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Hauts Grades

Isis ou l’Initiation maçonnique : l'Egypte

15 Novembre 2012 , Rédigé par Dr Berchtold-Beaupré Publié dans #histoire de la FM

O Misraïm ! Terre des Pharaons, si peu comprise encore ! Quand nous révèleras-tu enfin le secret de tes monuments et de tes hiéroglyphes ? 

L'ancienne Egypte ressemble beaucoup à l'Indoustan, à qui elle dispute la gloire de la proto-civilisation. Comme lui, elle a, pour justifier ce titre, les traditions, les monuments et les témoignages de l'histoire. Elle a ses dieux, ses rois, sa théocratie, ses temples, ses idoles, son fleuve sacré, ses mythes, la division des castes. Là, comme ici, le lotus, pronostic de l'inondation, et image fidèle de l'union mystique des deux grandes divinités nationales, se retrouve dans tous les temples, dans tous les sacrifices, dans toutes les cérémonies de la religion. Les bas-reliefs et les peintures présentent sa tige, ses feuilles et son calice, en mille combinaisons différentes. Le symbolique phallus avait en Egypte un sens profond, comme chez les Ariens de l'Indus et de l'Iran. Reconnaissant l'importance et les bienfaits de l'agriculture, l'Egyptien adorait un bœuf, comme l'Indou révère la vache. 

Le fond et même les formes principales de la doctrine égyptienne ont de grands et nombreux rapports avec celles de l'Inde. Comme celle-ci, la religion des Egyptiens avait pour principe et pour base le système d'émanation. La Divinité, la plénitude infinie de l'Etre, sort peu à peu de ses profondeurs, pour se répandre successivement et par gradations dans toutes les sphères, même les plus basses, et vivifie ainsi par sa présence jusqu'aux moindres parties du grand tout. Elle finit par se faire homme, souffre et meurt comme l'homme, mais toujours fidèle à elle-même, ressuscite par sa force divine et devient l'auteur et le conservateur du monde visible . Ce système se traduit par le mythe d'Osiris, qui, comme on le voit, a la plus grande ressemblance avec Crischna. Même culte antique des forces productrices et génératrices de la nature, même dualisme : là, Siva et Bhavani ; ici, Osiris et Typhon. 

Remarquons encore que l'Ethiopie était appelée par les anciens, Inde extérieure, comme le prouve avec évidence Pagi dans sa critique des annales de Baronius. 

Les monuments encore debout dans les deux pays, y retracent des idées communes. Ainsi à Thèbes on voit sur la face postérieure d'un temple, une figure à quatre bras et à trois tètes de lion, visiblement empruntée à la théogonie indoue .

Unis l'un à l'autre, Osiris et Isis sont l'être universel, lame de la nature, le Pantheus ou l'hermaphrodite des vers orphiques, absolument comme dans Ardhanari-Iswara. Vichnou, plongé dans le sommeil sur le serpent Sécha, et ne se réveillant qu'au bout de quatre mois, n'est-ce pas Osiris disparu pendant l'hiver ? Les huit Vaçous de l'Inde ne se retrouvent-ils pas dans les huit dieux primitifs et suprêmes de la théogonie égyptienne ? Les éléments de la légende soit dOsiris, soit d'Hercule, sont épars dans les diverses incarnations de Vichnou, dans celles de Rama, de Bala-Rama et surtout de Crichna, son frère. Celui-ci est noir comme Osiris ; leurs principaux attributs sont les mêmes, et tous deux, chose singulière, trouvent la mort sur un bois fatal, à la veille du dernier âge. Tous deux ont un cortège de nymphes et d'animaux ; la fécondité, les bienfaits de l'agriculture, marquent également leurs pas ; tous deux sont nommés et le roi de l'univers et le meilleur des hommes, le Bon par excellence, Enfin, dans Crichna-Bouddha comme dans Osiris-Agatho-démon, nous avons à la fois le principe vital des corps et le principe intelligent des esprits. La clé, qui ouvre le sein de la terre, se voit dans la main de Bhavani, comme dans celle d'Isis. 

