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Hauts Grades

L'Agape

12 Avril 2013 , Rédigé par G\ G\ Publié dans #Planches

A brûle pourpoint, le commun des mortels pourrait penser que l’Agape est un simple repas entre convives. Alors que pour nous, maçons l’Agape devrait être tout autre chose, et je m’y pencherais plus longuement dans la suite de mon travail.

Dans un premier temps attardons-nous sur le repas au sens le plus commun du terme.

Le repas est composé de divers aliments, il est une nécessité pour l’homme.
Le repas est un acte vital qui permet d’apporter au corps humain le carburant nécessaire à son fonctionnement.
Se nourrir, se reposer et se reproduire sont les trois actes premiers qui rythment
l’existence de tout ce qui est vivant sur notre bonne vieille planète terre.

Au début, les premiers hominidés vivaient en petits groupes et se nourrissaient de plantes, racines et autres animaux qu’ils consommaient crus.

Imaginons un de ces petits groupes affamés pour cause de sécheresse, errant dans la savane à la recherche de sa pitance et tombant sur un feu de broussailles. Son premier réflexe est de fuir cet incendie qu’il sait dangereux et destructeur. Le feu s’éteint et la petite troupe reprend son chemin, l’estomac tenaillé par la faim.

Arpentant la terre roussie, un des hommes un peu plus curieux que les autres découvre la carcasse carbonisée d’une bête. Affamé, il arrache un lambeau de chair brûlant, le goûte, puis le dévore goulûment. Il constate que la viande ainsi cuite est plus tendre et plus goûteuse que la viande crue habituellement consommée.
Il fait part de ses constations au reste du petit groupe qui se jette sur la carcasse pour la dépecer et s’en délecter.

A partir de cet instant, l’homme va s’employer à maîtriser cet élément et parvenir enfin à domestiquer ce feu qui devient au fil du temps, plus un allié bienfaiteur qu’un monstre destructeur.

Je ne saurais trop vous conseiller, mes frères, de lire ou de relire un roman écrit par Joseph Henri ROSNY, dit ROSNY aîné, qui s’intitule « La Guerre du feu », et qui retrace cette épopée des ages farouches de la préhistoire.

Le feu maîtrisé il y a 400 000 ans, permet à l’homme non seulement de cuire ses aliments, mais aussi de se chauffer quant il fait froid, de s’éclairer quant il fait sombre et de se protéger contre ses prédateurs.
Il est sur que le rassemblement des hommes autour de ce feu protecteur, puis la mise en commun de leur pensée, contribua fortement à une évolution qui au fil des millénaires, fera passer l’homme d’une simple créature instinctive, à un être humain qui commence à raisonner et à se poser les quelques questions essentielles sur son existence.
Sa boîte crânienne s’amplifie, pour faire place à un cerveau qui grossit en volume, en masse et donc en intelligence.
Plus tard la maîtrise d’un autre élément, « l’eau », qui permet l’arrosage des cultures et ainsi l’obtention d’abondantes récoltes qui peuvent être stockée pour pallier d’éventuelles disettes, concourt à sédentariser cet homme nomade qui devient plus un agriculteur qu’un chasseur cueilleur.

Notre rituel ne s’y trompe pas, le feu et l’eau sont avec la terre et l’air les quatre éléments qui sont à l’origine de tout et que le profane rencontre lors de son initiation au premier degré au cours des 3 voyages qui suivent la mort symbolique subit par l’impétrant dans le cabinet de réflexion.

Les petits groupes du début deviennent des communautés qui se structurent, se hiérarchisent, et regroupent leurs intelligences.

Il est sur que c’est autour du foyer maîtrisé et protecteur, que les hommes ébauchèrent les premières croyances, vénérations, idolâtreries qui deviendront à force de réflexions, de remise en question et d’intelligence, mythes, rites et religions.

