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Hauts Grades

Jacques Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin : la rencontre (2)

19 Juin 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

L’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers que j’ai fondé en 1754 et qui subsiste encore à votre époque comporte 8 grades en plus des 3 grades traditionnels de la Franc-Maçonnerie. Ces grades sont :

  • Maître Parfait Elu
  • Apprenti Elu Coën
  • Compagnon Elu Coën
  • Maître Elu Coën
  • Grand Maître Coën
  • Grand Elu de Zorobabel
  • Commandeur d’Orient
  • Réau-Croix

Les Réau-Croix pratiquent la théurgie Quel est donc cette mystérieuse science ?

Pour vous en donner un aperçu, je vais vous livrer un extrait des instructions que mes disciples devaient absolument suivre avant les opérations d’équinoxe : Les R+ qui seront mariés observeront de ne point user de leur femme trois jours avant d’ouvrir leurs travaux d’opérations ; ils s’en priveront également pendant les sept jours que leurs cercles resteront ouverts, sans quoi ils seraient réputés impurs et n’opéreraient en  conséquence que confusion démoniaque ; ils ne pourront encore en user que vingt-quatre heures après leur septième opération, ce délai étant consacré pour l’action de grâce que les R+ doivent rendre à l’Eternel en faveur du fruit qu’ils auront tiré de leurs opérations. Les R+ commenceront à réciter les sept psaumes de la pénitence les trois premiers jours d’abstinence de leur femme ; ils les diront deux heures avant minuit suivant l’usage prescrit verbalement et ils continueront ainsi jusqu’au dernier jour de l’action de grâces. Si les R+ opérants virtuellement dans les cercles des Gd. Sns. ou de leurs substituts ont reçu ordre exprès de recevoir un ou plusieurs apprentis R+ dans le cours de leurs opérations d’équinoxe, ils auront soin de rassembler les sujets qui leur sont assignés pendant les trois jours de préparation et de les instruire sur le grade qu’ils vont recevoir. Ils commenceront de les ordonner pour le petit office du St. Esprit qu’ils doivent dire pendant le cours de leur vie temporelle aussitôt qu’ils sont levés. Ils les instruiront aussi qu’ils doivent réciter un des sept psaumes de la pénitence tous les soirs avant de se mettre au lit ; lesdites prières seront faites la face tournée vers l’orient pour un temps immémorial. Les R+ ne feront qu’un seul repas par jour pendant les sept jours de leurs opérations ; ce repas se bornera au dîner seulement et ne devant plus rien manger de vingt-quatre heures, ce qui fait le jeûne parfait qu’ils sont obligés d’observer sous peine de prévarication et d’interdiction desdites opérations. Si cependant quelque R+ ne pouvait pas soutenir la rigueur de ce jeûne il lui sera permis de boire de l’eau dans le cours de la journée et de faire une petite collation après l’opération, ce qui se terminera à un quart de livre de pain, un morceau de fromage, ou autre chose sèche. Toute viande que ce soit lui est interdite, il peut manger un poisson frit ou rôti sur le gril, mais il ne le mangera que froid et sa grosseur en sera que du poids de quatre onces, ne pouvant sous tel prétexte que ce soit manger à cette collation plus de huit onces pesant. S’il arrivait que quel qu’apprenti R+ ou quelque Me. R+ ne peut soutenir absolument le jeûne, on ne s’exposera à aucun travail dans lesdits cercles et on ne lui fera faire aucune invocation ; les chefs opérants se contenteront de les mettre comme témoins oculaires à leurs opérations, sa place sera d’être seul dans l’angle de retraite qui est vers le nord, mais le plus souvent il sera mis en arrière du cercle vautour qui est au sud-est et c’est là leur place

ordinaire ; il sera cependant tenu aux mêmes exercices spirituels et à la même discipline que les R+ qui opèrent.                                            

Les R+ feront leurs opérations d’équinoxe dès le premier jour du renouveau de la lune du mois de mars et les termineront la septième à une heure après minuit. + Ils observeront de faire un journal exact de tout ce qu’ils auront pris pendant le cours de leurs opérations pour s’en servir aux équinoxes du mois de septembre suivant. Ils traceront les caractères et hiéroglyphes, qu’ils auront reçu de leurs travaux, dans leurs cercles d’opération à venir et sortiront au fur et à mesure autant de figures qu’ils auront reçues des Gr.Surveillants. du centre de leurs cercles pour y placer celles qui leur auront été données par la chose même.

