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Hauts Grades

Jacques Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin : la rencontre (1)

19 Juin 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Le travail que nous allons vous aujourd’hui et qui s’intitule, « Jacques Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin :La Rencontre » a pour but de vous faire découvrire, les vies, les doctrines et les relations de trois des plus importants personnages de la Franc-Maçonnerie. Ils nous ont légué un héritage fondamental, sous forme d’écrits et de rituels. Martines de Pasqually à été le créateur de l’Ordre des Elus Coëns, Willermoz du Régime Ecossais Rectifié et Saint Martin inspira le système qui devait porter son nom, le Martinisme. Ils ont vécu tous les trois pendant les « années décisives » de la maçonnerie, le 18èmesiècle où tous les systèmes de hauts grades actuels se sont mis en place. La Providence les a fait se rencontrer en 1766 pour Pasqually et Willermoz et en 1768 pour Pasqually et Saint Martin. De 1768 à 1772, date du départ de Martines à St Domingue, leurs vies se sont croisées, l’un visitant l’autre, le troisième travaillant pour le premier..De cette rencontre, mes Frères, il est sorti des doctrines et des systèmes, à la fois complexes et organisés. Nous avons décidé de vous présenter Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin en imaginant un débat post-mortem, où ils se présenteraient puis exposeraient leurs doctrines et enfin, sous forme d’interview croisées, ils évoqueraient leurs relations, parfois conflictuelles, mais surtout respectueuses et admiratives. Mon Frère  journaliste (ALS), vous avez la parole.

ALS : Mes frères Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin je vais tout d’abord vous demander de vous présentez.

Dom Martines à vous l’honneur

MP : Merci. Mes Bien Aimés frères, je m’appelle Joachim Martines de Pasqually, je suis né en 1710 à Grenoble. Mon père était d’origine espagnole et ma mère française. On dit ne savoir que peu de choses de ma vie. Et pourtant de culture classique, j’ai embrassé la carrière des armes en 1737. J’ai servi en Espagne en Corse et en Italie avec le grade de lieutenant. En 1754, j’ai quitté l’armée pour me consacrer entièrement à ma vie spirituelle. Cela n’a pas été chose facile, même si l’époque s’y prêtait. Pour terminer avec ma vie profane, j’ai épousé en 1767  Marguerite- Angélique de Colas de Saint Michel qui m’a donné deux fils dont l’un est malheureusement mort en bas âge.

Je suis parti en 1772 pour St Domingue, pour le recouvrement de la succession d’un de mes lointains parents. J’y décéderait deux plus tard avec le sentiment d’avoir accompli l’œuvre de ma vie.

ALS : Dom Martines, parlez nous de votre engagement maçonnique.

MP : en 1754, je suis arrivé à Montpellier avec une mission que je définirait ainsi : je ne suis qu’un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de Maçon, afin de leur faire voire véritablement qu’ils sont réellement hommes-Dieux, étant créés à l’image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant. Mon père, Franc Maçon,  avait reçu de Charles Edouard Stuart, en 1738, une patente qu’il était autorisé à me transmettre. Après avoir longuement étudié la religion de mes ancêtres, la Bible et surtout l’Ancien Testament, mais aussi le Talmud et la mystique juive, j’ai décidé de créer mon Ordre maçonnique.

Pendant 20 ans, jusqu’à ma mort, je me suis entièrement consacré à la formation et au développement de cet Ordre en ouvrant des temples à Montpellier, Avignon, Marseille, Toulouse , Lyon et à Paris où je suis venu en 1767 et où j’ai initié les Frères Willermoz et Saint Martin.

ALS : merci Dom Martines pour cette présentation qui nous permet de mieux vous connaître, je passe la parole à Jean-Baptiste Willermoz.

JBW : la première chose que je voudrai faire avant de vous parler de moi est de remercier le Grand Architecte pour m’avoir fait rencontrer mon Maître Martines ici présent et pour m’avoir accordé une très longue vie..94 ans dont 74 consacrés à la Franc-Maçonnerie, j’ai eu tout le temps pour créér mon Régime et je le dois à la bienveillance de Notre Père à Tous.

