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Hauts Grades

Kilwinning : Aux origines de la légende

11 Juin 2012 , Rédigé par Loge William Preston Publié dans #histoire de la FM

Dans le cadre de l'étude La Maçonnerie Ecossaise au XVIIème siècle, m'a été confié dans une autre structure associative, une recherche sur Kilwinning. Alors tout d'abord pourquoi Kilwinning ? Kilwinning sur un moteur de recherche internet c'est 249 000 réponses... et si l'on se tourne vers les historiens de la maçonnerie, la réponse est vite donnée, notamment par David Stevenson : «Toutes les Loges Originelles d'Ecosses étaient uniques, mais certaines étaient plus uniques que d'autres. Le prix de "la plus unique" revient à Kilwinning, avec sa prétention déterminée à être "plus égale" que les autres loges. Par la suite cette prétention conduisit la loge à acquérir le titre étrange de "Mère Kilwinning" et le privilège ambigu d'être n°0, sur la liste des loges affiliées à la Grande Loge d'Ecosse [...] et ainsi prétendre à la préséance sur cette liste de numérotation très particulière : n°1 (Edimbourg), n°1 bis (Melrose), n°1ter (Aberdeen). »

Quelles sont donc les origines de Kilwinning, qu'est ce qui vaut donc à cette Loge sa primauté et ce fameux n°0 ou " nothing " ? D'où vient cette notion d'Antique loge d'Ecosse ? Quel est son lien avec les Statuts Schaw et son influence sur des textes non moins célèbres comme les Manuscrits Haughfoot et le Dumfries ? Partons un peu à la découverte du mythe Kilwinning...

Les premiers moines, quel que soit l'Ordre auxquels ils appartenaient, furent toujours d'excellents juges quant au choix des localités qu'ils sélectionnaient comme lieu de leur résidence permanente et Kilwinning ne fit pas exception à la règle, en effet, située en terre fertile et s'étalant sur plusieurs kilomètres dans le North Ayrshire, l'endroit est entouré d'une chaine de colline peu élevées, qui induit une chaleur protectrice à la région. Toutefois dans le cas des monastères Ecossais, comme celui de Kilwinning, mais aussi, Arbroath, Selkirk et Kelso entre autre, il ne furent pas choisi par les moines mais confié par la royauté dans des buts bien précis, comme nous le verrons plus avant. Ancienne cité, Kilwinning a prospéré jusqu'à nos jours , et est une ville moderne avec un rôle commercial stratégique dans le district de Cunninghame. Aujourd'hui, la vieille ville a disparu et a été absorbée par celle d'Irvine. Il est surprenant d'ailleurs qu'environ 85% des habitants, ne connaissent rien du glorieux passé de leur ville... Il est vrai que dans ce que les Britanniques appellent les "Dark Ages", l'histoire de Kilwinning a été négligée et s'est ainsi perdue dans les ténèbres ne laissant que quelques fragments.

Kilwinning tient son nom de St Winning ou Vinn(en), un évangéliste plus connu sous le non de St Finan (ou Finn ou Finnian). Première des questions non réellement élucidées, c'est : quel est le niveau de certitude, de l'existence de ce saint et de quelle époque est-il ? Car en effet plusieurs théories se surajoutent. Classiquement on le dit Irlandais, mais on lui trouve également dans la littérature religieuse une origine galloise. Il est réputé avoir fondé Moville et Driumfionn en Irlande. En 715, il débarque sur les rives du Garnock et fonde une église, ou un monastère. Que trouve-t-on dans les monastères ? Des cellules, en anglais "cell" ou "kell", cell étant aussi le mot pour association, groupement...et ces "cell of Winnin", ces "Cella Winni" deviendront assez vite... Kilwinning. Nous l'avons dit St Wynnyn de Cunninghame est classiquement confondu avec St Finan de Moville. Deux manuscrits semblent en attester : une "Vie des saints", conservé au British Museum et un autre du XVème siècle de la Bodleian Library. Il mourut en 579 et fut inhumé à Kilwinning, mais alors comment a-t-il fait pour créer le monastère en 715 ??? Toujours est-il qu'il est fêté le 21 Janvier, jour anniversaire de son débarquement sur les bords de la Rivière Garnock... Voilà, dès le départ, premier anachronisme, en effet, tous les dictionnaires de saints que j'ai pu feuilleter donnent 2 saints Finan, déjà... un le plus célèbre mort en 661, ce n'est donc pas le bon, puis un autre, du VIème siècle, ça pourrait, mais fêté le 7 avril... Personne en fait ne saura jamais avec certitude lequel des deux a donné son nom à Kilwinning, d'autant qu'une troisième version donne la paternité du nom, au gaélique "Cill Dingeian". La seule certitude est que ce sont les moines Irlandais colombanistes appliquant une forme Scot-irlandaise de christianisme et connus sous le nom de Culdéens qui s'y sont installé primitivement.

