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Hauts Grades

Gloire au travail

23 Octobre 2014 , Rédigé par D\ B\ Publié dans #Planches

Je dois reconnaître qu’à priori je n’aurais pas choisi ce sujet comme morceau d’architecture car c’est le cartouche qui avait le moins de résonnance en moi. Ainsi, le mot « Gloire » est d’une part un mot que je n’utilise quasi jamais et d’autre part le mot « travail » ouvre un vaste champ des possibles. L’une des difficultés que j’ai rencontrées a été justement ce travail consistant à présenter les nombreuses notions attachées à ce mot tout en restant concis et pluriel. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts de lecture, d’appropriation des choses, avant tout pour bien en sérier les dimensions importantes. Ce travail s’articulera autour des aspects suivants :

Gloire
Travail
Travail maçonnique
Le travail comme une transcendance
Résonnances

Gloire :

Vient du latin : gloria « renom, réputation, désir de gloire... » En symbolique ou iconographie chrétienne : le Christ en gloire est auréolé de lumière. Auréole lumineuse qui entoure le corps des personnes divines, rapprochement par analogie avec le compagnon qui voit lui avec les rayons du Delta et le rayonnement de l’étoile flamboyante. On peut y voir une forme de « béatitude céleste », de splendeur divine...  Glorifier le travail c’est faire vivre le beau et maintenir la lumière vive dans le cœur des hommes libres et laborieux. Glorification : j’entends par ce mot, faire éloge, honorer dans la joie, et la joie est pour ceux qui la désirent... Honorer le travail de quelqu’un, c’est en proclamer sa gloire. Travailler à la gloire du Grand Architecte de L’Univers, c’est sûrement aussi travailler en sa présence, le texte de la bible extrait du texte : Rois VI – 12 n’énonce-t-il pas : « Cette maison que tu bâtis, si tu marches selon mes préceptes...j’y résiderai... »

Notion du travail :

Au VIème siècle : Travail – (Tripàlùs) vient du latin Tripalium « instrument de torture à trois poutres » – (Trabis-poutre). Structure formée de trois pieux, sorte de chevalet pour ferrer les chevaux. Ce vocable a donné naissance au mot travail, lui conférant un caractère pénible, de contrainte, d’assujettissement. Confirmée au XIème siècle, cette notion évoque le tourment, la souffrance, la torture d’un condamné. Notion reprise par le christianisme : en tant que souffrance, résultante du péché, punition, peine... Au Moyen âge, la notion de travail évolue car associée au métier, qui, à l’origine, désigne la machine (ex : le métier à tisser), étant alors assimilée à effort, labeur. A partir du XIXème siècle, le travail peut être perçu de 2 façons antagoniques : à la fois comme support d’une liberté créatrice, d’un génie libérateur, et en ce sens : composante « essentielle » de l’humanité (idéologie et courant intellectuel libéral), mais dans le même temps, perçu comme moyen d’asservissement des classes dominantes bourgeoises sur les classes dominées du prolétariat (idéologie et courant marxisant). Autre notion : « la femme en travail », celle qui enfante. Si le levain travaille, il fermente ; quand le bois travaille, il se fend. Le travail déforme la matière, l’abîme, la dégrade, la décompose, l’altère, au sens où il la rend autre. Ainsi le travail devient synonyme de production associée à une naissance, à un renouveau, à un nouvel état humain triomphant du chaos naturel et de sa magie. Gloire à l’enfantement, au « travail » de la femme, à la vie nouvellement donnée. Pour les animaux, le travail n’existe pas en soi, ces premiers agissent et évoluent par instinct de survie et par nécessité d’adaptation permanente au milieu environnant. L’homme, en conscience, agit sur son milieu pour l’adapter à ses besoins, à ses aspirations : c’est son œuvre que de développer des capacités de penser, de créer, de produire à cet effet. Epoque de la seconde guerre mondiale : régime de VICHY ou idéologie nazie glorifiant le travail (« Travail – Famille – Patrie ») promeuvent un projet commun par la négation du progrès individuel. Années des 30 glorieuses : déplacement de la notion Travail, comme projet de développement économique mais dans lequel l’individu reprend sa place. Les notions de productivité et de rentabilité constituent de nouveaux objectifs, de nouvelles contraintes, induisant en parallèle l’intellectualisation du travail. Au final, le travail peut être vécu d’au moins deux façons : - Comme source de revenus et de possible épanouissement dans un monde profane dominé par la société de consommation, où il devient un enjeu, une lutte ;
- Comme joie profonde – accomplissement – grandissement – cheminement en Franc Maçonnerie.

