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Hauts Grades

Francs-Maçons: Daniel Keller en "appelle à un humanisme de combat"

8 Septembre 2013 , Rédigé par François Koch Publié dans #histoire de la FM

Le nouveau Grand Maître du Grand Orient, première obédience française, veut mobiliser ses frères contre les ennemis de l'humanisme et devenir le poil à gratter des politiques. Dirigeant d'entreprise de 54 ans, Daniel Keller a réservé son premier grand entretien à L'Express.

"Je ne crois pas qu'il faille être pessimiste", confie à L'Express Daniel Keller, nouveau Grand Maître du Grand Orient.

Vous avez été élu Grand Maître du GODF avec une posture de candidat de la rupture face à celui de la continuité. En quoi votre obédience privilégiait une vision à court terme des enjeux sociétaux?

Les grandes lois de la IIIe République ont été en moyenne préparées dix à quinze ans en amont par le GODF. Par exemple, la grande loi sur l'Ecole publique, laïque, gratuite et obligatoire de 1882 a été discutée dans les loges dès le début des années 1870. A cette époque, la Franc-maçonnerie est l'antichambre du monde de demain. Il faut aujourd'hui organiser notre réflexion collective afin de redevenir des anticipateurs.

Quels chantiers à long terme le GODF devrait-il favoriser?

Quelle doit être la démocratie juste de demain? Nous vivons un moment de bascule, à la fin d'un modèle pensé après la guerre et aujourd'hui en crise. Comment donner un nouveau souffle de justice sociale? Cette réflexion ne viendra pas du Grand Maître à travers des déclarations tonitruantes.

Etes-vous aussi pessimiste que Michel Barat, Alain Bauer et Rochez Dachez selon qui les obédiences maçonniques produisent de l'eau tiède ou rien?

Je ne crois pas qu'il faille être pessimiste. La franc-maçonnerie offre un mode de production intellectuelle original et atypique. Complexe, lente et laborieuse, la coordination du travail de 1200 loges mérite notre investissement. A défaut, on ne produit que de l'eau tiède. Nous nous situons au seuil d'une démarche où il faut redonner envie aux loges et prendre le soin d'aller chercher leur production.

Pourquoi l'obédience ne sait pas mettre en valeur le travail des loges?

Parce qu'il y a une pesanteur sociologique, un manque d'inventivité, d'impulsion. Il faudra nager à contre-courant, ce qui n'est malheureusement pas la tendance naturelle.

Comment redonner au GODF le rayonnement qu'il a perdu afin qu'il redevienne une référence intellectuelle?

La situation du GODF n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était en 1900, où il était quasi la seule force avec la Ligue des droits de l'homme. A une époque où il n'était pas rare qu'un vénérable maître d'une loge soit aussi président de conseil général, où les députés étaient bien représentés dans les ateliers. Depuis un siècle, beaucoup de groupements de pensée, de think tanks se sont créés avec une expertise plus performante que celle du GODF. Nous devons réfléchir aux valeurs de la société, sur ses principes d'organisation. Mais nous ne sommes ni un think tank ni un groupement d'experts.

N'est-ce pas un peu fumeux?

Non, car nous pouvons craindre d'être à l'aube de remises en cause de cet humanisme...

Un "humanisme de combat", dites-vous. De quoi s'agit-il?

Nous sommes confrontés à un anti-humanisme irrationnel, qui exacerbe les passions déraisonnables. A un moment où se développe une crise politique, économique et sociale, il faut redonner goût à l'humanisme de combat, car l'humanisme à des ennemis qu'il faut avoir le courage d'affronter.

Quels sont ces ennemis?

Les nationalismes en Europe, l'extrême droite en France, que l'on a inconsciemment banalisée. Ce sont des menaces, des dangers potentiels. Comme les intégrismes, ou certaines religions pareilles à un nouvel opium, un pansement à la crise.

Vous souhaitez que le GODF soit indépendant des partis. Il ne l'a donc pas été assez?

Je n'ai rien contre les partis politiques. Sans eux, il n'y pas de démocratie. Mais le GODF n'a ni les qualités ni les capacités d'un parti politique. Nous ne cherchons pas la conquête du pouvoir.

Vous avez jugé que le GODF n'était pas assez distant du PS...

Il nous faut être plus en amont des partis politiques. Sur nos valeurs, sur des questions sociétales, nous avons vocation à "challenger" les partis politiques, le PS ou un autre. Je rêve d'une situation où le GODF serait en mesure de les interpeller, de manière critique, sur la base de nos projets.