Les historiens ont également débatu d'un autre nom de Kilwinning, ainsi on a pu lire: "It is affirmed that the toune and place quher the Abbey of Kilvinin standes ves formly named Segdoune as the foundation of the said monastry beares record ".
Cette déclaration attribuée à Timothy Pont, topographe de Cunninghame, en 1608, quand il inspecta les ruines de l'ancienne abbaye de Kilwinning, est la raison fondamentale de la théorie des historiens et des écrivains, quant au fait que Kilwinning était connue originellement sous le nom de Segdoune. Segdoune, Sagdoune ou Sagtoune est tout simplement l'ancêtre étymologique de Saint town, village saint, ce qui laisse présager d'un culte préexistant voué à St Wyn ou à un autre d'ailleurs.

La légende qui entoure Kilwinning, et qui est, bien sur, entretenue par nos amis écossais, un peu comme à Roslin, serai-je tenté de dire, veut qu'avant de quitter le continent, les moines bâtisseurs de Kilwinning, auraient reçu une bulle papale, leur donnant les privilèges de s'autoproclamer "francs maçons" où qu'ils aillent. Or, nous n'en avons trace, et surtout pourquoi ces bénédictins déjà fort reconnus dans toute l'Europe auraient-ils eu besoin d'un blanc-seing pontifical pour aller porter la bonne parole et continuer à œuvrer de même en terre étrangère ? Toujours est-il que si l'on reprend l'histoire "officielle" de Kilwinning de J.A.Ness, que la congrégation qui édifia le monastère entre 1140 et 1162, aurait instruit quelques maçons "autochtones" et notamment les anciens moines Culdéens de tradition irlandaise, maçons ordinaires serait on tenté de dire, en les formant à leurs mystères, ils les éclairèrent de leurs lumières, en faisant ainsi : des "initiés", à ce qui allait faire naître la notion de : "berceau de la franc-maçonnerie en Ecosse". Hélas, l'auteur ne s'appuie sur aucun fait avéré, même si cette notion est considérée comme vraie par les écossais... De la même manière un peu fabuleuse, Robert Wylie, fait se tenir la probable première Tenue maçonnique dans la Salle Capitulaire, la "Chapter house" du monastère. Toutefois notons la taille de cette salle capitulaire : 11,4m x 5,7m. En mètres cela n'a pas grande signification mais en pieds, cela donne 19x38 en faisant ainsi pour l'anecdote, un carré long... Ce qui fait dire aussi que la première Lug (ou Luge), se tint là, vient en raison des nombreuses marques de maçons qui y ont été retrouvées, cette salle étant réservée aux réguliers et de fait interdite aux laïques et aux convers on peut avancer à l'instar de notre amie historienne Francine Bernier que ces loges étaient aussi les salles d'instructions ou d'examen des moines-apprenti, qui étaient appelés à devenir des ouvriers qualifiés tels que sculpteurs de pierre, mais aussi de bois, charpentiers, forgerons, orfèvres, maçons architectes et autres horticulteurs... Enfin, la légende dit aussi que ces moines-artisans auraient essaimé vers Scoone (Scone) et Bertha (Perth).

