Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

I.N.R.I

29 Septembre 2012 , Rédigé par Guy PIAU Publié dans #Planches

Dans la tradition maçonnique que le rite écossais ancien et accepté a maintenue et enrichie, l’acronyme I.N.R.I. est censé exposer les initiales des mots révélant le sens de la parole perdue qui constitue l’ardente quête spirituelle que le maître maçon poursuit avec persévérance depuis le 3ème degré du rite. Retrouver la parole originelle, essentielle et fondamentale, le verbe du dieu fondateur pour certains, la connaissance absolue, unique et unificatrice pour d’autres, telle est la signification que nous pouvons donner à l’œuvre initiatique que le rite nous invite à entreprendre, à conduire et à réaliser dès que nous avons franchi la porte de la chambre des maîtres. Chaque degré constitue une étape de ce parcours peuplé de symboles qui sont autant d’outils devant nous permettre de réaliser une véritable ascension spirituelle. Nous sommes parvenus au 18ème degré et sommes mis en situation psychologique de connaître la parole perdue et la clé secrète qui nous est proposée pour lire cette parole est I.N.R.I.

Mais quelle est cette parole et quelle signification pouvons-nous lui donner ? Comment l’interpréter et que nous révèle-t-elle qui soit une vérité, une morale d’être sinon la vérité, la connaissance absolue. Vuillaume note, dans son Manuel Maçonnique dont la première parution eut lieu en 1820, que : « l’on a donné à ces quatre lettres différentes significations. Ce serait à tort qu’on prétendrait qu’elles veulent dire, comme dans le christianisme, Jesus Nazareus Rex Judeorum, mais les autres interprétations ne sont pas plus vraies, et c’est une chose que l’on ne doit révéler que dans l’initiation ; on se taira donc là-dessus ».  

Nous pouvons retenir du propos de Vuillaume, qu’avant 1820, de nombreuses interprétations circulaient dans les loges pour l’acronyme I.N.R.I., que parmi ces interprétations figuraient Jesus Nazareus Rex Judeorum que Vuillaume jugeait inacceptable et qu’une autre réservée aux seuls initiés pouvait être considérée comme la seule vraie.

Nous ne ferons pas l’inventaire de toutes les interprétations qui ont pu être données à l’acronyme I.N.R.I. par des auteurs maçonniques, dont certains ne manquèrent pas d’imagination et nous nous satisferons des proclamations figurant dans les rituels et les instructions qui sont d’authentiques textes maçonniques dont nous avons pu avoir connaissance.

L’origine du grade de Rose-Croix comportant la référence à I.N.R.I. est mal connue et très controversée. Naudon doute d’une origine écossaise et formule l’hypothèse d’une origine anglaise. Il convient d’observer que la référence à une origine écossaise est une notion floue et peu crédible. Il est plus pertinent de parler d’un régime écossais, dont l’élaboration est vraisemblablement française, que de chercher des origines en Ecosse. Nous pouvons relever que tous les systèmes écossais qui sont apparus entre 1750 et 1770, tant sur le Continent qu’au Royaume Uni, comportent un grade de Rose-Croix, lequel constitue, pour la plupart d’entre eux, le degré ultime.  

Le plus ancien rituel que nous connaissons dans lequel figure la référence à I.N.R.I. fait partie d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale et intitulé « Livre contenant tous les grades de la véritable maçonnerie, depuis l’apprenti maçon libre jusqu’au rose croix et parfait maçon, dédié au marquis de Gages par son premier surveillant Pérignon de Progent, le 1er jour du 1er mois de la première semaine de l’année maçonnique 5763, à l’orient de Mons ». Ce rituel concerne le grade de Chevalier de l’Aigle du Pélican dit de Rose Croix, qui est, selon les auteurs du rituel, «le dernier grade de la maçonnerie écossaise, que l’on connaît sous le nom de maçon parfait ». Les derniers instants de la cérémonie d’accession au grade y sont ainsi décrits :