Je suis né à Lyon en 1730 ;

Ma vie profane et mon activité de marchand de soieries à été tout entière au service de la Franc-Maçonnerie. J’ai été initié à 20 ans. Deux ans après, je suis devenu Vénérable de ma Loge..A l’époque et pour peu que vous soyez dévoué et motivé, l’Ordre n’imposait pas les délais qu’ils vous impose aujourd’hui.. Et c’est heureux car je n’imaginais pas alors, l’ampleur de ma mission. Jusqu’en 1772 je me consacre tout entier à la pratique des nombreux grades en vigueur à cette époque. Je fonde la Loge « La Parfaite Amitié » en 1753 et m’implique dans la Grande loge des Maîtres Réguliers de Lyon. En 1767, j’ai la chance de rencontrer Dom Martines et d’être admis dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers.

J’ai trouvé ce que je cherchais, un enseignement profond reposant sur des bases fondamentales et des pratiques rituelliques de haut niveau. Je me souviens avoir écrit à cette époque " Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d’être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires  et me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C’est le seul où j’ai trouvé cette paix intérieure de l’âme, le plus précieux avantage de l’humanité relativement à son être et à son principe. "Cependant et mon Maître me pardonnera mais déjà à cette époque, je constate qu’il manque une organisation solide et efficace pour transmettre ces savoirs. Louis Claude de St Martin, après le départ de notre Maître pour St Domingue, me fait la joie et l’honneur de venir s’installer chez moi à Lyon. Nous y avons de fructueux échanges sur nos doctrines et notre vision de la Franc-Maçonnerie. Après le départ de Dom Martines, le Grand Architecte de l’Univers m’a permis d’entendre parler d’un système intéressant et bien organisé et de contacter son fondateur  Karl von Hund.

INTERRUPTION DE ALS

Je crois que notre frère Karl von Hund est dans notre atelier..Mon Frère pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre Rite ?

KVH(l’invité surprise)

Mes frères résumer en quelques mots l’œuvre de toute ma vie.. Pas facile. J’ai bâti mon système maçonnique en Allemagne entre 1751 et 1755, sur les fondations de l’Ordre du Temple ; Notre but, poursuivre l’œuvre d’Hugues de Payns et de ses chevaliers. L’Ordre du Temple n’est pas mort avec Jacques de Molay..Certes il a été dissout par la papauté, mais à resurgit au travers de la Franc-Maçonnerie. Mon grand regret est de ne pas avoir été suivi par mes frères allemands qui après m’avoir fait confiance, se sont ralliés aux idées du Frère Eques Ab Eremo ,ici présent, au Convent de Wilhelmsbad, 6 ans après ma mort en 1782. Penser que qu’il n’y a qu’une filiation spirituelle entre l’Ordre du Temple et la Franc-Maçonnerie est pour moi une hérésie. Puisque vous me donnez la parole mon Frère, j’ajouterai que j’ai le sentiment d’avoir été utilisé par notre Frère Willermoz qui s’est servi de l’organisation de mon Système pour développer le Régime Ecossais Rectifié et j’avoue trouver cette attitude peu fraternelle.

ALS : mon Frère Jean-Baptiste..

JBW : je tiens à remercier mon Frère Karl von Hund. Sans lui, sans ses enseignements, sans son aide et l’appui de son envoyé, le Baron von Weiler, je n’aurai jamais pu créer les base du Régime Ecossais Rectifié. Notre Frère Karl a su créer un système solide, complet avec des protecteurs puissants et c’est grâce à son intermédiaire que j’ai pu rentrer en contact avec eux et imposer ultérieurement mes idées à Wilhelmsbad.. Cependant sa doctrine était sa faiblesse. Penser qu’un Ordre officiellement dissout pouvait revendiquer ses richesses et ses terres était non seulement dangereux politiquement, mais sans fondement historique. La Franc-Maçonnerie est l’héritière spirituelle de l’Ordre du temple et c’est cet héritage qui est transmis dans les rituels du Régime Ecossais Rectifié, cet héritage avec la puissance de la doctrine de Dom Martines.. Mais j’en reparlerai ultérieurement ;

ALS : revenons à votre parcours maçonnique.