Abandonnons momentanément nos moines bâtisseurs pour y revenir plus loin... Nous venons d'évoquer Perth, en effet c'est le contrat de Perth de 1658, qui atteste des liens entre Kilwinning et la Loge de Scone-Perth, et surtout qui manifeste un lien entre Kilwinning et le "Temple des Temples", c'est à dire celui de Salomon. Il met en avant l'Universalité de l'union des maçons, dans "une seule et unanime voix afin de maintenir l'union et l'harmonie", communion mise en pratique et fort importante notamment à l'occasion de la succession du maître maçon décédé... Ce que ce contrat de Perth met aussi en avant, c'est la notion préexistante, du "Mot de Maçon" dont on peut attribuer l'origine à l'Ecosse, et je rappelle, mot en deux parties, cette "tradition rabbinique, autour du nom des deux colonnes du Temple de Salomon", que Kilwinning avait transmise à la Loge de Scone-Perth. Notons aussi, que ce "Mason Word" considéré classiquement comme mot de passe, peut aussi être interprété comme : "parole de maçon" comme symbole de serment de garder le secret. Souvenons-nous dans tous les cas du poème d'Henry Adamson "Muses Threnodie" (circa 1638) qui en atteste l'existence :

« For we be brethren of the Rosie Crosse ;
VVehave the on Word, and second sight,
Things for to come we can foretell aright »

« Pour ce que nous sommes Frères de la Rose Croix
Nous avons le mot de maçon et la seconde vue
Nous pouvons prédire les choses à venir »

Kilwinning donc, est très attachée à ce mot de maçon, de nombreux procès-verbaux induiront la notion de Cowan et les actions contre ceux-ci. Le procès-verbal de 1705 définit précisément le "cowan", comme quelqu'un sans le mot... Ce mot de maçon on va le retrouver dans les rituels éponymes qui forment le groupe Haughfoot : le MS des Archives d'Edimbourg (1696), le Chetwode Crawley (1700) et le Kevan (circa 1717-1720).

Mais revenons une nouvelle fois en arrière, sur les légendes constantes qui ont fait l'histoire de Kilwinning, et je ne saurait top insister sur le mot légende. Tout d'abord, c'est le poème "La Maçonnerie" publié en 1820 à Paris, qui cautionne, et que nous dit-il ? "Jacques Lord Stewart, reçut dans sa Loge à Kilwin en Ecosse, en 1226, les comtes de Glocester et Ulster, l'un Anglais et l'autre Irlandais". A défaut d'archives comme nous l'avons vu, ce poème que l'on pense découler d'un discours du Duc D'antin en 1740, fait référence... Toutefois souvenons-nous de sa date de publication tardive 1820. C'est ainsi que l'on vu fleurir la théorie Templière, qui veut que les chevaliers Templiers, suite à leur persécution trouvèrent refuge en Ecosse, aux côtés de Robert The Bruce, devenant ainsi sources pour certains de la Maçonnerie Ecossaise. Robert Bruce aurait fondé l'Ordre Maçonnique d'Hérédom de Kilwinning en 1314 après la Bataille de Banockburn, se "réservant" la place de Grand Maître pour lui et ses descendants et successeurs sur le Trône d'Ecosse. C'est aussi de ce légendaire que découle le grade de Rose Croix d'Heredom fondé lui par David Ier. Alors pour continuer le survol historico-légendaire, on trouve par exemple chez Robert Wylie encore et son histoire de Kilwinning, que James Ier prit Kilwinning sous sa protection. Il institua que chaque Grand Maître soit choisi par les frères et ce parmi les Lords, (les nobles) et les membres du clergé "de haut renom" si possible et devant bien sur être approuvés par la couronne... Ce même Grand Maître devait recevoir 4 pounds écossais par an et par Maître Maçon, tout comme de la même manière pour tout nouvel initié. Il avait le pouvoir de régler les différents qui pouvaient voir le jour entre les Maçons, et qui bien sur, n'étaient pas du ressort de la justice civile. Le Grand Maître devait aussi désigner des députés ou Wardens responsables des différents districts d'Ecosse, et intermédiaires entre lui et la communauté locale.

