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Hauts Grades

Explication de texte : Judas l’Iscariote Homme de confiance ou traître ?

20 Septembre 2012 , Rédigé par Yves Maris Publié dans #spiritualité

Judas

On a pu se demander si Judas avait bel et bien existé, s’il n’était pas plutôt une figure symbolique. Paul ne parle jamais de lui. Le nom Judas est étymologiquement relié à « Juif ». Celui qui livra Jésus fut indubitablement considéré par ses ennemis comme la personnification du Juif. Nous verrons, en outre, que la plus grande partie des actes de Judas relève de la fiction pure et simple. Pourtant le personnage est embarrassant. Jésus aurait manqué de clairvoyance, il aurait fait confiance à celui qui n’en était pas digne. L’ensemble des évangiles synoptiques le mentionne parmi les Douze. Judas est un personnage principal des récits de la passion. S’il n’était qu’une fiction, celle-ci aurait dû être élaborée très tôt, alors que nombre de disciples étaient encore vivants. La critique des textes accrédite l’idée que Judas, l’un des Douze, livra Jésus aux autorités juives qui décidèrent sa mort. Judas avait-il une place éminente parmi les Douze ? Il était assis près de Jésus lors du dernier repas (Jn XIII, 26). Ce n’est certainement pas la place de quelqu’un qui s’apprête à trahir aussi radicalement le maître et les disciples ! En charge de la bourse commune, il bénéficiait de la confiance de tous. Il se peut qu’il ait été prêtre, puisque, quelle que soit la réalité du fait, Matthieu montre qu’il avait accès au sanctuaire (Mt XXVII, 5)Le verbe grec paradidonai, qui répond à l’acte de Judas, signifie « livrer », et non « trahir ». Les évangiles synoptiques déroulent deux actions de Judas : il se présente avec la troupe au mont des Oliviers et il identifie Jésus. L’illogisme de ces scènes réside d’abord dans le fait que Jésus et les disciples, qui bivouaquaient de nuit en un lieu écarté, auraient pu fuir à l’approche de la troupe. Jean nous dit qu’elle vint avec des lanternes et des torches ! (Jn XVII, 3) On peut penser que le choix de Jésus était clair. Plutôt que de se livrer, alors qu’il était en ville, il a choisi la symbolique du mont des Oliviers. Judas et la troupe étaient donc attendus.

 

Le mont des Oliviers

Le site est revêtu d’un grand symbolisme. Après que le prophète Ezéchiel a reçu le fameux oracle (« Je mettrai au milieu de vous un esprit nouveau »), « la gloire de Yhwh s’éleva du milieu de la ville et s’arrêta sur la montagne qui est à l’orient de la ville (le mont des Oliviers) » (Ez XI, 23). Dans l’oracle de la fin des temps du prophète Zacharie, Yhwh pose ses pieds sur le mont des Oliviers et fait trembler la terre (Za XIV, 3-4). L’endroit choisi est non seulement empli de la gloire divine, mais il est aussi le lieu primordial de la fin des temps. La scène évangélique, qui montre Jésus envahi de tristesse et priant Dieu sur le mont des Oliviers, reprend le récit du Livre de Samuel : lors de la conjuration de son troisième fils, Absalon, le roi David fuit la ville de Jérusalem. Il fait l’ascension du mont des Oliviers en pleurant, jusqu’au sommet « où l’on se prosternait devant Dieu » (2 S XV, 32). La reprise du récit est confirmée par le suicide de Judas. Il se pend de même qu’Akhitophel, conseiller d’Absalon parmi les conjurés (2 Sm XVII, 23).

L’énigme de « la trahison »

Dans l’hypothèse de la trahison, Judas n’a pas seulement renseigné les autorités sur les faits et gestes de Jésus. Il leur a également révélé les intentions qui contrevenaient à la légalité : Jésus s’apprêtait à inaugurer le royaume de Dieu. La façon dont il le concevait ne convenait ni à Judas, ni aux grands prêtres. Mais alors, pourquoi Judas n’a-t-il pas témoigné contre Jésus lors du procès ? D’autant plus que les juges eurent du mal à trouver deux témoins : « Quant aux grands prêtres et tout le sanhédrin, ils cherchaient un témoignage contre Jésus, pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient pas. » (Mc XIV, 55) On ne peut pas croire que Judas ait agi pour de l’argent. En acceptant l’appel de Jésus, il avait abandonné ses biens et fait vœux de pauvreté. Il devait être reconnu comme l’un des plus sages et des plus justes du groupe, puisque la bourse lui était confiée. Sur des critères de compétence, Matthieu, l’ancien percepteur, eût été mieux placé ! Marc produit une explication théologique : l’acte de Judas accomplit les Ecritures (Mc XIV, 21, 49) ! Luc (XXII, 3) et Jean (XIII, 2) n’ont également qu’une spéculation théologique à offrir : Judas est l’instrument de Satan qui s’immisce dans le cercle des Douze ! Evidemment, ces interprétations ne tiennent pas pour qui cherche à savoir comment les choses se sont réellement passées. Il est impensable que Judas ait pu agir en sorte que Jésus soit finalement livré aux Romains. Le contexte politique était nationaliste. Les Douze avaient conscience d’incarner les prémisses des douze tribus d’Israël retrouvées en vue du royaume de Dieu. Si l’acte de Judas ne fut pas la trahison, quel fut-t-il ? Matthieu révèle que les choses ne se sont pas déroulées comme Judas l’imaginait : la conscience de Judas connut un retournement lorsqu’il comprit que les grands prêtres allaient déférer Jésus devant Pilate (Mt XXVII, 3). Judas demeura stupéfait ! Il connaissait la procédure judiciaire en matière capitale. Il ne se vit pas assailli de regrets. Le remord est un sentiment qui harcèle. Il ne vient pas si promptement. Il se sentit lui-même trahi ! Mais quelle était donc la mission pour laquelle Jésus l’avait désigné ?

