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Hauts Grades

Jean-Baptiste Willermoz et l'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Tomas Dalet Publié dans #histoire de la FM


En 1778 le Docteur MESMER importe en France une nouvelle méthode de soins basée
sur le "magnétisme animal" “en prétendant expliquer toute le vie organique et
cosmique par l'action d'un fluide circulant dans tout le corps et établissant
entre eux des rapports réciproques”. La communauté" scientifique est assez –
pour le moins – réservée.

En 1784 un disciple de MESMER, le marquis de Puysegur, pense applique le
"magnétisme animal" à des gens en état de somnambulisme, puis à des sujets plus
disposés que le commun des mortel, au spiritisme. Evidemment ces expériences et
"manifestations" diverses intéressaient les "occultistes", dans la mesure où
elles semblaient conforter la théorie selon laquelle, les sujets en transe
étaient inspirés par un "être surnaturel", "d'un autre monde", qui même parlait,
écrivait, par son intermédiaire. C'était déjà, vieux comme le monde !

Des groupes se formèrent, avec bien surs différentes motivations !

Des Maçons du grade le plus élevé qu'il soit, pensaient que “si les messagers
divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient
à guérir leurs semblables, il ne refuseraient certainement pas de répondre aux
hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la Foi et le
salut des âmes”.

[…]Ils introduisirent le magnétisme mystique dans une société créée à cet effet
qui portait le nom de " la Concorde ". Ils y invitèrent J.B Willermoz qui
s'occupa plus particulièrement d'une jeune Demoiselle Marion BLANCHET, dont il
surveillait le sommeil pour y déceler " des observations

essentielles". Monsieur MILLANOIS magnétisait Mademoiselle BERGE, le chanoine
CASTELLAS

endormait Mademoiselle ROCHETTE, qui devint l'Oracle du Club. Leur zélé fut mal
récompensé, leur première déception leur vint de la voyante. Son passé aurait du
d'ailleurs leur inspirer une juste défiance, mais elle sut leur imposer jusqu'au
moment ou elle eu trouvé l'établissement qu'elle n'avait cesse de chercher.

 Arrivée à Lyon suite à "un attentat" dans un état intéressant,  elle avait d’abord annoncé au
chanoine Castellas qu’elle lui était unie par un mariage spirituel. Après ses
couches, pour lesquelles ses protecteurs lui avaient trouvé un asile
confortable, elle avait eu des «sommeils particuliers» avec un magnéti­seur plus
jeune, le Frère O’Brenan, qui au bout de quelque temps, s’était éclipsé; elle
fit ensuite courir le bruit que J.B. Willermoz, célibataire impénitent à
cinquante-sept ans, était son époux mystique. Enfin elle réussit à prendre dans
ses filets le propre neveu de Willermoz et il l’épousa le 3 octobre 1787, au
grand scandale des initiés; aucun des parents du marié ou des membres de la
confrérie magnétiste n’assista à la cérémonie nuptiale et le nom de Gilberte
Rochette fut soigneusement effacé sur les procès-verbaux de ses sommeils.

Madame de Valliere et l'Agent Inconnu :

Les désillusions que causèrent aux Frères de la Loge Élue et Chérie les messages
de l’Agent Inconnu furent d’une autre nature. Ces cahiers étaient l’œuvre d’une
somnambule psychographe, Mme de Vallière, cha­noinesse du chapitre de
Remiremont, sœur du commandeur de Mons­pey (7): Femme d’esprit curieux et
cultivé, nourri par de vastes lectures, elle avait reçu de son frère, Élu Coen
féru d’arithmosophie, Grand Profès et éminent magnétiseur spiritualiste, une
instruction mystique approfondie. Aussi les cahiers qu’elle rédigeait pendant
ses transes formaient-ils une sorte de recueil encyclopédique de thèmes
occultistes empruntés aux antiques religions de l’Orient et aux systèmes des
Manichéens et des Gnostiques, brassés, amalgamés et développés par une
imagination dé­bridée. Malheureusement ces vaticinations, qui avaient d’abord
plongé les lecteurs dans une stupeur admirative, étaient en maints endroits
d’une désespérante obscurité, qu’augmentait encore un texte parsemé de termes
venant d’une langue inconnue et de signes indéchiffrables. En outre les
prédictions de l’Agent ne s’accomplissaient pas; notamment le prophète, dont il
avait annoncé la venue et qui devait surgir du milieu des Frères, s’obstinait à
ne pas paraître. La plupart des membres de la «Société des Initiés», qui avaient
salué la date du 10 avril 1785 comme le début de l’ère du «Renouvellement»,
finirent par perdre courage. Le Sacerdos lui-même sentit vaciller sa foi et il
ne put s’empêcher d’exprimer ses doutes et ses inquiétudes dans une assemblée
générale de la Loge Élue et Chérie qu’il avait convoquée le 10 octobre 1788. Les
réunions, qui avaient lieu tous les quinze jours, devinrent de moins en moins
fréquentées, bien que le flot des messages continuât à déferler. Quelques
membres de la So­ciété des Initiés s’acharnèrent à cette pénible étude, dont de
nouveaux textes leur parvinrent jusqu’en 1793, mais la véritable ère du
Renouvelle­ment n’avait pas sensiblement dépassé son troisième anniversaire (8).