Toujours au chapitre des évènements majeurs survenus avant la fin du XVIIème siècle, limite que nous nous sommes fixées aujourd'hui, on trouve que sous le règne de James II roi des Scots en 1446, ce poste de Patron et Protecteur fut donné par la couronne, à, nous y revoilà... William St Clair de Roslin ... et lui attribuant de plus, la transmission héréditaire de la charge. Ainsi les St Clair en furent dépositaires jusqu'à la création de la Grande Loge d'Ecosse. Notons, que les barons de Roslin, en tant que Grands Maîtres héréditaires, tenaient leurs réunions à Kilwinning et que la fraternité de Kilwinning avait le pouvoir de donner patente, ce qui fut le cas jusqu'en 1808. A ce stade je souhaiterai revenir sur l'épisode St Clair déjà amplement présenté par Philippe Rivayrand (
www.williampreston.org), et simplement pour ajouter que c'est aux St Clair que l'on doit la légende Templière et surtout aux Sinclair de Roslin des dernières générations (depuis les années 1970 environ) manipulant l'information et l'opinion publique et ce sachant que la noblesse écossaise n'a plus les moyens financiers d'antan pour entretenir leurs vastes domaines, d'où le besoin d'organiser des attractions touristiques et des visites payantes. En fait au cours des dernières années, les Sinclair ont constamment (et délibérément) confondu les titres de "patron et protecteur" et de "Grand Maître" comme si les deux étaient synonymes et ce, probablement parce que l'héritier du titre de "patron et protecteur" devint "Grand Maître" de la Grande Loge d'Écosse en 1736... Et les Templiers, dans tout cela ? Vraie en partie, mais surtout une "exagération" déformée provenant de la famille de Roslin. Depuis plusieurs années, les Sinclair soutiennent que William St. Clair, le premier "patron et protecteur" des maçons d'Écosse, était aussi Chevalier Templier et, de ce fait, que ce titre de chevalerie devait pouvoir être accessible aux descendant, comme celui de "patron des maçons". Pour appuyer leur revendication et taire les incrédules, les Sinclair de Roslin sont même allés jusqu'à ajouter une inscription sous la pierre tombale originale de William (de) St. Clair, décédé vers 1480. Cette inscription dit : “William de St. Clair, Knight Templar”. Alors que les représentations anciennes montrent un Dessin du motif apparaissant sur la pierre tombale originale (vers 1480), allure de chevalier, oui, mais aucun symbole spécifiquement templier.

