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Hauts Grades

Je suis celui qui suis, Je suis ce que je suis, Je suis.

4 Septembre 2012 , Rédigé par JMD Publié dans #Planches

Sorties de leur contexte, ces trois affirmations  semblent répondre à une question, la seule question importante qui se pose à chacun d’entre nous : qui suis-je? Et force est de constater qu’à première lecture, la réponse telle qu’elle nous est livrée, dans notre rituel, ne semble pas nous éclairer considérablement.  Pour corser notre affaire, nous ne disposons pas de beaucoup de renseignements sur celui qui a tenu ces propos, ou inscrit ces mots dans un contexte d’apparence labyrinthique et archéologique, mais qui pourrait être séphirotique.

 

 Il  n'a échappé à personne que ces trois affirmations commençent par " je ", et avant toute digression arrêtons nous un instant à cela.

 

 La langue française permet de jouer avec le Je, comme si une légèreté naturelle de notre langue, donc de notre civilisation, autorisait à prendre le  MOI comme un JEU,

Notons aussi que le JE est le plus petit commun dénominateur de l’expression de l'être, ou parfois de la conscience d'être. Cette conscience d’être ne vient sans doute que tardivement et progressivement, raison pour laquelle l’enfant utilise en premier lieu son prénom pour se désigner lui-même, puis il dit MOI, et enfin plus tard JE.

 

Ceci suggère déjà toute la complexité de la relation de l’individu avec lui même, relation qui ne cesse de se construire, ce qui nous ramène, une fois encore, au fameux « connais toi, toi même ».

 

  " je suis "  constitue une forme de redondance, une double affirmation gratuite qui tient de l’évidence puisqu’on existe tant qu’on peut exprimer  par soi même  Ainsi pourrait-on dire, « je parle donc je suis »  Ce n’est pas très novateur puisque Descartes le suggérait aussi dans ses méditations métaphysiques : « Je suis, j’existe est nécessairement vrai toutes les fois que je le prononce ou que je le conçois dans mon esprit » écrivait-il.

 

Prenant cette direction dans la réflexion, il apparaît clairement que nous n’avons pas engagé le pari d’analyser le texte proposé dans l’optique du verbe suivre. Cette piste mérite pourtant, même sommairement d’être empruntée, la langue française a également cette particularité de pouvoir brouiller les pistes en offrant plusieurs interprétations possibles…

 

Suivez-moi bien... En effet si nos trois affirmations avaient du être analysées dans le sens du verbe suivre, notre explication eut été la suivante :

 

je suis celui qui suis, serait la définition de la progression à la queue leuleu émise par celui qui ferme la marche pour éviter les surprises désagréables.

 

A un autre degré d’analyse, cela signifie aussi que L’homme conscient de ses limites, participe dans un élan d’aspiration, à l’oeuvre commune. Il a conscience d’appartenir à un groupe dans la suite de la longue lignée de ses ancêtres qui le précédaient hier, et de n’être qu’un maillon de la chaîne.   Dernier maillon de cette chaîne, il suit celui qui suit.

 

 Toujours dans l’optique du verbe suivre, je suis ce que je suis, signifierait : circulez il n’y a rien à voir et si vous voulez en savoir davantage, allez en tête de train, quelqu’un sait peut-être où nous allons mais pas moi. 

 

Au second degré, ou au quatorzième si vous voulez, cela veut dire aussi que l’homme s’identifie à l’action qui le transcende et donne ainsi un sens à son existence. Ce serait aussi reprendre le thème d’un vieux proverbe asiatique qui affirme que l’important n’est pas   le but que l’on s’est fixé, mais le chemin parcouru pour y parvenir. On perçoit dès lors, combien ce proverbe encourage à progresser, et pour nous, plus spécialement  dans la voie initiatique.  

 

Enfin, je suis, annoncerait, un principe doublé d’un mécanisme bien connu dans le monde animal,  et qui chez les êtres humains a trouvé son incarnation littéraire, grâce à Panurge et ses moutons.

 

Dans une seconde acception du verbe suivre, celle de comprendre, je vous suis bien, je vous comprends bien, je suis, veut dire aussi j’aime. En effet « cum prendere » en latin,  qui a donné comprendre, signifie littéralement prendre avec  et prendre avec, c’est aimer. 

 

Même sommaire, cette lecture moins orthodoxe que de coutume de notre texte se devait d’être faite. Elle pouvait donner lieu   à bien d’autres développements. Il était enfin possible, par exemple,  d’opérer un mixage entre le verbe être et le verbe suivre. A titre de rappel, souvenez-vous que le grand Expert dit à l’impétrant « suivez-moi » pour l’accompagner dans ses 3 voyages initiatiques.

