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Hauts Grades

JJB Willermoz et les CBCS

15 Avril 2012 Publié dans #histoire de la FM

Jean-Baptiste Willermoz, fils de Claude Catherin Willermoz, marchand mercier, lui-même originaire de Franche-Comté, est né à Lyon, le 10 Juillet 1730. (Son nom s’écrivait é l’origine : Vuillermoz.)

II entra en apprentissage dès l’âge de quinze ans, dans une entreprise ayant pour objet tout le commerce des soieries. Dès 1754, à vingt-quatre ans, nous le trouvons installé à son compte, à Lyon. Il ne possède pourtant, au départ, qu’une instruction rudimentaire, ayant quitté le collège de la Trinité à l’âge de douze ans, pour aider son père en son négoce. De famille très catholique, comme l’était également celle de Louis-Claude de Saint-Martin, il en gardera toute sa vie une empreinte religieuse fort marquée.

Dès 1750 (il a par conséquent vingt ans), nous le trouvons affilié à la loge maçonnique lyonnaise. (Les documents historiques ne nous ont pas permis de retrouver le nom de cette loge). Le fait n’est pas, vu l’époque, fort étonnant. Au XVIIIe siècle, les loges maçonniques sont fréquentées par un public composé de gens fort honorables, et qu’ils soient protestants ou catholiques, ce sont alors des croyants sincères ; quand ce sont ce que l’époque nomme des déistes ils sont tout aussi religieux. Mais leur mystique s’épanche alors plus volontiers dans le domaine des sciences occultes : hermétisme, alchimie, cabale, etc.

En 1752, nous retrouvons Willermoz « Vénérable de sa loge, le prédécesseur du jeune maçon, son maître en maçonnerie, ayant quitté Lyon. Lassé du « climat » un peu banal qui règne en cette loge - restée inconnue -, il fonde, l’année suivante (1753) une autre obédience maçonnique qui prend le nom de la « Parfaite Amitié ». Il en est élu Vénérable le jour de la Saint-Jean d’Eté, le 24 Juin 1753. La loge est vite florissante. Dix ans plus tard, une cinquantaine de soyeux et de bourgeois lyonnais fréquentent ses « Colonnes ». Dès 1756, cette loge fut rattachée à une Mère Loge : la Grande Loge de France, et la patente de régularisation, datée du 21 Novembre 1756, qu’obtient la « Parfaite Amitié » est le plus ancien document lyonnais de l’histoire maçonnique de la Grande Loge de France.

En 1760, le 4 Mai, les trois Vénérables lyonnais des loges ci-après ; l’Amitié (20 membres), la Parfaite Amitié (30 membres), les Vrais Amis (12 membres), décident, d’accord avec la Grande Loge de France, de créer une Mère Loge provinciale, chargée de veiller à la bonne marche des loges de la région. J.-B. Willermoz, Jacques Grandon, Jean Paganucci, les trois Vénérables en question, fondent alors la « Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon ». Cette loge fut vite très florissante. Nous la retrouvons le 24 Juin 1760, jour de la Saint-Jean d’Eté, installée en ses locaux (rue Saint-Jean...), possédant une cinquantaine d’inscrits. Le nombre des loges maçonniques méridionales affiliées et contrôlées par cet organisme central ne cesse d’ailleurs d’augmenter.

De 1762 à 1763, Willermoz en est le Grand-Maître. Il devient ensuite son Garde des Sceaux et son Archiviste. Mais pour être un organisateur de valeur, il n’en est pas moins le mystique épris de connaissances ésotériques que l’Histoire a retenu. C’est ainsi que nous le voyons douze ans plus tard, en 1772, affirmer en sa lettre au baron Hund : « Depuis ma première admission dans l’Ordre (maçonnique), j’ai toujours été persuadé qu’il renfermait la connaissance d’un but possible et capable de satisfaire l’honnête homme. D’après cette idée, j’ai travaillé sans relâche à le découvrir. Une étude suivie de plus de vingt années, une correspondance particulière fort étendue avec des Frères très instruits, en France et au dehors, le dépôt des Archives de l’Ordre, de Lyon, confié à mes soins depuis dix ans, m’en ont bien procuré les moyens. A la faveur desquels, j’ai trouvé nombre de systèmes, tous plus singuliers les uns que les autres. Etc.

