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Hauts Grades

Généalogie des 4 éléments

15 Octobre 2012 , Rédigé par D\ D\ Publié dans #Planches

Sur un moment privilégié de l’initiation, et pour moi ce fut le plus intense, car ce n’est qu’au terme du troisième voyage que j’ai retrouvé mes esprits.
Epreuves ou purifications ?
Alchimie ou pas alchimie ?
Ce petit travail ne prétend pas à l’érudition ni à être complet. En effet j’ai à de nombreuses reprises simplifié et schématisé afin de me concentrer sur l’essentiel. On pourra donc me contester sur de multiples points de détail.

La Préhistoire.
Dans les loges écossaises du 17ème siècle la réception d’un nouvel apprenti comportait des brimades et des humiliations diverses, qui relevaient plus du bizutage que d’une quelconque « transmission d’une influence spirituelle » (voir David Stevenson « Les Origines de la Franc-Maçonnerie. Le siècle écossais 1590-1710 »). Il en est resté quelque chose chez nous à l’époque actuelle (souvenez-vous du premier voyage).

Les débuts anglais.
Si 1717 vit la naissance de la première Grande Loge, celle de Londres et de Westminster, ce fut durant les années 1720-1730 que se mirent en place les caractéristiques principales d’un Ordre tel qu’il persiste encore aujourd’hui : dédoublement du premier grade, apparition de la légende d’Hiram, formation de loges sur le Continent.
A cette époque le candidat à la réception (the making of a mason), on ne parlait pas encore d’initiation, subissait déjà des épreuves dénuées de tout caractère purificatoire : dépouillement des métaux, dénudation partielle, aveuglement.
Ces cérémonies primitives ne faisaient aucune référence à l’Alchimie, à la Kabbale ou à la Mystique rosicrucienne.

En 1730, année de la parution du « Masonry Dissected » de S. Prichard, le récipiendaire effectuait un tour de la Loge (les Anglais n’utilisent pas le terme de voyage). Cette perambulation est bien à l’origine des « voyages » français d’aujourd’hui. Elle subsiste, immuable, dans les loges anglo-saxonnes, où elle est le prétexte à la présentation du Candidat aux Surveillants puis au Vénérable Maître.

Les débuts français.
Les débuts de la maçonnerie française sont caractérisés par la coexistence plus ou moins harmonieuse de loges « jacobites » (Anglais, Ecossais et Irlandais exilés partisans de la famille déchue des Stuarts) et « anglicanes » (Anglais et Français initiés à Londres, puis Français initiés à Paris par des Anglais).

En 1737, date de la première divulgation française, René Hérault, lieutenant de police de Paris n’eut aucun mal à découvrir les secrets des maçons, grâce à une dame de petite vertu, actrice à l’Opéra, qui les soutira de la bouche d’un de ses amants (il faudra un jour étudier le rôle de la femme dans l’histoire de la F\ M\, ce qui est tout à fait différent de l’histoire de la maçonnerie féminine). Hérault les publia sous forme d’un pamphlet « La Réception d’un Frey-Maçon ». A l’époque, on ne parlait pas de Franc-Maçon, mais bien de Frey-Maçons ou de Fri-Maçons, ce qui indique bien l’origine britannique de l’Ordre en France, quoi que puisse en penser un ancien Sérénissime G\ M\ du GOF. A nouveau on ne parle pas d’initiation, mais bien de réception. Le terme d’initiation ne fera son apparition, et encore très timidement, dans le vocabulaire maçonnique français qu’à la fin du 18ème siècle.
Le postulant, aveuglé, dépouillé de ses métaux et bijoux, le genou droit dénudé, le pied gauche en pantoufle, est introduit par son parrain. On lui fait faire trois tours, puis après qu’il ait réaffirmé sa conviction, on lui débande les yeux, et tous le Frères sont en cercle autour de lui, l’épée à la main. Puis viennent le serment prononcé sur la Bible ouverte à l’Evangile de Saint Jean, la remise du tablier et des gants (d’homme et de femme) et enfin l’explication des secrets des deux grades, apprenti et compagnon (à cette époque les deux premiers grades étaient conférés simultanément, aussi bien en Angleterre qu’en France), avec la communication des mots en J et B. Plus loin Hérault décrit le rituel de table avec ses termes empruntés à la vie militaire (les travaux de table ou de banquet remontent donc loin dans le temps) et l’acclamation « Vivat ».