 

Revenons plus sérieusement à nos trois affirmations.

Ces trois affirmations sont prononcées, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, au début de l'initiation au 14° grade par le Gd Mtre des Cér ( en lieu et place de Guibulum Chev de Royal Arche), un des trois mages mis en scène au cours de l'initiation au 13° degré. La légende de l’arche royale connaît parait-il quelques variantes selon les rites et à l’intérieur d’un même rite selon les obédiences.  Si leur nom peut varier, le nombre de personnages mis en scène, l’endroit et la topologie du lieu où ils évoluent et enfin la découverte d’un nom sacré quel qu’en soit le support, restent constants. 

 

Il semble bien que cette légende ait pour origine les écrits de l’historien grec Philostorge ( IV° V° siècle) . L’empereur Julien (entre 355 et 363) aurait entrepris la reconstruction du temple de Jérusalem. Alors qu’on préparait les fondations, une pierre se détache et laisse entrevoir une grotte très sombre dans laquelle on fait descendre un ouvrier qui y découvre un document très ancien, mais intact. Les premiers mots inscrits sur ce rouleau, tels que décrits dans le texte de l’auteur précité, étaient : 

 

« Au commencement était le verbe et le verbe était Dieu.. »

 

La légende de notre rituel met en scène trois mages dans les ruines du temple de Salomon. Alors qu’ils sont parvenus à la neuvième arche, comme d’autres plus symboliquement, auraient atteint la neuvième sephira, le premier d’entre les mages dans sa quête d’un absolu, et dans son ultime progression vers l’infini... découvre, sous une lumière éblouissante, un bijou en agate, sur lequel apparaissent en lettres d’or : IOD  HE VAU HE

 

Ces quatre lettres introduisent notre sujet qui est   Je suis. Notre rituel donne la signification de ces trois affirmations, est-ce pour éviter une mauvaise interprétation ?  

 

je suis celui qui suis  signifie une part de moi même se sépare du tout et affirme mon ego ; mais j’aspire à l’ultime initiation qui me permettrait d’aller au delà de cette dualité ;

Enfin pour -je suis, le texte du rituel dit : en attendant (sans doute cette ultime initiation), j’ai un nom et un titre. 

 

Il n’est pas absurde de penser que, puisque le rituel nous donne une signification de ces 3 affirmations, c’est certainement qu’elle peut en cacher quelques autres. Il y a du jeu de piste dans la maçonnerie... S'agissant de l'homme, il vient immédiatement à l'esprit la célèbre phrase de Descartes " je pense donc je suis " mais aussi sur un registre plus biblique  le ECCE HOMO. Les initiations successives qui mènent du 4° au 14° et dont la cohérence de l’enchaînement pour tout vous dire m’échappent quelque peu, sont truffées de noms hébraïques. Il serait donc probablement opportun d’effectuer quelques fouilles dans ce domaine... 

 

A survoler les deux premières affirmations, on perçoit rapidement deux aspects complémentaires voire antinomiques qui se caractérisent par " celui qui suis et ce que je suis " les mots peuvent s’opposer mais peuvent se compléter. La première affirmation, celui qui suis, pourrait faire référence à l'être conscient, sans que nécessairement cette conscience englobe la totalité de l'être. En effet la conscience d'être n'implique pas de facto la conscience de tout son être dans sa globalité. Je ne suis que ce que j’ai conscience d’être. La conscience de soi présuppose en ce sens la connaissance de soi et inversement.

 

Reste une question essentielle : Suis-je le mieux placé pour savoir qui je suis ?

(Souvenirs de philo)

Les philosophes Hume et Kant finissent par en douter et par admettre que rien ne peut permettre d’être sûr que nous sommes comme nous avons conscience d’être.

 

Freud renforcera plus tard ce doute et démontrera que la conscience reste éminemment trompeuse, et que, celui que je suis est définitivement inaccessible ou presque.

 

Sartre, enfin, ira un peu dans le même sens. Pour lui la conscience de soi peut être conscience de l’illusion sur soi. Je peux mieux me connaître en prenant conscience que je ne suis pas ce que j’ai conscience d’être. Nous l’avons déjà évoqué, la première affirmation semble s’opposer à la seconde qui est : Je suis ce que je suis  

 

Après Qui suis-je vient la deuxième interrogation : Que suis-je ?

