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Hauts Grades

Le Rite éclectique

9 Mai 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #Rites et rituels

« Des maçons sensés voyant combien les hauts grades, dans lesquels on avait introduit les rêveries templières, les spéculations mystiques, les déceptions de l'alchimie et d'autres sciences secrètes (regardées comme décevantes et mensongères, depuis que la clef en est perdue), avaient nui à l'action de la Maçonnerie, en faisant perdre de vue le but qu'elle se propose ; combien ils l'avaient défigurée, ridiculisée et divisée, en propageant dans son sein un esprit de rivalité qui brise tout lien fraternel, et une niaise crédulité qui fait de l'institution une mine inépuisable de produits illicites pour les intrigants, les imposteurs et les fripons ; des maçons sensés, disons-nous, crurent remédier à tant de maux, en débarrassant la Maçonnerie de ces conceptions hétérogènes, et en la ramenant à sa simplicité primitive. Mais cette œuvre était difficile : l'orgueil des uns, la cupidité des autres, l'amour du merveilleux dans le plus grand nombre, devaient mettre obstacle à ce qu'ils renonçassent aux titres fastueux dont ils s'étaient décorés, aux richesses qu'ils avaient rêvées, à ce monde fantastique d'êtres élémentaires qu'ils s'étaient créés, et au milieu duquel certains frères espéraient jouir d'une Vie sans fin. On crut y arriver, en Allemagne, par l'établissement de la Maçonnerie éclectique qui, ne reconnaissant, comme règle à suivre d'une manière abolue, que les trois grades primitifs, permettrait cependant à chaque loge, isolément, d'adopter autant qu'il lui plairait de grades ultérieurs, de quelque espèce qu'ils fussent, pourvu qu'elle n'en fît pas une affaire générale du régime et qu'elle ne changeât pas, pour eux, l'uniformité originale des trois grades maçonniques. »

Le rite éclectique, suivi en Allemagne et en Suisse, est celui de la G.-L. de Francfort-sur-Mein. Le baron Knigge conçut, le premier, l'idée de cette réforme.

Il était officier au service de Brème à l'époque où les loges de Pologne et d'Allemagne se confédérèrent, pour se soustraire à l'usurpation tyrannique des cercles de la Stricte-Observance, et pour éclairer les maçons sur le fanatisme des hauts grades et accélérer leur décadence, en démontrant leur inutilité et leur danger.

Pour réaliser cette réforme, le baron Knigge s'entendit avec les G.-L. de Francfort et de Wetzlar, et, en 1783, ses bases furent posées dans une assemblée générale. Les réformateurs sensés, qui formèrent l'Association éclectique, rédigèrent un manifeste, daté de Francfort-sur-Mein et de Wetzlar les 18 et 21 mars 1783, qu'ils adressèrent aux maçons de l'Allemagne et de l'étranger, pour les engager à concourir au but qu'ils se proposaient d'atteindre. Ils y développèrent leurs principes, ils y expliquèrent les motifs de leur tolérance absolue, et les raisons pour lesquelles ils renonçaient à toutes les spéculations théosophiques, hermétiques, magiques, cabalistiques, mystiques et templières, pour s'en tenir à la pratique des trois grades symboliques :

1. Apprenti,

2. Compagnon,

3. Maître.

Et à l'observance des anciennes règles dictées par la constitution anglaise de 1723.

Les loges de ces deux villes réformatrices prirent le nom de loges éclectiques et adoptèrent immédiatement, pour système de leur union, une tolérance absolue de toutes les croyances maçonniques.

Ainsi, les membres de l'Union éclectique, parvenus au degré de maître, sont arrivés au dernier échelon des connaissances adoptées dans le rite ; mais ils sont ensuite admis à connaître, étudier, approfondir l'immense quantité de grades maçonniques dont les loges sont inondées. Des collections complètes en ce genre sont mises sous leurs yeux ; ils peuvent tout voir ; ils peuvent tout entendre ; ils peuvent, sans trahir leurs devoirs, adopter un ou plusieurs de ces systèmes, se lier à tels corps maçonniques qu'ils veulent choisir, sans que l’ordre éclectique en prennent ombrage. Il n'adopte, à cet égard, aucune opinion particulière ; il considère ces connaissances comme des sujets d'étude qui n'ont aucun rapport à la Franc-maçonnerie.

Avec un pareil système, le seul raisonnable en maçonnerie, les maçons éclectiques sont à l'abri de toutes ces pitoyables rivalités qui divisent le monde maçonnique pour des cordons, des croix, des bijoux, des titres, qui ne sont, très souvent, que des symboles de folies et de sottises.

« Nous avons sous les yeux, a dit Thory, la liste des membres de cette société composée de savants et de philanthropes ; nous avons lu ses règlements, et nous serions porté à croire que le système éclectique est le seul qui convienne à des hommes raisonnables, à des amis de l'humanité, enfin à tous les franc-maçons d'un caractère indépendant, et dont l'âme est inaccessible à ces petites vanités qui font la honte de la plupart des Grands-Orients et des Grandes-Loges de l'Europe.