Des Sinclair à William Schaw, il n'y a qu'un pas que je vais franchir allégrement... Envisageons donc Kilwinning par rapport aux Statuts Schaw, brièvement bien sur, car désormais vous êtes tous incollables, grâce aux travaux de Gilbert Cédot (
www.williampreston.org). Tout d'abord ce qu'ils nous apportent c'est qu'en rendant la lettre obligatoire, ils fortifient cette notion de l'Art de la mémoire pratiquée par les compagnons et les apprentis, qui induit une considérable absence de documents. On le sait en rédigeant ses seconds statuts, Schaw complète les premiers, « en incluant non pas des références à Dieu mais aux autorités religieuses » . On a souvent dit que bien qu'ayant participé à la réunion d'Holyrood House, Kilwinning marqua son autorité en rejetant les statuts, la haute autorité de leur auteur et surtout la classification en 1.Edimbourg, 2. Kilwinning et 3. Stirling qui allait considérablement alimenter la controverse. Les second statuts Schaw donc, ceux de 1599, vont donner une existence historique écrite à Kilwinning, pourtant ce décret du haut fonctionnaire de Jacques VI Stuart, situe nous venons de le dire Kilwinning comme la principale et je dirais mais, seconde Loge d'Ecosse, tout en lui reconnaissant le pouvoir de délivrer des Chartes constitutives, des patentes, à des Loges filles restant sous son autorité. Ce texte est fait de controverses donc, en effet Schaw lui reconnaît plus de 200 ans d'existence, ...mais il la place numéro deux. Alors il nuance, par la notion de "chef","heid" (head) afin de donner autorité à Kilwinning sur son district, sur 1000 miles2, expression symbolique, car on sait que Kilwinning établit des Loges bien au-delà. Si Kilwinning refusa l'intégralité du texte, à l'inverse on peut considérer que quelques recommandations furent elles appliquées : tout d'abord, la date de réunion annuelle du 20 décembre, puisque les premières minutes écrites de Kilwinning sont datées du 20 décembre 1646, date qui ne changera pas jusqu'en 1779 ; ou bien encore quelques règles concernant l'instruction ou le choix d'un notaire comme clerc. On le sait l'histoire future de Kilwinning verra des oppositions diverses, qui iront jusqu'à la restitution en 1807de la primauté originelle à Kilwinning, sur Edimbourg, lui attribuant le numéro 0, puisqu'il vient avant 1... Des historiens célèbres comme W.J Hughan, Robert-Freke Gould ou David Murray Lyon, s'appuieront sur Schaw pour argumenter contre l'ancienneté de Kilwinning par rapport à Edimbourg en l'absence de trace manuscrite, à l'inverse de St Mary's Chapel.

En fait, pourquoi ne sait-on pas grand choses des origines ? Eh bien, car les documents constitutifs de l'Abbaye de Kilwinning, le cartulaire, a été perdu, quand et comment on ne sait pas bien. On trouve dans les "Mémoires du Ayrshire" de Fraser, un passage expliquant qu'en Février 1591, William Melville, abbé commendataire de Kilwinning intenta une action en justice, afin de récupérer ces documents fondamentaux. Il fut débouté et l'action se retourna même contre lui. Il semble donc qu'en 1591 ces documents eurent été entre les mains de la maison des Blair, ou détruits, ou comme Melville l'affirmera plus tard devinrent la propriété de la maison d'Eglinton et l'on peut penser que l'incendie qui dévasta le château en 1544 fut fatal à certains documents de l'antique Kilwinning. Pourtant Thomas Innes déclare dans son "Early Scottish History" que ces documents étaient encore entre les mains des Eglinton au XVIIIème siècle, propos qui seront confirmés. Mais, bon, concrètement en dehors du commandeur Melville, ils ne sont donc que 3 connus: à avoir vu le cartulaire de l'Abbaye de Kilwinning. Nous l'avons dit donc, les archives de Kilwinning se sont perdues dans les méandres de l'histoire, donc impossible de prouver l'ancienneté de la Loge... On suppose qu'à l'époque de la destruction de l'abbaye, sous la Réforme, les moines qui furent chassés de l'Abbaye en 1560, envoyèrent leurs documents à Rome, c'est même ce qui est dit dans les ouvrages "officiels" de la Mère Loge de Kilwinning, afin d'y être sauvegardés. Mais hélas encore, les recherches, même pour ceux qui ce sont rapprochés du Vatican, n'ont rien donné. Et si simplement comme l'écrit l'historienne Québécoise Francine Bernier (à qui je doit tnt!) : « il n'est en fait pas surprenant que l'on ait aucune trace écrite, car en 1140, la tradition écossaise était orale, il est peu probable que l'on ai trouvé des traces écrites car on ne tenait pas de minutes de ces assemblées, et ce jusqu'en 1599 avec les Statuts Shaw qui rendaient la "lettre obligatoire" »... Sans trace écrite, la Légende pouvait vivre...