(7) Cette identification a été faite pour la première fois, et de façon
définitive, par Mme A. J0LY dans son ouvrage paru en 1938.

(8) Mme de Vallière retira en 1790 à Willermoz la garde des archives pour
la confier à Paganucci. Lorsque celui-ci dut, en 1793, quitter Lyon et se cacher
après le siège et la reddition de la ville, Périsse Duluc lui succéda. En 1795
Paganucci, rentré à Lyon, reprit possession des documents qu’il conserva jusqu’à
sa mort survenue en avril 1797. Mme de Vallière en constitua dépositaire
Périsse. Duluc, auquel elle envoya d’autres cahiers jusqu’en 1799. Quand Périsse
décéda à son tour en 1800, ses héritiers remirent à Willermoz tout ce qu’ils
trouvèrent de documents secrets dans ses papiers.


Willermoz avait pu espérer au début que l’excursion des Grands Profès dans le
domaine du magnétisme leur vaudrait quelques recrues, mais son attente fut
trompée avant même que le Renouvellement eût fait faillite. Lorsqu’il avait
mandé au commencement de 1785 à Bernard de Turckheim que Lyon pourrait «renouer
les relations avec Bordeaux par les connais­sances du (obtenues au moyen du)
magnétisme», son correspondant, au­quel l’événement donna raison, lui avait
répondu qu’il doutait fort que ce rapprochement pût faire adopter le Système Les
Chevaliers Bienfai­sants par l’ancienne III° Province et la tirer de son
assoupissement, atten­du que «la partie religieuse était peu goûtée à Bordeaux»,
de sorte que les ex-Templiers de Guyenne seraient plus rebutés qu’attirés» par
le cérémonial auguste de rituels qui ramenait l’esprit trop souvent à
aper­cevoir cette seule et unique fin des travaux». D’autre part, si la pratique
du magnétisme spiritualiste amena un échange de lettres fraternelles, de
souhaits et de congratulations avec l’ancien secrétaire de Pasqually, l’abbé
Fournié de Bordeaux, et des magnétistes de Toulouse (9), ces relations
n’intéressaient qu’un petit nombre d’Élus Coens et de mystiques qui n’avaient
aucune envie d’adopter le Système maçonnique lyonnais (10). Enfin l’Agent
Inconnu avait bien désigné Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse pour être
admis dans la Loge Élue et Chérie, mais, comme ils devaient recevoir
l’initiation à Lyon même, ils avaient décliné l’invitation que Willermoz leur
avait transmise.

Bien loin d’étayer l’édifice chancelant, le somnambulisme extatique
contribua à l’ébranler, en amenant le Directoire d’Auvergne à opérer dans le
rituel du premier grade une modification, qui souleva de vives pro­testations,
et en provoquant chez les Frères de confession protestante une réaction brutale
contre la propagande catholique à laquelle se li­vraient les messages de l’Agent
Inconnu.

Mme de Vallière, dont la compétence était universelle, ne s’était pas
contentée de doter la Loge Élue et Chérie de trois grades secrets; elle avait
aussi esquissé un nouveau Système de sept grades qui aurait en­traîné des
modifications dans les grades symboliques du Régime Recti­fié, notamment dans
les batteries (11), Les papiers de Willermoz ne don­nent pas d’indication
précise sur les particularités de ce nouveau Sys­tème, mais certains passages
des résumés et extraits des cahiers origi­naux font penser qu’il avait de
nombreux traits spécifiques. Par exemple, Mme de Vallière bousculait la légende
traditionnelle du grade de Maître en enseignant que Hidam, «homme privilégié des
Raabts» et maître de Salomon, s’étant laissé séduire par les volougs (12), était
retourné à Tyr, au lieu de rester à Jérusalem, ce qui avait été la cause de sa
mort. Elle affirmait aussi que le grade d’Élu avait été mal interprété et que,
«con­venant au moment de l’univers où nous touchons», il pouvait être ré­tabli
(13)

(9) VULLIAUD, op. cit., p. 127-128.