JBW : après Wilhelmsbad  je me suis consacré à la rédaction et à la mise en place des rituels du RER, à son organisation et à son développement. En 1809 j’ai pu terminer la rédaction du 4èmeGrade, le Maître Ecossais de St André. A la fin de ma vie, j’ai découvert le magnétisme et le mesmérisme, en obtenant des cahiers d’instructions de l’agent inconnu. Expérience passionnante qui n’a pas été sans me rappeler les opérations théurgiques effectuées avec Dom Martines , mon Maître trop tôt disparu.

ALS : quelle vie !

LCSM : ça va être difficile d’en dire autant!

JBW : je reconnais là l’esprit parfois caustique de mon Frère Louis Claude !

LCSM : à moi donc ! Je suis né à Amboise en 1743 dans un e famille dite de petite noblesse.

Après des études de droit je devins avocat ce qui ne me passionna guère. A 22 ans, en 1765, je suis sous-lieutenant au Régiment de Foix. La carrière des armes me laisse beaucoup de temps libre et j’en profite pour parfaire mes recherches ésotériques.. Et oui, comme Dom  Martines et Jean-Baptiste, je me suis senti très tôt attiré par la spiritualité. La même année un de mes amis officier me fait admettre dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, fondé par Dom Martines. En 1768 je rencontre enfin Dom Martines et deviens son secrétaire 3 ans plus tard. Malheureusement Dom Martines part en 1772 et je retrouve bien seul. Jean-Baptiste me propose de le rejoindre à Lyon, et j’y reste deux ans. Cette période me permet de faire le point sur ma quête spirituelle et je rédige mon premier livre « Des erreurs de la Vérité ». Je remercie mon Frère Jean-Baptiste pour son amitié et son soutient, sans lui cet ouvrage n’aurait jamais pu être écrit ! Malgré tout je me suis éloigné de 'Willermoz. Le travail collectif, les complications des assemblées cérémonielles et le rigorisme des rites maçonniques auxquels Jean-Baptiste restait profondément attaché me paraissaient loin de l’initiation authentique, celle du cœur. En 1775 , à Paris, tout en restant fidèle aux enseignements de Dom Martines, je comprends que la véritable spiritualité est interne et qu’elle n’a pas besoins des opérations théurgiques pour se manifester. Entre 1782 et 1802, j’ai beaucoup écrit et ma modestie m’empêche ici de vous donner la liste de tous mes ouvrages. Les plus connus sont cependant : Le ministère de l’Homme Esprit, l’Homme de Désir et le Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu , l’Homme et l’Univers. Je me flatte à titre purement profane, d’avoir été reçu par les plus grands et d’avoir eu les faveurs de nombreuses dames de la Cour. De nobles dames m’ont demandé en mariage mais j’ai refusé.. Liberté chérie !!

JBW : j’ai fait mieux, je me suis marié très vieux avec une jeune femme très jeune.. Spiritualité et sexualitéles deux colonnes de l’accomplissement , n’est-ce pas mes Frères ?!

MP : Mes deux disciples s’égarent !

ALS  : Il paraîtrait même qu’on surnomma notre Frère Louis Claude, le Philosophe Inconnu.. Allusion aux Supérieurs Inconnus ?!

LCSM  :  revenons à la maçonnerie. Elle  à cessé de m’intéresser et en 1795 j’ai demandé à être officiellement rayé de toutes les listes de l’Ordre. Trop de cérémonies et pas assez de recueillement. Après cette époque je me rapprochait de Jacob Boehme dont la spiritualité me paraissait être un complément important aux enseignements de Dom Martines.

En 1803, je décède à 60 ans d’une vie trop courte, mais qui m’a apporté beaucoup.

ALS : merci mes Frères pour ces présentations..

Je voudrais maintenant que vous nous parliez de vos rites et doctrines.. Je sais l’exercice est difficile car on ne résume pas en quelques mots l’œuvre de toute une vie, mais nos Frères ici présents aimeraient en savoir un peu plus sur vos quêtes maçonniques et spirituelles.

LCSM : pour ce qui est de la Franc-Maçonnerie même si elle a été à l’origine de ma quête, je m’en suis séparé car elle ne répondait pas suffisamment à mes exigences spirituelles.