Les auteurs de cette réforme suivirent les principes de la secte des philosophes éclectiques, dont l'esprit était de choisir, dans tous les systèmes politiques et religieux, ceux qui leur convenaient le mieux. On sait qu'il y avait des éclectiques en médecine comme en philosophie ; que, méprisant le préjugé, la tradition, l'ancienneté et tout ce qui était adopté par lé commun des hommes, ils pensaient d'eux-mêmes, remontaient aux principes généraux, les examinaient, les analysaient, et qu'ils n'admettaient rien que sur le témoignage de l'expérience et de leur propre raison (78). » (Hist. de la fond, du G.-O. de Fr. Appendice XIV).

En 1844, des Frères instruits, animés du véritable esprit maçonnique, à la tête desquels était le frère Juge, ancien rédacteur du Globe, eurent le projet de créer, à Paris, une G.-L. du rite éclectique, d'après les principes philosophiques et sages que l'on vient de lire.

 Ce plan était, sans doute, trop raisonnablement simple pour des maçons français, il ne se réalisa pas ; mais le bon sens général veut que l'exécution n'en soit qu'ajournée (79).

Déjà, le 30 avril 1819, sept bons et honorables maçons, officiers du G.-O., les frères : Benou, Borie, Caille, Delaroché, Geneux, Pagès et Vassal, animés du même esprit maçonnique, avaient fondé, à Paris, la loge des Rigides Observateurs, titre sacré pour eux, car ils observaient rigoureusement les dogmes et les usages maçonniques. En effet, quelle que fût la supériorité de leurs grades, les membres de cette loge ne se décoraient jamais que des insignes symboliques, ou des trois premiers degrés, les seuls qu'ils reconnussent comme vrais.

Mais, nous avons à citer mieux que tout cela, c'est une protestation antérieure et constante contre les hauts grades, depuis leur funeste origine, par un des anciens et respectables ateliers de Paris, c'est la loge des Neuf-Soeurs, qui date de 1769 et qui, toujours, a su se préserver des drogues dissolvantes des charlatans-maçons (80). Que diraient les partisans de ces derniers, si toutes les loges pourvues d'ateliers de hauts grades, imitant la sagesse des Neuf-Sœurs, prenaient la résolution de les fermer, pour ne conférer, comme dans l’éclectisme, que les trois premiers degrés, les seuls qui soient réellement maçonniques, mais avec tous les développements qu'ils peuvent comporter, et de ne recevoir pour visiteurs, à l'instar des Rigides-Observateurs, que les frères décorés du tablier sans tache ou du cordon de maître, n'exceptant que celui, couleur aurore, du G.-O. ?

A l'occasion d'un article sur les épreuves du rite éclectique, lesquelles sont plus morales que physiques, le rédacteur de la Revue de Lyon (année 1850, p. 142,) s'exprime ainsi :

« Dans l'initiation au premier grade, lorsque le vénérable demande au candidat s'il veut prêter serment de fidélité à l'Ordre et sceller de son sang cette obligation, les épées du président, de l'orateur et du secrétaire se croisent sur la tête du néophyte : le cliquetis de ces armes qui coïncide avec la demande du vénérable produit une vive impression sur l’aspirant.

A la fin des épreuves, lorsque le candidat, placé entre les deux colonnes, reçoit la lumière, il voit non pas des épées tournées contre lui, prêtes à le percer, s’il trahit ses serments, mais tous les frères présents formant la chaîne d'union, image frappante de la fraternité maçonnique. »

La chaîne d'union termine d'une manière heureuse une séance fraternelle ; mais nous en blâmons ici très vivement l'emploi, parce que ce contraste à l'eau de rose avec les expressions si énergiques du serment, que rappelle, à toute heure, le signe d'apprenti, affadirait, selon nous, la solennité qui termine la réception.

Organisation primitive

« Les députés de plusieurs loges réunies forment un directoire, ou chef-lieu de district.

Les députés de plusieurs directoires réunis forment la Grande-Loge provinciale.

La G.-L. provinciale nomme, si cela lui convient, et pour le temps qu'elle veut, un supérieur ou grand-maitre provincial ou directorial. Cet office n'est point considéré comme essentiel à l'organisation du rite ; il est la récompense du zèle et des services. »

(C'est ainsi qu'on éleva à cette dignité le très vénérable frère Broenner, sénateur, qui mérita cette distinction honorable par sa vertu, sa philanthropie et son zèle, pour lesquels la loge l'Union, à Francfort-sur-Mein, a fait frapper, en son honneur, une très belle médaille.)

« Le G.-M. prov. et directorial n'a d'autre droit que celui de présider la G.-L. provinciale. »

A l'égard des autres établissements ultérieurs, ils n'ont été formés que comme des centres de communication entre les loges de l’Union éclectique et les loges étrangères ; on ne les regarde pas comme supérieures aux loges ordinaires : la plus parfaite égalité, ainsi que l'indépendance la plus entière, sont l'apanage précieux des ateliers de ce système.

source : www.ledifice.net

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