 

Ce que je suis est une personne, non pas un individu seulement, même si l’individualité recouvre, mais de façon parcellaire, la personnalité.

Personna, désignait le masque des tragédiens de l’antiquité ; caricature, elle projette à l’extérieur une image infiniment réductrice de ce qu’est   réellement une personne, mais il la rend lisible pour le spectateur. Ainsi, Ce que je suis, bien en deçà de la réalité, est ce que l’autre peut ou veut identifier. Ainsi, l’enfer, ce peut être les autres. De l’enfer au paradis il n’y a qu’un pas, et celui-ci nous ramène à JE SUIS.

 

« l'enfer c'est les autres » a été souvent mal compris. On a cru que Sartre voulait dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose qu’il voulait dire. Je pense qu’il voulait dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens qui sont en enfer parce qu ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

 

C’est probablement l’interrogation qui s’est imposée à Moïse dans un premier temps. Il n’est pas dans une grotte souterraine, comme Gibulum, mais comme il est écrit dans le livre de l’exode, il s’est retiré dans le désert où l’objet brillant de notre rituel est remplacé par un buisson ardent mais qui ne se consume pas : une lumière en somme. Curieuse similitude ! Dieu s’adresse à Moïse et lui dit : « je suis celui qui suis » et en réponse à Moïse qui lui demande légitimement des précisions, il ajoute « c’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : celui qui s’appelle JE SUIS m’a envoyé vers vous ». Bien sûr nous retrouvons là le thème de l’innommable qui a certainement agacé Moïse, lequel attendait avec une impatience contenue, le nom de son interlocuteur, le nom de Dieu. Non seulement il ne voit qu’un buisson, ardent et bavard, mais de plus celui qui parle à Moïse n’a pas de véritable  nom. Pourtant, dire qu’il est l’ineffable n’est ce pas déjà le nommer ? A  l’innomable s’ajoute l’invisible, l’impalpable donc l’impossibilité de décrire et de représenter.

 

JE SUIS contient en soi une notion d’infinitude et de permanence. J’étais, je suis, je serai, ou je serai toujours. Ce terme recouvre et concentre en lui, à la fois le passé le présent et l’avenir à moins qu’il ne se situe hors du temps. Il n’a pas de début et ne semble pas avoir de fin. Il est donc tout naturel que ce dieu   ait été appelé l’Eternel. 

 

Il est probablement utile de remonter aux sources hébraïques pour mieux comprendre ce que cache cette affirmation toute simple. Je vous remercie de noter, mais c’est une évidence, que celui qui planche devant vous n’est ni un kabbaliste, ni un spécialiste de la langue hébraïque, et cela se voit !

 

JE SUIS en hébreu se dit EHYEH, c’est la première personne du verbe Etre. Donc si nous voulons parler d’une personne qui se nomme : JE SUIS, nous qui sommes extérieurs à lui, nous devons dire « il est ».  En hébreu, il est, se dit YAHAVEH qu’on représente aussi sous la forme d’un tétragramme YHVH  quatre consonnes sur lesquelles furent placées des voyelles, consonnes qui se trouvaient gravées sur l’agate découverte par Guibulum.

 

Le verbe être se dit HAVAH qui signifie aussi vivre ou faire exister en un mot ce verbe désigne l’activité exercée par le créateur, le grand architecte...et pourquoi pas l’initié initiant et pour d’autres tout simplement  Dieu. Et la boucle est bouclée...

Il existe une controverse : les premiers mots prononcés par Dieu, dans la lecture hébraïque disent « je serai qui serai »( Ehiè ashèr èhiè, ) avant même que ne soit prononcé le tétragramme, ce qui introduit une notion d’inaccompli, laquelle ne recouvre pas du tout l’idée plus chrétienne cumulant le présent et le futur, mais exprime un résultat qui n’est pas encore là.

 

La seule constante de ce débat reste qu’il porte sur un nom, lequel est un verbe et c’est lui, le verbe qui a le pouvoir. 

 

Il reste dans tout cela bien des interrogations pour le pauvre ignare qui s’exprime devant vous ! Mais peut-être y a-t-il des compléments d’informations susceptibles d’éclairer ma petite lanterne en sus d’un travail personnel qui s’avère de plus en plus indispensable. Ne gémissons pas puisque la maçonnerie ne me semble pas faite pour donner des solutions mais plutôt des moyens de les chercher et accessoirement de les trouver, donc espérons... 

 

Source : www.ledifice.net

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