ALS : parlez nous de celles –ci

LCSM : L'idée essentielle qui se dégage de ma pensée est celle de la réintégration finale de l'homme au sein de la divinité. Eloignons donc de nous les idées criminelles et insensées de ce néant, auquel des hommes aveugles enseignent que nous devons notre origine. N'avilissons pas notre être : il est fait pour une distinction sublime, mais elle ne peut l'être plus que son Principe ; puisque selon les simples lois physiques, les êtres ne peuvent s'élever qu'au degré d'où ils sont descendus. Et cependant ces lois cesseraient d'être vraies et universelles, si le principe de l'homme était le néant. Mais tout nous annonce assez nos rapports avec le centre même, producteur de l'universalité immatérielle, et de l'universalité corporelle, puisque tous nos efforts tendent continuellement à nous les approprier l'une et l'autre, et à en attacher toutes les vertus autour de nous. Observons encore que cette doctrine, sur l'émanation de l'être intellectuel de l'homme, s'accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que ces deux doctrines se soutiennent mutuellement : car si nous sommes émanés d'une source universelle de la vérité, aucune vérité ne doit nous paraître nouvelle ; et, réciproquement, si aucune vérité ne nous paraît nouvelle, mais que nous n'y apercevions que le souvenir ou la représentation de ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris connaissance dans la source universelle de vérité... " On peut dire d'avance que tous les êtres créés et émanés dans la région temporelle, et l'homme par conséquent, travaillent à la même ouvre, qui est de recouvrer leur ressemblance avec leur principe, c'est-à-dire de croître sans cesse jusqu'à ce qu'ils viennent au point de produire leurs fruits, comme il a produit les siens en eux. Voilà pourquoi l'homme, ayant la réminiscence de la lumière et de la vérité, prouve qu'il est descendu du séjour de la lumière et de la vérité..."Je dois aussi vous évoquer ce qu’est pour moi« l’homme de désir ». D'un côté la magnificence de la destinée naturelle de l'homme est de ne pouvoir réellement et radicalement appéter par son désir que la seule chose qui puisse réellement et radicalement tout produire. Cette seule chose est le désir de Dieu ; toutes les autres choses qui entraînent l'homme, l'homme ne les appète point, il en est l'esclave ou le jouet. D'un autre côté, la magnificence de son ministère est de ne pouvoir réellement et radicalement agir que d'après l'ordre positif à lui prononcé à tout instant, comme par un maître à son serviteur, et cela par la seule autorité qui soit équitable, bonne, conséquente, efficace, et conforme à l'éternel désir. Pour moi le seul véritable Temple de l’Homme est son esprit. L'homme, découvrant la science de sa propre grandeur, apprend qu'en s'appuyant sur une base universelle, son Etre intellectuel devient le véritable Temple, que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l'environnent et le suivent partout ; que le Sacrificateur, c'est sa confiance dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre et de la vie ; c'est cette persuasion brillante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c'est sa prière, c'est son désir et son zèle pour le règne de l'exclusive. Unité ; que l'autel, c'est cette convention éternelle fondée sur sa propre émanation, et à laquelle Dieu et l'Homme viennent se rendre, pour y trouver l'un sa gloire et l'autre son bonheur ; en un mot que le feu destiné à la consommation des holocaustes, ce feu qui ne devait jamais s'éteindre, c'est celui de cette étincelle divine qui anime l'homme et qui, s'il eut été fidèle à sa loi primitive, l'aurait rendu à jamais comme une lampe brillante placée dans le sentier du Trône de l'Eternel, afin d'éclairer les pas de ceux qui s'en étaient éloignés ; parce qu'enfin l'homme ne doit plus douter qu'il n'avait reçu l'existence que pour être le témoignage vivant de la Lumière et de la Divinité. Mon Maître Martines de Pasqually m’a montré  le chemin vers la Vérité . Sans lui je n’aurais pas pu comprendre ce but noble et magnifique de l’Homme qui doit retourner vers la Lumière, mais je ne pense pas que cette réintégration passe doivent obligatoirement avoir le concours des gardiens invisibles. Elle se fait à mon sens, plus par le travail que l’Homme accomplit en interne sur lui-même et c’est pour cela que l’initiation et la quête maçonnique m’ont à une époque donné le moyen de travailler à ma réintégration, même si son côté collectif et réglementé m’ont convaincu de la démarche individuelle. Je n’ai d’ailleurs de mon vivant créé aucun système maçonnique. Après ma mort, et à l’écoute de ma spiritualité l’Ordre dit Martiniste a été construit sur 4 grades à l’instar des rites maçonniques mais en privilégiant l’initiation et la transmission individuelles. Mes Frères, la vraie quête est individuelle. Vous seuls pouvez ouvrir vos cœurs et prier pour atteindre le but suprême : redevenir l’Image de Dieu. ALS : Mon frère Jean-Baptiste êtes vous d’accord ? JBW : Sur le fait que la vraie quête est celle du cœur..Oui bien sûr. Il n’empêche que je pense sincèrement que mon Frère Louis Claude se trompe quand il nie les bienfaits de l’initiation collective telle que celle pratiquée par notre Ordre.. Il ne voit pas la puissance de l’égrégore qui illumine nos cérémonies. Seul nous ne pouvons pas progresser..La chaîne d’union nous rend plus fort et développe notre spiritualité. J’ai dés mon entrée dans l’Ordre voulu créer un système organisé et spirituel qui permettrait à nos Frères de parcourir le chemin de réintégration transmis par Dom Martines. Pour cela j’ai pratiqué de nombreux rites, j’ai été élevé, exalté, armé à de nombreux grades. J’ai longtemps cherché et il m’a fallu la rencontre avec Dom Martines et mes contacts avec Karl von Hund pour organiser et donner un sens à ma démarche. Avec Dom Martines, j’ai acquis des connaissances exceptionnelles. En m’inspirant du système de la Stricte Observance j’ai pu bâtir l’organisation du Régime Ecossais Rectifié.