C’est pour lors que les Mes R+ pourront montrer à leurs disciples leurs véritables travaux et les instruire à cet égard selon qu’ils le jugeront à propos.

JBW : Nos cérémonies étaient très complexes et le Réau croix se devait de bien s’y préparer .

MP : je peux vous en donner un exemple

ALS : je pense que cela intéressera tous nos Frères

MP : prenons par exemple la cérémonie pour la consécration des angles du Temple :  Les chefs opérants doivent commencer par consacrer l’angle d’Ouest ; ils s’y présenteront à trois pas de distance tenant les deux bras étendus en avant dudit angle et les deux mains ouvertes en équerre comme si l’on voulait repousser quelque chose qui viendrait à nous ; ils avanceront ensuite dans l’angle en faisant trois pas en avant et trois pas en arrière.

Les pas en arrière seront moins ouverts que les trois pas en avant afin que lesdits opérants puissent être à portée de faire leur prosternation dans ledit angle et qu’ils puissent avoir la moitié supérieure du corps au dessus du quart de cercle qui marque l’espace que ledit triangle doit avoir. (Cet espace n’est fermé que pour donner la facilité de tracer les mots divins et les noms spirituels, de même que pour contenir la moitié de la personne du chef opérant. Ce quart de cercle aura pour le moins trois pieds de distance de l’angle susdit). Le chef opérant étant à genou au bord dudit quart de cercle, élèvera ses deux mains ouvertes en équerre vers le ciel, il se renversera ensuite la face prosternée contre terre dans le dit angle et dans cette position, il fera la consécration. S’il arrivait que l’opération tardât à recevoir quelque fruit du travail au gré de l’opérant, on pourra répéter une ou deux fois l’invocation particulière du jour pendant le temps de la contemplation, afin de dissiper par là tous les inconvénients qui contribuent au retard des apparitions des choses qu’on demande. La répétition de l’invocation particulière ne peut être faite que par le chef opérant à haute ou basse voix. Les chefs opérants feront la même cérémonie pour consacrer les trois autres angles, ils observeront de ne point faire deux commandements aux sujets qu’ils réclament, ni de leur donner deux actions à la fois sous peine de confusion. On ne peut aussi dans les opérations journalières d’équinoxe mettre en action deux jours de suite les sujets que l’on a réclamé une fois sous la même peine et de privation d’opération bonne, car en pareil cas on en aurait plutôt une mauvaise.

LCSM : et ce n’est qu’un petit aperçu des enseignements et des exigences de notre Maître.

ALS : dans le fonds, vos doctrines reposent toute sur le même fondement : la prévarication de l’Homme et sa réintégration !

JBW : sur le fonds oui, mais pas sur les moyens pour la réussir.

ALS c'est-à-dire

JBW : notre Maître Dom Martines prône l’aide d’esprits bienveillants pour nous guider, esprits qui se manifestent au cours des opérations, Louis Claude privilégie, la voie du cœur et la prière et quant à moi je pense que cette quête est collective et passe par l’initiation maçonnique..

ALS : et pourtant Dom Martines, vous étiez maçon ?

MP : j’ai créé un Ordre dont la base était certes maçonnique mais dont le sommet allait bien au-delà. Mes connaissances viennent d’un Ordre Supérieur composé de sept guides suprêmes et je n’étais que l’un deux.

ALS : Mon BAF Louis Claude, pourquoi avoir abandonné la Franc-Maçonnerie ?

LCSM : je n’y ai pas trouvé ce que j’y cherchais.

ALS : c'est-à-dire

LCSM : une spiritualité profonde basée sur la libre recherche, le silence et le recueillement.

 

ALS : et pourtant vous avez été Réau- Croix ?

LCSM : les  travaux pratiques  tenaient une trop grande place dans l’enseignement de Dom Martines. L’évocation de la Chose, se manifestant et les " passes prenaient trop de place dans nos cérémonies. Faut-il, tant d'opérations pour prier Dieu !

