiers directeurs de la Loge, et Lumières de l'Atelier.

Comme une force ne se révèle telle qu'au moment où elle rencontre une réaction, de même les 3 Piliers, pour manifester leur puissance doivent obligatoirement s'adjoindre l'esprit d'un quatrième.

Les nombres vont l'indiquer :

Séphira 2 + séphira 7 + séphira 8 = Une quatrième qui en est la synthèse, et qui ne peut être autre que la 17e (2 +7+ 8 =17)

Or, il n'existe pas 17 séphiroth, dix en est le nombre. Cherchons donc à réduire le nombre 17 par addition :

17 = 1 + 7 = 8. Nous voyons que la 8ème séphira (Beauté) se dédouble, sans donner de nom à la synthèse.

N'oublions pas toutefois que les 32 Voies de l'Arbre séphirothique comprennent les 10 Nombres élémentaires et les 22 Lettres de l'Alphabetum, et que chacune de ces lettres correspond à un nombre lequel désigne une lame majeure du Tarot. Quelle est la 17 ème Lettre ? Phé dont la valeur est 80, et qui figure sur la lame dite : « Les Étoiles ».

Les lumières humaines sont promises â devenir des Étoiles, donc à s'intégrer au Cosmos, si elles sont entretenues par la 3ème séphira (Binah) - qui est en fait le quatrième pilier. Or, la séphira 3, c'est l'Intelligence compréhensive.

Il est en effet inutile d'éclairer la Sagesse, la Force et la Beauté devant des Imbéciles. Ils ne pourraient en faire qu'un mauvais usage, surtout de la Force ! Mais si nous adjoignons le 4 ème Pilier d'Intelligence, alors tout s'éclairera, en bas comme en haut, et ce 4e Pilier sera celui qui relie la terre au ciel, le Pilier du Monde, et qui permettra à l'Intelligence Supérieure d'habiter la Shekkina, le cœur de tous les Adeptes.

Qu'on ne vienne pas dire que ce calcul est « arrangé » pour les besoins de la cause ou que c'est « par hasard » que les choses s'arrangent ainsi.

Nous allons prendre comme vérification le second chemin possible ; celui de la multiplication.

2 x 7 x 8 = 112, nombre où nous voyons les deux colonnes II et une troisième, qui est double 2.

Nous arrivons au même résultat que par le procédé additif: la séphira 8 crée ce parèdre qui se nommera 3 ou l'Intelligence et constituera le Quatrième Pilier, représentant la séphira « Daath » - tout aussi invisible l'un que l'autre; je ne puis m'étendre sur cette correspondance qui m'entraînerait trop haut sur l'arbre séphirotique, mais les cabalistes me comprendront. Le quatrième Pilier, quoique non apparent, existe donc réellement et je dirai même que sans lui, les autres ne seraient pas, car ils n'auraient nulle valeur.

Ce pilier est fluidique, indécelable, impalpable. Comme l'Intelligence, il est Esprit qui se déverse sur les âmes prêtes à le recevoir, il est la relation du divin et de l'humain.

Le 4e pilier est aussi peu concret que l'échelle reliant la terre au ciel entrevue par Jacob dans un songe, alors que sa tête reposait sur une pierre cubique qui lui servait d'oreiller. Le long de cette échelle éthérique, les « anges » - disons les émanations - semblaient « monter et descendre », sans toutefois se repo-ser sur les échelons. Ils se mouvaient dans l'atmosphère selon la verticale évolutive, à la manière des poissons dans l'eau ou des grains de poussière dans un rayon solaire.

L'Échelle n'était plus un support, mais seulement un guide, une colonne sans consistance, une trajectoire gravée dans l'espace. L'effusion Ciel-Terre s'opérait, comme celle que l'on peut discerner sur l'Arcane XVII, où un ange semble déverser sur terre les impondérables nécessaires à la formation d'une échelle immatérielle, privée d'inutiles échelons.

À son réveil, Jacob dressa la pierre qui lui avait servi de chevet, la consacra avec de l'huile et l'appela : Beth-El la maison du Seigneur.

Ainsi de cette pierre matérielle sortit, beaucoup plus tard, un temple matériel lui aussi, mais dont l'érection avait été suggérée par l'Intelligence dirigée le long de l'échelle-pilier cosmique.

De cette façon s'organise, à travers les 4 éléments primordiaux, le Sphinx tétramère, succédané hermétique du gardien Kerub, à l'épée flamboyante, donc :
- La tête humaine, avec la plasticité de l'Eau, enregistre le Savoir.
- Les griffes du lion, mordantes comme le Feu, incitent à Oser.
- Le corps de taureau, dense comme la Terre, signe le vouloir tandis que les ailes de l'aigle, fuyantes dans l'Air, suggèrent de se taire.

Tels sont les 4 Verbes-préceptes de la Magie opérative, mais « Celui-là seul, dit Eliphas Lévi, se maintient au-dessus des autres hommes, qui ne prostituent pas à leurs commentaires et à leur, risées, les secrets de son Intelligence. »

Nous ne rêvons plus guère, en notre époque artificielle et superficielle, terriblement rivée à la terre, mais si notre Temple perdure, malgré les cataclysmes, les guerres et les attaques, c'est parce que ses assises sont solidement ancrées sur Jakin et Boaz et que, d'autre part, les piliers-racines spirituelles du «fondement » (arcane 9) sont sans cesse nourries par la sève de Binah, par la condensation des entités qui, inlassablement « montent et descendent » le long de notre quatrième Pilier.

Netzah et Hod (séphiroth 7 et 8) sont souvent appelées les « Colonnes du Temple " et se confondent avec Jakin-Boaz. Cependant, il y a une grande différence :

Ces dernières président à la nouvelle naissance corporelle de l'Apprenti, après l'abandon de ses métaux qu'il a confiés à leur garde, et auprès desquelles il touche son salaire.

Quant aux Piliers, ils animent sa chair par le Souffle de la Connaissance Intelligente, de la Connaissance Initiatique.

Source : www.ledifice.net

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