On peut se poser ici, la question de savoir si au Moyen-âge, l'Ecosse fut enclin au développement architectural. Il a d'ailleurs été dit que les écossais n'ont jamais donné de bâtisseurs audacieux, sans limites ou simplement inspirés, pas plus qu'ils n'ont excellés dans le monde artistique en général. Pourtant il y a quelques années la Commission Royale des Monuments Historiques d'Ecosse mena à terme une étude détaillée des constructions écossaises. Ainsi même si les bâtisseurs écossais ne furent jamais sur le devant de la scène au niveau architectural, ils eurent l'occasion d'élever quelques belles églises gothiques, et en particulier quatre qui méritent le détour, ce sont les cathédrales d'Elgin et de Glasgow, l'abbaye de Melrose et la non moins célèbre Collégiale saint Mathieu de Roslin chère à nôtre Vénérable Maître. Traditionnellement, il est écrit que la date de fondation de l'Abbaye de Kilwinning dédiée à St Winning est 1140, tout du moins entre 1140 et 1162 et "Les Chroniques de Melville" disent que c'est un certain Hugues de Morville, français en provenance de Normandie qui fut fait chevalier en 1100 et proche du Roi David 1er qui fut le financier des travaux de notre Abbaye. Mais à ce point il nous faut revenir plus tôt dans l'histoire...

Bref rappel donc, que je qualifierai de Historico-géographique et que je dois aux années de recherches que Francine Bernier a bien voulu mettre à nôtre disposition : Thiron, en Eure-et-Loir, dans le Perche... près de Nogent-le- Rotrou, tout le monde connaît... C'est là qu'au tout début du XIIème siècle un ermite nommé Bernard (1050-1118) va se retirer. Cet élan de piété va alors attirer d'autres moines. L'ordre monastique de Stricte Observance de Tiron (on trouve aussi Tyron ou Thiron), se développa tant et si bien que l'on retrouve en 1145, un peu partout : 86 prieurés et 14 abbayes dont 18 en Grande-Bretagne ou en Ecosse. On sait que les Frères Tironiens (ou parfois appelés Tyronisiens) ont bâti les abbayes de Selkirk (1113), Kelso (1128), et Arbroath (1178). C'est David 1er qui lors de ses nombreux voyages en France et sans doute accompagné des de Morville, ramena avec lui ces bâtisseurs français travaillant dans le silence, l'anonymat à la glorification de Dieu. David 1er en fait, né en Ecosse en 1084, avait été à la cour d'Henri 1er en Normandie pour y étudier durant sa jeunesse (de 1093 à 1113). C'est durant cette période là, qu'il fit la connaissance des Tironiens et fit même de l'un d'eux: Eochaid, son chapelain privé. Lorsqu'il rentre en Ecosse en 1113, pour se marier, il demande à Bernard de Tiron (encore Bernard d'Abbeville ou Bernard de Ponthieu) de lui envoyer une colonie de moines pour s'établir en terre écossaise. Ces moines viennent pour bâtir, et j'aurai eu tendance à dire, eux aussi, la truelle dans une main et l'épée dans l'autre afin de garder et surveiller les frontières anglo-écossaises, mais n'ayant jamais porté l'épée et n'ayant jamais participé aux combats, leur rôle fut uniquement de surveiller les frontières. Par rapport à l'ancienne Eglise Culdéene Ecossaise préexistant localement, ils vont, plutôt que de la combattre, l'absorber en initiant à leurs connaissances les autochtones. On peut même penser qu'un échange eu lieu dans les deux sens car les "cousins" de cultures qu'étaient les Irlandais, Ecossais, Bretons et Gaëliques avaient de nombreux points communs en ce qui concerne les organisations sociales et religieuses des arts et métiers, formant un groupe homogène centré sur un rite Celtique. Notons enfin que les monastères Tironiens, dont Kilwinning, montrent une maîtrise de la taille de la pierre franche, cette freestone présente, par exemple, dans les comtés écossais Ayrshire et Selkirkshire.