D’ailleurs, l’Allemagne et ses cénacles mystiques, auront toujours une prééminence marquée pour J.-B. Willermoz. C’est ainsi qu’en 1762, nous le voyons en contact avec elle, par l’intermédiaire de Meunier de Précourt, vénérable de la loge « la Vertu », de Metz. C’est ce maçon qui apprit à Willermoz que le Temple, détruit en apparence par la monarchie française et la papauté, avait survécu, et que les Chevaliers Teutoniques en avaient recueilli l’héritage exotérique, alors que les Rose-Croix en faisaient autant pour l’héritage ésotérique. Ce qui est, historiquement parlant, fort sujet à vérifications. Ceci semble confirmer le rôle de « catalyseur philosophique », d’agent syncrétique, dévolu à la Franc-Maçonnerie.

Il ne faut pas trops’étonner de cet engouement du catholique pratiquant qu’est J.-B. Willermoz pour les sciences occultes. Son frère, le Docteur Pierre Jacques Willermoz, épris d’alchimie dès l’âge de dix-neuf ans, fut l’élève et l’ami de Dom Pernetty, ce bénédictin qui est à l’origine des « Illuminés d’Avignon ». C’est pourquoi, en 1763, Jean-Baptiste Willermoz fonde le « Souverain Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir, Rose-Croix ». En ce cénacle ésotérique, il ne sera question que d’Hermétisme et d’Alchimie et la Maçonnerie ne colorera que la forme rituélique extérieure.

A vrai dire, le christianisme est toujours l’idée directrice de Willermoz. Mais son catholicisme sent le fagot par bien des points. Et s’il adore le Christ Dieu, c’est autant comme le Rédempteur de l’Humanité déchue que comme l’Initié par excellence; le « Verbe de Gloire » qu’il évoquera peut-être, plus tard, au sein des aréopages Elus-Cohen; celui que l’antiquité païenne eût nommé sans doute le « Maître des Prodiges » si Apollonius de Tyane ne l’eut détournée...

Car, ne nous illusionnons pas, J.-B. Willermoz n’est nullement un mystique crédule, un naïf, ainsi que telle de ses biographes tend à le faire croire ! II est plein du bon sens, commercial et lyonnais ! Et c’est pourquoi, condamnant les mirifiques rituélies des Hauts Grades, il dira plus tard, en 1767, le 22 mai : « Je me soucie très peu de décorations, de grands mots, de grandes clartés, de chiffres, de figures singulières par lesquelles on amuse, dans tout ce qui est connu jusqu’à présent, et qui fait au bout, demander toujours : cui bonis ! »

Et vient alors le décisif voyage de mai 1767 à Paris. Il y rencontre Bacon de La Chevalerie, substitut de l’Ordre des Elus Cohen, qui lui parle, à mots couverts, de la doctrine et de son vulgarisateur, Don Jaime Martinez de Pasqually... Il ne se jette pas dans l’ordre les yeux fermés, et sa lettre à son frère le 22 mai de la même année, pleine d’un scepticisme expérimenté, le prouve bien. Il entre dans les Elus Cohen le sourire du doute aux lèvres, avec l’indifférence de l’homme qui fait une expérience de plus ! Il est « reçu » par Martinez de Pasqually lui-même, et la cérémonie se passe à Versailles. Or, il faut croire que cette ordination le marquera d’une empreinte extraordinaire, puisqu’il restera fidèle, toute sa vie, jusqu’à sa mort, à cette « révélation » !

C’est d’ailleurs à ce contact entre Martinez de Pasqually et Willermoz que nous devons de pénétrer la source originelle des enseignements de celui qui sera, pour tous les Chevaliers Elus Cohens, « le Maître ». En effet, par une lettre adressée à Willermoz le 11 juillet 1770, Dom Martinez de Pasqually nous parle de ses Maîtres, « dont il n’est que I’interprète... ». De traditions purement verbales, venues du XVIIIe siècle à nos jours par le canal de ses fils spirituels, nous avons pu savoir que le théurge mystique possédait le 3° degré dans un Ordre, issu de la « Rose+ Croix », et qui en comprenait neuf.