Un GODF davantage "poil à gratter"?

Oui. Nous avons l'opportunité de challenger les partis politiques, et ceux qui exercent le pouvoir, en posant de longs desseins.

Contribuerez-vous à l'amélioration de l'image de la franc-maçonnerie française?

Je souhaite donner envie à ceux qui m'écoutent de rejoindre la franc-maçonnerie. Les partis politiques sont en crise, ils n'ont jamais eu aussi peu de militants, c'est le cas aussi des associations. La franc-maçonnerie est une espérance pour l'avenir et aussi une voie destinée à améliorer la société. Nous ne sommes pas qu'une société de pensée, nous avons la chance d'utiliser une méthode initiatique très originale. Elle apprend la prise de distance, l'écoute, ce qui fait le plus défaut dans le monde d'aujourd'hui.

Partagez-vous le constat critique du trio Barat-Bauer-Dachez sur l'impérialisme autodestructeur des obédiences?

J'ai lu les bonnes feuilles de leurs Promesses de l'aube [Ed. Dervy], que j'ai trouvé passionnantes. Vous caricaturez un peu. J'ai dit à notre dernier convent: l'obédience ne doit être ni une simple boite aux lettres, ni une organisation bureaucratique et tatillonne. Ce n'est ni un regroupement occasionnel de loges ni une structure qui parle à la place des autres. Il faut donc trouver le chemin vertueux dans l'entre-deux. Ce qui n'est pas possible d'un claquement de doigts. C'est à nous d'inventer, mais ce sera long et difficile.

Tenterez-vous de reconstruire l'unité de la franc-maçonnerie française détruite depuis dix ans?

Sur la base de nos valeurs et de nos principes ­-le respect des autres et de soi-même, la tolérance mutuelle et la liberté absolue de conscience-, toutes les obédiences sont les biens venues. C'est ensuite une question de diplomatie. Mais ce n'est pas mon sujet de préoccupation n°1. C'est-à-dire que c'est important de dialoguer, de partager des valeurs communes, mais il ne faut pas faire des rapprochements à marche forcée, ni des fusions acquisitions. Je n'ai pas l'ambition de lancer des OPA sur des obédiences. En revanche, il faut trouver des terrains de convergence, des actions communes et être solidaires.

Comment le GODF va-t-il se comporter avec la Confédération maçonnique de France (4 obédiences, 52 000 frères... comme le GODF)?

Deux des quatre obédiences de la CMF, la Grande Loge de France (GLDF) et la Grande Loge traditionnelle symbolique Opéra (GLTSO), étaient présentes à notre convent du mois dernier. La GLDF et la GLTSO n'ont pas rompu le dialogue avec le GODF. Nous allons dialoguer. Et puis nous verrons bien. La CMF en est encore à ses balbutiements. Et nul ne connaît son avenir.

Les relations avec la GLDF vont-elles s'améliorer?

Je suis ouvert au dialogue, sur la base de nos principes et de nos valeurs. Les relations entre la GLDF et le GODF sont tellement anciennes, qu'elles ont dû passer à travers l'histoire par des pics et des creux... il y en aura d'autres. Cela ne constitue pas un problème insoluble, car les hommes et les femmes de bonne volonté peuvent toujours se rapprocher. Il faut prendre un peu de hauteur. Je ne serai pas le fauteur de troubles. Car il y a des choses beaucoup plus importantes.

Lesquelles?

Le regain d'intérêt que la franc-maçonnerie doit avoir dans la société, et le travail qu'il faut accomplir afin d'améliorer son image. Je suis préoccupé lorsque l'on abat des arbres de la laïcité qui viennent d'être plantés, lorsque l'on manifeste avec hostilité devant des temples maçonniques, lorsqu'on les tague. On aurait tort de prendre cela à la légère.

Vous avez été qualifié de premier Grand Maître " bauérien "... depuis la fin du mandat d'Alain Bauer, il y a dix ans. Une réaction?

Je le prends comme un compliment. Dire le contraire serait mal élevé. Mais je le connais en fait assez peu. Il n'y a donc pas de filiation entre lui et moi. Pour l'instant. Ce sera peut-être le cas si nous nous rencontrions à de nombreuses reprises


En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/francs-macons-daniel-keller-en-appelle-a-un-humanisme-de-combat_1278838.html#vay4MJzKxpeFvUHg.99

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