J’ai organisé ce Rite en trois classes :

·         une classe maçonnique comprenant quatre grades symboliques : Apprenti, compagnon, maître, maître écossais de Saint-André

·         une classe chevaleresque, l'Ordre intérieur, comprenant deux grades : Ecuyer novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte

·         une classe sacerdotale secrète comprenant deux catégories : les Profès et Grands Profès.

J’ai voulu que mon système repose sur les trois grades bleus de la Franc-Maçonnerie. La chevalerie templière spirituelle étant l’Ordre Intérieur du Régime et enfin la classe secrète de la Profession dans laquelle nos Frères des classes inférieures qui en sont jugés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. J’ai conçu le Régime Ecossais Rectifié sur les fondements de la doctrine de la réintégration de mon Maître Martines de Pasqually. J’ai voulu que la Profession prépare nos frères aux mystères des grades Coëns et plus spécialement à celui de Réau-Croix que Dom Martinez m’a fait l’honneur de me conférer. Malheureusement m’a victoire au Convent de Wilhelmsbad n’a pas été complète et j’ai du provisoirement et officiellement construire mon Régime en 6 grades, le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte en étant le point d’orgue. Mais c’est pourtant dans mes instructions secrètes aux Grand Profès que l’on trouve exposé l’intégralité de ma doctrine. Je vais maintenant vous en reparler ..L'homme,  être  intelligent  spirituel,  est  une  émanation  directe  et  immédiate  de  la Divinité, dont il est l'image et la ressemblance-, comme elle, il pense, il veut, il agit, et son action produit des résultats. Provenant de l'essence Divine même, il participe par sa nature à toutes les vertus et puissances qui sont en elle. Nous disons seulement qu'il y participe, parce qu'il ne peut les posséder que dans un degré très inférieur à son origine et comme de simples émanations de l'infinité même de ces puissances. De l'être qui est, qui a été et qui sera, de qui est venu toute existence, l'homme tient une vie à jamais indestructible. Dans le sein de la Toute puissance, de la perfection et de l'intelligence  infinie,  il  est  né  puissant,  intelligent  et  parfait.  Nous  appelons  être parfait, puissant et intelligent, celui qui, par sa propre action d'être spirituel, opère et agit volontairement et en unité avec le Créateur, suivant toute l'étendue des facultés qu'il en a reçues. Ainsi il ne peut y avoir aucune imperfection dans l'être spirituel, qu'au moment où il cesse d'être en unité avec le Créateur et conformément à ses lois. Dès lors il cesse d'être parfait, sa volonté se trouvant opposée à la loi immuable qui le constitue. Il cesse aussi d'être puissant, puisque des bornes impénétrables le séparent des êtres sur lesquels il pouvait exercer sa puissance ; enfin il n'est plus intelligent, restant privé de toute connaissance spirituelle Divine ; c'est là ce que nous appelons un être imparfait. Ceci, mon Cher Frère doit vous donner une juste idée de l'homme dans son origine et vous faire entrevoir la cause de l'état de privation temporelle qui l'afflige aujourd'hui. Cependant quelque imparfait qu'il doive paraître à vos yeux, il n'a pas perdu tous les droits de sa nature, ni les privilèges immenses qui y sont attachés. Il a pu les affaiblir et les méconnaître, mais non pas les détruire, parce qu'ils appartiennent à son existence même. ..Nous avons dit que tous les êtres spirituels proviennent de la même source Divine, participent plus ou moins suivant leur classe aux vertus et puissances du Créateur, et que ces droits sont également indestructibles en eux, comme constituant leur propre essence. Tous sont doués de vertus et de facultés distinctes, relatives à la supériorité ou  à  l'infériorité  d'action  qui  leur  est  confiée  pour  l'accomplissement  des  Décrets immuables  de  l'Eternel.  