A vrai dire, on ne saurait reprocher à Willermoz cette soudaine fièvre mystique, purement apparente. Avant tout, il désire passionnément atteindre aux arcanes suprêmes dissimulés sous la Symbolique de la Franche Maçonnerie. Et ne se payant pas de mots, en bon soyeux lyonnais, n’étant pas aussi favorisé que ses Frères en matière d’apparitions, de « passes », il doute bientôt et se décourage. Claude de Saint-Martin d’abord, puis les Maîtres de Grainville et Champoléon, tous officiers au Régiment de Foix, le réconfortent alors de toute leur expérience. Mieux doués -que lui en matière de réalisations magiques, eux possèdent cette certitude en la réalité de l’Au-delà, des Etres étranges qui y déroulent leurs hallucinantes théories. Et c’est leur lettre du 30 Septembre 1770 :

« Nous tenons, comme vous le voyez, à l’Ordre, et malgré tout ce que nous pourrions reprocher également à Don Martinez. Ce n’est pas que ce soit peut-être personnellement Don Martinez qui nous persuade de « la Chose », c’est « la Chose » elle-même qui nous attache à elle, par l’évidence, la conviction, la certitude que nous en avons... Nous ne pouvons que souhaiter, pour vous, le même bonheur dont nous jouissons. »

La foi des disciples de Martinez de Pasqually retient donc Willermoz au sein de l’Ordre, malgré ses échecs magiques. Des gentilshommes aussi cultivés que Bacon de La Chevalerie, le marquis de Lusignan, le chevalier de Grainville, le marquis Louis Claude de Saint-Martin, à l’intelligence aussi souple, aussi lumineuse, tous lui assurent la réalité de ces « régions spirituelles » dans lesquelles les Rites théurgiques que leur a enseigné Don Martinez de Pasqually leur ont permis de pénétrer. Bien plus encore, tous vivent cette technique spéciale, mi-magique et mi-mystique, et ils ont des preuves éclatantes de son efficacité. Alors devant ces témoignages, J.-B. Willermoz reste...

Notons ces faits. Par la suite, quand Willermoz deviendra le sectateur, acharné et fidèle, de la Doctrine des Elus-Cohens, ils nous apporteront la preuve qu’il a été, à son tour, convaincu de la réalité occulte, et ce par « la Chose » elle-même, Mot mystérieux... Evoquant tour à tour d’autres qui furent employés par les adeptes de l’Ordre, et qui désignaient cependant la même « Présence Occulte », hantant les Réaux Croix, les inspirant, les guidant télépathiquement vers ce combat spiritualiste qui devra être livré, non seulement contre les Archontes rebelles de l’Au-delà, mais contre le matérialisme sans cesse grandissant de leurs contemporains. Car l’énigmatique présence que Saint-Martin nomme le « Philosophe Inconnu », celui que Willermoz appelle « l’Agent », tous ces noms désignent encore, et toujours, « la Choses elle-même »...

Fin 1770, Claude de Saint-Martin quitte l’armée pour se consacrer définitivement à la Mystique. Il devient alors le secrétaire de Martinez et, pour J.-B. Willermoz, tout deviendra alors infiniment plus clair. Doctrine, commentaires, rites théurgiques, seront éclaircis par Saint-Martin au cours d’une correspondance régulière entre les deux hommes.

En 1772, Willermoz apprend, par une lettre de la loge « La Candeur » de Strasbourg, (lettre du 5 Novembre 1772), l’existence d’une Obédience allemande, riche aussi bien par le nombre de ses loges que par la qualité de ses affiliés.. C’est la Stricte Observance Templière », soi-disant fondée par les Supérieurs Inconnus », aux dires de son Grand-maître, le Baron Hund. A vrai dire, si ce dernier a appris l’existence réelle de l’Ordre de ce nom, il n’a jamais été en contact avec aucun de ses missionnés ! Et les noms qu’il mettra plus tard en avant pour justifier l’origine de la « Stricte Observance » s’avéreront étrangers auxdits « Supérieurs Inconnus » ! Il n’importe. Ignorant ces faits, Willermoz est conquis ; l’ordre, l’importance, la discipline intérieure, tout parle en faveur de cette nouvelle Maçonnerie. Par lettre du 14 Décembre de la même année, il demande son affiliation à la « S. O. T. ». C’est le Baron Weiler (et non le Grand-maître lui-même) qui lui répond (lettre du 18 Mars 1773).