Jésus désigne Judas lors du dernier repas

 

Marc

On apprend que les grands prêtres et les scribes cherchaient à se saisir de Jésus (Mc XIV, 1-2). Un peu plus loin il est écrit que Judas alla trouver les grands prêtres pour leur proposer de livrer Jésus (Mc XIV, 10-11). Rien ne nous est dit ni sur les relations liant Judas et les grands prêtres, ni sur les raisons pour lesquelles judas se trouvait amené à livrer Jésus. Les grands prêtres se réjouirent de l’accord qui prévoyait une rémunération, sans que le montant ne fût précisé. Au cours du dernier repas, Jésus annonça que l’un des convives le livrerait. Etait-ce une décision de sa part ou avait-il éventé une fourberie ? Le fait que chacun chercha à savoir s’il s’agissait de lui-même indique clairement que le choix appartint à Jésus : « Serait-ce moi ? » demandèrent-ils à tour de rôle (Mc XIV, 19). Jésus répondit seulement que se serait l’un des convives, avec une précision : « L’un des Douze. » (Mc XIV, 20). Vient alors la malédiction prononcée par Jésus : « Malheur à l’homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il aurait été bon pour cet homme de ne pas naître. » (Mc XIV, 21) Cette malédiction ne devient vraiment cohérente que si elle s’adresse à celui « à cause de qui » Jésus est livré et non à celui « par qui » il est livré. On voit mal Jésus maudire celui qu’il désigne lui-même ! Judas n’est pas nommé. Non seulement Marc ne nous dit pas que Judas quitte le repas, comme les circonstances le demanderaient, mais il sous-entend que les Douze sortirent tous ensemble vers le mont des Oliviers (Mc XIV, 26).

Matthieu

Tout en reprenant Marc, Matthieu aménage le récit. Il nomme Judas et précise : « Ils lui pesèrent trente pièces d’argent. » (Mt XXVI, 15) La somme est prise dans le second Zacharie  l’oracle de la houlette brisée montre un prophète dégoûté du peuple qui reçoit son salaire après la rupture de l’alliance qui le liait à lui : « Ils pesèrent donc mon salaire, soit trente pièces d’argent. » (Za XI, 12) Il s’agit là d’un salaire hautement justifié. Matthieu fait poser la question à Judas : « Est-ce moi, rabbi ? ». Jésus répond : « Tu l’as dit ! » (Mt XXVI, 25) La question de Judas est séparée de celles des autres disciples par la parole de malédiction (« Malheur à l’homme… »), si bien que celle-ci semble le viser. La scène devient invraisemblable ! On comprend mal comment Judas peut, dans ces conditions, demeurer parmi les commensaux, prendre sa part de pain et boire à la coupe.

Luc

De même que Matthieu, Luc reprend Marc. Il efface la question des disciples (« Serait-ce moi ? ») qui indiquait que le choix de celui qui le livrerait appartenait à Jésus lui-même. L’accusation de Judas est suivie de la malédiction (Lc XXII, 22). Alors que chez Matthieu cette dramaturgie précède la bénédiction du repas, ici, elle la suit. Luc laisse Judas participer à la communion des Douze autour de Jésus. Mieux encore, Jésus reconnaît la confiance des Douze et leur assure à tous la récompense du royaume de Dieu, Judas compris : « Vous, vous êtes demeurés avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous d’un règne, comme mon père en a disposé pour moi, pour que vous mangiez et buviez à ma table dans mon règne, et que vous siégiez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. » (Lc XXII, 28-29) En l’absence de toute logique, Luc tente de donner une raison à l’action de Judas : « Et Satan entra en Judas. » (Lc XXII, 3)