Bouddha, Crichna et Vichnou en général, qui ont tant d'analogie avec la planète de Mercure, avec la lune et avec le soleil, se retrouvent également dans Thoih-Hermès, dieu-astre, dieu-verbe, dieu-homme, tenant à tout comme Bouddha, comme Brahmâ. L'un des Mercures est fils de Maïa, ainsi que Bouddha. Les dieux de l'Egypte sont assis sur le calice du lotus comme les dieux de l'Inde, et portent sa tige sur leurs tètes ou dans leurs mains. Il entre dans l'ornement de leur coiffure, dans ceux de leur trône et de leurs sceptres, dans les décorations de leurs temples. Le bœuf, qui représente Siva sous divers aspects, a, dans l'Inde ; sa fête solennelle, comme Apis avait la sienne en Egypte. Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que le bœuf sacré de l'Inde s'appelle en sanscrit Appen Pacha, tandis que l'Egypte adorait un taureau sacré sous le nom de Bacis ou Paris. Dans l'Inde, la vache est consacrée à Bhavani, Lakhmi. Elle est la mère universelle, Maïa. Tuer une vache entraîne la peine capitale. Aujourd'hui même, passer à travers la statue d'or d'une vache, est un moyen de purification ou une sorte de renaissance. Ceci rappelle la vache d'or dans laquelle, selon Hérodote, la fille du roi Mycerinus voulut être ensevelie. L’Amenthès des Egyptiens, dont Rhadamante reproduit le nom avec une modification légère, répond à L’Asamorita des Indous. 

Mais les deux pays diffèrent par deux caractères essentiels. L'Inde est encore debout, drapée à l'antique, et revendiquant sa nationalité contre l'étranger, avec toute l'énergie du désespoir, tandis que l'Egypte est couchée depuis longtemps dans sa tombe séculaire, souillée, égorgée, mutilée par les barbares, qui tour à tour en ont fait la conquête. L'Inde parle ou du moins a conservé et comprend encore sa langue primitive, tandis que l'Egypte a oublié la sienne au sein des désolations qu'elle a éprouvées ; à peine en retrouve-t-on quelques débris dans la langue copte. Nous lisons et comprenons les livres sacrés de l'Inde : nous n'épelons encore que péniblement les hiéroglyphes et manuscrits égyptiens. Les chants dlsis, dont Platon atteste la haute antiquité, les hymnes à Isis et Osiris, les traditions épiques, espèce de chroniques poétiques, qui renfermaient la succession des grands prêtres et les dynasties des Pharaons, tout cela est perdu, ainsi que les relations qu'avaient laissées Théopompe de Chios, Ephore de Cumes et autres auteurs grecs. II ne nous reste que la chronique de Manéthon, qui est très-importante, quoi qu'en ait pu dire une critique étroite et partiale. 

Qui a transplanté les mystères des bords du Gange sur ceux du Nil ? Comment les doctrines cosmogoniques des Védas, les idées sociales de l'Inde, ont-elles pénétré jusqu'au midi de l'Afrique, jusqu'aux autochtones de l'Ethiopie (57) ? Ou peut-être, l'Inde aurait-elle emprunté elle-même sa civilisation à cette Egypte, qui nous est encore aujourd'hui si peu connue ? Car les anciens la considéraient comme une source céleste, d'où émanait le principe de la vie, l'origine des êtres, et au-delà de cette vaste zone qu'arrosent des pluies périodiques, ils ne supposaient que l'immensité de l'espace. 

Ce qu'il y a de sûr, c'est que les premiers Grecs, qui pénétrèrent jusqu'au rivage de la mer Erythréenne (mer Rouge), y trouvèrent déjà les Ethiopiens et les Arabes, maîtres du commerce de l'Inde. 

J'ai visité les lieux, qui furent le théâtre de tant de splendeur et je n'ai vu qu'abandon et solitude. Volney. 

Quelle que puisse être l'antiquité de la civilisation en Egypte, ce pays mémorable n'a point encore trahi le secret des anciens jours, malgré de nombreuses explorations et d'audacieuses tentatives depuis Héraclée de Milet jusqu'à Champollion. Les savantes recherches de ce dernier n'ont pu faire encore trouver la clé des hiéroglyphes. 