Il est à noter que la tradition de la veillée autour du feu qui brûle dans l’âtre de la cheminée, réunissant la famille et les proches, était un instant propice à la discussion, pendant laquelle chacun faisait part de ses connaissances, de ses réflexions, de son expérience. Ce moment magique permettait le rapprochement des générations et contribuait à l’apaisement des passions et autre conflit latent. C’était aussi auprès du feu que se perpétuaient les traditions, et c’est aussi là que l’on inculquait à la jeunesse des bribes de vertu et de civilité.

Qu’en est-il de nos jours mes Frères ? Les télévisions qui brûlent dans nos foyers et qui nous isolent les uns des autres, sont-elles propices au rapprochement des êtres et de leurs pensées ? je ne le crois pas ! Au contraire les problèmes de notre société, tels qu’égoïsme, incivilité, « jemenfoutisme », perte des valeurs, et autres, ne viendraient-ils pas en partie de là.

Même de nos jours, le feu captive toujours autant l’être humain. La vue de cette flamme participe au vagabondage de l’esprit sur une multitude de chemins.
Selon l’expression consacrée, qui n’a pas après un bon repas autour du foyer,
« refait le monde ».

Mais revenons à notre expression repas.
Il est frappant de constater à la lecture des dictionnaires le double sens de certains mots qui ont un rapport avec ce terme, tels que :
- Nourriture qui est la substance que l’on mange mais aussi « l’éducation » au sens latin du terme « nutritura »,
- Nourrir ou se nourrir, qui veut dire, manger, consommer, s’alimenter mais aussi au vieux sens du terme ; « Elever, former ou encore se former, s’élever » ;
Ou une autre signification encore, au travers d’expression comme : « Se nourrir d’illusions, de rêves ».

On s’aperçoit ainsi que depuis des temps reculés le repas est non seulement l’instant que l’on passe à manger mais aussi et surtout l’instant que l’on passe à s’élever, s’instruire et se former.

Cet instant consacré au banquet qui suit la Tenue nous l’appelons : « Agape ».

Mais avant d’aller plus loin il convient de définir en s’aidant des dictionnaires, l’étymologie de ce terme.

Agape vient du mot grec « agapé » et du verbe « agapan » qui signifient amour et aimer au sens spirituel et divin, mais non désir, convoitise, ou chérir au sens érotique.

Le terme « Agapè » représente l’amour réfléchi, dicté par le cerveau siége de l’intellect, de la raison, de l’esprit, contrairement à l’amour « coup de foudre » qui est plus instinctif, plus animal, qui vient du cœur ou plutôt des tripes.

Notre rituel ne nous le rappelle-t-il pas, mes Frères ? Le Franc-maçon à l’ordre d’Apprenti, sa main droite, placée en équerre sur la gorge, cela ne signifie-t-il pas : « Qu’il paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit ».

Comme nous l’a exposé notre Frère Secrétaire au travers de son morceau d’architecture, les mots Charité, du latin « caritas », et agapé, sont des synonymes et peuvent se définir pour nous Maçon, comme amour fraternel et universel, au service de l’humain de toutes nos forces, de toutes nos ressources matérielles et morales, avec un entier désintéressement pouvant aller jusqu’au sacrifice de nous-même.

L’Agape est, au sens large, « un repas entre convives unis par un sentiment de fraternité ».

L’Agape est au sens ancien, le repas que prenaient en commun les premiers chrétiens.

L’œuvre la plus célèbre évoquant l’une de ces « agapes » a été réalisée par Léonard de VINCI et représente un repas que prit Jésus CHRIST avec ses Apôtres.
Ce tableau s’intitule « La CENE », du latin « cena » qui signifie d’ailleurs « repas du soir ».

Au cours de ces repas chacun des participants partageait l’eau, le pain et le vin, actes opératifs qui permettent de vivre le symbole de la communion.
Quand on étudie les rites des confréries initiatiques anciennes, on s’aperçoit que les repas rituels jouaient un rôle essentiel et que le feu et certains aliments en faisaient toujours partie.

