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Hauts Grades

Grand Chapitre Général de France(1782)

8 Mai 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #Rites et rituels

Ce chapitre des hauts grades ou Grand-Chapitre général de France, composé des débris de l’ancien Conseil des Empereurs d’Orient et d'Occident, souverains princes-maçons, et du Conseil des Chevaliers d’Orient, auxquels s'étaient joints des frères dits hauts gradés, se forma et se constitua, à Paris, en 1782, de sa propre autorité (comme tous les corps maçonniques appelés écossais), dans le but d'en constituer d'autres an France.

En 1785, il était, d'après des conférences sérieuses qui avaient eu lieu, sur le point d'opérer sa réunion au G.-O. Mais, dans une de ses assemblées, le docteur Gerbier se présente et soutient au Grand-Chapitre général que sa qualification était usurpée (il disait vrai), et qu'elle appartenait, par droit d'ancienneté, au chapitre qu'il présidait (il mentait).

Pour jouer ce rôle, Gerbier s'était entendu ; avec un marchand de décors maçonniques, demeurant place Dauphine, pour fabriquer, en latin, la patente de son chapitre ; en voici la traduction :

« De l'Orient du monde et de la Grande-Loge d'Edimbourg, où régnent la Foi, l’Espérance et la Charité, dans la paix, l’unanimité et l'égalité, le 21e jour du 1er mois d'Hiram 5721 et d'après, l'hiéroglyphe posthume du Sauveur, 1688.

Salut, salut, salut.

Nous, soussignés, disciples du Sauveur, à tous ceux qui ont ou qui pourront y avoir intérêt, savoir faisons : « Que nous avons créé, en faveur des Français, un grand-chapitre de la Rose-Croix, dent le siège suprême, au nom et sous la pleine puissance et autorité de notre frère duc d'Anton, pair de France, d'une imputation digne de ce rang, ou de quelqu'un des frères chevaliers, accomplis en tout point, qui devra être muni par le Chapitre ou par la Loge dudit de lettres authentiques, résidera à perpétuité à Paris, pour y jouir du privilège de propagation et constitution dans l'intérieur de la France seulement. A ces conditions, nous, par  ces présentes, munies de notre sceau et de notre signature, que ledit chapitre suive librement son génie naturel ; en conséquence, qu'il soit béni, honoré et que foi lui soit ajoutée.

Donné à l'Orient de l'Univers, la 23e année de notre règne. Signé : « Bardoux, Barlay, Ardidenowitz, Rittary, Chulquet, Keysovet, Fortoret, Bainet, Huiwin, Dreyts, major Bakrmann, signor Cuttin, Hindrelaet, H.-S Bonut, Burnet, secrétaire.

Le parchemin porte les taches du vin répandu, par maladresse, en apposant ces fausses signatures dans le cabaret, près du grand Châtelet, où avaient dîné les deux faussaires.

Pour donner de l'authenticité à une pièce dont on devait entendre parler pour la première fois, il fallait prouver que le Grand-Chapitre de la Rose-Croix avait, opéré et constitué ; en conséquence, Gerbier exhibe le bref de Rose-Croix, dont voici la teneur ;

Au nom du G. Arch. de l'univ., suprême rémunérateur de la vertu, source pure de toutes perfections, vérité et justice, et sous les auspices du G.-M., le frère duc d’Antin ;

A tous les maçons-libres répandus sur la surface de la terre et sur la plaine liquide des mers, salut, et savoir faisons, que Nous, G.-M. et officiers de la loge de Saint-Jean, fondée et établie à l'Orient de Paris, sous le titre auguste de la Parfaite-Union, avons initié dans nos travaux et mystères de l'Art-Royal et reçu au grade de docteur et prince de Rose-Croix, le 21 avril 1721, notre très cher frère de Quadt, lieutenant-général des armées du roi, et, après avoir reconnu en lui les qualités requises, l'avons, aujourd'hui , élu troisième vénérable de la respectable loge, en foi de quoi nous lui avons fait expédier le présent certificat, au bas duquel il a signé ne varietur, que nous avons fait contresigner de notre secrétaire, pour l'autoriser à jouir évidemment partout, et à perpétuité, de tous les honneurs qui lui sont dus en sa dite qualité, dans tous les chapitres et dans toutes les loges régulières, et reconnues pour telles ; offrant le réciproque à tous nos frères répandus sur la surface de la terre et sur la plaine liquide des mers : car tel est notre pouvoir.

Donné de Nous, maître et officiers de la loge Saint-Jean, fondée et établie à l'Orient de Paris, sons le titre auguste de la Parfaite-Union.

A l'Orient de Paris, sous le sceau mystérieux de nos armes, l’an de la lumière 5721, le 23e jour du 4e mois, et, selon le style ordinaire, le 23 juin 1721.