« Le Deuxième Surveillant : Très Excellent Sage et Parfait Premier Surveillant, voici le frère Chevalier de L’Aigle qui nous promet par son secours de nous faire retrouver la vraie Parole, et par ce moyen devenir Parfait Maçon.
Le Premier Surveillant répète au Très Sage ce que le Second lui dit. Le Très Sage fait les questions suivantes :
Le Très Sage : D’où venez-vous mon frère ?
Le récipiendaire : De la Judée, Très Sage.
Le Très Sage : Par quelle ville avez-vous passé ?
Le récipiendaire : Par Nazareth ?
Le Très Sage : Quel est le nom de votre conducteur ?
Le récipiendaire : Raphaël, Très Sage.
Le Très Sage : De quelle tribu êtes-vous ?
Le récipiendaire : De la tribu de Juda, Très Sage.
Le Très Sage : Donnez moi les quatre lettres initiales de ces quatre mots.
Le Récipiendaire : I.N.R.I.
Le Très Sage : Que signifient ces quatre lettres rassemblées ensemble ?
Le Récipiendaire : INRY
Le Très Sage frappe sept coups et dit : Mes frères, la Parole est retrouvée ! Que la lumière lui soit rendue !
Le 1er Surveillant lui ôte promptement le drap noir. Tous les frères sont au signe de Rose Croix et disent sept fois ‘Hozé’ qui signifie : Bénissons le Seigneur. (Tous les maçons et profanes ignorent cette signification, il n’y a que le rose-croix qui la connaît, de même que le mot Jehova, qui est la Parole expirante qui peut être dite par l’Homme-Dieu et qui signifie : Tout est consommé. Ces mots sont hébraïques). »

Selon ce rituel de 1765 qui n’a fait, n’en doutons pas, que reprendre une formulation déjà bien établie dont l’origine demeure méconnue, les initiales I.N.R.I. sont les premières lettres des mots Judée, Nazareth, Raphaël et Juda, lesquels ainsi rassemblés désigne assez clairement le Christ, Jésus de la tribu de Juda, venant de Judée et étant passé par Nazareth. Mais nous pouvons nous interroger sur la présence de l’archange Raphaël qui n’apparaît dans aucun des Evangiles. Selon le livre de Tobie, il fut envoyé pour guérir Tobit et Sara, les père et mère de Tobie et servit de guide à celui-ci dans son voyage vers une terre lointaine et inconnue, la Médie. La fonction de guide est restée attachée au nom de Raphaël et ce nom s’est imposé lorsqu’il s’est agi pour les promoteurs du grade de signifier la lettre R, dès lors qu’ils ne retenaient pas pour I.N.R.I., les mots qualifiés par Vuillaume d’inacceptables et qui sont ceux qui depuis le 5ème ou 6ème siècle se rapportent au Christ et le désignent. Pourquoi ont-ils opéré cette transposition qui est une substitution ? Nous ne pouvons que supposer qu’en des temps où la suspicion d’hérésie était susceptible d’être sanctionnée par de graves condamnations, ils conçurent de ne pas reprendre dans une cérémonie vécue hors des Eglises chrétiennes les mots que ces Eglises avaient adoptés pour désigner le Christ, Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs La formule exposée en maçonnerie suggère bien cependant que la parole retrouvée est le Christ, mais elle le fait par une allusion qui, aussi grossière qu’elle soit, parut à ses auteurs et utilisateurs donner le change et être susceptible de les protéger de tout risque d’être sanctionnés.  

Nous retrouvons dans le rituel rédigé en anglais vers 1780 par Francken ou à son initiative pour le grade de Chevalier Rose-Croix du nouveau régime écossais organisé en 33 degrés, les mêmes explications et proclamations que celles du texte de 1765. Un rituel du début du 19ème siècle les reprend également. Les propos de Vuillaume nous ont très justement fait connaître qu’il existait à cette époque d’autres sens donnés par des rituels maçonniques à l’acronyme I.N.R.I.. Mais l’interprétation développée dans le rituel de 1765, qui est certainement la plus ancienne, méritait d’être rappelée. et commentée. Ce texte offre un exemple du langage substitué largement pratiqué par les instituteurs des modes opératoires du symbolisme qu’enseignent les rituels maçonniques. Nous en resterons là s’agissant des recherches au cœur des anciens textes se rapportant au grade de Chevalier Rose-Croix.

Le rituel de 1992, actuellement pratiqué dans les Chapitres de la juridiction écossaise ne reprend pas l’explication que nous venons de rapporter. Le Très Sage, après avoir prononcé, lors de la cérémonie d’exaltation, les mots : « I.N.R.I. – C’est la Parole », fait ôter les voiles que portent les récipiendaires et illuminer l’Etoile flamboyante. Puis, il explique : « Les rituels anciens ont généralement interprété le monogramme I.N.R.I. suivant la tradition chrétienne par ‘Jesus Nazarenus Rex Judaeorum’. ‘Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs’.