Le thème de l’eau est présent dans toutes les traditions religieuses. Elle est le premier élément existant à l’origine de la vie. Dans la Bible elle tient une place importante. Elle possède une multitude de significations symboliques que nous n’aborderons pas ce soir.

La communion sous l’espèce du pain, ce fruit de la terre, signifiait la connaissance des mystères de la vie terrestre en même temps que le partage des biens de la terre et par suite l’union parfaite des frères affiliés.

Au degré supérieur, la communion sous l’espèce du vin, ce sang de la vigne, signifiait le partage des biens célestes, la participation aux mystères spirituels et à la science divine.

Dans les Sociétés secrètes égyptiennes le banquet marquait le premier degré de l’initiation.

Dans les anciens cultes grecs et notamment chez les Pythagoriciens, le caractère sacré du banquet était si fort, que les adeptes n’étaient admis au repas qu’au bout d’une durée de trois à cinq ans après leur entrée dans l’ordre.

On parle aussi au Moyen âge, selon un ancien mythe hermétique alchimique, d’une « Table de Lumières » couverte de mets, où seul l’initié est capable de la découvrir au terme de son voyage vers la connaissance. Il y rencontrera alors ceux qui ont entrepris de parcourir le même chemin.

Chaque réunion des Confréries médiévales du Royaume de France était aussi suivie par un banquet. A cette époque les travaux de table prenaient souvent le pas sur les travaux de l’esprit, et ce sont les dimensions festives de ces banquets qui furent pour les Confréries l’un des nombreux prétextes aux interdictions, condamnations et persécutions de la part du pouvoir. Ce n’est plus le cas de nos jours.

Dans notre Franc-maçonnerie régulière, héritières de ces plus anciennes traditions, l’Agape ne doit pas être considérée comme une pure nécessité physique mais doit être expressément considérée comme une valeur ajoutée à la Tenue.

« L’Agape étant la continuation de la Tenue,
la participation de tous les frères est une obligation ».

Cette phrase est inscrite sur toutes les convocations de toutes les Loges régulières du monde.

L’Agape invite à l’approfondissement du chemin de perfectionnement parcouru pendant la Tenue. Elle permet aux initiés de mieux comprendre la voie dans laquelle ils se sont engagés. L’Agape possède donc un rôle initiatique et il faut comprendre qu’il est impossible de saisir autrement son symbolisme sans le vider de son sens profond.

L’Agape est une des plus vielles et des plus solides traditions maçonniques.
Déjà les Constitutions d’ANDERSON y font allusion, ainsi que les « règlements » qui leur font suite. Dès cette époque les tenues se terminaient par un banquet et ANDERSON recommande aux frères de ne pas les transformer en orgies.

Dans notre Rite Ecossai Ancien et Accepté, l’Agape s’effectue dans une salle annexe du Temple.

La table du banquet est disposée traditionnellement en arc de cercle (Fer à cheval).
Le Vénérable Maître occupe le centre de l’Orient, entouré par tous ceux qui ont le droit d’être à ses cotés.

Tous les membres de l’Atelier et les Frères visiteurs doivent être vêtus de la même façon que lors de la Tenue, hormis le tablier et le sautoir. La signification pour les initiés que nous sommes est évidente. Tous en habits noirs, semblables, cela symbolise l’uniformité, la suppression des différences et le renoncement à la vanité.

Lors de ce banquet le Vénérable Maître veille à ce que tout soit en ordre afin que rien ne nuise au caractère rituélique de l’agape. Car cette institution du banquet où la communion matérielle s’ajoute à la communion des âmes est bien un rite essentiel réglé par une tradition.

Le repas s’ouvre dans un profond silence.

Le service de table est effectué par les Apprentis.

