Dimanche 22 juillet 2012 7 22 /07 /Juil /2012 07:10

« Le Petit Prince, par la limpidité classique du style, l'architecture de l'histoire, la simplicité poétique, immaculée des images, est français, purement français, accessible aux autres en tant que tel. Jonathan le Goéland est universel, quelles que soient la philosophie, la race ou la religion du lecteur ... C'est pourquoi un tel livre est si rare. Après trois ans de clandestinité au sein de cercles restreints de lecteurs initiés, Jonathan Livingston le Goéland est apparu au grand jour. J'avais lu. il y a bientôt dix ans. Stranger to the Ground … Richard Bach, pacifique rêveur, doux poète, enfermé par l'amour du ciel dans le poste étroit d'un chasseur à réaction F-84-F, refusait déjà la haine imposée, se débattant entre ces loyautés aux lois et aux conventions qui sont parfois contradictoires avec celles du cœur … Ce texte nous laisse entrevoir Richard Bach, homme de bonne volonté, étranger sur terre, pilote et écrivain.
Il ne reste plus qu'à lire son Jonathan le Goéland avec le cœur, comme on lit une parabole d'Évangile, et se sentir peut-être ensuite un peu meilleur. »

Pierre Clostermann - Le Chesnay, janvier 1973.
Extraits de la préface à l'édition française - flammarion 1973.

Première partie - Apprendre ...

 

Jonathan Livingston le Goéland n'était pas un oiseau ordinaire. La plupart des goélands se contentent d'apprendre à voler pour quêter leur nourriture. Pour eux, ce qui importe, ce n'est pas de voler, mais de manger. Pour Jonathan, l'essentiel n'était pas de manger, mais de voler. Mais il allait bien vite s'apercevoir que cette manière d'envisager les choses n'est pas la bonne pour être populaire parmi les oiseaux du clan. "Voyons, Jonathan, lui disait son père, nous ne vivons pas de vols planés. N'oublie jamais que le seul but du vol est de trouver sa nourriture". Pendant quelques jours, Jonathan s'efforça de se comporter comme les autres goélands qui crient et se battent pour attraper une tête de poisson. Mais le cœur n'y était pas.

Cela ne mène à rien pensait-il. Dire que je pourrais continuer à apprendre. Il y a tant et tant à apprendre. Et Jonathan se retrouva bientôt seul, en pleine mer, occupé à apprendre à voler, affamé, mais heureux. Dix fois il s'abattit sur l'eau dans un désordre éperdu de plumes. Un jour, il s'écartela même dans les airs et s'écrasa sur la mer, dure comme une pierre. Tandis qu'il sombrait, une étrange voix lui parlait du fond de lui-même. "Je n'ai aucune illusion à me faire. Je suis par nature un être limité. Il me faut vite oublier toutes ces folies. Je dois rentrer chez moi et me contenter d'être ce que je suis, c'est a dire un goéland qui a des limites".

La voix se tut et Jonathan approuva. Il se jura que désormais il se contenterait de vivre comme les autres goélands. Tout le monde s'en trouverait ainsi beaucoup mieux. Jonathan se sentit réconforté d'avoir pris cette décision et de se résigner à rester un goéland comme les autres. Désormais, il combattrait cette force qui le poussait à apprendre. Il n'y aurait donc plus de défis, donc plus d'échecs. Mais soudain, Jonathan Livingston sursauta. Sa souffrance était effacée, ses sages résolutions évanouies, ses promesses d'un instant oubliées. Et il était heureux et fier de dominer sa peur et sa lassitude.

Lorsque Jonathan rejoignit le clan sur le rivage, les goélands l'attendaient, rassemblés en Grand Conseil.

" Jonathan Livingston le Goéland, dit l'Ancien, tu apprendras que l'irresponsabilité ne paie pas. Pour toi, la vie c'est peut-être l'inconnu et l'insondable, mais nous, nous sommes là pour manger et pour survivre aussi longtemps que possible".