La vallée située entre la mer Rouge et les déserts Lybiques, et qu'arrose le Nil depuis les monts El-khamar jusqu'au Delta, a vu s'accomplir les plus étonnantes transformations sociales. Les pyramides forment, pour ainsi dire, le péristyle de ce temple auguste, dont les ruines gigantesques attestent la puissance de l'homme en même temps que sa barbarie. A chaque pas, le voyageur découvre un monument, qui le frappe de respect, jusqu'à ce lointain Méroé, qu'entoure un éclat aussi imposant que mystérieux. Sur les deux rives du fleuve gisent les squelettes de grandes cités, que dévorent encore le sable et le soleil d'Afrique. Leurs formes massives et l'uniformité de leur style, semblent prouver que toute cette contrée eut le même culte, les mêmes coutumes, les mêmes arts et les mêmes destinées, depuis le Sennaar jusqu'aux rivages de la Méditerranée et depuis la lisière du désert de Lybie jusqu'au golfe Arabique, bien que, dans le principe, les populations primitives différassent beaucoup entre elles. 

Les prêtres et les guerriers, véritables ordres privilégiés, tenaient sous le joug les classes productives et industrielles. Les lois avaient interdit à ces deux castes toute occupation mécanique ou mercantile, consacrant ainsi la flétrissure du travail : de là à la flétrissure de l'indigence, il n'y a qu'un pas, et ce préjugé odieux semble s'être propagé de l'Egypte sur le monde entier et y avoir jeté des racines si profondes, qu'aujourd'hui encore, dans les pays les plus civilisés, le riche fainéant est plus considéré qu'un ouvrier laborieux.

Sans doute, la distinction des castes, juste sujet de réprobation pour le démocrate, était une organisation de l'enfance des sociétés, consacrée par la religion ; mais je ne suis pas de l'avis de M. Guigniaut, lorsqu'il dit, qu'elle était fondée sur la nature. Dans tous les cas, elle fut rendue permanente par la politique. 

Le Sacerdoce occupait toutes les charges importantes et gouvernait peuple et grands, au moyen de la superstition soit par la loi religieuse  qui avait ce bon côté d'imposer une digue au despotisme. 

Les rois furent souvent déifiés par le concert d'une longue habitude d'adulation chez les prêtres et de stupide assentiment chez les peuples . 

Lorsque 2600 ans avant J.-Ch., Thèbes eut refoulé dans le désert les hordes arabes, qui avaient envahi et dominé l'Egypte pendant plus de deux siècles, cette révolution mémorable développa et consolida le système des castes, fomenta le mépris des Egyptiens pour les nomades et l'aversion pour les étrangers en général. A dater de cette époque des colonies d'Egyptiens ou d'étrangers partis de l'Egypte, allèrent porter ses arts, ses mœurs, ses traditions en Asie, en Grèce, en Italie. Les Hébreux se trouvèrent compris parmi les tribus pastorales, qui peuplèrent la Basse-Egypte, et étaient regardées par les Egyptiens comme impures. 

L'Egypte fut successivement conquise parles Assyriens, les Perses, les Grecs et les Romains. Le Sacerdoce, qui s'était maintenu à travers toutes ces vicissitudes, fut enfin renversé aussi par le christianisme. 

L'expérience des âges, le besoin de soutenir une domination fondée en grande partie sur la supériorité des lumières, les loisirs qu'une vie exempte de tous les soins vulgaires livrait aux méditations du génie, toutes ces circonstances enrichirent le dépôt des connaissances, que possédait la classe sacerdotale. Mais cette science, unie sur tous les points à la religion, subissait elle-même le joug qu'elle avait imposé, et ne pouvait ni suivre son libre développement ni éviter de se corrompre dans les entraves que lui avait données l'esprit de caste (60). Importées en Grèce, ces institutions se présentent sous les mêmes traits dans celles d'Orphée et de Pythagore. C'est de là que provient la distinction en doctrine exotérique et ésotérique, que la Maçonnerie moderne ne peut ni ne doit plus conserver.

En Egypte le pouvoir sut ainsi s'établir et se fortifier par les institutions les plus favorables à ses vues. Il divisa d'abord la nation en trois classes distinctes, les prêtres, le militaire et le peuple. Le peuple seul travaillait et le fruit de toutes ses peines était absorbé par ses maîtres.    

Les édifices des Egyptiens furent majestueux et sublimes comme leur religion emblématique. L’administration perpétuellement exaltée bâtit des pyramides et des temples, et marchant de surprise en surprise, les Egyptiens donnèrent à leurs ouvrages le ton du massif, comme ils avaient donné à leurs idées religieuses des ombres augustes et pleines de mystère. 