(10) Lyon 5425 pièce 27.

(11) Les Maçons appelaient ainsi le nombre et la cadence des Coups frappés à la
porte de la Loge pour en demander l’entrée, ou par le maillet du Vénérable pour
annoncer l’ouverture et la fermeture des travaux. Chaque grade avait sa batterie
distinctive.

(12) Dans le vocabulaire inventé par l’Agent Inconnu le terme Raabts désignait
tantôt les connaissances secrètes, tantôt les manifestations des puissances sur
naturelles, tantôt les élus possédant ces connaissances et témoins de ces
manifes­tations. Les volougs étaient les démons

Sur ce terrain, qui lui était familier, Willermoz se sentait autrement solide
que dans le domaine des spéculations transcendantes; avant de faire subir un
remaniement général à l’œuvre qu’il avait si péniblement enfantée et de remettre
en pratique un prototype de ces grades de Ven­geance qu’il abhorrait, il tint à
prendre des informations supplémentaires. Il consulta Gilberte Rochette sur le
parti qu’il devait prendre. Le ques­tionnaire qu’il avait rédigé, afin de ne
rien oublier pendant le sommeil du 30 mai 1786, était ainsi conçu: «Que dois-je
penser du travail fait sur les sept grades? Dois-je le publier à la Société ou
le tenir secret? Quelles sont les causes qui ont influé sur ce travail des sept
grades et autres (travaux) ?» Il hésitait d’autant plus à faire le remaniement
qu’il soupçonnait, sur ce point particulier, l’influence d’un Frère auquel il
s’estimait supérieur en expérience et en dignités maçonniques; il sup­posait que
«le porteur (Monspey) avait part à ce résultat de l’imagination, surtout dans le
travail ou cahier des sept grades et des batteries». Pour­tant les messages de
l’Agent lui inspiraient, pendant la seconde année du Renouvellement, un respect
trop profond pour qu’il refusât de se con­former, au moins partiellement, à
leurs prescriptions. Il prévenait donc le 30 juillet 1786 Ferdinand de Brunswick
que «les rituels du premier au quatrième grade (14) devraient vraisemblablement
subir quelques modifica­tions pour s adapter aux enseignements de la nouvelle
génération». Il avait du reste déjà apporté un changement important dans le
rituel du grade d’Apprenti en obtenant du Directoire d’Auvergne dès le 5 mai
1785, c’est-à-dire moins d’un mois après la fondation de la Loge secrète entée
sur la Bienfaisance, que le mot de passe du premier grade, adopté par les Loges
bleues de tous les Systèmes et qui était traditionnellement Tu­balcaïn, serait
remplacé par Phaleg.

On comprend cette hâte quand on lit ce que les messages, alors reçus avec tant
de vénération, disaient des deux personnages bibliques. Tu­balcaïn était la bête
noire de Mme de Vallière; elle l’accusait des crimes les plus monstrueux, le
rendait responsable de l’emploi néfaste des corps naturels, de la perversion des
animaux et de la dégradation de la race humaine. C’était par des opérations
diaboliques qu’il avait découvert l’art de forger les métaux, en «vouliant le
règne minéral»; il avait rendu le taureau rebelle à l’homme et donné la rage au
chien. «Coupable des plus honteuses prévarications en voie charnelle» et
«entraîné par sa ­ concu­piscence», Tubalcaïn «évia les mauvais anges en femmes
déjà existantes. Tel est le crime qui corrompt toute chair. Il fut livré au sort
des démons. Oh! abîme d’horreurs!» La femme avec laquelle Noé, échappé au
déluge, «virtualisa» les rejetons dont devait sortir la nouvelle race humaine,
avait été pervertie par Tubalcaïn, qui voulait en faire un démon (15). Noé
l’ar­racha à temps à son séducteur, mais la génération féminine issue de l’union
du patriarche avec cette femme souillée, «quoique véritablement délivrée de la
tache du crime qui voulia» sa mère, «en porte encore les marques dans sa
constitution novénaire (physique)» (16). Ainsi «les êtres de la nature ont été
souillés» autant par «le crime de Tubalcaïn» que par «la chute de l’homme».