- Mais, dit Jonathan, laissez-moi au moins une chance de vous montrer ce que j'ai découvert

- La fraternité est rompue" crièrent en chœur les goélands. Et ils tournèrent tous le dos à Jonathan qui s'en alla seul, passer le reste de ses jours au-delà des falaises lointaines. Son seul regret ne venait pas de sa solitude, mais du fait que les autres goélands ne veuille pas croire à la gloire du vol et qu'ils refusaient d'ouvrir les yeux et de voir. Lui-même, apprenait chaque jour davantage. Ce qu'il avait naguère souhaité pour la communauté, il y accédait maintenant seul. Et Jonathan comprit que l'ennui, la peur et la colère sont les raisons pour lesquelles la vie des goélands est si brève. Il les chassa de ses pensées et vécut alors pleinement une existence belle et sereine.

Un soir, deux goélands apparurent, purs comme la lumière des étoiles.

" Qui êtes-vous ? leur demanda Jonathan.

- Nous sommes les tiens. Nous sommes tes frères. Nous sommes venus te chercher pour te conduire plus haut, pour te guider vers ta vraie patrie

- De patrie, je n'en n'ai point, je suis un exclu !

- Mais non, Jonathan, tu peux t'élever davantage encore. Ton premier apprentissage est terminé, il est temps d'en commencer un autre".

Jonathan Livingston le Goéland avait eu l'intuition, toute sa vie, qu'un jour, elle s'illuminerait de cet instant merveilleux. Oui, il volerait plus haut encore et le moment était venu, pour lui, de s'en aller pour vivre dans sa vraie patrie. "Je suis prêt, dit-il simplement". Et Jonathan, accompagnant les deux goélands étoiles, s'éleva dans le ciel et disparut avec eux.

Deuxième partie - Comprendre ...

 

C'est donc cela, le paradis, pensait Jonathan. Il survolait la mer vers un rivage tourmenté. Une douzaine de goélands vinrent à sa rencontre. Il comprit qu'il était le bienvenu et qu'il serait désormais ici, chez lui. Bien vite, Jonathan comprit qu'il y avait encore autant à apprendre ici que dans l'existence dont il venait. Avec toutefois une différence : les goélands d'ici pensaient comme lui. Pour eux, l'important était d'atteindre la perfection dans ce qu'ils aimaient le plus : voler. Et Jonathan oublia le monde d'où il était venu.

Mais un jour, des souvenirs lui revinrent en mémoire. Il se demanda : "Pourquoi ne sommes-nous pas plus nombreux ici ? Nous progressons lentement. Nous passons d'un monde à un autre, presque identique, oubliant d'où nous venons, ignorant où nous allons, ne vivant que pour l'instant présent. Combien de vies avons-nous dû vivre avant de soupçonner qu'il y a mieux à faire dans l'existence que de manger, ou de se battre, ou de conquérir le pouvoir aux dépends de la communauté ? Mille vies, dix mille vies, avant de commencer à comprendre qu'il existe quelque chose qui s'appelle la perfection, que notre seule raison de vivre est de découvrir et de proclamer. N'apprenons rien et le monde futur sera identique à celui d'aujourd'hui, avec les mêmes inerties et les mêmes interdits à combattre".

Un soir, Jonathan s'avança vers l'Ancien des goélands et lui demanda :

" Ce monde n'a rien à voir avec le paradis, n'est-ce pas ? Où allons-nous ? Y a-t-il un lieu qui s'appelle le paradis ?

- Non John, répondit l'Ancien, il n'existe rien de tel. Le paradis, c'est simplement d'être soi-même, accompli. Souviens-toi, Jonathan, le paradis, c'est cela". Le secret consistait à ne plus se considérer comme le prisonnier d'un corps limité, mais comme un être omniprésent dans la durée et dans l'espace. Et jour après jour, Jonathan s'efforçait d'y parvenir. "Oublie la foi, lui répétait l'Ancien, ce qu'il te faut, c'est comprendre".