On l'a vu, dans mes premiers pas d'historien en herbe vers le Graal "Kilwinnien", peu de documents écrits, peu de traces, mais c'était compter sans la perspicacité des historiens de la maçonnerie, car cette chère Francine dont je doit, avec mille merci le contact aux secrets de notre Vénérable Maître, eh bien, Francine Bernier me permet un véritable scoop ! En effet, elle a retrouvé ce que l'on a longtemps cru disparu, à savoir: que plusieurs chartes de Kilwinning de type : dons, actes de propriétés, faveurs... existent... Ces documents ne sont pas à Rome, sont peut-être en possession des Hamilton dans leur collection privée, mais le scoop j'y viens, c'est que ces «éléments sont reproduit en bonne partie, et il se trouvent à moins de 100 km d'ici, ces documents constitutifs sont en latin dans le "Cartulaire de l'Abbaye de la Saint-Trinité de Tiron" (Abbatia Sanctae Trinitatis de Tirone), aux archives départementales de Chartres, document publié par Lucien Merlet , et dont la copie des quelques 900 pages pour ceux que ça intéresse se trouve sur le site : William Preston . Alors bien sur ceci est très intéressant à parcourir, avec des anecdotes où Merlet parle du Monastère de "Selecherche" (Selkirk). Mais hélas on n'y parle pas, contrairement à ce que j'ai cru de prime abord, des documents de la « Luge », mais ce qui est sur c'est que l'état d'avancement des recherches récentes semble y retrouver tous les actes de propriété de toutes les fondations de nos moines, en France, Angleterre, Pays de Galles Irlande et bien sur Ecosse (
Carte des prieurés Tironniens) . Ce sont ces documents que les Tironiens auraient rapporté en France lorsqu'ils furent chassés d'Ecosse sous la Réforme, ou qui tout simplement étaient envoyés dès leur signature, à "la maison-mère" pour archives.

Je croyais donc bien pouvoir le toucher ce Graal, et vous présenter des documents inconnus, mais fallait il y croire ? Tout ce que contient ce cartulaire était il véridique ? Hélas non, en effet de nombreuses archives de l'Ordre Tironien ont été brûlées (encore... !) en 1793, mais plus grave encore il faut noter que dans l'histoire des Tironiens, il est un épisode qui ne sera pas sans rappeler celui des Templiers...En 1291 et plus tard à l'aube du XVIème siècle, les Tironiens, alors considérés comme corrompus, furent accusés, puis condamnés après un long procès, d'avoir contrefait un ensemble de documents et notamment certains des premiers documents de l'Ordre. Mais par chance, oui le cartulaire était d'origine, citons donc Merlet: « A mesure qu'ils falsifiaient une charte, les religieux détruisaient le titre original : aussi ne retrouve-t-on presque plus que des faux dans le chartrier de l'Abbaye. Heureusement, ils ne songèrent pas au Cartulaire original du XIIe siècle, veterum studia litterarum aberant, et c'est avec ce secours inespéré que nous avons pu reconstituer les véritables annales du monastère ».

Et donc voilà, comment, de l'histoire de la Loge Kilwinning N°0, on se retrouve à l'histoire de l'Ecosse, de France et, à cheval entre les deux : à l'histoire de cet Ordre monastique fort intéressant... Bien sur l'histoire maçonnique de Kilwinning à partir de ses premières minutes en 1652, est à étudier, bien sur j'aurais aimé vous parler plus avant de la fameuse affaire du numéro 0, de l'histoire du 20 décembre, d'Hérédom et du Rose Croix de Kilwinning, du Dumfries Kilwinning, de Cannongate Kilwinning, et qui sait peut-être même de la "galéjade" de la Mère Loge Ecossaise de Marseille... mais cela aussi est une autre histoire et nous avons bien le temps de l'étudier...

Retrouvez cet articles et son iconographie sur le site de la Loge d'Etudes et de recherche William Preston , à la rubrique Travaux.

Source : www.ledifice.net

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