Le pamphlet résume bien ce que la maçonnerie française doit à l’Angleterre : la préparation du candidat, l’obligation et ses châtiments aussi sanguinaire que fictifs, l’usage rituel du compas, l’habillement (tablier et gants) ainsi que les mots en J et B. Il identifie aussi les principales innovations françaises, inconnues aujourd’hui encore, des loges britanniques : trois voyages et non un seul, le cercle des épées, le serment sur l’Evangile de Saint Jean, la remise de gants de femme (mais les Français se devaient d’être plus galants et plus prévenants à l’égard du beau sexe que les Anglais), l’acclamation « Vivat » et les travaux de table.
Par contre, il est clair qu’il n’y a ni éléments ni purifications.

Les rituels, authentiques ceux-là, des années suivantes sont tout aussi probants.
Ainsi ceux du Marquis de Gages et de sa loge montoise « La vraie et parfaite Harmonie » (1767). Le candidat préparé comme ci-dessus, est remis entre les mains du Premier Surveillant. Celui-ci le fait voyager par trois fois autour de la loge, c’est-à-dire derrière les FF\ assemblés autour du tapis de loge.
Au terme du deuxième voyage intervient ensuite un geste nouveau : la « Marque de Salomon »
« Alors le Maître dit :
Monsieur ce que vous avez passé jusqu’à cette heure n’est rien en comparaison des épreuves qu’il vous reste à subir ».

« Alors le maître dit :
Monsieur comme il faut que tout bon maçon soit marqué du sceau de Salomon, sur quelle partie de votre corps voulez vous que l’on vous l’applique, ordinairement c’est sur l’épaule. Pendant ce petit discours on lui fait sentir la chaleur près de l’épaule avec une pelle rougie. Lorsque le Récipiendaire a répondu qu’on le pose selon la coutume on lui pose sur la partie échauffée un morceau de glace ».

Les trois voyages ne comportent ni purifications ni rencontre des éléments. Les commentaires du Vénérable insistent sur leur caractère pénible, voire périlleux de l’exercice. Il s’agit bien d’épreuves qu’il faut surmonter avec vaillance, même et surtout si elles ne sont que symboliques.
Au deuxième grade, ce rituel comporte l’épreuve (symbolique) de la saignée.
Un rituel de Lyon de 1772 est en tout point semblable à celui de Mons, en ce qui concerne les trois voyages, si ce n’est que c’est le Second Surveillant qui conduit les voyages.
Il convient de noter que le rituel du 18ème siècle qui réside sur les pages confidentielles de la FIF, mentionne le premier voyage, ce qui laisse supposer qu’il y en d’autres, mais dont il ne parle pas. Ici aussi, il n’y a ni épreuve ou purification, ni élément.

L’émergence des rites.
Les trois rituels cités ci-dessus n’appartiennent à aucun rite. A l’époque les rites n’existaient pas. Leur genèse fut le résultat de l’apparition incontrôlée des Hauts-Grades, dits Ecossais, que l’on peut situer entre 1745 et 1785. Leur développement comporte en gros trois étapes :

  • apparition spontanée, indépendante, de grades inédits de provenances diverses ;
  • leur organisation en série hiérarchisées ;
  • l’établissement d’un pouvoir régulateur au sommet de la dite série.

