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Hauts Grades

Illuminaten

29 Juin 2012 , Rédigé par M. I. Publié dans #histoire de la FM

La célèbre société connue sous le nom des illuminés de Bavière est fondée le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt. Professeur de droit canon a l'université d'lngolstadt, cet ancien élève des Jésuites acquis à la culture des Lumières a tenté de concevoir un instrument de combat efficace contre l'obscurantisme religieux dans une Bavière très catholique.
Son association ne se réclame alors nullement de la franc-maçonnerie qu'il observe avec un certain dédain.
Elle se présente de façon pyramidale et est aux mains de Weishaupt en personne qui porte le titre de Général. Il est assisté d'un Conseil Suprême formé de ses premiers compagnons: les Aréopagites.
Seule la direction de la société connaît ses secrets et les desseins matérialistes et anticléricaux de celle-ci. À la base, les recrutés, les « Novices », forment une « Colonie », ils sont astreints pendant une période probatoire d'environ deux ans à une discipline rigide, sommés de s'engager par serment à respecter le silence absolu sur l'Ordre . Pour accéder au premier grade , celui de Minerval, ils sont soumis à une initiation  qui imite d'anciens rites initiatiques traditionnels. Weishaupt emprunte de nombreux composants de l'instruction de Minerval à la Compagnie de Jésus qui a fortement contribué à sa formation intellectuelle. Les villes qui accueillent la société s'appellent Athènes (Munich) , Éleusis (Ingolstadt)... Les pseudonymes que portent les illuminés sont comparables: Weishaupt est ainsi appelé Ajax.
Les premiers pas de l'Ordre sont difficiles des conflits d'autorité éclatent en raison du tempérament violent de son fondateur et de graves problèmes financiers entravent son développement. Jusqu'en 1780, son rayonnement ne dépasse pas la Bavière et le recrutement se révèle, avec quelques dizaines d'affiliés, très insuffisant.
Pour élargir son audience auprès de ce qu'il désigne comme les « puissants nobles et riches », Weishaupt décide dé s'inspirer de la richesse du tissu maçonnique.
A l'indifférence et au mépris succède un désir de tirer parti du rituel et des cérémonies maçonniques, et de noyauter certains ateliers allemands. Se dissimuler derrière le masque de la franc-maçonnerie est un moyen commode pour diffuser la propagande anticléricale.
En février 1777, Weishaupt fait son entrée dans une loge  munichoise, Á la Prudence, qui dépend de la Stricte Observance . Celle-ci défend des conceptions mystiques qui la situent aux antipodes des objectifs philosophiques des Illuminés. Suivant l'exemple de Weishaupt, deux Aréopagites, Zwack et Salvidé, s'affilient un atelier maçonnique munichois, Théodore au Bon Conseil. Ils font du prosélytisme pour la société des illuminés.
Le tournant majeur arrive bientôt avec le ralliement du baron Adolf von Knigge . Déiste, ce Hanovrien rejoint les illuminés en novembre 1780. Il apparaît rapidement comme le rival le plus sérieux de Weishaupt. Franc-maçon depuis 1773, Knigge est l'artisan d'une organisation plus complexe comprenant trois classes.
La première, la Pépinière, compte trois grades (Noviciat, Minerval et illuminé Mineur) puis, pour accéder à la deuxième, dite a maçonnique », la sélection tient compte des rapports motivés des affiliés de grade supérieur. Cette deuxième classe, intégrée à la hiérarchie illuminée, compte deux sections.
La première, dite symbolique, reprend les trois premiers grades de la franc-maçonnerie et la deuxième, appelée écossaise, comprend les grades d'llluminé Majeur (ou Novice Écossais) et d'llluminé Dirigeant (ou Chevalier Écossais). Cette classe constitue une synthèse entre les maçonneries bleue et écossaise. Au sommet, la troisième classe dite des Mystères, est réservée à l'élite dé l'association et pernet à l'Illuminé d'accéder aux secrets de l'ordre.
Elle se décompose en deux sections avec les Petits Mystères (Prêtre, Régent ou Prince) et les Grands Mystères (Mage et Roi). l}es conceptions égalitaires et rationalistes y sont ouvertement étalées. Naît ainsi une sorte de « maçonnerie illuminée » étagée idéologiquement et accessible progressivement par l'affidé.
Les principes philosophiques, exposés par Knigge, s'inspirent de la pensée rousseauiste et fondent leur idéal sur l'ascétisme. lls prônent le retour de l'homme à l'état de nature. En fait, l'Ordre des illuminés espère tirer parti de la crise qui secoue la franc-maçonnerie allemande pour la renouveler selon ses vues.
Elle envisage aussi la création d'une institution maçonnique rénovée et, le 25 octobre 1782, est constituée une Grande Loge Provinciale.