Si l'Inde présente aujourd'hui encore un tableau animé où tout se meut comme jadis, si le Présent y est encore la fidèle image du Passé, l'Egypte, bien différente, ressemble à une vaste nécropole, où se sont engloutis son culte, ses mystères, ses usages, ses monuments et jusqu'à sa langue. 

A l'Orient l'horizon est borné par une zone lointaine de collines, qui couronnent des tombeaux. A l'Occident s'élèvent des montagnes éclatantes de lumière et sourcilleuses, derrière lesquelles commence le désert. A leurs pieds sont creusées des vallées solitaires, sauvages, où les Thébains déposèrent quarante générations de leurs rois. 

Un fleuve majestueux, le Nil, dont les sources sont encore inconnues, traverse ce bassin intermédiaire. Seul, dans sa course éternelle du Nord au Sud, il ne s'est point laissé arrêter ni par le temps ni par la fureur des hommes. 

L'exhumation récente des documents enfouis dans l'obscurité des tombeaux africains a jeté quelque jour sur l'ethnographie dans la région du Nil, et c'est dans les tombes royales des Pharaons qu'a lui cette lumière révélatrice. Elle prouverait presque qu'aucune partie de la terre n'a été peuplée avant cette vallée célèbre, qu'on ne saurait refuser à la race éthiopienne une antériorité d'existence et par suite une prééminence sociale sur le reste du genre humain. 

Cette supériorité éclate même dans les traits de cette race d'élite, que les monuments nous ont conservés. Le type le plus pur se retrouve sur la façade du grand temple dlbsamboul, dédié à Phré (dieu Soleil) et situé dans la Nubie inférieure. Sa physiognomie est imposante de noblesse et de majesté, remarquable par la pureté des formes et la finesse du galbe. 

Qu'on se représente Thèbes, la cité aux cent portes occupant, il y a quatre mille ans, sur les deux rives du Nil une surface de dix lieues, couverte de temples, de palais, d'obélisques et de colonnades, et l'on trouvera que nulle ville moderne ne peut lui être comparée. 

L'imagination s'épouvante à l'aspect de ces grands monuments d'architecture, de ces innombrables sculptures, qui décorent toutes les parois, tous les dômes des temples, de ces longues séries de monstres et de colosses humains, qui aboutissent aux sanctuaires ; de ces cours intérieures et portiques élégants, ou le ciel reflète un éclat bleuâtre et mystérieux. 

Elle s'abîme aux pieds des cent quarante colonnes de la salle hypostatique de Karnak. Des statues de cinquante pieds de hauteur, en basalte et en granit, assises sur des cubes tumulaires, animaient seules ces voûtes immenses. Celles qu'on voit encore donnent une idée des temples, qui ornaient la métropole, et dont les pylônes sont ornés de frises anaglyphiques. 

Thèbes est, sans contredit, le premier point, en Occident, où les hommes se sont réunis en institut hiératique, pour s'occuper du passé, réunir les diverses traditions en corps de doctrine, les analyser et commenter. 

Les statues gigantesques se font remarquer par un caractère de calme grandeur. Ce sont aussi des portraits, des effigies positives. Les bas-reliefs sont pleins de force, d'expression et de vie. Les scènes les plus compliquées y sont représentées. 

La ville d'Amoun, la grande Diospolis, est gardée par deux sentinelles, les colosses de Memnon. Leur œil calme et sévère vous suit et vous atteint dans toutes les directions, fussiez-vous éloigné de plusieurs lieues. 

Thys (Abydos) seconde ville de la Thébaïde et berceau de la première dynastie historique, était un des lieux les plus saints. C'est de là que les dieux, au nombre de onze, descendirent le Nil dans des barques après la mort cruelle d'Osiris. Dans leur juste douleur, ils voulurent qu'Abydos fût à jamais consacré aux larmes. 

Aussi dans les sacrifices qu'on y faisait à Osiris, jamais on n'entendait ni chant harmonieux, ni le son des instruments ; car on y célébrait le dieu du soleil mort. Sa divine couronne de fleurs de lotus était restée suspendue aux pointes des ronces. Elle était tombée aux sables brûlants. 