Avant de poursuivre la citation, nous devons observer que ce n’est pas l’interprétation que donne le plus ancien rituel qui est actuellement répertorié et nous reporter au commentaire de Vuillaume.

Reprenons les explications développées dans le rituel : « Toute parole mystérieuse comporte un sens littéral ou exotérique et des sens ésotériques. La plus sublime signification, pour les Chevaliers Rose-Croix, du monogramme I.N.R.I. est l’interprétation alchimique : ‘Igne Natura Renovatur Integra’, ‘ La nature est renouvelée entièrement par le feu’.

L’instruction qui accompagne et complète le rituel ajoute une nuance qui n’est pas sans importance. Elle stipule : « La tradition chrétienne enseigne que ces lettres, sur la croix du Christ, signifiaient : Jesus Nazarenus Rex Judaeorum que l’on traduit par Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs. Au plan initiatique, le Rite Ecossais Ancien et Accepté a adopté la formule alchimique : Igne Natura Renovatur Integra qui signifie : La nature est renouvelée entièrement par le feu »

La référence à la tradition alchimique comme source initiatique de l’ordre écossais peut surprendre. Elle mérite que nous la méditions. C’est à elle, croyons-nous, que Vuillaume fait référence lorsqu’il suggère que la vraie explication que l’on peut donner à I.N.R.I. ne peut être dévoilée qu’aux initiés, ce qui signifie qu’elle appartient à la science secrète.  

Deux interprétations de l’acronyme I.N.R.I. sont proposées, selon les rituels, aux Chevaliers Rose-Croix qui offrent chacune une voie de recherche spirituelle. La première est d’essence chrétienne ou plus précisément christique et l’autre est d’essence hermétique ou alchimique.

La lecture d’I.N.R.I. selon la voie chrétienne ou christique conduit à associer l’idée de parole retrouvée à la figure symbolique du Christ. Nous préférons qualifier cette voie de christique car ce qualificatif recouvre l’ensemble des représentations mythiques que le Christ exprime, tant au plan exotérique qu’au plan ésotérique, tandis que le terme chrétien se rapporte aux églises édifiées à l’écoute du message porté et proclamé par Jésus, en sa fonction d’être la parole de Dieu, la réincarnation du verbe créateur. La question que nous pouvons nous poser est de savoir si la Christ est évoqué, par la tradition maçonnique, comme étant la Parole ou comme celui qui porte et transmet la Parole.  

La quête de la parole perdue est l’un des thèmes fondamentaux que développe le rite écossais ancien et accepté dans les grades qui, à partir du 3ème degré, guide le maître maçon dans l’ascension spirituelle qu’il a choisi d’entreprendre et de vivre. Hiram, le Maître Architecte, a emporté la Parole, est-il proclamé au 3ème degré. Le mot secret qu’il a refusé de dévoiler aux mauvais compagnons, qui désigne et contient la source de toute chose et qui est la vraie lumière, la lumière originelle et essentielle, apparaît inaccessible au jeune maître . Si c’était là le message porté par le rite écossais ancien et accepté, qu’en serait-il de l’espérance, cette vertu qui donne au Maître Maçon l’énergie d’entreprendre et de persévérer afin de franchir les obstacles qui s’élèvent sur la voie initiatique suivant laquelle il construit sa nature spirituelle ou la découvre. Au fil des degrés de perfection nous percevons que l’architecte Hiram n’était pas seul à connaître le mot secret. Au 13ème degré, il nous est révélé que Salomon et Hiram, roi de Tyr, le connaissent mais ont fait le serment de ne pas le communiquer. Guibulum, Johaben et Stolkin, qui sont des représentations archétypales d’Hiram, ne doutent pas que Salomon possède le mot et lui demandent de leur communiquer, mais le roi refuse. Ils doivent eux-mêmes partir à sa recherche dans le temple souterrain des neufs arches. Lorsqu’ils rapportent à Salomon le triangle d’or trouvé au fond du puits sacré, celui-ci épelle le Mot Véritable, Iod, Hé, Vav, Hé, gravé sur ce triangle et leur dit d’être dans la joie de voir retrouvées les lettres véritables. Le message qui est alors transmis au Maître Maçon est qu’il lui appartient de découvrir en lui-même la vérité, sa vérité. Iod, Hé, Vav, Hé et I.N.R.I. ne sont que des paroles substituées, non la parole retrouvée. C’est bien ce que, selon le rituel, le Très Sage dit aux récipiendaires avant que la légende du grade leur soit enseignée :