Mais notre lyonnais, prudent et averti, ne s’embarque pas en coup de tête au sein de ce nouveau milieu ! Par lettre du 23 Juillet 1773, il pose ses conditions, précisant que ses Frères, les Maçons lyonnais, n’accepteraient rien qui fut contraire aux lois de « leur Religion, ni à leurs devoirs de citoyens et de sujets fidèles du Roi de France ». Enfin ils n’entendent pas être amenés à des versements de trésorerie au profit de la Mère Loge d’Allemagne, ni se voir contester la libre disposition de leurs finances. Enfin, s’ils acceptent comme supérieurs les dignitaires allemands, ce ne sera qu’en matière des hauts grades de la « Stricte Observance » ; pour les grades maçonniques courants ( «symboliques ») ils entendent conserver le duc de Chartres, ainsi que tous les Français, comme Grand-maître et Supérieur.

Dans ce temps, la « Stricte Observance Templière » était devenue (1772, Saint-Jean d’été, 24 Juin) « Les Loges Ecossaises Réunies », et le Baron Hund, remplacé par le duc Ferdinand de Brunswick comme Grand-maître. La même année, en septembre, Claude de Saint-Martin vient s’installer chez Willermoz. Depuis trois ans, les deux amis sont en relations épistolaires extrêmement fréquentes. Leur amitié ne deviendra que plus profonde au cours du séjour d’un an que Saint-Martin fera chez Willermoz. C’est là que le livre - signé de Saint-Martin, sous le pseudonyme du « Philosophe Inconnu » - intitulé « Des Erreurs et de la Vérité », verra le jour. S’il est l’oeuvre d’ensemble de Saint-Martin, il est incontestable que Willermoz y a collaboré, ne serait-ce que par une critique intelligente, au fur et à mesure de son élaboration. C’est le libraire Périsse, lui-même « Elu-Cohen », qui en assurera l’édition. Parallèlement nos deux hommes décident d’opérer ensemble pour les cérémonies du Rite. Mais (ainsi que cela est généralement), les Opérations théurgiques effectuées en commun ne donnent pas les résultats habituels. Saint-Martin qui était habituellement plus favorisé que Willermoz n’en retire « qu’un repoussement très marqué en l’ordre spirituel ». Martinez ne leur avait sans doute pas enseigné la nécessité de l’unité, du ternaire, ou du quinaire, pour la pratique de la Haute et Basse Magie ! Le binaire est, traditionnellement, absolument déconseillé ; les opérateurs ‘doivent toujours être en nombre impair (« Numerus impare gaudet »...).

Quoi qu’il en soit, les résultats, petit à petit, et si médiocres soient-il, font naître en Willermoz cette certitude (qui ira croissant avec les mois) que la Doctrine de Martinez de Pasqually est le reflet d’une vérité métaphysique. Et Willermoz devient donc un Réau-Croix zélé.

Pourtant, Il ne perd pas de vue la Franc-maçonnerie ordinaire. Moins bien doué que les autres pour l’illumination intérieure, la méditation, et plus capable de juger les faits que les idées, il est également convaincu que cette Doctrine ésotérique - justement parce qu’elle est une vérité, métaphysique et religieuse -, doit être reflétée par la Franc-maçonnerie elle-même au même titre que tous les cultes ou toutes les écoles initiatiques, qui n’en sont ainsi que des reflets, déformés, différents par l’époque ou le climat. Et son tempérament actif, organisateur, son amour de la perfection, de l’ordre, de la minutie, lui font rechercher dans la Maçonnerie, telle qu’on la lui a fait connaître, une adaptation des enseignements secrets de son Maître Pasqually.

C’est pourquoi il ne varie pas dans ses intentions à l’égard de la « Stricte Observance », et entre le 11 et le 13 août, le Baron Weiler, venu spécialement d’Allemagne a Lyon, fonde l’Obédience lyonnaise de la « S. O. T. », ordonne et institue les membres nouveaux que Willermoz a recrutés parmi les maçons ordinaires, puis repart le 7 novembre de la même année, laissant la Loge Ecossaise Rectifiée « La Bienfaisance », voler de ses propres ailes ! C’est pourtant à propos de la Stricte Observance que Willermoz se brouillera (pour la première fois et momentanément d’ailleurs...) avec son ami Claude de Saint-Martin...