Rien ne trouble le morne et lugubre silence des plaines arides du Sahara ou grand désert. Emblème de la prudence et de la force réunie, un sphinx colossal en garde encore l'entrée, sans avoir jamais révélé le secret, dont il est dépositaire. Les Arabes l'appellent le Père de la terreur (Abou-el-houl). 

En étudiant les ruines de la Haute-Egypte, le voyageur est saisi d'un frisson involontaire; car les ombres gran­dioses du passé, semblent les animer encore, et le silence de mort, qui plane sur elles, est plus éloquent que la parole. Leur aspect fait naître des réflexions, dont la tristesse attache autant le cœur, que leur majesté élève l’âme. C'est ce que l'on éprouve surtout à l'aspect des beaux propylées d'Elfou, lorsqu'on entre dans le temple périptéral d'Elkab, dans celui de Philae, et qu'on parcourt ses galeries, ses sanctuaires et ses portiques. 

Des hommes, contemporains des mammouths et des mastodontes, ont construit ces monuments, dont les débris nous étonnent. D'autres hommes les ont détruits, comme pour prouver que, dans ses gigantesques aspirations, la race humaine a pour nuire la même puissance que pour faire le bien, la même force pour détruire que pour créer. 

Les prêtres égyptiens montrèrent à Hérodote 341 statues de rois, qui s'étaient succédé de père en fils sans interruption. Ces 341 générations font une durée d'au moins dix mille ans. Ces statues en bois étaient conservées dans le temple d'Ammon à Thèbes. 

Tout atteste en Egypte l'existence d'une nation titanique, dépositaire d'un culte supérieur, laquelle sut dompter les lions, les hyènes, les crocodiles et les chacals, mais qui ne put résister à la férocité d'autres hommes. 

L'Egypte puise dans l'Inde ses institutions religieuses et civiles. Clavel. 

Après Thèbes, ce fut Memphis, qui abrita le sanctuaire des mystères. Capitale de l'Heptanomide, cette ville, dit Champollion le jeune, présente l'aspect d'une tombe violée et légèrement recouverte de terre, tant l'arrasement a été profondément opéré par la barbarie. Elle avait été bâtie par Menés 4000 ans avant l'ère chrétienne, dans un site délicieux, là où le Nil se partage en plusieurs bras. Sa nécropole recèle des catacombes, dont la profondeur est inconnue. A quelque distance de ces ruines, se dressent les pyramides de Djiséh, qui défient l'action du temps. 

Nulle porte ne donnait accès à la grande pyramide et jamais il n'y a eu un seul trait d'écriture. On y entrait par la tête du sphinx adhérent au sol et taillé à quelque distance, dans la partie de la chaîne Lybique, qui descend vers la plaine. De la tête on passait dans des galeries souterraines, qui communiquaient avec la grande pyramide et creusées dans le rocher à une très grande distance. C'est là, que s'accomplissaient ces initiations solennelles tant recherchées par les grands, tout comme par les philosophes. 

Conduit par un guide inconnu, l'aspirant parcourait un dédale souterrain, une galerie immense, bordée par une longue suite d'arcades, que des torches et des lampes éclairaient d'une vive lumière. Il entendait les voix des prêtres et des prêtresses d'Isis, chantant des hymnes funèbres qu'accompagnaient des instruments harmonieux. Ces hymnes, admirablement composés, ces sons tristement modulés, que l'écho des voûtes rendait plus imposants et plus lugubres encore, fixaient son attention et le plongeaient dans une extase mélancolique (62). Sur une table de marbre blanc, appliquée au fronton d'une arcade, une inscription tracée en noir, portait : « Le mortel qui parcourra seul cette route, sans regarder et sans retourner en arrière, sera purifié par le feu, par l’eau et par l’air, et, s'il peut surmonter la frayeur de la mort, il sortira du sein de la terre. Il reverra la lumière et il aura droit de préparer son âme à la révélation des mystères de la grande déesse Isis ». 

L'existence d'un puits large et profond reconnu dans l'une des trois pyramides restées debout à Sakkarah a pu donner quelque valeur à l'opinion, qui en fait le théâtre des épreuves physiques imposées aux initiés. Thomas Moore a fait une description dramatique et saisissante de ces épreuves. Elle fait honneur à l'imagination de l'auteur, mais ne rend aucun service à l'histoire. 