Le scénario est simple. Une loge reçoit un étranger, un voyageur qui susurre qu’il détient les « véritables » secrets d’un ordre sublime. Les maçons de l’endroit, appâtés par l’inconnu, se précipitent, et pour quelques écus se font recevoir Grand Elu, Chevalier d’Orient, Prince Rose-Croix. La désillusion est rapide, à la hauteur des illusions premières. Elle n’empêche que nos sectateurs sollicitent bien vite leur admission à d’autres mystères, plus sublimes encore et au titres encore plus ronflants : chevalier Kadosh, de la Toison d’Or ou du Soleil, Empereur d’Orient et d’Occident.
Ainsi naquirent des séries de Hauts-Grades, que l’on baptisa du nom de rite, mot emprunté à l’Eglise (rite latin, orthodoxe, copte, maronite,…).
A l’origine, ces Rites ne désignaient que ces constructions, souvent hétéroclites, de grades « supérieurs » qui affectaient de compléter l’enseignement des degrés symbolique.
Mais ils eurent une conséquence de taille : le contenu des grades bleus fut remanié pour l’adapter au message des Hauts-Grades, afin de mieux « préparer » le candidat futur aux enseignements à venir.

Les purifications dans les Hauts-Grades.
Les rites de purification sont contemporains de cette évolution. La plus ancienne mention que j’en connaisse se trouve dans le catéchisme d’un Haut-Grade de 1749, celui de « Petit Ecossais Apprenti » (non il ne s’agit pas d’un forme d’humilité, c’est pour pouvoir passer ensuite au grade de Grand Ecossais Apprenti et cela résulte de la prolifération des Hauts-Grades)
« Demande : Etes-vous Ecossais ?
Réponse : Oui, je le suis. J’ai été purifié par l’eau et le feu. »
En fait les éléments et les purifications sont inséparables de l’Ecossisme, cette mouvance protéiforme d’origine française.
Au grade de « Maître de Loge » (équivalent continental de l’installation ’ésotérique’anglaise, qui fut par la suite incorporé dans l’échelle du R.E.A.A. où il occupe la 20ème place), le récipiendaire est reçu « entre le fer et le feu », parce qu’il est « purifié de la tête aux pieds par le fer et le feu ».

Mais les éléments ne sont pas les seuls moyens de purification. Ailleurs, celles-ci se feront par des parfums. Dans la maçonnerie « égyptienne » (1778-1784) de Giuseppe Balsamo, dit Cagliostro, elles interviennent aux grades de Compagnon et de Maître de l’Intérieur (ce sont des Hauts-Grades) ; au deuxième, le récipiendaire est purifié par quatre parfums : l’encens, la myrrhe, le benjoin et le baume du Pérou.
Ces quelques exemples, et je pourrais en citer d’autres, montrent que les rites de purification étaient chose courante dans les Hauts-Grades de l’époque.

Le Rite Ecossais Philosophique.
Ce rite naquit dans le Midi de la France, à Marseille et Avignon. Il était pratiqué à Paris par la loge « Saint Jean du Contrat Social ». Les rites pratiqués en Avignon ont été publiés dans Renaissance Traditionnelle, n° 54-55.
On y trouve la purification par l’eau après le premier voyage, la purification par le feu après le deuxième, celle de la saignée après le troisième.
Ce Rite Philosophique est exemplaire, c’est un véritable cas d’école dans le débat inachevé sur les « influences extérieures », sur ces hypothétiques écoles ésotériques, kabbalistiques, alchimiques qui se seraient greffées sur le corps maçonnique.