A vrai dire, Willermoz a un autre projet, secret celui-là, en tête. Déjà, les Puissances invisibles (qui mènent les Initiés de tous les temps, quoi qu’on en pense...), ont perçu la fin extérieure de l’Ordre des « Chevaliers Élus Cohens de l’Univers », et un nouveau cheminement de la doctrine a été choisi. Dans sa lettre du 12 octobre 1781, plus tard, Willermoz exprime ce dessein que « la Chose » lui souffle, sans qu’il s’en doute peut-être ! Et au Landgrave de Hesse, il révèle ses intentions d’alors : « J’osai formuler le projet d’être pour elle (la Stricte Observance Templière ») et du moins en ma patrie, l’un de ses guides, de faire usage pour cela, des « lumières » que j’avais reçues ailleurs, (en l’ordre des Elus Cohens)... »

En effet, ses historiens ont noté que les années où il propage le rite maçonnique allemand de la « Stricte Observance » sont celles où il accomplit le plus fidèlement ses rites de Réau-Croix. Toutes les Opérations prescrites, tant celles des « trois jours » (pour les « lunes montantes »), que quotidiennes (invocations), ou les Grandes Conjurations Equinoxiales, le voient (comme tous ses Frères), au centre des Cercles magiques et des cierges symboliques, le Rituel en mains ! Et c’est là, il le reconnaît, qu’il comprit enfin l’ésotérisme de la Doctrine du Maître, sa réelle portée, matérielle et spirituelle, effective ou occulte. Comme Saint-Martin, consultant - ainsi qu’il le déclara lui-même - et pour toute chose spirituelle importante, soit par la voie intérieure soit par le secours des « passes », l’entité de l’Ordre, le mystérieux « Philosophe Inconnu », Willermoz retire de ses Opérations, mieux que des preuves, mais bien des enseignements et des conseils...

Et c’est indiscutablement dans la fumée des parfums qu’il brûle en l’honneur des Esprits planétaires que nous devons rechercher l’origine de ses projets, de ses intentions, de son activité maçonnique !

Sans doute, les écrivains anti-maçons et les catholiques ultra militants, qui nous affirment que la Franc-maçonnerie prend ses consignes et ses mots d’ordre, de l’autre côté du Voile, exagèrent-ils !

La nature des préoccupations modernes - essentiellement rationnelles - de ladite Maçonnerie, fera hausser les épaules devant pareilles hypothèses. Mais jadis, en bien des domaines, il est indiscutable que quelque « invisible Présence » a ombré fort souvent les innovations de la Franc-maçonnerie. Et c’est peut-être à cette rupture entre les « régions spirituelles » et notre monde que nous devons la déspiritualisation de certaines Obédiences maçonniques modernes.

En décembre 1777 arrive à Lyon celui qui fut l’initiateur de Claude de Saint-Martin et de Goethe à la « Société des Supérieurs Inconnus » : Rodolphe de Saltzman, « Maître des Novices du Directoire de Strasbourg ». Celui-ci servit exactement les desseins de Willermoz !

Issu d’une famille protestante d’Alsace, c’était un homme extrêmement religieux, ayant fait de fortes études théologiques à l’Université de Gotinge. Comme Willermoz, la nature purement maçonnique de la « Stricte Observance » l’avait vite déçu.

Ne nous étonnons donc pas si nous le retrouvons rapidement Elu Cohen, sous la direction de J.-B. Willermoz. Et on peut affirmer qu’historiquement, c’est Saltzman qui est l’introducteur en Allemagne de la doctrine des Elus Cohens

La « Stricte Observance » avait dix degrés :

Les trois derniers seuls, rappelaient vaguement cette parenté templière que toutes les Obédiences maçonniques recherchaient romantiquement. Ajoutons que, sachant l’inanité de cette filiation directe prétendue, les Francs-maçons français du XVIIIe siècle en général, ne tenaient nullement à elle. Ne serait-ce que par égard pour la Monarchie nationale qui jadis avait détruit l’Ordre !

