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Hauts Grades

Joseph de Maistre et la Franc-Maçonnerie avant et après le Convent de Wilhelmsbad

18 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

EMILE DERMENGHEM, écrit en 1946, un ouvrage « Joseph De Maistre Mystique », traitant de l’attitude relativement réservé de Joseph de Maistre, et, de son positionnement lors des débats du Convent de Wilhelmsbad. À partir de ce livre, Michel Masson écrit un article dans Renaissance Traditionnelle, espérant nous amener à mieux comprendre cette personnalité, mais aussi, nous éclairer sur l’émergence d’idées nouvelles et sur un sujet toujours d’actualité afin d’en retirer le meilleur bénéfice pour tous. Pour mieux comprendre ce contexte, il est nécessaire de souligner que la personnalité de Joseph de Maistre ne laisse pas indifférent, car il dénote en regard de ses contemporains. De plus, ses adversaires tentent par tous les moyens de le déstabiliser et de l’affubler d’une réputation tenace d’individu aimant les gens de pouvoir.

Cet homme essaya tout simplement de mettre en adéquation sa conception du monde et son mode de vie, mais, aussi de permettre à la tradition maçonnique de demeurer bien vivante malgré la période politique instable de cette époque permettant difficilement de laisser place à celle-ci. De ce fait, historiquement à la date du 18 juin 1782, Joseph de Maistre adressa un épais document via le frère Savaron qui devait représenter une loge lors de ce convent, au Duc Brunswick-Lunebourg, sérénissime grand frère supérieur a Victoria, ce courrier ne fut sans doute jamais lu. Au delà de l’expédition de ce manuscrit, le Frère a Floribus qui n’est autre que Joseph de Maistre, voulait faire connaître à ses pairs son positionnement et son analyse sur les thèmes délibérés, mais aussi, à travers ses réponses ce qu’était pour lui la Franc-Maçonnerie. Pour rappeler les thèmes de ce convent, les interrogations abordées portent autour d’un axe comptant 6 points et que l’on pourrait résumer ainsi :

De quel héritage la Franc maçonnerie était-elle issue et existait-il plusieurs niveaux ? De plus, avait-elle un lien avec les templiers, leur secret, ce dernier n’avait il pas finalement peut-être survécu sous une autre forme ?

Au demeurant, les participants s’interrogeaient aussi, de manière plus générale, sur la structure de la Franc-maçonnerie et sur son fonctionnement, afin de trouver un point d’équilibre harmonieux entre le cérémonial et la pratique du rite, ou enfin quelle place tenait les sciences secrètes au sein de celle-ci ? A ce questionnement, les réponses du Frère a Floribus témoignèrent particulièrement d’une grande richesse philosophique et religieuse.

Toutefois, il faut savoir qu’il rejette massivement toutes les pistes éventuelles d’une quelconque origine et relation historique entre l’Ordre des Templiers, et, la Maçonnerie. Par ailleurs, il souhaite que tous les signes ostentatoires se rapportant à cet ordre soient à bannir des rituels. Pour lui, les templiers ne sont en aucun cas une congrégation philosophique, et, il s’attache à démontrer que la « Maçonnerie » ne peut être issue d’un ordre fanatique lié à l’histoire, ainsi, qu’aux atrocités que cela induit et que toute l’humanité toute entière ne suffirait pas à la justification du sang versé.

Il se permet de tourner en dérision cette conception en disant que ce processus était la création du pouvoir en place nécessaire pour asseoir son autorité sur la population, et, pour justifier de ses crimes. Il préfère à la rigueur privilégier les corporations de constructeurs de cathédrales, puisque les édifices religieux sont liés en quelque sorte à l’humanité toute entière en raison du lien qui les relie à Dieu, et, de ce fait à la destinée de l’homme.

À la question concernant un supérieur, il affirme qu’au niveau de la hiérarchie du mouvement, « la présence d’un degré supérieur » n’existe pas et en réfute d’ailleurs l’idée. D’autant plus que celui qui s’engage, le fait en toute liberté et de ce fait devient la représentation de sa volonté. En effet, il est fondamental pour lui, d’avoir le devoir de garder, et, de préserver les secrets éventuels.

De plus, il précise que même si l’homme du peuple fait partie du royaume par son action, par contre sa volonté est indissociable de son être car il reste libre de son engagement ou de son désir et par conséquent de l’autorité nationale. D’autre part, au niveau d’une identification initiatique, il abandonne l’idée de rechercher des similitudes entre l’initiation maçonnique et celles Egyptienne ou Grecque qui ne sont pour lui qu’une aberration antique, et, qu’il est préférable de se recentrer sur le véritable évangile, voir de remonter au début de la création du monde initial, au delà de l’ère chrétienne.

Ainsi, à travers toutes ces argumentations, cette appartenance identitaire est indéniablement rattachée au dogme chrétien et au seul « Créateur ». Et pour préciser sa réflexion, il est nécessaire pour lui de remonter aux premiers jours de la création, alors qu’il n’existait rien si ce n’est le Créateur permettant de retrouver par cette méthode le lien indéniable et de surcroît cette filiation éternelle qui existe entre toutes créations de l’Eternel et l’homme, mais qui continue de perdurer malgré l’écoulement du temps.