Jean

Préalablement au repas, Jean s’est attaché à rendre Judas méprisable. Marc (XIV, 3-9) et Matthieu (XXVI, 6-13) ont une scène où une femme oint la tête de Jésus avec un parfum de prix. Le premier indique que « quelques-uns » s’insurgèrent contre ce geste coûteux ; le second dit que ce sont « les disciples » qui protestèrent. Jean compose la scène différemment : Marie (la sœur de Marthe et de Lazare) oint les pieds de Jésus. Judas est alors le seul à protester : « Pourquoi n’avoir pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres ? » (Jn XII, 5) Jean ajoute un commentaire qui fait de Judas un voleur : « Il ne disait pas cela par souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur, avait la bourse et en emportait le contenu. » (Ibid. 6) Les relations de Jésus avec les premiers disciples sont loin d’avoir été idylliques. Lorsque Jean expose la doctrine de la chair et du sang de Jésus qui doivent être mangé et bu, une scène rapporte la révolte des disciples : « Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : Cette parole est dure. Peut-on l’écouter ? » (Jn VI, 60) L’explication de Jésus ne les satisfit pas : « Beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et ils n’allaient plus avec lui. » (Jn VI, 66) Jésus posa alors la question de confiance aux Douze : « Voulez-vous partir aussi ? » (Jn VI, 67) Pierre réaffirma la loyauté des Douze. Jésus répondit que lui-même les avait choisis pour leur foi en sa parole. Mais, selon Jean, il ajouta : « L’un de vous est un diable. » Jean précise qu’il parlait de Judas. Outre le fait que Jésus aurait terriblement manqué de discernement en confirmant Judas parmi les Douze, on peut penser que celui-ci aurait quitté Jésus, à ce moment-là, s’il avait été en profond désaccord avec lui. Jean annonce l’acte de Judas de la façon suivante : « Lui qui mange mon pain a levé le talon contre moi. » (Jn XIII, 18) Il faut chercher la source des paroles qu’il fait dire à Jésus dans les Psaumes : « Même mon ami intime en qui j’avais confiance, lui qui mangeait mon pain, il a levé le talon contre moi. » (Ps XLI, 10) Les disciples sont dubitatifs. Pierre demande au disciple que « Jésus aime », qui est « penché sur le sein de Jésus », de demander de qui il s’agit. « Jésus lui répond : C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. Alors il trempe la bouchée et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote. » (Jn XIII, 26) Judas est étrangement le seul disciple à « communier » avec Jésus ! Mais Jean ajoute : « Aussitôt après la bouchée, Satan entra en lui. » (Jn XIII, 27) Sans préjuger du terrible lien de cause à effet ! Dès qu’il est désigné par Jésus, Judas se trouve investi de sa funeste mission. Jésus ordonne : « Ce que tu fais, fais-le vite ! » Jean a intercalé une parole de Jésus entre le rappel du Ps XLI, 10 et l’attestation de Jésus : « L’un de vous me livrera. » Cette insertion ajoute à notre interrogation : « Amen, amen, je vous dis : qui reçoit celui que j’ai envoyé me reçoit moi-même. Et qui me reçoit, reçoit qui m’a envoyé. » (Jn XIII, 20) Qui envoie-t-il, sinon Judas vers les grands prêtres ? Les disciples se méprennent sur la mission de Judas. Parce qu’il avait la bourse, ils croient que Jésus l’envoie quérir quelques nécessités pour la fête ou porter la charité. Généralement, dans l’un ou l’autre des évangiles, lorsque les disciples ne saisissent pas la signification d’un acte ou d’une parole, on peut dire que l’acte ou la parole constitue vraisemblablement un ajout théologique. La meilleure façon de gérer la contradiction consiste en effet pour les évangélistes à dire que les disciples ne comprennent pas ce qui se passe ou ce qui se dit. Si l’action que Judas s’apprête à accomplir est une trahison éventée par Jésus, il est invraisemblable qu’il quitte l’assemblée avec la bourse comme Jean l’indique clairement (Jn XIII, 29). Judas a quitté la table pour faire vite ce qu’il avait à faire, selon la demande de Jésus (Jn XIII, 27). Jésus et les autres disciples se rendent en un lieu, au-delà du torrent du Cédron, que Judas connaissait « parce que Jésus y était souvent allé avec ses disciples » (Jn XVIII, 2). Autrement dit, Jésus se dirige vers un lieu où Judas menant la troupe pourra facilement le retrouver.