Phaleg fut au contraire le bienfaiteur de l’humanité déchue, en lui enseignant
les vérités éternelles. «La seule initiation pure est celle qui a commencé à
Phaleg; elle s’étend de ce patriarche à Jésus-Christ qui en a légué à son tour
le dépôt». Phaleg est par conséquent le fondateur de la Maçonnerie; il groupa
les Raabts en Loges, «nom qui tient son origine du mot primitif Logos, la
Parole».

Ces considérations parurent à Willermoz si décisives qu’il résolut d’en­lever au
sinistre Tubalcaïn le patronage du grade d’Apprenti symbolique pour le donner à
Phaleg. Mais le nouveau mot de passe ne pouvait avoir force de loi dans les
Loges bleues soumises au Directoire d’Auvergne que si ce dernier prenait un
arrêté en ce sens. Comme il n’était pas possible de lui faire connaître la
véritable raison de cette innovation, il fallut trouver un prétexte. Willermoz
rédigea donc un mémoire bourré de cita­tions bibliques dont il donna d’abord
lecture au comité des grades, dans lequel siégeaient plusieurs membres de la
Loge flue et Chérie; ils com­prirent à demi-mot et décidèrent leurs collègues à
approuver la proposi­tion. Alors le chevalier de Savaron, qui présidait le
Directoire, donna à son tour. Le 5 mai 1785, «le Directoire Provincial étant
régulièrement assemblé avec la Régence ~écossaise (Chapitre Préfectoral) et le
Direc­toire ~cossais (du Prieuré de Lyon)» (17), Savaron pria le Frère ab Eremo,
Grand Chancelier Provincial, d’expliquer pourquoi le comité des grades proposait
de changer le mot de passe des Apprentis.

Willermoz, procédant à une seconde lecture de son mémoire (18), exposa que
Tubalcaïn, fils de Lamech le Bigame et de Sella, ayant été le pre­mier à
connaître l’art de travailler avec le marteau de forgeron et à se montrer habile
en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer, «c’était une contradiction de
donner à l’Apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les
métaux qui sont les emblèmes des vices» (19).

(13)Il était aussi question d’un «pont de la mort», qui semble avoir été un
accessoire d’une cérémonie de réception, comme le pont que le récipiendaire au
grade de Chevalier d’Orient franchissait en combaftant l’épée à la main contre
des ennemis fictifs.

(14)On peut supposer, d’après ce texte, que le Système de sept grades inventé
par Mme de Vallière se composait, comme l’Ordre Rectifié, de quatre grades
«osten­sibles»: Apprenti, Compagnon et Maître Symboliques, Maître Écossais, et
des trois grades secrets pratiqués par la Loge Élue et Chérie.

(15)Il y a probablement dans cet épisode un souvenir de la Lilith qui, d’après
le Talmud, fut la première compagne d’Adam et devint un démon qui fait périr les
nouveaux-nés.

(16)On devine à quelle pollution périodique Mme de Vallière faisait allusion.

(17)La réunion de ces trois comités directeurs ne formait pas une très
nom­breuse assemblée, car la plupart des charges étaient remplies dans chacun
d’eux par les mêmes Frères sous des titres différents.

(18)Lyon 5477 pièce 7.

(19)Avant d’être présenté à la Loge, le candidat au grade d’Apprenti devait
déposer tous les objets en métal: monnaie, bagues, tabatière, boucles de
souliers, qu’il avait sur lui. Les catéchismes donnaient d’ordinaire à ce geste
symbolique

Il nous faut nous replacer dans le contexte sociétal de l'époque, pour
relativiser les errements passagers des " Élus " qui se sont alors laissés
abuser, par quelques farfelu(e)s en mal de bénéfices nombreux et divers. Ces
"affaires" sont de tous les temps. Que la lourde responsabilité que d'aucun
avait à assumer, l'ai fait s'entourer de conseils plus ou moins judicieux, n'est
pas de nature ni d'un tel danger qu'il faille pour autant en minimiser l'Œuvre
dans son Immensité, car c'est bien de cela qu'il s'agit ici. Que Tubalcain ait
laissé sa place à Phaleg …. Est-ce bien là tout le problème ?

Il n'est pas lointain le temps – de nos jours – ou nos plus grands politiques
s'entouraient des conseils de tel ou telle voyant (e) perspicace ! Et alors ?

source : forum Yahoo groups

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