Son titre déjà, « philosophique » qui ne brille guère par la modestie, et semble plutôt constituer un de ces appâts qui font miroiter beaucoup de choses. Que les SS\ et les FF\ de l’atelier PHILO de FMPOL ne prennent pas ombrage de mes propos !
Remarquons simplement que si les rituels « philosophiques » comportent deux éléments, et non quatre, ils ne font aucune référence, même voilée au Grand Œuvre. Par contre on peut voir dans les purifications par l’eau et le feu un rappel du baptême (eau) et de la purification par le Saint Esprit (feu),

Le Rite Français.
Echaudé par la prolifération anarchique des Hauts-Grades et désireux d’y mettre de l’ordre, le Grand Orient de France établit une Chambre des Grades, qui en 1786, reconnut un système en quatre ordre (Elu, Ecossais, Chevalier d’Orient, Rose-Croix) et voulut l’imposer aux loges de sa correspondance. Il créait ainsi un rite nouveau, qualifié de « Français » bien qu’il ne soit qu’une synthèse des Rites « Ecossais », mais pour se démarquer de ceux-ci. L’appellation, à tort, servit aussi à désigner les grades bleus de cette obédience, alors que ceux-ci sont incontestablement d’origine britannique.
Dans ces rituels de 1786, les épreuves par l’eau et par le feu sont présentes au deuxième et troisième voyage, témoignage incontestable de l’influence écossaise.

La description du Cabinet de Réflexion surprend par l’absence du mot VITRIOL. Par contre il signale la présence de vases d’eau, de sel et de soufre ainsi que de la représentation d’un coq et d’un sablier, ainsi que des maximes murales (Si la curiosité t’a conduit ici, va-t’en. Si tu crains d’être éclairé sur tes défauts, tu seras mal parmi nous…).
La comparaison des deux rites, le français et le philosophique, montre en tout cas une approche différente : le premier insiste sur la notion de purification, le second sur celle d’épreuve.

Le Rite Ecossais Rectifié
Le RER fut établi à Lyon, entre 1778 et 1787 par J.B. Willermoz, sur base de l’enseignement de Martinez de Pasqualy (je simplifie). Les éléments apparaissent au nombre de trois, et non deux : le feu, l’eau et la terre. Au cours de ces voyages, le récipiendaire, aveuglé, doit reconnaître le feu au Midi (premier voyage), l’eau au Septentrion (deuxième voyage), la terre à l’Occident (troisième voyage). Ces trois éléments lui enseignent la structure de la Matière. Le rituel vise à une prise de conscience : le récipiendaire doit saisir dans sa chair ces trois éléments corporels dont il est fait et dont il doit se dégager pour entrer dans la voie spirituelle…
Le RER est très précis à ce propos. Il n’y a que trois éléments : Feu, Eau, Terre, comme il n’y a que trois principes fondamentaux : Soufre, Sel et Mercure. En fait, par nature, le RER est trinitaire, et associe :
Sud, Soufre, Feu, premier voyage
Nord, Sel, Eau, deuxième voyage
Ouest, Mercure, Terre, troisième voyage

Tout cela rappelle furieusement l’alchimie me direz-vous. Et pourtant ce ne sont là que des conceptions qui n’ont rien d’original pour l’époque, partagées par les alchimistes, comme par leurs adversaires. Et Willermoz était de ces derniers, puisqu’il interdisait formellement l’entrée dans son Ordre aux partisans de l’art alchimique, qu’il considérait comme une route absolument opposée à la Science Spirituelle.

Le REAA
Bientôt surgit un nouveau venu, redoutable, intriguant, d’autant plus sûr de lui et dominateur que ses racines étaient incertaines. Le REAA, fort de ses 30 Hauts-Grades, proposa trois degrés bleus nouveau, prétendument détenteur de l’authentique tradition des Anciens, en fait inventés pour les besoins de la cause. J’ai essayé de montrer le caractère artificiel et fabriqué de ces derniers, et d’établir qu’ils furent écrits entre 1804 et 1812 par des ambitieux qui voulait subjuguer la maçonnerie française (Message 380, Les degrés bleus du REAA). Je ne suis pas sûr d’avoir été compris quand je lis sous la signature d’un F\ d’outre Quiévrain (cela fonctionne dans les deux sens) que j’aurais prétendu qu’ils étaient faux. Tous les rituels ont été inventés un jour et ont évolué par la suite.