L’arrivée de Judas au mont des Oliviers

 

Marc

« L’un des douze, arrive et avec lui venait de la part des grands prêtres, des scribes et des anciens, une foule avec des sabres et des bâtons. » (Mc XIV, 43) L’expression évangélique « l’un des Douze » concerne toujours Judas, à l’exception d’une application à Thomas. Il faut probablement y voir la difficulté à nommer Judas. Cependant, la formule confirme que Judas est toujours membre du groupe des grands disciples. La troupe que Judas accompagne semble formée d’une milice recrutée par le sanhédrin. L’inutilité des armes est affirmée : « Est-ce contre un bandit que vous êtes sortis avec des sabres et des bâtons pour me prendre ? » (Mc XIV, 48) Jésus n’avait ni l’intention de fuir, ni celle de se battre. Il attendait que Judas ait accompli sa mission et vienne avec ceux à qui il devait le livrer. L’apostrophe se retrouve dans les trois évangiles synoptiques. Nous nous dispensons de considérer Matthieu et Luc. Ils suivent tous deux le texte de Marc.

Jean

Judas « prend la cohorte » (Jn XVIII, 3). Placée sous les ordres d’un tribun, elle vient en appui des gardes des autorités juives. Une cohorte romaine étant constituée de six cents soldats, le récit de Jean semble invraisemblable, sauf à dire que les grands prêtres s’attendaient, sinon à une réaction de Jésus et de ses disciples, tout au moins à un mouvement de foule. Peut-être un nombre important de disciples entoure-t-il Jésus ? En précisant que la garde avait été fournie par les grands prêtres et « les pharisiens », Jean inclut les ennemis de la communauté chrétienne au moment où l’évangile est rédigé. De même que dans la tradition synoptique, Jésus doit être identifié : « Qui cherchez-vous ? » demande Jésus ; « Jésus le Nazaréen » lui est-il répondu (Jn XVIII, 5). La tradition du baiser de Judas est absente de l’Evangile de Jean. Il est simplement précisé que « Judas qui le livrait » était avec la cohorte. On note une incise théologique forte : « Ils reculèrent et tombèrent à terre. » (Jn XVIII, 6)

Le baiser de Judas

 

Marc

Lors des négociations, Judas avait insisté : « Celui qui le livrait leur avait donné un signe en disant : Celui que j’embrasserai, c’est lui. Saisissez-le, emmenez-le en sûreté. » (Mc XIV, 44) On interprète généralement la demande comme une insistance de Judas pour que Jésus ne s’échappe pas. Mais, comme rien dans le récit ne laisse entendre que Jésus aurait pu chercher à s’échapper, on l’interprète également comme une attention à porter à la sécurité de Jésus. Cette précision n’est reprise ni par Matthieu ni par Luc, probablement chacun d’eux ne pouvait-il envisager que Jésus manquât à son destin. La narration du baiser est concise : « Judas vint aussitôt, s’approcha de lui et dit : Rabbi, et il lui donna le baiser. » (Mc XIV, 45) Le baiser comme signe de fraternité chrétienne se trouve chez Paul : « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. » (Rm XVI, 16) Dans le judaïsme rabbinique, les élèves saluaient le maître par un baiser respectueux. L’usage voulait que l’on s’embrassât sur la bouche. On peut penser que le baiser de Judas témoigne d’une grande émotion dans un moment dramatique. Il ne peut s’agir d’un baiser de simple salutation puisque Judas a quitté Jésus quelques heures plus tôt. Ce qui fait l’authenticité du baiser, c’est l’explication embarrassée de Marc. Il ne sait que faire de la tradition du baiser. Ne pouvant l’interpréter comme un signe d’amour ou de compassion, il en fait un signe de trahison. Peut-on imaginer un instant que Jésus, ayant connaissance de la traîtrise, et Judas, sachant qu’il est démasqué, s’embrassent sur la bouche tandis que les disciples et les troupes en armes se font face ? Marc ne rapporte aucune réaction de Jésus au baiser de Judas.

Matthieu

Chez Marc, Judas s’approche de Jésus en l’appelant « Rabbi » (Mc XIV, 45). Matthieu, qui suit Marc, complète : « Shalôm, Rabbi ! » (Mt XXVI, 49). Le trait d’expression semble d’autant plus authentique que, face aux disputes qui opposent les premiers chrétiens au courant rabbinique issu du pharisaïsme, Matthieu fait dire à Jésus : « Vous autres, ne vous faites pas appeler rabbi, car vous n’avez qu’un maître et vous êtes tous frères. » (Mt XXIII, 8). Si le titre Rabbi est alors approprié pour s’adresser à Jésus, il témoigne d’une vénération de disciple à maître qui serait bien déplacée pour Judas s’il était en train de trahir. En outre, Shalôm (que traduit le terme grec chaire) appelle la paix et la sérénité. On ne peut pas croire l’idée souvent admise que Judas joue l’hypocrite, comme si Jésus et les disciples ne voyaient pas qu’une troupe l’accompagne ! Matthieu cherche à enlever l’ambiguïté créée par le silence de Jésus chez Marc : « Jésus lui dit : Ami, c’est pour cela que tu es là… » (Mt XXVI, 50) Selon l’interprétation classique de la traîtrise, on explique le terme « ami », donné par Jésus à Judas, comme relevant de l’ironie. Le terme grec hetairos peut également se traduire par « compagnon », c’est-à-dire celui avec qui Jésus rompt le pain. Si le verset provient de la source M, particulière à Matthieu, il doit être pris pour lui-même. En ce cas, la réponse de Jésus à l’épanchement de Judas peut être comprise comme une parole de réconfort : Judas n’a pas choisi son destin, mais il est malheureusement là pour livrer Jésus aux grands prêtres. L’événement attendu ne modifie pas le sentiment de Jésus envers Judas.

