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Hauts Grades

Fondements du grade de RC le Rituel de 1765

4 Octobre 2012 , Rédigé par Chap\Candeur, Bordeaux Publié dans #Planches

Selon Irène Mainguy faire un inventaire des documents afférant au grade de Rose-croix est une œuvre titanesque, ce grade est installé à Lyon par Willermoz en 1761 et régi par le rituel de la bibliothèque historique de la ville de Paris de 1765: Chevalier de l’Aigle et du Pélican, Souverain Prince de Rose-croix et d’Hérédom. René Le Forestier a retrouvé dix huit versions, entre 1760 et 1790, de ce grade.

Son origine a fait l’objet de plusieurs hypothèse; si l’on admet qu’il n’a aucun rapport avec les rosicruciens allemands et Les Noces Chimiques de Christian Rosenkreuz (1489), il pourrait être d’origine alchimiste et remonter au Très Respectable frère Raymond Lulle (1235-1315), que l’on qualifie de grand maçon et qui est à l’origine d’une monnaie frappée en Angleterre comportant sur une face la croix représentant les quatre éléments et sur l’autre, une rose; l’origine est plus vraisemblablement la maçonnerie écossaise comme le montre la référence à Hérédom, qui mérite quelques explications sémantiques:certains voient dans ce mot le déformation du mot hébreu "harodim" qui signifie surveillants ou du latin haeredum héritage. Ragon pense qu’il peut s’agir de voile, au conciliabule de Saint-Germain en Laye pour les partisans qui accompagnent en cette résidence Charles Edouard. Hérédon signifierait tout simplement: le château de St Germain où résidait le prétendant. Il s’agit en fait d’une référence au rite d’Hérédon de Kilwinning, car la première loge de ce nom se réunissait au sommet d’une montagne au nord ouest de l’Écosse. Seul problème, c’est que cette montagne n’existe pas et, est purement mythique. Ce rite esthétiquement séduit par la médaille de la croix et de la rose en aurait fait son symbole.

Historiquement, et toujours pour Iréne Mainguy, le rosicrucianisme est l’une des survivances qui apparut à la suite de la destruction de l’Ordre du Temple, ce qui explique qu’il emprunte beaucoup au christianisme ainsi qu’à la littérature courtoise des troubadours dans lesquelles la rose était devenue un symbole d’amour. On y retrouve de nombreux éléments de l’hermétisme. René Guénon pense qu’à ce grade, celui qui est parvenu à un certain degré dans la pratique de l’alchimie "intérieure" est capable de projeter au dehors les énergies qu’il porte en lui-même.

Chevalier de l’Aigle, nom le plus ancien, vient du fils du Grand Architecte de L’Univers. L’aigle étant le symbole de la Puissance Suprême du Père, c’est aussi l’attribut de saint Jean.

Chevalier du Pélican, cette image du pélican frappant son corps avec son bec pour nourrir ses petits de son sang est représentative du sacrifice de Jésus sur la croix.

Ce grade est appelé aussi Chevalier de Saint André, patron de l’Écosse. Les chevaliers défilant le jour de la Saint André, en grande pompe, pour faire impression sur le peuple écossais et flatter son patriotisme.

Enfin il est dit aussi: Parfaits Maçons, parce qu’il s’agissait du grade le plus élevé et le plus éminent, le septième, le grade du Temple vivant, le symbole du Rédempteur. Tous les frères admis à ce grade devaient être chrétiens. En France, l’admission était présentée comme conférant une sorte de noblesse personnelle. Chevalier était un titre réservé aux descendants des familles nobles jouissant du privilège de porter l’épée. En loge tous les frères portaient l’épée, égalité qui flattait les roturiers.

Image de cette éminence, les Princes de Rose-croix ont le droit de tenir le maillet dans toutes les loges symboliques où ils se présentent. Ils prennent place à côté du Vénérable, si cet honneur ne leur était pas offert ils se placeraient après le dernier apprenti en signe d’humilité.

Pour un chapitre, assemblé d’obligation six fois par an: le jeudi saint, le jour de Pâques, le jeudi d’après Pâques, le jour de l’Ascension, le jour de Pentecôte, le jour de la Toussaint et les deux jour de Saint-Jean. On ne saurait coller de plus près à la chrétienté.

Les chevaliers Rose-croix sont obligés de faire la charité aux pauvres, de visiter les prisonniers, les malades, de les secourir. Ils ne peuvent se battre en duel contre un autre chevalier et, à leur mort, doivent être enterrés, avec leur cordon, en présence de leurs frères porteurs de leurs cordons sous leurs habits. Ce grade possède, selon Jean Palou, tous les aspects d’une véritable fraternité au sens de la Caritas médiévale.