« La pluralité d’interprétations indique que la Parole n’a été retrouvée que symboliquement, sous une forme substituée. Certains rituels anciens assimilaient la Parole perdue au Verbe de l’Evangile de Saint Jean. Sa recherche se confond avec la recherche de la Vérité. Elle demeure la tâche fondamentale jamais achevée des Chevaliers Rose-Croix. Aussi nos travaux ne sont-ils jamais clos, mais seulement suspendus et reprennent force et vigueur quand le soleil s’obscurcit. »

Cette idée de l’existence d’une Vérité essentielle et fondatrice, source de tout ce qui est, est aussi au centre des enseignements de l’alchimie. L’alchimie enseigne à expérimenter sur soi-même le même type de transmutation que l’on peut mettre en œuvre sur les métaux selon un rite hermétique de régénération afin de changer le plomb en or, symbole de la pureté. Cette quête de la pureté, image de la Vérité originelle, est un éprouvant labeur qui ne s’achève jamais. Les anciens alchimistes parlent d’un trésor difficile à atteindre dont la substance existe dans la materia confusa, le chaos, et qu’il appartient à l’adepte de transformer afin de l’élever à la nature de la quintessence ou essence spirituelle, autrement dit l’esprit.  

Cette correspondance que nous pouvons établir entre les deux systèmes de régénération spirituelle que proposent l’alchimie philosophique et la maçonnerie écossaise, nous ouvre cette deuxième voie pour interpréter I.N.R.I. que Vuillaume n’ose nommer mais que l’actuel rituel du grade de Chevalier Rose-Croix désigne comme la plus sublime.

Interpréter I.N.R.I. selon la formule d’inspiration alchimique Igne Natura Renovatur Integra ne peut se comprendre que si l’on conçoit et admet que le drame initiatique que le régime écossais propose au Maître Maçon de vivre est référencé sur les mêmes fondamentaux traditionnels que l’alchimie et qu’au fil des degrés de perfection est développée une ascension spirituelle dont les étapes sont identifiées à partir des éléments que la philosophie d’Hermès ou de Toth, inspiratrice de l’art alchimique, proclame être les principes de toutes les natures qui composent les cosmos. Ces principes qui définissent les étages du Grand Œuvre alchimique, sont nommés terre, air, eau et feu. Au fil des grades de perfection, le Maître Maçon a vécu des étapes initiatiques dont les agents actifs ont été la terre et l’eau correspondant aux cycles de l’œuvre au noir puis de l’œuvre au blanc de la tradition alchimique. Dans les degrés précédant, depuis le 14ème, le grade de Chevalier Rose-Croix, l’immersion initiatique dans l’élément eau s’impose. C’est l’œuvre de sublimation et le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon est préparé au quatrième grand passage initiatique celui dont l’agent est le feu. Il est mis en situation de franchir ce mur du feu que Dante évoque dans sa Divine Comédie est qui est l’entrée dans le Royaume de l’Esprit.

De nombreux éléments qu’affiche le 18ème degré du rite écossais ancien et accepté évoquent le feu en sa qualité d’agent de rénovation et de révélation, de transformation et d’élévation spirituelles, selon les mêmes bases conceptuelles que celles qui fondent et caractérisent le temps de l’œuvre au rouge alchimique. Pour ne retenir que quelques aspects de la correspondance de ce degré avec l’œuvre au rouge, citons la prédominance de la couleur rouge dans les décors de ce degré, l’exposition, comme symbole, du phénix, l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres et la proclamation précédent la suspension des travaux de ‘tout est consommé’. Aussi, est-il tout à fait concevable et admissible d’associer l’acronyme I.N.R.I. au feu, agent essentiel de l’œuvre au rouge. L’alchimie enseigne à conduire par soi-même et sur soi-même le même rite de régénération ou de renaissance que celui expérimenté sur les métaux et autres natures inanimées afin de les transformer en pierre philosophale, c’est à dire de réaliser leur transmutation, de les spiritualiser, de faire paraître en eux l’essence de l’Esprit Universel. L’œuvre au rouge est le temps où se réalise pleinement, par l’action du feu, cette régénération.