Luc

Luc comprend qu’il est difficile de justifier le baiser de Judas comme signe d’une étonnante traîtrise dans la situation décrite. Il ne reprend pas la convention du baiser comme signe, entre Judas et les grands prêtres, pour désigner Jésus. Lors du face à face au mont des Oliviers, Luc ne dit pas non plus que Judas embrasse Jésus : « Il approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Et Jésus lui dit : Judas, livres-tu le fils de l’homme par un baiser ? » (Lc XXII, 47-48) Jésus refuse donc le baiser. Précisons que certains manuscrits de Luc rapportent que le baiser a été donné. Mais dans la longue histoire de la fixation du canon évangélique, c’est bien le texte sans le baiser qui a été retenu. Luc franchit une étape dans la rédaction du récit qui vise à présenter Judas indubitablement comme un traître

Le prix du sang innocent

 

Matthieu

Matthieu est le seul évangile à donner un récit du repentir et de la mort tragique de Judas. Les traditions marcienne et johannique ignorent la fin de Judas. Luc ajoute à la légende matthéenne dans la rédaction des Actes des Apôtres. Judas semble avoir suivi le procès de Jésus de près. Il se repent lorsqu’il comprend que le sanhédrin renvoie Jésus devant Pilate : « Alors Judas, qui l’avait livré, le voyant condamné se repentit. » (Mt XXVII, 3) Cela signifie que Judas se reprocha d’avoir livré Jésus dès qu’il vit que les événements ne suivaient pas le cours espéré. Autrement dit, l’action de Judas n’avait pas pour but la condamnation de Jésus. Que pouvaient donc attendre d’autre Jésus et Judas ? Quel fut l’objet de la négociation entre Judas et les grands prêtres, si ce n’était un jugement et donc une condamnation de Jésus ? Le récit de Matthieu se poursuit ainsi : « Alors Judas, qui l’avait livré, le voyant condamné se repentit, retourna les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens et dit : J’ai péché, j’ai livré un sang innocent. Mais ils répondirent : Que nous importe ? A toi de voir ! Et il rejeta l’argent dans le sanctuaire, se retira et s’en alla se pendre. Les grands prêtres prirent l’argent et dirent : On n’a pas le droit de le jeter aux offrandes puisque c’est le prix du sang. Ils tinrent conseil et achetèrent avec cela le champ du potier pour la sépulture des étrangers. Voilà pourquoi ce champ aujourd’hui encore s’appelle le champ du sang. Alors s’accomplit cette parole du prophète Jérémie : Ils ont pris les trente pièces d’argent, le prix de celui qui a été mis à prix, celui que les fils d’Israël ont mis à prix, et ils les ont données pour le champ du potier comme le Seigneur me l’a indiqué. » (Mt XXVII, 3-10) Quand bien même Jésus aurait eu une prescience de sa mort, parce qu’il connaissait les animosités et les oppositions que suscitait l’annonce du royaume de Dieu, Matthieu s’emploie à enseigner que loin de constituer un échec, la condamnation de Jésus était prévue de toute éternité. Cette construction théologique de l’Eglise primitive jalonne l’approche de la passion : « Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour se relever. » (Mt XVI, 21) ; « Jésus leur dit : Le fils de l’homme va être livré aux mains des hommes, et ils le tueront, et le troisième jour il se relèvera. » (Mat XVII, 22-23) ; « Voilà que nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme va être livré aux grands prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux nations pour être moqué, fouetté, et crucifié ; et le troisième jour il se relèvera. » (Mt XX, 18-19) Ces annonces a posteriori sont évidemment contradictoires à l’étonnement qui frappe Judas lorsque Jésus est condamné par le sanhédrin. L’attitude de Judas a plus de chance d’être authentique que ces arrangements prophétiques ! Rien n’est dit pour la défense de Judas. La réaction des grands prêtres aux remords de Judas est dure. Ils ont obtenu de lui ce qu’ils voulaient. On pourrait dire que lui-même eut ses trente pièces d’argent, si le fait était avéré. Mais dès lors que les fameuses pièces ne sont qu’un élément du récit tiré du Livre de Zacharie, la question se pose : Quelle est la contrepartie négociée que Judas n’a pas obtenue ? En tous cas, cette contrepartie ne prévoyait pas la condamnation de Jésus ou, tout au moins, sa livraison aux Romains. Matthieu fait allusion à « la parole de Jérémie » pour justifier son récit. Il prend au prophète l’expression du « sang des innocents » (Jr XIX, 4), la référence au potier (Je XVIII, 4), l’idée du champ acheté (Jr XXXII, 7-15). En réalité, la référence principale vient du Livre de Zacharie. Il s’agit de l’oracle de la houlette brisée. Le prophète rompt l’alliance qu’il avait avec le peuple au nom de Yhwh : « Si cela semble bon à vos yeux, donnez-moi mon salaire ; sinon, n’en faites rien. Ils pesèrent son salaire, soit trente pièces d’argent. Et Yhwh me dit : Jette au trésor le prix magnifique auquel ils m’ont prisé ! Je pris donc les trente pièces d’argent et je les jetai dans la Maison de Yhwh, au trésor. » (Za XI, 12-13) Chez Zacharie, il ne s’agit nullement de l’argent de la trahison, mais du salaire dû au prophète, qui a bien fait paître les brebis du Seigneur, alors qu’il est renvoyé par le troupeau. Une telle interprétation est hautement favorable à Judas, qui deviendrait un intermédiaire, les trente pièces d’argent étant dues à Jésus lui-même. On peut penser que Matthieu n’a pris le passage de Zacharie que pour justifier les trente pièces d’argent ; mais au risque d’une grave inconséquence ! Si l’on va au bout de la citation, on est loin d’un Judas traître…