Ainsi pour connaître la mesure des vertus et facultés dont l'homme  fut  doué  dans  son  origine,  il  faudrait  savoir  quelle  action  il  fut  chargé d'opérer  dans  cet  univers,  quelle  mission  il  dut  y  remplir,  quels  étaient  enfin  ses rapports  de  supériorité  ou  d'infériorité  avec  les  différents  agents  qui  furent  placés avec lui. Car malgré sa dégradation actuelle, cette destination fondée sur les Décrets même du Créateur n'a pu être changée ; et sans doute il reste à l'homme des moyens pour l'accomplir. L'homme fut le dernier acte et le plus parfait de la création temporelle ; il fut placé pour en diriger les agents au nom de Celui qui leur avait donné l'être ; et ce fut dans le septième jour, qui a été appelé jour de repos, qu'il reçut la preuve de sa mission et de l'étendue  de  sa  domination.  Tous  les  agents  qui  devaient  opérer  avec  Lui  dans l'espace  universel,  reçurent  aussi  un  degré  de  puissance  relatif  à  leur  mission particulière; mais l'homme en reçut la plénitude ayant été établi supérieur sur toute la Nature  spirituelle,  et  il  fut  revêtu  d'une  forme  incorruptible,  afin  de  pouvoir manifester son action sur tous les êtres en privation, qui se trouvaient assujettis à des enveloppes corporelles, et sur tous les agents de l'univers chargés de concourir, sous ses  ordres,  à  l'œuvre  qui  lui  était  confiée.  Il  était  venu  dans  l'univers  pour  être l'instrument  spécial de la justice irritée  contre les  coupables et de la clémence qui voulait les ramener. La puissance de l'homme sur tous ces êtres était si grande et si efficace qu'il en fut ébloui au point de vouloir en user, comme s'il eut été lui-même le Créateur de sa propre action. Il était fort, grand et puissant ; il se crut plus grand, plus fort et plus puissant encore; enfin il abusa d'une manière impie des dons qu'il avait reçus et il en perdit l'usage. Sa  forme  impassible  par  laquelle  il  devait  manifester  son  action  temporelle  fut changée  en un corps  matériel  corruptible avec  lequel  il  vint  ramper  sur  la surface terrestre.  Ce  corps  fut  une  barrière  impénétrable,  qui  le  sépara  de  tous  les  êtres spirituels sur qui son action pouvait s'étendre, ainsi il mourut intellectuellement, étant privé de ses droits originels et suspendus de l'emploi de ses puissances. Nous  devons,  mon  Cher  Frère  vous  expliquer  ici  en  quoi  consistait  cette  mort intellectuelle.  L'homme  avait  été  destiné  par  le  Créateur  à  manifester  toutes  les puissances divines dans cet univers, afin de glorifier l'Eternel en présence de tous les agents spirituels Divins et pour molester le principe du mal et tous ses adhérents ; par là il devait être aussi pour ces derniers un moyen efficace de réconciliation de retour à l'unité éternelle. Dans cet état glorieux, l'homme avait communication immédiate avec le Créateur, sa pensée  était  toujours  en  unité  avec  la  pensée  Divine  dans  laquelle  il  puisait continuellement  la  sienne  ;  ainsi  tous  les  actes  qui  en  résultaient  étaient  bons  et parfaits. Sa vie spirituelle consistait donc dans l'action et la réaction virtuelle qui se faisait   immédiatement   entre   lui   et   la   Divinité.   