Vint le jour où l'Ancien disparut. Il disait aux goélands de poursuivre leurs efforts vers la connaissance pour comprendre le principe invisible de toute vie parfaite. Ils l'écoutaient, les yeux clos. "Jonathan, continue d'apprendre à aimer"... Ce furent ses dernières paroles ... De jour en jour, Jonathan pensait de plus en plus au pays d'où il était venu. Il se demandait s'il n'y avait pas quelque part, là bas, un goéland qui luttait pour échapper à la servitude. Peut-être même, y en avait-il un autre, réduit comme lui, à la condition d'exclu, pour avoir osé proclamer sa vérité face au clan. Et plus Jonathan continuait d'apprendre à aimer, plus son désir de retourner vers le clan devenait intense. Car, pour lui, l'amour consistait à transmettre à un autre goéland, vacillant dans la solitude, à la recherche de la vérité, un peu de cette vérité que lui, Jonathan, avait approchée.

Son ami Sullivan se montrait sceptique : "John, tu as été jadis banni. Pourquoi crois-tu qu'ils t'écouteraient aujourd'hui ? Ils sont à mille lieues du paradis dont tu rêves de leur montrer le chemin". Mais Jonathan pensait quand même qu'il y avait peut-être, là bas, un ou deux goélands capables eux aussi d'apprendre. Et un jour, il dit à son ami : "Je dois m'en retourner" ... Sullivan soupira, mais il ne dit rien ...

Troisième partie - Libre ...

 

" Ils m'ont exclu ! Et bien, je serai un vrai hors la loi et ils le regretteront", pensait Fletcher Lynd, le Goéland. C'est alors qu'une voix intérieure lui dit :

- Ne les juge pas trop sévèrement, Fletcher. En te rejetant, ils n'ont fait de tort qu'à eux mêmes. Un jour, ils le comprendront et ils verront ce que tu vois ... Pardonne leur et aide les à y parvenir. Fletcher, le Goéland, veux-tu voler ?

- Oui je veux voler

- Fletcher Lind, veux-tu voler au point de tout oublier pour apprendre et puis, un jour, revenir vers les tiens pour les aider ?

- Oui, je je veux.

- Très bien, Fletcher, commençons"...

Au bout de trois mois, Jonathan avait six élèves, tous des exclus. "Chacun de vous - leur disait-il - est une image illimitée de la liberté. Chaque pas franchi est un pas de plus vers notre accomplissement. Toutes nos limites doivent être dépassées". Maisaucun d'eux ne parvenait à concevoir que l'envol des idées peut être aussi réel que celui de la plume et du vent. Brisez les chaînes qui entravent votre pensée et vous briserez les liens qui vous retiennent prisonniers". Mais tout cela n'était pour eux qu'une aimable construction intellectuelle et le besoin de dormir reprenait bien vite le dessus. Un jour, Jonathan leur dit : "Le moment est arrivé de retourner vers le clan".

La nouvelle de leur retour se répandit comme une traînée de poudre :

" Les exclus sont revenus" ... "

- Ignorez-les, dit l'Ancien, tout goéland qui leur parlera sera exclu".

Dès lors, Jonathan ne vit plus que des dos gris tournés vers lui, mais il ne parut même pas les remarquer. Quand ils avaient terminé leur vol, il exposait des idées folles que ses élèves ne parvenaient pas à comprendre, mais aussi quelques autres, bien meilleures, qui étaient à leur portée. Petit à petit, un second cercle commença à se former autour des élèves de Jonathan, un cercle de curieux attentifs, ne souhaitant ni se voir les uns les autres, ni être vus, s'éclipsant discrètement avant l'aube.

Un mois après le grand retour, le premier goéland du cercle des curieux passa la ligne de démarcation pour apprendre à voler. Par ce geste, Terrence Lowell le Goéland devint un oiseau condamné, portant le stigmate des exclus. La nuit suivante, ce fut Kirk Maynard le Goéland qui arriva du clan, traînant son aile gauche sur le sable :

" Aidez-moi, dit-il d'une voix brisée, plus que tout je désire voler ...

- Alors, viens lui dit Jonathan.

- Mais mon aile, mon aile est paralysée ....