La mort de Judas

 

Matthieu

Matthieu est également le seul évangile à donner un récit de la mort de Judas : « Il se retira et s’en alla se pendre. » (Mt XXVII, 5) Nous avons vu que la scène du mont des Oliviers était largement influencée par le récit de David fuyant Jérusalem aux mains de son fils Absalon (2 S XV, 17). Conseiller de l’usurpateur, Akhitophel fut finalement éconduit par Absalon qui choisit un autre conseil que le sien : « C’est que Yhwh avait décrété de faire échouer le bon conseil d’Akhitophel, afin que Yhwh amenât le malheur sur Absalon. » (2 S XVII, 14) Traître au roi David, « Akhitophel vit que son conseil n’avait pas été suivi, il sella son âne, se leva et s’en alla dans sa maison, dans sa ville ; il mit en ordre sa maison, puis s’étrangla et mourut. » (2 S XVII, 23) Si la tradition a gardé le souvenir d’une mort rapide de Judas, on peut penser que Matthieu a cherché à en faire un récit romancé en s’inspirant de la mort du traître Akhitophel.

Les Actes des apôtres

L’auteur des Actes accentue l’idée de trahison ignominieuse de Judas : « Judas donc a acquis un domaine avec le salaire de son injustice et, tombé la tête en avant, il a crevé par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues. » (Ac I, 18) Luc fabrique un discours à partir des Psaumes. Il l’attribue à Pierre en vue de justifier l’élection de Matthias au nombre des Douze : « Car il est écrit au Livre des Psaumes : Que son enclos devienne désert et n’ait plus d’habitant (Ps LXIX, 26) et : Qu’un autre prenne sa charge (Ps CIX, 8). » (Ac I, 20) Non seulement Luc rapporte une fin différente de Judas que celle de Matthieu, mais il indique que c’est Judas lui même qui fit l’acquisition d’une terre avec « le prix du sang ». Les Actes des apôtres ont été écrits dans l’ignorance du récit de l’Evangile de Matthieu et ont inventé une nouvelle histoire de la fin de Judas. Tandis que Matthieu prend l’idée de la mort d’Akhitophel pour construire sa légende de la mort de Judas, Luc reprend le récit de la mort d’Antiochos IV Ephiphane, ennemi des Juifs : « Il advint qu’il tomba du char qui roulait à vive allure et que, ayant fait une chute grave, il eut tous les membres de son corps démis (…) si bien que du corps de cet impie les vers se mirent à pulluler, ses chairs tombèrent en lambeaux, à lui qui ne vivait plus qu’au milieu de douleurs et de souffrances, et l’armée entière était incommodée par l’odeur infecte qu’il dégageait. » (2 M IX, 7-9)