Willermoz s’arrête, de concert avec Saltzman, à ajouter une « classe supérieure » aux deux « classes symboliques » de la Stricte Observance allant de l’Apprenti au Chevalier Rose-Croix. Cette « classe supérieure » portait le nom de « Profession », et ses deux grades constitutifs ceux de « Chevalier Profès » : C’était cette « classe » qui devait transmettre la doctrine des Elus Cohens et remplacer celle des Réaux Croix Il n’était pas question, pour le moment du moins, des rites de Théurgie, dont la continuité était réservée aux Elus Cohen primordiaux et à leur filiation directe.

C’est au « Convent des Gaules », qui eut lieu à Lyon, du 25 Novembre au 10 Décembre 1778, que cette réforme fut opérée et que la « Stricte Observance Templière », Province d’Auvergne (soit l’Obédience Française) devint alors les « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » de l’actuel Rite Écossais Rectifié. On y reconnut officiellement trois fêtes d’Ordre : la Saint-Hilaire, la Saint-Jean d’Eté, et le Jour des Morts, pour la commémoration des Frères disparus et des « Maîtres Passés ».

Maçonnerie Symbolique

Apprenti ;

Compagnon ;

Maître ;

Maître Écossais ;

Classe Supérieure ou Profession » :

Chevalier Profès ;

Grand Profès.

On convint de la définition exotérique de l’Ordre nouveau : la bienfaisance sous toutes ses formes (aide matérielle, pécuniaire, aux fondations et aux œuvres sociales, aux hôpitaux, aux indigents, aux sinistrés, etc.).

Sa définition ésotérique fut de même nature. La Bienfaisance, toujours ! Mais l’aide apportée à l’Humanité souffrante était celle que les Elus Cohen offraient par leur Théurgie et leur Mystique. Le Temple détruit qu’il s’agissait de reconstruire, n’était plus celui de Salomon, mais celui de la Jérusalem purement céleste, celle qui véritablement, justifie sa signification hébraïque : « Vision de Béatitude ». Modernes Templiers, c’était à une Cité ou à un Tombeau qui n’était pas de ce Monde, qu’ils montaient une garde désintéressée ! Les Infidèles eux-mêmes avaient changé de « plan », et le Désert hostile s’était mué en ces mystérieuses « régions spirituelles » où sombrent et s’égarent trop fréquemment la fragile raison humaine.

Willermoz, ayant réussi à faire passer dans la rituélie Ecossaise Rectifiée la filiation spirituelle et doctrinale de Mariniez de Pasqually, tenta alors d’agir de même, pour le reste des Obédiences qui en dépendaient.

Il se rendit au Grand Convent de Wilhelmsbad, qui s’ouvrit le 14 Juillet 1782. Certains ont voulu voir dans cette date une préfiguration du 14 Juillet 1789 ! La vérité est plus simple. Elle fut choisie parce que située à une « époque » lunaire (N. Lune) immédiatement succédant au Solstice d’Eté, à la Saint Jean-Baptiste, qui le définit liturgiquement.

Willermoz trouva aussitôt un appui précieux dans deux des Frères les plus puissants de l’Ordre : les princes Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse. Mais les Illuminés français trouvèrent aussitôt devant eux des adversaires aussi puissants ! Les « Illuminés de Bavière » et leur chef occulte, le fameux Weishaupt. Ces derniers scandalisèrent par leurs doctrines politiques et leur anticléricalisme exagéré les Français, partisans d’une réforme sociale universelle, mais obligatoirement spiritualistes. Plus encore, ils furent blessés en leurs sentiments de chrétiens sincères et de fidèles sujets du Roi de France. La lutte fut âpre et acharnée. Aux Illuminés de Bavière), vint se joindre l’hostilité du marquis François de Chefdebien de Saint-Amand, représentant des « Philalèthes » et de Savalette de Lange.