- Maynard le Goéland, tu es libre, à l'instant, d'être toi-même. Rien ne saurait t'en empêcher. Je te le dis, tu es libre !" Et Kirk Maynard déploya ses ailes et s'envola.

A l'aube, ils étaient plus d'un millier à écouter Jonathan, essayant de le comprendre. Il parla simplement, disant : "qu'il appartient à un goéland de voler ; Que la liberté fait partie intégrante de son être et que tout ce qui entrave cette liberté doit être rejeté, que ce soit un rite, une superstition, un interdit. Enfin, que le seule loi digne de ce nom est celle qui montre le chemin de la liberté". Et jour après jour, la foule de ceux qui venaient grandissait, pour admirer, interroger, critiquer. Un matin, Fletcher dit à Jonathan : "On prétend que si vous n'êtes pas le fils du Grand Goéland en personne, vous êtes mille années en avance sur votre temps"... Et Jonathan soupira :"C'est cela, le prix du malentendu : Il fait de vous un démon, ou il vous proclame dieu".

C'est une semaine après que se produisit l'accident. Afin d'éviter un oisillon, Fletcher Lynd percuta la falaise en pleine vitesse. Pour lui, ce fut comme si le rocher était une porte massive et solide, s'ouvrant brutalement sur un autre monde.C'est alors que la voix se fit entendre en lui, comme le jour de sa première rencontre avec Jonathan :

" Mais que faisons-nous ici ? Ne suis-je pas mort ?

- Mais non, Fletcher, tu viens simplement de sauter sans transition d'un niveau de connaissance à un autre. Maintenant, tu as le choix. Tu peux rester ici et poursuivre ta recherche à ce niveau. Ou alors, tu peux retourner en arrière pour travailler avec le clan ?

- Je veux retourner vers le clan, dit Fletcher.

- Très bien, dit Jonathan, tu comprends maintenant ce que je voulais dire.

- Mais comment faites-vous donc pour aimer cette horde à plumes ?

- Oh, Fletcher, ce n'est pas cela qu'il s'agit d'aimer. Il faut t'efforcer de voir le goéland véritable, celui qui est bon, dans chacun de tes semblables et les aider à le découvrir en eux-mêmes. Je me souviens, par exemple, d'un jeune goéland intraitable, qui s'appelait Fletcher Lynd, qui était prêt à se battre à mort contre le clan qui venait de l'exclure et qui commençait à construire son propre enfer d'amertume. Alors qu'aujourd'hui, il fonde son propre paradis, vers lequel il va mener toute la communauté.

- Cela signifie que vous voulez faire de moi un guide ? - demanda Fletcher à son Maître ?".

- Ne crois-tu pas, lui répondit Jonathan, qu'il puisse y avoir d'autres clans qui ont aussi besoin d'un Maître, capable de les guider vers la lumière ? Désormais, tu n'as plus besoin de moi. Ce qu'il te faut, c'est continuer de découvrir par toi-même , chaque jour un peu plus, le vrai Fletcher le Goéland qui est en toi. C'est lui qui est ton Maître. Il te faut le comprendre et le réaliser. Ne te fie pas à tes yeux, mon vieux Fletcher. Tout ce qu'ils te montrent, ce sont des limites : les tiennes. Regarde avec ton esprit et tu trouveras la voie de l'accomplissement" ...

Fletcher voulut répondre, mais Jonathan, avait déjà disparu. Il songea : "Tout ce qu'il y a à comprendre, c'est que le Goéland est l'image d'une liberté sans limites, créé par le Grand Goéland". Et Fletcher Lynd, le Goéland regarda soudain ses élèves tels qu'ils étaient et ce qu'il éprouva pour eux ne fut pas seulement de l'affection, mais un amour véritablement profond. "Tu as raison, Jonathan - dit-il dans un sourire - l'amour est sans limites" ... C'est ainsi que Fletcher s'engage a sur la voie qui mène à la sagesse .

Source : http://www.troispoints.info/article-jonathan-livingston-l-histoire-fin-59521038.html

Par Richard Bach - Publié dans : spiritualité
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