La version de Papias

L’évêque d’Hiérapolis écrit aux environs de l’an 130. Irénée dit de lui qu’il fut auditeur de Jean, ce que nie Eusèbe de Césarée. Deux citations de ses écrits se rapportent à la fin de Judas : « Judas vécut son chemin en ce monde comme un exemple massif d’impiété. Il était si enflé dans sa chair qu’il ne pouvait passer là où un chariot circulait aisément. Même sa seule tête énorme ne le pouvait. Ses paupières étaient si bouffies, dit-on, qu’il ne pouvait plus voir la lumière ; et ses yeux ne pouvaient être découverts même par un instrument d’opticien, tant ils étaient enfouis sous la surface. Son organe intime était adipeux et répugnant à voir, à un point qui dépasse toute honte. Charriés de toutes les paries de son corps, du pus et des vers sortaient, à sa propre honte, quand il se soulageait. Après tant de tortures et de châtiments, sa vie, dit-on, prit fin dans son propre champ ; et cette terre est restée jusqu’à ce jour déserte et inhabitée à cause de l’odeur. En fait, aujourd’hui encore, nul ne peut circuler en ce lieu sans se boucher le nez, si massif était l’écoulement de sa chair et si répandu sur la terre. » (cité par Apollinaris de Laodicée, conservé dans les collections patristiques –Catène de Cramer, Oxford 1844) « Judas vécut en ce monde comme un exemple massif d’impiété. Il était si gonflé dans sa chair qu’il ne pouvait passer là où un chariot passait aisément. Ayant été écrasé par un chariot, ses entrailles se répandirent. » (Ibid.) Le roman de l’évêque d’Hiérapolis s’appuie non seulement sur 2 M IX, 7-9, mais il reproduit l’idée de vengeance divine que l’on retrouve dans la mort d’Hérode le Grand vue par Flavius Josèphe : « Sa maladie s’étant répandue dans toutes les parties de son corps, il n’y en avait presque point où il ne sentît de très vives et de très cuisantes douleurs. Sa fièvre était fort grande ; il était travaillé d’une grande démangeaison et d’une grattelle insupportable, et tourmenté par de très violentes coliques. Ses pieds étaient enflés et livides ; son corps ne l’était pas moins ; tous ses nerfs étaient retirés ; les parties du corps que l’on cache avec le plus de soin étaient si corrompues que l’on en voyait sortir les vers, et il ne respirait qu’avec une extrême peine. Ceux qui le voyaient en cet état et faisaient réflexion sur les jugements de Dieu croyaient que c’était une punition de sa cruauté envers Judas et Mathias. » (Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs contre les RomainsI, 21)

Dès le IIe siècle, on trouve donc trois ou quatre récits légendaires de la mort de Judas : le suicide par pendaison (Matthieu) ; une chute qui crève l’abdomen (Luc) ; une maladie ignominieuse (version longue de Papias) ; un accident de la circulation (version courte de Papias).

Judas, homme de confiance ou traître ?

 