Travail Maçonnique :

Celui-ci se structure et passe par :

 - La présence et la répétition du rite (REAA) qui organisent ce travail.
- L’accès aux symboles qui le structurent.
- Un accomplissement introspectif pour s’éclairer soi même et pour éclairer les autres.
- Le travail extérieur du temple par une conduite exemplaire, empathique, bienfaisante et tolérante en milieu profane.

Le travail en Franc Maçonnerie est une méthode, un moyen de perfectionnement, un instrument pour la recherche de la vérité, de la lumière à travers une démarche ordonnée utilisant un ensemble de moyens raisonnés. Néanmoins, celui-ci ne se terminera jamais car c’est un chemin de progression constante permettant d’être dans le questionnement et le doute, en particulier sur la perfection de son œuvre... « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse... », De L'Art poétique (1674), Chant I, Boileau. L’objectif du travail maçonnique réel ou symbolique est de se donner corps et âme pour sceller une fraternité qui unit chacun des frères dans la difficulté et la recherche. Comprendre et transmettre les valeurs acquises, n’est-ce pas là la vraie mission des francs maçons ? Chaque effort ne doit-il pas concourir à la réalisation de l’œuvre selon le plan du Grand Architecte De L’Univers ? L’intérêt que l’on retire d’un travail et l’image de soi-même qui s’y dessine, viennent de la façon de l’exercer. En cela réside le devoir sacré de l’homme libre selon les compagnons du devoir du Tour de France, auprès desquels j’ai été initié dans ma jeunesse. Je me reconnais pleinement dans cette analyse qui est primordiale au sein de cette grande famille. Le travail opératif et spéculatif va de pair et précède l’action; il est nécessaire de penser pour ne pas s’égarer et employer les outils adaptés à notre grade et à notre connaissance pour toujours travailler dans la joie et la ferveur. Le travail maçonnique nous anoblit en participant à la construction de l’édifice collectif mais aussi à l’élévation de son propre temple intérieur. De plus la règle à 24 divisions nous rappelle qu’à chaque tenue, à chaque instant nous devons travailler sans relâche à notre propre élévation. Le rituel du REAA utilise abondamment et fait largement référence au vocabulaire du monde du travail : nous travaillons à la construction de « notre édifice », nous sommes des « ouvriers », nous touchons « un salaire », nos tenues sont « des travaux », les matériaux sortent de « la carrière ». Le travail en loge est le moteur du cheminement initiatique, avant de débuter celui-ci il faut faire le tour de soi, geste symbolique de ceindre son tablier qui nous fait relier les deux extrémités de soi. Tout ce vocabulaire ne nous rapproche-t-il pas des Bâtisseurs de Pyramides ou de Cathédrales ? Ces liens restent encore pour moi un grand mystère. René GUENON souligne dans un article nommé « Glorification du travail » : « Au point de vu traditionnel, il n’y a aucune distinction entre art et métier, entre artiste et artisan. Tout ce qui se produit conformément à l’ordre doit être regardé comme œuvre d’art s’intégrant parfaitement dans l’harmonie du Comos ». Déjà en 1751, Diderot et d’Alembert n’intitulent-ils pas leur Encyclopédie (la 1ère du genre) : « Dictionnaire raisonné des sciences, arts et métiers ». Au regard du texte de René GUENON, on peut penser que cette production sacrée répond à la nécessité de transcendance.