Du Convent de Wilhelmsbad, le marquis de Virieu, (un Elu-Cohen) a rapporté l’impression de « dégoût effrayé que lui avaient causé les intrigues, la conspiration de cette secte, qui prétendait critiquer la religion et fronder les gouvernements ». Pourtant Willermoz et ses amis triomphèrent. Ayant obtenu de présenter au Convent ses projets de réforme et ses nouveaux rituels, il fit accepter le nom de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte pour tous les Frères de l’Ordre intérieur, comme cela se pratiquait en France, à Lyon. Désormais, le Rituel Ecossais Rectifié copierait pour la plus grande partie, le Rituel de Lyon, dans lequel Willermoz avait introduit adroitement des allusions préparatoires à la Doctrine de Martinez de Pasqually. Enfin, une Commission spéciale, dont il assuma la direction, fut chargée de rédiger les rituels et instructions des Hauts Grades du Régime Intérieur, lequel comprendrait, au sommet, les deux grades de la « classe secrète » dite « Profession » pratiquée dans le Régime de Lyon.

L’oeuvre réformatrice était en bonne voie quand éclata, comme un coup de tonnerre, la Révolution Française. Elle annihila l’œuvre de Willermoz. Les « Temples », Rectifiés ou Cohens, durent se mettre en sommeil. Les Frères furent dispersée, la terreur, la guerre, tout vint contrecarrer l’œuvre entreprise.

Le Système maçonnique des « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » ne fut rétabli en France qu’en 1803. Il se réclama presque aussitôt du Grand Orient, avec lequel la « Stricte Observance » avait jadis eu des traités d’amitié. Quant aux Elus Cohen, bien que leur dernier Grand Maître, de Las Casas, leur ayant fait déposer leurs archives entre les mains des Philalèthes lors de la mise en sommeil officielle de l’Ordre, ils n’avaient pas officiellement repris leurs travaux. Mais, en cette même année, Bacon de La Chevalerie, Substitut du Grand Maître pont la « Partie Septentrionale du Monde », siégeait cependant, à ce titre, au Grand Collège des Rites du Grand Orient de France. Et il tenta alors, par des instances réitérées, d’obtenir la réorganisation de l’Ordre au sein même du Grand Orient. Mais l’influence du marquis de Chefdebien, membre du Grand Consistoire en question fit contrecarrer la tentative de Bacon de La Chevalerie, car tout fut refusé. L’esprit particulier aux Élus Cohens, n’était du reste pas fait pour se développer au de la Maçonnerie symbolique, telle que la concevait le Grand Orient. Les divergences étaient fondamentales.

Le régime des « Chevaliers Bienfaisants » passa alors en Suisse, par le Directoire de Bourgogne, qui transmit ses pouvoirs au Directoire Helvétique. Celui-ci devait devenir l’actuel « Régime Écossais Rectifié ».

Jean-Baptiste ‘Willermoz mourut à Lyon, le 20 Mai 1824, comme il avait vécu, en spiritualiste et en croyant sincère. Lyon, sa ville natale, lui fut ingrate puisque l’Administration des Hôpitaux de Lyon ne fit pas dire, pour lui, la messe qu’elle avait coutume d’offrir pour l’âme de ses défunts administrateurs. Mais cependant, à ses funérailles, la foule fut nombreuse. Douze vieillards de la Charité portaient des torches, et dix-huit prêtres officièrent dans l’église Saint Polycarpe, tendue de noir. La tombe de Willermoz, nous dit Alice Joly, sa biographe, à qui nous empruntons ces détails, est au cimetière de Loyasse. Et l’oubli se fit sur celui qui avait été un grand mystique, sinon par les œuvres, du moins par l’intention et le désintéressement parfait. Il faudra attendre le XXe siècle et la grande renaissance de l’Occultisme, pour que Willermoz et ses compagnons de luttes spirituelles revinssent, au premier plan, en ces énigmatiques domaines...

En France, l’actuel successeur de Willermoz à la tête du « Régime Écossais Rectifié », est le Docteur Camille Savoire, « Grand Prieur des Gaules », ancien « Grand Commandeur » du Grand Orient de France, une des figures qui honorent et enrichissent la Maçonnerie plus qu’elles ne lui empruntent

 source : http://www.ordre-martiniste-initiatique.com/

Apprenti Compagnon
Maître

Écossais rouge Chevalier de l’Aigle Chevalier Rose Croix

Écossais vert
Novice ou Socius
Écuyer
Chevalier

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