Knigge met au point un manifeste qui invite l'ensemble des loges allemandes à accepter un rituel et un code communs. La société des illuminés est alors à son apogée.
Elle se répand dans les pays rhénans, en Autriche et en Suisse .
Weishaupt se prend alors à rêver de fédérer sous son autorité la grande majorité des ateliers allemands.
On l'entend dire: « Je songe à établir un système de loges confédérées...
Nous avons le plus grand intérêt à établir dans la franc-maçonnerie un système éclectique...
Nous aurons tout ce que nous voudrons... » (lettre du 1 janvier 1783).
Pourtant un conflit perturbe l'histoire de l'ordre car le fondateur des illuminés veut rester le seul maître à bord et n'accepte pas la place grandissante tenue par Knigge dans la société.
La polémique a pour prétexte le rituel des grades illuminés rédigé par Knigge Celui-ci rappellerait trop la liturgie catholique.
Accusé de « fanatisme religieux » par Weishaupt, Knigge se retire de l'Ordre en avril 1784 et publie un mémoire justificatif .
il condamne sans appel les conceptions anticléricales du chef de file illuminé et de la plupart des Aréopagites.
La société est également confrontée à une conjonction d'actes d'agression extérieure. En 1783, la loge mère de Berlin diffuse dans les ateliers une circulaire stipulant l'exclusion de la maçonnerie des loges qui ont introduit l'illuminisme , car celui si saperait les fondements essentiels de la religion chrétienne.
L'autorité politique se met de la partie: une première ordonnance de l'électeur de Bavière, datée du 22 juin 1784, prononce la dissolution de toute société secrète subversive, et cela vise implicitement les illuminés. Puis en février 1785, Weishaupt est destitué de sa chaire universitaire et banni de Bavière.
ll trouve refuge à Gotha où il se place sous la protection du duc de Saxe. Un second décret de l'électeur de Bavière accentue la répression contre les Illuminés.
Des documents internes à l'ordre apporteraient des preuves sur leur entreprise visant a renverser la monarchie. Les illuminés sont assimilés à de vulgaires criminels de droit commun. Traqués, ils disparaissent totalement du Sud de l'Allemagne dès 1786 Seuls quelques rares foyers se maintiennent en Saxe jusqu'en 1789.
Le déclenchement de la Révolution française donne pourtant une seconde jeunesse à cette société secrète mais, cette fois, sur le plan de l'historiographie. Celle-ci peut d'ailleurs puiser ses sources dès la fin du XVIIIe siècle, moment durant lequel les célèbres Illuminaten sont mis sur la sellette. Ainsi, Jean Pierre Louis de La Roche du Maine, marquis de Luchet (Essai sur la secte des Illuminés Paris. 1789), inquiet de l'influence allernande apportée en France par la sociabilité maçonnique, dénonce déjà dans les Illuminés une puissance occulte dont les « cercles», dirigeants contrôleraient l'espace maçonnique européen et qui jetteraient leur dévolu sur les ateliers français. La légende du complot des illuminés, précurseurs des jacobins et même des babouvistes, devient alors une pièce maîtresse dans la démonstration des théoriciens de la Contre-Révolution. Barruel  dépeindra les Illuminés comme les instigateurs d'une véritable conspiration contre la société d'Ancien Régime.
Les Illuminaten gagnent une notoriété imméritée de société à caractère révolutionnaire: ils sont définitivement assimilés aux constructeurs d'arrière-loges qui seraient, selon le jésuite, les responsables de la Révolution.
Le voyage de Bode à Paris en 1787, répondant à une convocation inquiétante des Philalèthes , fait le reste... même si la présence de seulement deux membres des illuminaten lors du Convent, Bode et von den Busche, rend difficilement crédible la thèse d'un complot apte à faire vaciller les trônes. L'intérêt jamais démenti de très nombreux maçonnologues et historiens pour la société de Weishaupt a permis de resituer plus justement la réalité de l'action des Illuminés.
Ainsi, si la thèse du complot qui expliquerait le renversement du trône doit être rejetée, on sait aujourd'hui que les illuminaten marquèrent bien quelques points après le voyage de Bode. Habile prosélyte, ce dernier fit entrer dans l'Ordre des hommes « importants » comme Savalette de Langes  ou Tassin de l'Étang; surtout il jeta les bases d'une section française des illuminés connue sous le nom de «Philadelphes». Reste pourtant que Weishaupt n'a pas su trouver les moyens nécessaires pour réaliser un projet qui traduit une ambition démesurée, même si la structure qu'il a mise en place n'a pas été sans inspirer nombre d'organisations secrètes du XIXe siècle à l'image de celles qu'anima Buonarroti .

Source : http://vrijmetselaarsgilde.eu/

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