C'est   pour   cela   qu'il   mourut intellectuellement lorsqu'une forme matérielle eut mis, après son crime, des bornes impénétrables  entre  lui  et  tous  les  êtres  spirituels,  car  cette  mort  intellectuelle consistait dans la privation de toute réaction spirituelle Divine immédiate ne pouvant plus lire dans la pensée du Créateur ni dans celle d'aucun agent spirituel ; ainsi d'actif et  pensant  qu'il  était  par  nature,  il  devint  passif  et  l'emploi  de  ses  facultés  intellectuelles  fut  mis  dans  la  dépendance  des  mêmes  êtres  qu'il  dominait  auparavant. Vous ne devez point, mon Cher Frère chercher la preuve de ces tristes vérités ailleurs que dans vous-même à tous les instants de votre vie corporelle ; à tous les instants de votre  vie  corporelle,  vous  approuvez  que  vos  pensées  bonnes  ou  mauvaises  vous viennent par des voies étrangères. II est constant que l'homme actuel ne crée point ses pensées ; il ne peut ni se procurer à volonté celles qu'il cherche, ni conserver celles qu'il a, ni prévoir celles qu'il aura, ni se débarrasser de celles qui l'importunent ; quel est celui qui peut se rendre maître de la série et de la suite de ses pensées ? Qui peut dire pourquoi il n'a point les unes et pourquoi  il  est  obsédé  et  tourmenté  par  les  autres  ?  Quel  est  celui  enfin qui  peut connaître la marche de ses discours et de son intelligence ? L'homme est donc à cet égard dans une dépendance absolue et tout lui prouve que ses pensées proviennent d'une action étrangère à la sienne. Cela ne pourrait être autrement puisque l'homme corporel ne communique plus avec le centre de la pensée et de l'intelligence. Aussi il ne peut être susceptible que de deux sortes d'idées ; les unes purement sensibles sont excitées en lui par la perception des objets matériels soumis à ses sens ; les autres intellectuelles lui viennent aussi par les sens, quoiqu'elles n'aient de rapport qu'avec son intelligence, qui les juge, les adopte ou les rejette. C'est aussi par cette voie des sens qu'il éprouve l'action des deux causes opposées  dont  nous  avons  parlé.  Ainsi  toutes  les  pensées  de  l'homme  actuel  sont produites  en  lui  par  les  êtres  qui  l'environnent.  C'est  pourquoi  toutes  les  lois religieuses et humaines s'accordent à ne placer le crime que dans le consentement de sa volonté qui est aujourd'hui le seul principe d'action qui lui reste. Voilà  quelle fut  en effet la  mort  intellectuelle  de l'homme  après  son crime  ;  étant devenu purement passif dans son être pensant et intelligent, il devint encore sujet à la mort  corporelle  car  toute  forme  de  matière  doit  infailliblement  se  détruire  et  se décomposer. L’erreur de l'homme primitif le précipita du Sanctuaire au Porche et que le seul but de l'initiation est de le faire remonter du Porche au Sanctuaire. Voilà mes Frères, ce qu’est ma doctrine.. Elle n’aurait pu exister sans les enseignements de mon Maître, Dom Martines et je voudrai profiter de l’occasion pour lui rendre hommage. MP : merci mon Frère, je vous ai toujours considéré comme mon plus brillant élève, même si parfois vous avez douté de l’efficacité de mes opérations. Vous avez créé un Régime maçonnique exceptionnel et je suis très fier d’avoir pu y contribuer..ALS : venant de Dom Martines, le compliment est de taille ! Finalement Dom Martines, vos enseignements auront profités de manières différentes à Louis Claude de Saint Martin et à Jean-Baptiste Willermoz, pouvez-vous nous livrer un peu de vos secrets ?