Transcendance par le travail maçonnique :

Le travail nous permet d’avancer toujours plus dans la compréhension du symbolisme, pour que s’opère une vraie alchimie spirituelle. Du travail découle un changement de forme, de finalité, de motivation, de plan, c’est lui qui nous permet de progresser mentalement, processus de développement vers la quintessence (élévation dans l’échelle des êtres). J’ai tout de même conscience d’être entièrement prisonnier de la matière, or, passer de la matière à la spiritualité réclame avant tout une pratique efficace que l’on peut acquérir par une assiduité dans les tenues et par un travail collectif qui nous amènera sur le chemin de la lumière pour rentrer en contact avec soi-même. Lente mais indéniable transformation de l’Homme que nous sommes, la chaîne d’union symbolise cette transmission perpétuelle en associant aussi les frères passés à l’orient éternel. Graduellement le franc maçon pratique « le solve » et « la coagula » des alchimistes. Il s’agit dans un premier temps de dissoudre les imperfections de son être, bâtir son temple intérieur en alliant matière/équerre et esprit/compas pour réaliser une certaine harmonie, pour trouver la lumière qui transforme l’objet révélé par le regard de celui qui le découvre. Pour ma part, l’accès à cet objet révélé suppose l’étude, la prière, la méditation, la contemplation et la poursuite du travail sur soi pour se perfectionner. Le travail n’implique-t-il pas la mise en œuvre des vertus cardinales sans se départir de la Gnose ? Pour finir, il semble logique que le cartouche « Gloire au travail » soit découvert au cinquième voyage et avec les mains libres ; en tant que compagnon, je participe à la construction de mon propre temple, j’en suis à la fois la Pierre, le Pilier, la Colonne et l’Edifice lui-même. Toutes les visites faites en d’autres loges m’ont permis de tailler ma pierre aussi finement polie que possible en la frottant à celles des autres frères et sœurs. Les voyages m’ont conduit sur des chantiers de tout horizon, ils m’ont enrichi en découvrant d’autres pratiques et rites. Résonnances : Au delà d’un risque objectif d’aliénation par le travail, je me suis efforcé avec une profonde conviction à faire de ma profession un outil de réalisation, une création quotidienne, ancrée dans le réel, la société. En confrontation directe avec le chômage et les difficultés sociales, je perçois professionnellement et humainement le drame de l’exclusion et de la paupérisation d’une partie de nos concitoyens. Pour autant, ce travail est un exercice de liberté, de vie, de perfectionnement, souffle concourant à la réalisation de soi et, par là, à l’épanouissement des autres. La Franc Maçonnerie m’a permis d’accéder à cette dimension spirituelle et essentielle du travail. La quête de la spiritualité en toute chose a nourri cette recherche du moi à laquelle nous invite la Franc Maçonnerie. La faim de cette quête crée une appétence aux tenues, à l’écoute, l’observation, l’étude, la lecture et donc au travail. Les quatre années de mon parcours maçonnique ont transformé ma perception des choses, mes relations humaines et professionnelles, ont modifié mes sensations (ce que j’appelle « la métamorphose des sens »), mon être par l’installation du doute, compensé par une soif de travail sur moi, celui de la construction du temple intérieur. Ce réveil marque le début de mon cheminement que je poursuis avec un intense plaisir en direction du Grand Architecte De L’Univers pour atteindre en toute quiétude l’Orient Eternel. Sans doute cette planche reste-elle incomplète voire balbutiante et « peu glorieuse » mais je puis vous assurer qu’elle a été réalisée avec bonheur et désir de vous apporter à vous tous mes frères une pierre nouvelle, si modeste soit-elle. Reconnaissons avec Job que : « L’homme est né pour le travail comme l’oiseau pour voler » !

Vénérable Maître et vous tous mes frères

J’ai dit.

Bibliographie :

René GUENON Approche d’un homme complexe de Jean URSIN.
Construire le temple aujourd’hui de Julien BEHAEGHEL, Bruno ETIENNE, François.
FIGEAC, Jacques FONTAINE & Irène MAINGUY.
Abd el-Kader et la franc-maçonnerie de Bruno ETIENNE.
Vie et enseignement de Tierno Bokar d’Amadou Hampaté BÂ.
Quelques planches du site « EDIFICE ».

Source : www.ledifice.net

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Valentin 10/02/2015 22:25

J'ai lu votre texte avec intérêt et je vous remercie.