L'évangile de Judas

L’Evangile de Judas, dont la rédaction semble voisine de celle des Actes des Apôtres, offre une perspective renversante. Judas l’Iscariote n’est plus l’opprobre du cercle des douze disciples. Il est le seul initié parmi eux : « Jésus dit (à Judas) : Viens, je t’instruirai des choses cachées que nul n’a jamais sues. Oui, il existe un Royaume grand et infini, dont aucune génération d’ange ne connaît l’étendue. Il y a le grand Esprit invisible, qu’aucun œil d’ange n’a jamais vu, qu’aucune pensée du cœur n’a jamais embrassé, et qui n’a jamais été appelé d’aucun nom. » (Ev. Judas) L’annonce véritable est celle du Royaume de l’Esprit pur, en opposition avec le Royaume terrestre en lequel les disciples placent, à tort, leurs espérances. S’il y a deux royaumes, il y a deux dieux. L’expression « votre Dieu » revient dans les paroles de Jésus aux onze disciples. Judas devient la caution d’un courant de pensée gnostique en opposition avec la tradition judéo-chrétienne. Il est le disciple fondateur : « Jésus dit à Judas : Sépare-toi des autres et je te dirai les mystères du Royaume. Il te sera possible d’y parvenir, mais au prix de maintes afflictions. Oui, un autre prendra ta place pour que les Douze se retrouvent au complet avec leur Dieu. » (Ev. Judas) Dans les Actes des Apôtres, Pierre justifie le tirage au sort de Mathias par la nécessité de reconstituer un groupe de douze grands disciples après la mort ignominieuse de Judas l’Iscariote. A ce propos, il est curieux de voir que le sort écarte un certain Bar Abbas. Dans l’Evangile de Judas, le disciple est encore bien vivant. Il est remplacé parce qu’il s’est séparé. Thomas, dont un courant gnostique majeur revendiquera l’initiation fondatrice, est ici placé au rang des Onze qui méconnaissent l’originalité de Jésus : « Jésus leur dit : Que savez-vous de moi ? En vérité, je vous le dis, nulle génération de ceux qui sont parmi vous ne me connaîtra ! » (Ev. Judas) Judas représente le modèle de « l’Homme Parfait ». Alors qu’il ne s’est pas encore séparé du groupe des grands disciples, Jésus demande : « Que celui d’entre vous qui est suffisamment fort parmi les hommes fasse jaillir le Parfait et vienne se tenir devant moi ! Tous dirent : Nous en avons la force ! Néanmoins, ils ne se risquèrent pas à présenter leur esprit devant Jésus, sauf Judas l’Iscariote. Il put se tenir face à lui, mais sans le regarder dans les yeux, et détourna son visage. » (Ev. Judas) L’acte de Judas, qui consiste à livrer Jésus, n’est pas nié. La tradition est probablement trop bien établie. Aussi est-il curieusement arrangé : « Mais toi (Judas), tu les surpasseras tous ! Oui, tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle. » (Ev. Judas) Judas est celui par qui Jésus est livré à la mort. Comme s’il y avait eu nécessité d’un intermédiaire entre lui-même et le bourreau ! La force de la tradition veut que Judas, l’un des Douze, ait livré Jésus au grand prêtre. Les judéo-chrétiens (les quatre évangiles canoniques), marqués par l’excommunication dont ils font l’objet de la part de la communauté rabbinique naissante (les pharisiens d’avant la ruine de Jérusalem), construisent l’image de Judas, le traître, le Juif parmi les Juifs qui fomentèrent le complot en vue de crucifier Jésus. Les chrétiens gnostiques, tournés vers le renversement des valeurs mondaines et du dieu qui s’y rattache, visés par les sentences d’excommunication de la part des judéo-chrétiens, font de Judas l’unique bénéficiaire de l’enseignement secret de Jésus. Son acte bien compris libère Jésus de l’incarnation. La réalité n’a probablement rien à voir avec les récits légendaires rapportés par des traditions contradictoires. On peut penser que Jésus choisit Judas pour négocier avec les grands prêtres quelque chose qui demeure caché, mais qui ne peut être compris que dans les tensions qui opposaient les forces antagonistes : les grands prêtres Hanna et Caïphe (l’aristocratie sadducéenne), Ponce Pilate (les colonisateurs romains), Hérode Antipas (les hérodiens), les disciples de Jean le baptiste (les esséniens), les fondamentalistes (les zélotes) et les disciples de Jésus (les nazaréens). L’histoire vraie de la fin de Judas reste inconnue. Judas l’Iscariote connut-il une mort rapide après le trouble excessif de la crucifixion ou survit-il à l’écart du groupe des disciples « historiques » ? Les Actes des apôtres rapportent le remplacement de Judas pour reconstituer le nombre des Douze, ce que confirme l’Evangile de Judas. Les deux écrits sont également d’accord pour dire que Judas n’est pas mort aussitôt après la crucifixion.

Confusions

 

Didyme Judas Thomas

L’Evangile de Thomas est signé : « Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et que Didyme Judas Thomas a écrites. » (Ev. de Thomas) Le nom est redondant : Didyme, en grec, et Thomas, en araméen, signifient tous deux « jumeau ». Les évangiles synoptiques attestent l’existence d’un apôtre du nom de Thomas (Mc III, 18 ; Mt X, 3 ; Luc VI, 15). L’Evangile de Jean précise : « Thomas, appelé Didyme » (Jn XI, 16) ; « Thomas, un des Douze, appelé Didyme » (Jn XX, 24). La traduction syriaque de l’Evangile de Jean porte « Judas Thomas » (Jn XIV, 22), tandis que le grec porte simplement « Thomas ».

Judas fils de Jacques

Cet apôtre, également nommé Judas, ne se trouve que dans la liste des Douze donnée par Luc (Lc VI, 16 ; Ac I, 13). On pense que c’est lui qui pose la question à Jésus lors du dernier repas : « Judas, non l’Iscariote. » (Jn XIV, 22)

On a parfois tenté de l’assimiler à Thaddée du fait que Luc met Judas à la place qu’occupe ce dernier dans les listes de Marc et de Matthieu. Le plus vraisemblable est que, pour une raison ou une autre, Thaddée a été remplacé relativement tôt par Judas fils de Jacques. L’Evangile de Luc étant le plus récent à donner une liste des Douze, il n’a pas gardé mémoire du changement intervenu.

Judas, frère de Jésus

Il n’est pas douteux que Jésus ait eu des frères et sœurs. Paul parle de « Jacques, le frère du Seigneur » (Gal I, 19) ; il évoque globalement « les frères du Seigneur » (1 Co IX, 5). Il ne s’agit pas de l’invocation d’une tradition, mais d’allusions à des gens qu’il connaît personnellement. Alors que Jésus enseigne dans la synagogue, ceux qui étaient là demeurent interloqués et se posent la question : « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Judas, de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » (Mc VI, 3)

Il est possible que le troisième frère de Jésus ait été l’auteur de la Lettre de Judas (généralement translittéré « Jude », par « délicatesse ») qui figure dans le canon des textes évangéliques.

  

Source : http://www.chemins-cathares.eu/030200_judas_iscariote.php

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