L'initiation se terminait par une procession brillante où l'on a voulu trouver le modèle des processions catholiques de la Fête-Dieu, qui en reproduisent à peu près toutes les dispositions. 

Les femmes initiées portaient dans leur chevelure, comme signe distinctif, une cigale d'or, symbole consacré au soleil. 

Toute civilisation, qui n'extirpera pas le militarisme, périra. 

« La gloire de l'empire égyptien, dit Champollion, comme sa puissance, se révèle par la splendeur du trône et les magnificences de la royauté ». 

Mais la gloire n'est pas le bonheur. Loin de là, c'est souvent au prix du bonheur qu'elle s'achète. Les peuples en savent quelque chose. Qu'est-ce que la gloire d'Alexandre a ajouté au bonheur de la Macédoine, celle de Louis XIV et de Napoléon au bonheur de la France ? Le même auteur dit encore : 

« Tant d'éclat ne pouvait procéder que d'un ordre parfait et un tel ordre dans un grand Etat suppose un pouvoir respecté au dehors, intelligent au dedans, passionné pour le bien public, en dirigeant toutes les sources vers l'utilité commune, profondément imbu de cet esprit de modération, qui est le secret de la véritable puissance et le signe d'une raison éclairée, imprimant dans tous les cœurs un amour ardent pour le pays et un ferme éloignement pour les étrangers ; enfin, assez probe ou assez heureux, pour avoir amené une nation nombreuse, active et réfléchie, vivant dans l'abondance du nécessaire et dans les profusions d'un luxe perfectionné, éminemment morale, religieuse jusqu'à la superstition, adonnée avec une égale ponctualité à ses plaisirs et à ses devoirs, chérissant les lois, ses princes et ses magistrats, plus exigeante peut-être, par ces vertus mêmes, à cette fusion complète des existences individuelles en une puissante nationalité et pour lui avoir inspiré cette habitude de confiance et de soumission, qui sont l'ordre même , et chez les peuples civilisés, un témoignage manifeste de l'affection des princes et des citoyens. Telle fut l'Egypte 4800 ans avant l'ère chrétienne ». 

J'avoue ne pas bien comprendre tout ce passage de l'illustre Champollion, et ne pas adhérer à tout ce que j'en comprends. Prétendre que le peuple égyptien était heureux, parce que les pharaons avaient de l'éclat et de la puissance, est une assertion d'autant plus gratuite, que l'état des sujets et leur vie intérieure ne nous sont pas connus. S'ils étaient heureux, comme le croit Champollion,

il faudrait admettre qu'un peuple peut l'être sans liberté, sans initiative, sans culture, sous un régime de castes et de privilèges, livré à la plus grossière superstition et parqué dans des limites infranchissables, qui excluaient toute idée de progrès. 

On verra ailleurs quelle était la valeur de ces mystères tant vantés. Mais on doit nécessairement se demander ce qu'avait à faire une société secrète chez une nation satisfaite de son gouvernement et sincèrement attachée à son culte. On se demande, à quelle classe de la Société appartenaient les initiés et quel pouvait être leur but ? Il ne se laisse pas justifier, s'il s'agissait de bouleverser une organisation, dont tout le monde paraissait content. 

D'ailleurs, cette nation réputée si sage, ne professait-elle pas le culte du militarisme, qui est et doit être l'antipode de la vraie Maçonnerie ? « L'éloge des vertus militaires, dit encore Champollion, et la science des combats, fut pour la civilisation égyptienne une nécessité sociale ». Triste aveu ! 

Le Seth, qu'on adorait à Paprémis, et qui avait pour attribut le monstrueux et dangereux hippopotame, présidait aux combats des peuples comme aux luttes des éléments. La guerre était devenue l'occupation d'une des castes, de celle qui fournissait à la nation ses rois et qui ne le cédait en dignité qu'aux prêtres. Aussi Seth, le protecteur des guerriers, reçut-il les titres les plus honorables. Il fut le maître du roi victorieux, le vigilant, le grand gardien qu'aime Ré, le grand dieu. On le voit épancher avec Hat, la vie et la puissance sur les rois et on peut lui donner pour épouse, celle de Typhon, Nephthys, qui est la terre couverte de demeures en pierres (de cités fortifiées) 

Tout dans les monuments de l'Egypte, atteste jusqu'à ce jour, l'instinct fratricide de la guerre. 