Le Guide du Maçon Ecossais (1815-1820) ne mentionne qu’une seule purification, celle par le feu au cours du troisième voyage. Les deux premiers voyages ne comportent aucune purification. Ce qui est bien la preuve que ce n’est pas le REAA qui est à l’origine des quatre purifications.
Les tenants du système comprirent bien vite qu’il y avait là une lacune qu’il fallait combler. La purification par l’eau réapparut au deuxième voyage.

L’air et la terre
Jusqu’alors, nos rituels (sauf au RER pour la terre) ne parlent ni de l’air ni de la terre. L’usage de préparer le candidat dans une chambre obscure est attesté dès le début de la maçonnerie française et anglaise. Il souligne le passage des ténèbres à la lumière, thème central de la réception maçonnique depuis les premiers documents anglais (1720-1730).
Le premier voyage ne comportait jusque là aucune allusion à l’air. Le récipiendaire est bousculé, malmené, et on lui explique que ce premier voyage représente le tumulte des passions, les conflits d’intérêts.
Le 19ème siècle vit dans le séjour obscur et les aléas du premier voyage des épreuves purificatoires supplémentaires, par la terre et le feu. Clavel cite ces nouvelles purifications dès 1843.

Relevons toutefois qu’il n’est nul besoin de l’alchimie pour justifier les quatre éléments. La division de la Matière en quatre éléments constitutifs est une conception traditionnelle d’une rare banalité. Cet ajout se réfère explicitement aux « antiques initiations égyptiennes » (voir Cauchois et Ragon), et d’ailleurs à cette époque le terme d’initiation est largement utilisé pour désigner la cérémonie de réception.

Les derniers avatars
Le rituel officiel du GOF, remanié par Louis Amiable en 1887 (dix ans après l’évacuation du GADLU) supprima les épreuves, qu’il remplace par un commentaire plein d’à propos.
« L’initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises du 18ème siècle. On l’a beaucoup compliquée au 19eme siècle, en y mêlant des particularités que l’on croyait empruntées aux initiations de l’Ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants. On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c’est-à-dire par la terre, l’air, l’eau et le feu….Vous ne devez pas vous étonner s’il vous arrive de vous trouver en présence de quelques pratique de ce genre. Vous n’en serez pas troublé non plus, sachant que le progrès est lent et que l’évolution humaine est complexe ».
Amiable avait raison, les maçons continentaux avaient bel et bien introduit des particularités étrangères aux traditions britanniques initiales. Que leur abandon témoigne d’un progrès sur le plan symbolique reste à démontrer. Et c’est ainsi que les voyages symbolisent alors l’enfance, la jeunesse, l’âge mûr.

L’entrée en scène des occultistes
Cette refonte des rituels heurta certaines susceptibilités, dont celle d’Oswald Wirth, auteur d’une trilogie qui reste aujourd’hui, hélas, le best seller de la littérature maçonnique. Wirth était féru d’occultisme qui fleurissait en cette fin de siècle et il apprêta la maçonnerie à une bien curieuse mode. Pour Wirth, la rencontre des éléments assimile l’initiation maçonnique au processus alchimique : la transformation du profane en un initié rappelle et imite la transformation de la matière dans l’Athanor.
Ce vernis nouveau plut à certains de ses contemporains. Il répondait à un goût pour le mystère et le merveilleux, d’autant plus aisément que le symbolisme hermétique, abscons et redoutable n’est plus guère compris de nos jours. Cette obscurité permet n’importe quel développement sans risque d’être contredit. Elle permet de dire tout et n’importe quoi, ainsi que son contraire.

Puis vint Guénon, qui ne vit dans l’alchimie qu’un aspect particulier d’un ésotérisme plus vaste. Il fait de l’initiation un bouleversement ontologique de l’être par l’action d’une influence spirituelle qualifiée, c’est-à-dire attachée à une organisation initiatique traditionnelle. Le processus relève, qu’on le veuille ou non, de ce que l’on appelle communément la magie.