C’est pourquoi, Joseph de Maistre considère sans aucune ambiguïté que l’initiation maçonnique est par sa nature d’essence assurément religieuse et chrétienne.

De ce fait, pour lui au niveau des 3 grades le cheminement consistera à l’acquisition de connaissances spirituelles et de certaines valeurs. Ainsi, au niveau du premier grade, il s’agit d’un apprentissage gravitant autours des sciences humaines tels que la bienfaisance, l’éthique, l’ouverture d’esprit sur le monde, l’homme, la politique, l’environnement...

Autour du second s’articule pour reprendre l’expression de Joseph de Maistre « le grand œuvre de la Franc-Maçonnerie ». Il entend par là le devoir qui lie tous maçons envers ses frères, et même l’humanité tout entière par ses actions de bienfaisance, mais aussi de retrouver le chemin du vrai chrétien lui permettant de retrouver son état initial dégagé de toutes querelles politico-chrétiennes, qui au cours de l’histoire eut réussi à briser l’unité.

Enfin, pour le 3ème grade, c’est la continuité de cette voie maçonnique dont le devoir est de mettre l’accent sur cette recherche théologique avec pour les uns la Bible comme outil qui reste incontestablement la voie des seuls initiés et des mystères des saintes écritures. Pour d’autres, une étude approfondie s’ordonnant à une connaissance accrue de la nature des choses, permettant une affirmation d’une certaine doctrine.

Enfin, pour une troisième catégorie de frères et Joseph de Maistre espère qu’ils soient les plus nombreux, ils nous révèlent ce qu’ils savent de cet esprit suprême qui crée et émane toutes choses en tout lieux et en tout temps.

Emile Dermenghem analyse à travers les propositions de cet homme l’échec de celui-ci qui voulait croire que la maçonnerie puisse être en quelque sorte la voie du catholicisme lui permettant son évolution. Cependant celle-ci prenait une toute autre direction vraisemblablement en raison de l’instabilité politique de l’époque et de sa propre histoire à la veille de son grand chamboulement, voire d’une orientation laïque déjà décidée. Il est difficile de donner une réponse, mais Joseph de Maistre juge avec amertume ce convent en ces termes « toute assemblée d’hommes dont le saint esprit ne se mêle pas ne fait rien de bon ».

Ce dernier ne rejette pas pour autant ses pairs, ni ses convictions puisqu’il défend celles-ci lors des attaques antimaçonniques de l’abbé Barruel qui accuse d’hérésie toutes les sociétés secrètes ayant été selon lui les artisans de la révolution. Cependant, au fil du temps et des bouleversements historiques de cette période, il met peu à peu de la distance, et évite de s’impliquer autant dans son engagement concernant le courant de l’illuminisme et celui du scepticisme de l’époque.

Ainsi, le comte des soirées de Saint Petersbourg est toujours convaincu du mystère des Saintes Ecritures contenues dans la bible, mais préfère finalement rester fidèle à l’église romaine qu’il juge plus rassurante puisqu’existant depuis plus de 1800 ans, plutôt que de suivre Saint Martin et ses disciples sur le chemin moins conformiste du Martinésisme suivant fidèlement les préceptes de leurs maître.

À propos de ce mouvement, il tourne quelque peu en dérision la composition du Traité et les termes qui y sont énoncés. Cependant, il reconnaît que la base n’est pas sans intérêt ayant une certaine authenticité, mais qu’elle a été détournée par des propos faussés car cet écrit sert la cause d’hommes refusant toute reconnaissance hiérarchique de l’église romaine. Pour lui finalement le seul intérêt de « cette secte » est à la rigueur l’évangélisation des pays privés d’églises permettant de convertir leurs populations à la chrétienté et les soumettre à ce qui s’y rattache.

Ainsi, cet article met en évidence un homme à la fois théosophe voire, un martiniste sincère, et un catholique avisé. C‘est pourquoi, il n’est pas logique d’aborder Joseph de Maistre sans prendre en compte toutes les composantes de sa personnalité puisque la vision de celui-ci serait faussée altérant de cette manière sa pensée.

Pour en terminer avec cette étude, en 1816 Joseph de Maistre lui-même se définit à travers ses propos comme un fidèle de l’église, mais reconnaît que sa fréquentation des martinistes lui a permis à travers l’étude du Traité et des rencontres effectuées de s’ouvrir sur d’autres horizons.

Cette révélation Emile Dermenghem la reprend dans son ouvrage démontrant qu’avec le temps cet homme a arrêté de s’interroger et de rechercher sur ce qu’il a pu l’éclairer à un moment de son parcours hors des sentiers traditionnels, mais qu’il en demeure pas moins reconnaissant à ceux qui l’avaient mis sur la voie de cette réflexion voir de cette ouverture.

source : http://aprt.biz/

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