Le feu des alchimistes n’est pas le feu vulgaire, il ne s’agit pas d’un feu qu brûle mais d’un feu qui éclaire, un feu qui illumine. Ainsi que le décrit et le qualifie l’alchimiste Michel Maier, dans ses « Chansons intellectuelles sur la résurrection du phénix », « Ce feu est la source de toute la lumière qui éclaire le vaste univers ; c’est lui qui donne la chaleur et la vie à tous les êtres ; c’est une flamme dont les ardeurs brillent sans jamais consumer ». . « Le feu secret des Sages – nous dit par ailleurs Limojon de Saint Didier - est un feu que l’artiste prépare avec art. Ce feu n’est pas actuellement chaud mais il est un esprit igné. » Nous comprenons que le feu représente l’esprit, la semence, l’étincelle spirituelle qui est cachée dans toute nature. Ce feu principe nous apparaît comme un symbole qui se rattache d’une part au macrocosme, il représente alors l’Esprit, agent de la formation et de la dissolution des univers et d’autre part au microcosme et c’est ce feu qui est la part spirituelle que chaque homme possède et que l’œuvre initiatique doit lui permettre de rétablir dans ses prérogatives originelles afin d’accéder à la conscience universelle et à la connaissance.

Cette lecture alchimique d’I.N.R.I. est bien celle à laquelle l’instruction du Suprême Conseil qui servit à notre édification lors de notre accession dans le grade fait écho. Nous pouvons y lire qu’ « il ne s’agit pas du feu matériel que les premiers hommes ont adoré comme ils ont adoré le soleil dispensateur de chaleur, de lumière et de vie. Il s’agit du Feu, principe unique et universel, de la Lumière, source du monde physique et intelligible, émanation et manifestation de la Cause première ».  

L’interprétation christique ou chrétienne et l’interprétation hermétique ou alchimique d’I.N.R.I. ne sont pas aussi éloignées et séparées qu’elles peuvent nous paraître d’emblée. Il convient pour cela que nous n’arrêtions pas notre regard sur les mots mais nous attachions à saisir l’idée même qu’ils expriment et que nous considérions que le mystère du Golgotha ouvre la voie à une lecture ésotérique de la figure du Christ. Jésus, n’a- t-il pas proclamé, selon l’auteur de l’un des Evangiles non canoniques « Qui est près de moi est près du feu ».

Les parallèles entre le Christ et le feu et entre le Christ et le soleil, source de lumière, symbole de l’esprit, sont constamment proclamés dans les ouvrages des gnostiques chrétiens et des alchimistes chrétiens ou plus exactement des diverses écoles chrétiennes ésotériques, celles des gnostiques des deux premiers siècles de notre ère, les écoles séthiennes et les écoles valentiniennes et celles des clercs du Moyen Âge qui écrivirent les premiers traités d’alchimie en Occident latin. Le Christ ésotérique des gnostiques chrétiens est une source de feu, de même que le pierre philosophale des alchimistes est proche du feu, voire même s ‘apparente au feu. Le feu représente non seulement la source de la vie, mais aussi son développement, son énergie, sa lumière et lorsque le feu s’évanouit, semble être consommé, la vie, telle que nous la ressentons, se dissout. L’ésotérisme chrétien s’est toujours fondé sur l’exigence de vivre suivant l’exemple du Christ afin de développer et d’exalter les richesses spirituelles intérieures de l’être. L’imitation du Christ est la voie fondamentale des alchimistes chrétiens pour réaliser le Grand Œuvre, c’est à dire pour accéder au Royaume de l’Esprit. « Dieu a pétri le feu dans la terre (le chaos) et dans ce feu, il rayonne », nous dit Ripley et nous lisons dans le fabuleux traité alchimique que constitue le Rosaire des Philosophes, aux multiples écritures, « Cette pierre qui est la notre est de feu. Issue du feu, elle se transforme en feu. » Ainsi en est-il du Christ ésotérique. L’Evangile selon Marie porte le message que le Christ est devenue intérieur à chacun. Il est comme le conjoint de l’âme promise à retrouver l’unité androgynique primordiale et la doctrine de l’école valentinienne nous enseigne que le Croix signifie la séparation de l’esprit et de la matière. Sur la Croix, le Christ invisible a rendu l’esprit et est par-là libéré de son corps mortel.

Nous pouvons dés lors admettre que le double sens que nos rituels donnent à I.N.R.I, la vraie ou fausse parole retrouvée, exprime en fait, sur le plan ésotérique, une même et seule idée, celle de la domination de l’esprit sur la matière. C’est bien au cœur de la pensée ésotérique que nous pénétrons, en accédant, en ce 18ème degré du rite écossais ancien et accepté, au Royaume de l’Esprit. Ainsi nous sommes vraiment les Chevaliers de l’Esprit que nous prétendons être...

Source : www.ledifice.net

Partager cet article

Commenter cet article