Je n’ai jamais douté du bien fondé et de la Force de l’enseignement de Dom Martines, contrairement à Jean-Baptiste..

JBW : le doute est le début de la croyance

MP : pas toujours, souvenez-vous de ce que vous écrivais en 1772 de Bordeaux avant mon départ : Je prends beaucoup de part à votre mortification d'avoir eu aussi peu de succès. J'étais provenu par mon travail que si vous aviez eu dans le votre quelque satisfaction, cela n'était pas considérable ; mais j'ai cependant reconnu quelque Chose pour vous que voici.

 Je ne peux douter même que ceci n'est passé en tout ou en partie chez vous quoique vous n'en ayez rien vu. Si vous en eussiez pu fixer le moindre trait, ou seulement l'apercevoir dans la promptitude de la passe, c'eut été pour vous un guide qui vous eut servi à découvrir le reste, car ce ne sera jamais que par vous-même, et par votre propre intelligence que vous parviendrez à vous instruire et à vous former soit dans le travail soit dans l'interprétation. Il ne faut pas néanmoins vous alarmer de ce que l'on est si rigoureux et si intraitable pour vous ; cela doit au contraire redoubler votre courage et votre confiance, dans la certitude que votre temps et votre bonheur ne peuvent manquer d'arriver si vous le voulez, car enfin l'homme est leur Maître. Je suis bien persuadé de votre exactitude dans tous les procédés qui vous auront été prescrits. Mais pour votre satisfaction si vous voulez m'en faire le détail, j'observerai avec toute mon attention s'il ne s'y était pas glissé quelque Chose de défectueux. Les autres Réau-Croix ne m'ont encore rien communiqué de leurs travaux. Lorsqu'ils l'auront fait, je vous en ferai part avec plaisir. Adieu Très. Puissant. Maître. usez toujours de la résignation où vous me paraissez être, et attendez toujours tout de celui qui accorde tout. Tous nos frères vous saluent et principalement le frère de Saint-Martin qui vous remercie de votre bon souvenir. Que l'Eternel veille sur vous pour un temps immémorial. Amen.

JBW : je m’en souviens et j’ai finalement du renoncer à m’instruire préférant bâtir mon Régime.

MP : je suis hélas mort trop tôt et trop loin, pour vous convaincre de continuer

ALS : savez-vous ce que sont devenus vos systèmes ?

MP : après mon départ, j’ai nommé un successeur Armand Caignet de Lestère. . Malheureusement nos temples se sont fermés les uns après les autres. On me dit que l’Ordre des Elus Coëns a repris force et vigueur, je m’en réjouis.

JBW : après ma mort, le Régime Ecossais Rectifié a périclité pour disparaître totalement de France . Heureusement le Grand Prieuré d’Helvétie continua de le pratiquer et en 1913 grâce à la remise en vigueur d’un traité que j’avais signé en 1776 avec le Grand Orient de France et à l’intervention des suisses puis des anglais , le RER servit à créer une obédience régulière en France la GLNF. Le Rite a donc survécu et je m’en réjouis.

LCSM : je n’avais pas créé de système de mon vivant, c’était contraire à mes principes.

En 18 cependant en 1887, le Frère Gérard d’Encausse à fondé l’Ordre Martiniste pour perpétuer ce qu’il a appelle l’initiation dite de Saint Martin, Ordre qui existe toujours à votre époque sous diverses appellations.

ALS : finalement que vous reste-t-il des ces années ?

JBW : la certitude d’avoir créé grâce aux enseignements de Dom Martines un Système maçonnique ordonné et spirituel. La rencontre avec des Frères exigeants et passionnés tels que Louis Claude.

LCSM : la rencontre avec Dom Martines qui a bouleversé ma vie. La sensation de vivre des évènements importants pour l’Histoire et pour la Franc-Maçonnerie et enfin la conviction que la prière est avant tout un acte individuel.

MP : la satisfaction d’avoir de tels élèves. La certitude que l’Homme  peut parvenir a sa réintégration s’il s’astreint à une discipline collective spirituelle forte et enfin la gratitude envers le Grand Architecte pour tous ses bienfaits.

ALS : c’est le mot de la fin, merci mes Frères

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