Conclusions
L’histoire nous enseigne que les épreuves ou purifications, ignorées à l’origine, apparurent, vers 1750 seulement, dans les Hauts-Grades, puis s’imposèrent dans les grades bleus, et cela sur le continent uniquement.
La théorie des éléments est une conception commune depuis l’Antiquité. Platon l’exposa dans Timée. Les premiers chrétiens les connaissaient également. La structure quaternaire de la matière est un lieu commun de quasi toutes les traditions.

A la fin du siècle dernier, certains s’avisèrent que les éléments relevaient de l’alchimie. Cette lecture nouvelle s’inséra tout naturellement dans le système guénonien, appréhension globale de la totalité cosmique, de son organisation et de sa finalité. Celui-ci renvoie à une Tradition Primordiale. Celle-ci suppose la réalité d’une initiation, au sens guénonien du terme chez les bâtisseurs de l’Antiquité, et une continuité de fait et d’intention entre ces bâtisseurs et les francs-maçons d’aujourd’hui. J’ai lu dans un livre maçonnique, dont je tairai le titre, que la meilleure preuve de l’existence de cette continuité ésotérique secrète était précisément qu’elle n’ait laissé aucune trace dans l’histoire. Disons qu’aucune preuve ne vient étayer ces affirmations et qu’elles sont pour le moins suspectes. Non, là je suis trop gentil, il s’agit en fait d’affabulation !

Rappelons que la maçonnerie est une société conviviale qui vit le jour à une époque (le début du 18eme siècle) et dans un pays (l’Angleterre) qui sortait d’années ensanglantées par l’intolérance meurtrière et les guerres fratricides.
La lecture des anciens rituels révèle le lent processus par lequel des dépôts successifs vinrent recouvrir le noyau originel. Ce qui n’était au départ que l’accueil dans une société réservée devint une cérémonie complexe et lourde de sens.

Réflexions a posteriori
C’est vrai, l’élaboration des Hauts-Grades en a pris pour leur grade, car à mes yeux leurs développements relèvent de la mystification vénale. Non je n’ai pas la dent dure avec le REAA et je n’ai pas voulu me le farcir. J’ai le plus profond respect et la plus grande estime pour les FF\ Jean-Claude TOS et Marcel WUI, mais je tiens le comte de Grasse-Tilly pour un être malfaisant et sans scrupule (on lira à ce propos avec profit André Doré, Vérités et légendes de l’histoire maçonnique). C’est vrai, je ne connais rien de la maçonnerie de Memphis Misraïm. Il est exact que je suis un adepte des degrés bleus du RFM. Oui, j’ai une sainte horreur des agités de l’occultisme, tels Wirth et Guénon, de leurs divagations et de leurs fantasmes. Les historiens demandent des faits, les ésotéristes élaborent des mythes.

Par contre je trouve qu’il est erroné de croire que nous sommes véritablement passé des sciences « occultes » aux lumières des sciences véritables. Il existe de fortes raisons de douter que la coupure soit aussi radicale que le croit l’opinion courante.
Ainsi je voudrais revenir sur deux reproches qui sont couramment adressés a l’alchimie. D’une part cette pratique archaïque aurait été d’un ésotérisme qui la rendait inaccessible au commun et consolidait ainsi une séparation oligarchique entre les détenteurs et les exclus du savoir. D’autre part elle aurait confondu allègrement recherche intellectuelle et intérêts matériels : la quête de la pierre philosophale peut aussi bien être conçue comme un exercice aidant à l’élévation spirituelle que comme pratique visant à des fins économiques. Il suffit d’énoncer ces reproches pour constater à quel point la science contemporaine, et plus particulièrement la physique, tombe sous le coup des mêmes griefs. Mais c’est là un autre débat.

Je vous embrasse toutes et tous fraternellement

Source : www.ledifice.net

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