En un mot, les Chevaliers Rose-croix sont les grands seigneurs chrétiens de la Maçonnerie. Essayons de voir pourquoi ils ne pouvaient être que chrétiens, indépendamment du fait que cela favorisait grandement, auprès des pouvoirs en place, l’autorisation de se réunir.

Du point de vue HISTORIQUE, Louis XV est roi de France. Son règne est marqué par une série ininterrompue de guerres. Guerre de succession d’Autriche, 1740-48, France, Prusse, Bavière, Saxe, Espagne contre Autriche et Angleterre terminée par le traité d’Aix-la-Chapelle, dont la France ne tire aucun avantage. Souvenons-nous de Fontenoy, où le comte d’Anteroches clame "messieurs les anglais, tirez les premiers!", ce qu’ils ne manquèrent pas de faire pour gagner la bataille. Puis la guerre de Sept ans, 1756-63, où France et Autriche sont opposées à l’Angleterre, se termine par la perte de l’empire colonial français d’Inde et d’Amérique, Canada et Acadie, défaite conclue en Acadie par le Grand Dérangement, qui est sans doute le premier génocide de l’histoire. En 1765, la France a donc tout perdu.

L’année 1764 voit l’expulsion des jésuites, qui étaient devenus de véritables banquiers, habiles à gérer les biens, pleins d’imagination et d’initiatives de par le monde entier. Il faut dire que les jésuites étaient proches du pape, alors que les relations de Louis XV et du pape n’étaient pas au mieux. Cela conduisit à une réhabilitation de l’esprit janséniste, plus porté au conservatisme garantissant les avantages acquis. Or, nous verrons que le Grand Maître, le comte de Clermont est proche des jansénistes.

Le XVIIIe siècle est le Siècle des LUMIERES, qu’illustrent en France l’aventure intellectuelle des Montesquieu, Voltaire, Diderot, d’Alembert, ou Rousseau; mais phénomène qui intéresse toute l’Europe: Newton et Locke en Angleterre, Wolf et Kant en Allemagne mais aussi en Scandinavie, en Espagne, en Italie, etc.

Des courants animent ces lumières. Les radicaux, disciples de Spinoza, refusent la révélation religieuse, rejettent les miracles et tout surnaturel, nient la création du monde, l’immortalité de l’âme, combattent la monarchie, la hiérarchie entre les sexes. Idées radicales, peu présentes en France, mais qui se répandront au XIXe siècle. Mais au XVIIIe, la grande majorité des intellectuels des Lumières sont plus modérés, restent déistes, tolérants envers les religions, s’accommodant de compromis avec l’organisation sociale en place, mais soucieux d’égalité, de justice, faisant leur l’humanisme qui débouchera, après la Révolution, sur le romantisme.

La diffusion de ces idées est favorisée par l’Encyclopédie de Diderot (1750), la multiplication des bibliothèques tant universitaires que privées, l’immense circulation à travers les frontières de manuscrits souvent clandestins, les sociétés savantes qui se créent partout, les revues et surtout les salons très à la mode à Paris, celui de Madame du Deffant fréquenté par Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Voltaire qui a clairement souhaité la Révolution, Rousseau qui rêve d’une société égalitaire et qui propose l’Être Suprême , Diderot, Beaumarchais qui fait dire à Figaro à l’adresse de l’aristocratie: "qu’avez-vous fait pour tous ces biens? Vous vous êtes donné la peine de naître et rien de plus!" Il est sûr que nombre de Maçons ont fréquenté ces salons. Évolution des idées qui est patente en musique ou au classicisme de Bach (citons Cioran, "personne ne doit plus à Bach que Dieu") va succéder Mozart, où l’homme est omniprésent, mais avec Dieu, ce n’est pas encore Beethoven et le romantisme.

Où en est la Franc-maçonnerie en 1765? Les constitutions d’Anderson datent de 1723 et 1738. Les maçons initiés selon ces règles sont obligés de professer la religion de leur pays jusqu’en 1751, où il est stipulé, "laissons à eux-mêmes leurs opinions particulières…"

Les statuts de 1755, dressés par la R\L\ de Saint-Jean de Jérusalem, dont le Comte de Clermont est vénérable, sont un retour à l’orthodoxie catholique: "Dieu étant notre chef… hommes craignant Dieu et ayant le baptême" définit le maçon. Le jour de la Saint-Jean tous les maçons vont à la messe. La Franc-maçonnerie française se démarque de la Franc-maçonnerie andersonienne plus tolérante.