L’Agape est ponctuée par une série de « toasts » : Les « toasts officiels », au Président de la république, aux Souverains…, au Grand Maître ; Les « toasts traditionnels », à la grande Loge, au grand Maître provincial…

Au cours du repas la parole peut être donner aux participants à la discrétion du Vénérable Maître. Elle peut aussi être demandée par un Frère, mais toujours sous l’autorité du Vénérable Maître.

Il est de tradition qu’au moment du dessert, le Vénérable Maître prie l’Orateur de donner ses conclusions sous la forme d’une synthèse, sur les travaux effectués en Tenue et lors de l’Agape.

A la fin du repas, avant que les Frères ne se séparent le Vénérable Maître fait réciter le « toast du Tuileur » par un des Frères présents.

Je ne peux conclure sans parler des banquets traditionnels qui suivent les fêtes solsticiales. Je veux parler de la St Jean d’été et de la St Jean d’hiver.

Le banquet blanc de la St Jean d’été qui se déroule au mois de juin, où sont admis non seulement les frères mais aussi leurs familles et amis. Il est de tradition qu’à la fin de ce repas, l’ensemble des convives se réunit en communion autour du feu, et que soit prononcé un ou plusieurs discours.

Je m’attarderai plus longuement sur la St Jean d’hiver.
Dans notre Rite la Tenue du mois de décembre est essentiellement consacrée aux Travaux de Table et seuls les Frères Maçons y sont admis.

La table du banquet est disposée traditionnellement en fer à cheval dans un lieu faiblement éclairé.
Le Vénérable Maître occupe le centre de la partie de la table d’honneur qui constitue l’Orient. Se trouve devant lui un flambeau où brillent sept étoiles. A sa droite et à sa gauche prennent place les Frères que la Loge entend honorer.

Au milieu de la table, seront placés sur un socle les Trois Grandes Lumières, disposées comme en Loge d’Apprenti.

Les Officiers de la Loge doivent se placer comme ils le sont dans le Temple, et porteront le sautoir de leur Office.

Près du couvert du Vénérable Maître, on placera un pain et une coupe de vin rouge.

L’installation ainsi effectuée, les travaux de Table peuvent commencer.

Le déroulement de cette agape est semblable à celui d’une Tenue traditionnelle.
Cette cérémonie est réglée par un rituel assez particulier que l’on admet emprunté aux traditions des Loges militaires sous l’ancien Régime.

Lors de ce repas composé traditionnellement d’un plat unique très simple, on emploie un vocabulaire spécifique, où par exemple l’eau est la « poudre faible », le vin la « poudre forte », le pain la « pierre brute », le verre le « canon », les couteaux des « glaives », et d’une manière générale les ustensiles des « armes »…

Cette cérémonie se compose essentiellement, d’une entrée rituelle, d’une ouverture des Travaux de Table, de sept Santés prononcées tout au long du repas, d’une « Chaîne d’Union » qui se fait en joignant les serviettes, et enfin d’une fermeture des Travaux rituelle.

Cette cérémonie doit se dérouler avec une extrême rigueur conformément au rituel.
Tous les Frères se doivent d’y participer avec un grand sérieux.

En conclusion mes biens chers Frères, la prise de nourriture est l’acte qui unit l’homme au monde.

Son seul but n’est pas de satisfaire un besoin élémentaire, il reflète une certaine philosophie de la vie ; Une philosophie, car dans la vie humaine le repas est à la fois, un acte biologique, un acte social et un acte spirituel ; Une philosophie qui se retrouve dans les communautés initiatiques traditionnelles où pendant l’agape les paroles et gestes des initiés structurent l’espace spirituel où va s’accomplir le Grand Œuvre.

L’Agape rituélique, procurera aux initiés cette ivresse, ivresse spirituelle bien sûr, la seule à laquelle les hommes inspirés ont puisé de tout temps la lumière.

J’ai dit, Vénérable Maître.

source : www.ledifice.net

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