Signés Caruccinoli, vén.; le chev. de Beaupré, 1er surv.; Haudet, 2e surv., le marq. de l'Aigle, ex-vén.; le marq. de Crécy, de Saint-Lazart, Bognet, P. le Lorrain, Le Rat, orat. ; baron de Suiset.—Scellé et délivré le dit jour 23 juin 1721, signé: Martois.

Par mandement de la logede la Parfaite-Union, signé : Muisieux, secret, gén. »

L'audace effrontée qui enfanta ces productions ne peut être dépassée que par l'ignorance profonde de leurs auteurs et l'étrange aveuglement de ceux qu'elles étaient destinées à tromper.

D'abord le style de ces pièces n'a jamais appartenu à aucune chancellerie, dite maçonnique, d'aucun pays.

Puis la date de 1721, qui serait antérieure de quatre années à l'introduction de la Franc-maçonnerie à Paris, et, par conséquent, de dix-sept années à la nomination du duc d'Antin comme G.-M., aurait dû nécessairement éclairer tout maçon un peu instruit.

Ensuite, la mise en avant d'une loge imaginaire, la Parfaite-Union, qui aurait également existé quatre années avant la Maçonnerie parisienne, sans que celle-ci s'en doutât.

Enfin, depuis 1695 jusqu'en 1736, époque de la transformation des corporations ouvrières d'Ecosse en loges franc-maçonniques, il y avait eu, dans ce royaume, suspension complète de réunions et absence totale de corps maçonniques constituants.

Malgré toutes ces preuves accablantes qui constatent deux faux matériels évidents, ces pièces, dont la première présente quinze fausses signatures et la deuxième douze, imposèrent à plusieurs membres influents, qui crurent ou feignirent de croire Gerbier sur parole et déterminèrent le concordat du 24 mars 1785, qui unit le faux chapitre de Rose-Croix au Grand-Chapitre général de France, pour ne former avec lui qu'un même corps.

Ce Grand-Chapitre opéra ensuite sa réunion au G. O. le 17 février 1786, et, s'appuyant sur la patente de 1721, qu'il ne possédait que depuis dix mois, il fit stipuler, dans le concordat, le dépôt de ce titre dans les archives du G.-O. Ce corps, qui avait, sans doute quelque intérêt à fermer les yeux sur ces manœuvres, qu'il était censé ignorer, lui conféra la qualification de Chapitre métropolitain, lequel, enhardi dans une voie qui s'élargissait pour lui, osa faire remonter ses travaux à l'impossible, 21 mars 1721.

On pense bien que la loge l’Ardente-Amitié, de Rouen, sur laquelle a été souché le Chapitre d'Hérédom et que le Chapitre du Choix, à Paris, deux fruits de l'arbre du mont Hérédom, cultivé par la G.-L. royale d'Edimbourg, réclamèrent, mais vainement, contre ces monstruosités ; la G.-L. royale fut même consultée, en septembre, sur l'authenticité du parchemin de Gerbier ; il ne lui fut pas difficile d'après ce que nette venons d'établir, de prouver la fausseté de ce titre : déclarant n'avoir, jusqu'à présent, délivré pour la France, de pouvoirs constituants (V. p. 92, pour leur légitimité) qu'aux frères Mathéus et Chabouillé. Sa déclaration est datée du 11 décembre 1786, jour de la célébration de la fête de saint André et de sa maçonnerie, 5786.

 

Cette pièce est arrivée à Paris longtemps après la réunion du Grand-Chapitre général au G.-O. de France. Déjà le frère Murdoch, grand-secrétaire de la G.-L. royale, avait transmis, le 14 octobre, au frère Mathéus, des documents analogues. (V. p. 93. ). D'ailleurs, ces documents seraient-ils parvenus avant la réunion, qu'ils ne l'auraient pas empêchée : le but secret du G.-O. était de s'agréger le Grand-Chapitre général de France, dont la régularité originelle lui importait peu ; elle était sans doute aussi équivoque que celle de la G.-L. royale d'Edimbourg, mais il voulait s'en servir comme d'une massue, pour anéantir l’écossisme en France, ou, du moins, mettre un terme aux envahissements intolérables et à l'ambition dominatrice des établissements de toutes sortes, prétendus écossais ; car, nous le répétons, depuis la réforme de Ramsay, qui, étant Écossais, donna à son rite le nom de son pays, tout ce qui fut ensuite inventé partout prit le nom d'Écossais.

Le G.-O., qui avait eu ses motifs pour agir ainsi (44), refusa, avec raison, toute discussion avec la G.-L. royale ou ses juridiciés, avant qu'elle ait justifié de son autorité et de son existence légale. Il se retrancha aussi, et avec fondement, sur ce que cette G.-L. n'avait pas le droit de donner de pareilles attestations dans les pays de la domination française, encore moins d'y constituer des chapitres qui entravaient ses opérations, au mépris du concordat fait entre la G.-L. de France et celles d'Angleterre et d'Ecosse, en 1767, etc.

Il n'y avait rien à répliquer ; la G.-L. royale se tut ; les choses en restèrent là.

source : www.ledifice.net

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