Louis de Bourbon Condé, comte de Clermont et abbé de Saint-Germain des Prés, est élu Grand Maître en 1743, et fait en 1766 "grand croix rouge", sommet de la hiérarchie du rite Écossais. Il se vantera de n’avoir octroyé le grade de R\+C\ qu’à un petit nombre de FF\. Il sera relevé de son commandement militaire après la défaite de Crefeld en 1758. Il reste grand maître et meurt en 1771, dans la plus grande dévotion.

Qui étaient les Francs maçons avant la Révolution, hommes libres toujours accompagnés de leur servant, (sauf au grade de R\+C\)? Au milieu du siècle beaucoup de nobles et de prêtres peuplent les loges. La noblesse contribue à la propagation des idées philosophiques des lumières sans doute, mais n’est pas seule dans ce rôle. Les loges avaient favorisé la fusion da l’aristocratie avec la bourgeoisie d’argent mais il faut reconnaître, qu’à la veille de la Révolution, il n’y a plus beaucoup de nobles dans les loges, à tel point qu’un maître de ballet sera élu grand Maître.

La F.M. est donc chrétienne et même catholique en France. Certaines loges n’admettent pas de Juifs car elles sont dédiées à Saint Jean-Baptiste que les Juifs ne reconnaissent pas, pas plus que la divinité du messie (ils ne sont pas initiables –règlement des loges de Bordeaux du 12 février 1791). La Maçonnerie opérative était chrétienne, Anderson a-t-il tenté de la déchristianiser pour lui fixer un horizon plus vaste, l’universalité des croyants?

En 1765, le premier rituel de Rose-croix est donc chrétien et même complètement catholique et nous comprenons très bien à la lumière de ce qui précède qu’il ne pouvait en être autrement (le pourcentage d’agnostiques ou d’athées ne devait pas dépasser 1 à 2 % des lettrés de l’époque et était par définition nul chez les Maçons). Ce rituel comporte beaucoup de points forts que nous retrouvons aujourd’hui. Notre propos n’est pas de les relever mais au contraire de relever ce qui en a disparu et notamment ce qui en faisait un rituel grandement inspiré du Nouveau Testament.

Devant le plateau du Très Sage, le rituel oblige un tableau représentant la résurrection de Jésus sortant du tombeau, devant les soldats romains endormis. En dehors des deux temples, noir et rouge, que nous connaissons, il y en a un troisième, plus petit, éloigné des deux autres, destiné à représenter l’enfer, avec têtes de mort, et os en sautoir, murailles tapissées de flammes et de figures humaines douloureuses condamnées aux enfers, enchaînées. Spectacle qui doit inspirer l’horreur et la haine et convaincre l’impétrant d’avoir à se bien comporter. Le candidat devra se mettre à genoux plusieurs fois notamment pour recevoir la requête lui donnant le jour et l’heure de son initiation, requête qui lui sera jetée à terre. Il ne cessera de faire des vœux au Ciel pour la prospérité et la santé des Chev\ R\+C\. L’impétrant entend plusieurs recommandations impératives: "un chevalier doit, par honneur, adorer son Dieu", "Dieu nous soit en aide et bénissons tous son saint nom".

Le premier appartement représente le Mont Calvaire, il est orné de 33 lumières pour marquer les 33 années de la vie de Jésus, à l’Orient est un Christ en croix. A la fin il est dit au nouveau Chev\ R\+C\: "vous venez de voir, par votre réception, l’allégorie de la mort et de la résurrection de Jésus, que la parole retrouvée, Jésus de Nazareth Roi des Juifs, se renforce dans nos travaux par la tempérance, la justice, la force". La cérémonie de table qui suit est la commémoration de la Pâque et de l’apparition de Jésus à ses disciples en Emmaüs, enfin elle se termine par une prière au souverain créateur.

Ce rituel de départ ne pouvait durer du fait de son caractère chrétien trop excessif. Le G\O\ a donc modifié le rituel, à la fin du XVIIIe siècle en ne gardant que le mythe de Jésus utilisé par le récipiendaire pour sa réflexion symbolique comme il a utilisé le mythe d’Hiram ou de Zorobabel.

A propos de la formule INRI, signalons que le rituel de Francken, parti de France avec Morin en 1761, avait déjà supprimé la formule Jésus de Nazareth Roi des Juifs dés 1784 lors de l’initiation pour ne conserver que le questionnaire: "d’où venez-vous? De la Judée, par quelle ville avez-vous passé? Par Nazareth, quel est le nom de votre conducteur? Raphaël, de quelle tribu êtes-vous? De celle de Juda, rassemblez les initiales de ces quatre mots: elles forment INRI". Sans donner de sens à ce mot. L’interprétation alchimique ne viendra que beaucoup plus tard.

Ce rituel comporte, dans l’ambiguïté de son texte, tous les germes modificateur dont il sera l’objet dés la fin du XVIIIe siècle

 source : http://sog2.free.fr/

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