MP : après ma mort d’autres s’en sont chargés. Mon « Traité de la Réintégration à été plusieurs fois publié. J’y développe l’idée que : Tout est parti de Dieu et tout doit y revenir. L'homme a donc subi une chute allant au-delà du plan prévu par Dieu pour l'incarnation de l'esprit dans la matière. S'étant séparé en conscience de son créateur, il fut rejeté de son Sein et s'est retrouvé emprisonné dans la matière. " Avant le temps, Dieu émana des êtres spirituels, pour sa propre gloire, dans son immensité divine... Ils étaient donc libres et distincts du Créateur et l'on ne peut leur refuser le libre arbitre avec lequel ils ont été émanés sans détruire en eux la faculté, la propriété, la vertu spirituelle et personnelle qui leur étaient nécessaire pour opérer avec précision dans les bornes où ils devaient exercer leur puissance... Comment ces êtres spirituels pouvaient-ils condamner l'éternité divine ? C'est en voulant donner à l'Eternel une émanation égale à la leur, ne regardant le Créateur que comme un être semblable à eux, et qu'en conséquence il devait naître d'eux des créatures spirituelles qui dépendraient immédiatement d'eux-mêmes, ainsi qu'ils dépendaient de celui qui les avait émanés. Voilà ce que nous appelons le principe du mal spirituel, étant certain que toute mauvaise volonté conçue par l'esprit est toujours criminelle devant le Créateur, quand bien même l'esprit ne la réaliserait pas en action effective. C'est en punition de cette simple volonté criminelle que les esprits ont été précipités par la seule puissance du Créateur dans des lieux de sujétion, de privation et de misère impure et contraire à leur être spirituel qui était pur et simple par leur émanation... A peine ces démons ou esprits pervers eurent conçu d'opérer leur volonté d'émanation semblable à celle qu'avait opérée le Créateur, qu'ils furent précipités dans des lieux de ténèbres pour une durée immense de temps, par la volonté immuable du Créateur. Cette chute et ce châtiment nous prouvent que le Créateur ne saurait ignorer la pensée et la volonté de sa créature ; cette pensée et cette volonté, bonnes ou mauvaises, vont se faire entendre directement au Créateur qui les reçoit ou les rejette. On aurait donc tort de dire que le mal vient du Créateur, sous prétexte que tout émane de lui. Du Créateur est sorti tout être spirituel, bon, saint et parfait : aucun mal n'est et ne peut être émané de lui. Mais que l'on demande d'où est donc émané le mal ? Je dirai que le mal est enfanté par l'esprit et non créé...Le monde matériel est lui-même un monde d'exil et de châtiment, créé tout spécialement pour servir de prison à ceux parmi les premiers êtres émanés de la Divinité qui, par leur propre volonté et sous l'impulsion de l'orgueil, ont voulu agir de façon séparative et autonome. C'est pourquoi la matière est comme le nomment les Hindous, "Maya", une illusion. L'homme lui-même vient en second dans cette création, après la chute des anges devenus démons. Ce sont eux qui ont commencé la chute. L'homme primordial collectif que la Kabbale nomme "Adam Kadmon", fut créé avec pour mission de régner sur le monde matériel, afin de le restaurer dans l'unité première. La "prévarication" de l'homme est une répétition de celle des esprits pervers. Adam, étant la dernière des créatures, régnait sur les anges et sa place était privilégiée dans la création. Il était créé dans une forme glorieuse, c'est là le véritable Paradis Terrestre. Or, appelé à être le Créateur d'une postérité de Dieu dans la forme glorieuse égale à lui-même, Adam voulut créer par sa propre volonté et donna, ainsi, naissance à une postérité impure précipitée dans la matière."Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de créateur. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération."

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