Sur un monument consacré à la gloire de Ptolémée Evergeté Ier, à Adulis, une inscription portait qu'il avait conduit en Asie une armée nombreuse, qu'il s'était emparé de toutes les contrées voisines de l'Euphrate, qu'il avait soumis tout le pays jusqu'à la Bactriane. 

A Ouadi-Halfa, près de la seconde cataracte, en Nubie, on retrouve sur une stale du roi Osortasen de la XVIe dynastie, la représentation des victoires du roi de la Nubie, plus de 2000 ans avant l'ère chrétienne. 

Au Rhamesséion de Thèbes, on a rappelé aussi les grandes actions guerrières de Sésostris, qui régna cinq siècles après Osortasen. Les faces des deux massifs du pylône dans la première cour du palais sont couvertes de tableaux militaires relatifs à ces conquêtes. Mêmes scènes sculptées dans l'intérieur du temple d'Ibsamboul et sur le pylône de Louksor, qui fait partie du Rhamesséion oriental. On voit même sur ce même massif deux Egyptiens administrant la bastonnade à deux prisonniers ennemis. Ainsi non seulement la guerre, qui était peut-être inévitable, mais des actes de lâche cruauté après la victoire. Le sujet qui se reproduit le plus fréquemment, c'est un roi qui lève une hache d'armes sur des captifs. 

Dans une autre salle du temple d'Ibsamboul, une sculpture coloriée représente l'assaut d'une place forte, où se fait distinguer le principal personnage, monté sur son char de bataille. Ailleurs ce même guerrier foule aux pieds des prisonniers de diverses nations. A Bet-Oully, on voit Rhamsès Méïamoun, frappant lui-même un prisonnier arabe. 

Tableaux analogues dans le vaste édifice de Médinet-Habou. La face antérieure du massif de droite est presque entièrement occupée par une figure colossale de ce conquérant, levant sa hache d'armes sur un groupe de prisonniers barbus, tandis que sa main gauche saisit leurs chevelures. 

On dirait que le gouvernement égyptien a fini par sentir lui-même la convenance d'adoucir l'expression de ces sculptures. Une révolution religieuse, que M. de Bunsen place vers le XIIIe siècle avant Jésus-Christ, a fait disparaître de tous les monuments, sous le marteau, le nom de Seth, qui a été remplacé par celui d'Osiris. Nous supposons, dit Rougemont, que, dans la suite des générations, le sentiment de l'immense puissance du mal, de la gravité du péché et de l'intime liaison, qui existe entre ce dernier et les fléaux de la nature, se développa au point de rendre impossible l'adoration d'un dieu aussi équivoque que Seth, qui se trouvait à la fois protéger les guerriers et les rois, et présider à tout ce qu'il y a de mal physique. Il fut donc banni du panthéon du Nil et son double rôle se partagea entre Osiris, le dieu bienfaisant de l'humanité, et Typhon, qui était chez les Sémites de la Syrie, le dieu de tout mal. 

Quoi qu'il en soit, on voit toujours et partout dans cet empire séculaire, des images de sang et d'oppression, le culte des forces destructives et des pouvoirs violents. En revanche, nulle trace de philanthropie universelle, de bienveillance pour le pauvre et le faible. Où était la Maçonnerie et quelle était-elle ? Que peut-elle chercher aujourd'hui dans ces tristes régions ? 

Rédarès appelle Francs-Maçons, les initiés de l'Egypte. Il les place même dans la classe sacerdotale et les met en opposition avec le gouvernement. Hypothèses gratuites, qui n'ont pas le moindre fondement. Si la caste des prêtres avait constitué une société secrète, conspirant contre les pharaons, ceux-ci n'eussent pas protégé le culte ; le but des mystères ne fût pas resté longtemps secret, et dans tous les cas, il n'eût profité qu'à une caste, laissant le peuple dans l'esclavage. C'est assez dire, que la Maçonnerie moderne n'a rien à chercher dans les pyramides et les hypogées de Misraïm, pas plus que dans les pagodes souterraines de l'Inde.

Source : www.ledifice.net

 

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