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Hauts Grades

L'aristocratie et la Franc-Maçonnerie française d'avant la Révolution

15 Août 2012 Publié dans #histoire de la FM

D'après une tradition remontant à 1777 la première loge maçonnique apparue en France aurait été fondée en 1688, au sein du régiment « Royal Irlandais » arrivé en France suite à l'exil de Jacques Stuart, sous le nom de « La Parfaite Égalité » de Saint-Germain-en-Laye. Les historiens estiment la chose vraisemblable, mais elle n'a jamais pu être démontrée. De même, la première loge de source anglaise aurait été « l'Amitié et Fraternité » fondée en 1721 à Dunkerque.

La première loge dont l'existence est historiquement certaine fut fondée par des Anglais à Paris « vers l'année 1725 ». Elle se réunissait chez le traiteur Huré, rue des Boucheries, « à la manière des sociétés angloises », et regroupait principalement des Irlandais et des exilés stuartistes. C'est assez probablement cette même loge qui recevra en 1732 des patentes officielles de la Grande Loge de Londres sous le nom de « Saint Thomas », se réunissant à l'enseigne du « Louis d'Argent », toujours rue des Boucheries.

En 1728, les francs-maçons français décident de reconnaître comme « grand maître des francs-maçons en France », Philippe, Duc de Wharton (1698-1731), qui séjourne à Paris et à Lyon de 1728 à 1729, et qui avait déjà été, en 1723, grand maître de la Grande Loge de Londres. Cet événement, antérieur à la transformation de la « Grande Loge de Londres » en « Grande Loge d'Angleterre » en 1738, est considéré par une partie des historiens comme le point de départ d'une franc-maçonnerie française indépendante de celle de Grande-Bretagne.

Si l'existence d'un grand maître en France est ainsi attestée dès 1728, il faudra cependant attendre dix ans de plus pour qu'une véritable assemblée des représentants de toutes les loges « anglaises » et « écossaises » constitue pleinement la première Grande Loge de France le 24 juin 1738 et institue Louis de Pardaillan de Gondrin (1707-1743), duc d'Antin, « Grand Maître général et perpétuel des maçons dans le royaume de France ». C'est de cette Grande Loge que naîtront toutes les obédiences françaises actuelles.

En décembre 1736, le chevalier de Ramsay prononce un discours développant l'idée d'une origine chevaleresque de la franc-maçonnerie. Cette idée aura par la suite une influence certaine sur l'apparition dans la période 1740-1770 de très nombreux hauts grades maçonniques qui seront regroupés par la suite au sein des différents rites maçonniques.

La première révélation au public français des secrets maçonniques date de 1737. Elle sera ensuite publiée en 1738 dans La Gazette de Hollande sous le nom La réception d'un frey-maçon et fait suite aux perquisitions du lieutenant de police Hérault ainsi qu'au témoignage d'une demoiselle Carton, danseuse d'opéra, à laquelle un frère se serait confié. La police de l'époque attire l'attention du pouvoir royal sur les dangers que feraient courir à la monarchie absolue une telle « Société où l'on admet des personnes de tous États, conditions, Religions, où il se trouvent un grand nombre d'Étrangers ». Elle fait en conséquence défense « à tous traiteurs cabaretiers, aubergistes et autres de recevoir les dites assemblées de freys-maçons », ce qui ne les empêche nullement de continuer à se réunir, sous la protection de personnes de la haute noblesse, telles que le duc d'Antin. D'autres perquisitions eurent lieu de 1740 à 1745. Elles donnèrent lieu à des rapports de police très détaillés qui sont aujourd'hui une source précieuse pour les historiens de la franc-maçonnerie. Elles furent accompagnées d'arrestations et de condamnations légères, puis la franc-maçonnerie s'installa définitivement dans le paysage social français et les condamnations émanant du pouvoir royal cessèrent jusqu’à la fin du siècle.

L'année 1738 est également celle de la condamnation de la franc-maçonnerie par la bulle « in eminenti » du Pape Clément XII. Si cette condamnation fut le signal d'une vague de persécutions dans les pays européens les plus soumis à l'autorité de Rome, il n'en alla pas de même en France où aucune bulle ne pouvait avoir d'effet sans être enregistrée par le Parlement, ce que celui-ci se garda bien de faire, pour des raisons politiques. Très rapidement, la franc-maçonnerie française sera donc principalement composée de catholiques, dont de nombreux prêtres, et le restera jusqu’à la Révolution française.

En 1743, après le décès du duc d'Antin, c'est Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont, prince du sang et futur membre de l'Académie française qui lui succède en tant que « Grand Maître de toutes les loges régulières de France ». Il le restera jusqu’à sa mort, en 1771.

Vers 1744 on compte déjà une vingtaine de loges à Paris et autant en province. Les loges de province sont le plus souvent fondées par des maçons en déplacement pour leurs affaires, mais surtout par l'intermédiaire des loges militaires, au fil des déplacements de leurs régiments : Lorsqu'une loge militaire quitte ses quartiers d'hiver, il n'est pas rare en effet qu'elle laisse dans son sillage l'embryon d'une nouvelle loge civile. C'est de cette époque que datent les nombreuses expressions d'origine militaire encore en usage dans les banquets maçonniques modernes, telles que le célèbre « canon » désignant un verre, ou la « poudre forte » désignant le vin.

Dans les années 1740, naît en France, dans les milieux de la haute aristocratie, une forme originale et mixte de la franc-maçonnerie, sous le nom de « maçonnerie d'adoption », dont la Grande Maîtresse est la duchesse de Bourbon-Condé, sœur du duc de Chartres.

En 1771, Louis Philippe d'Orléans (1747-1793) succède au comte de Clermont à la tête de la franc-maçonnerie française. Sous son autorité et avec le soutien des loges de province contre l'hégémonie de celles de Paris, la Grande Loge de France se réorganise et change de nom pour devenir en 1773 le Grand Orient de France, qui regroupe quelque 600 loges. Seuls quelques « Vénérables » parisiens, mécontents de ne plus être présidents à vie de leur loge, résisteront à cette réforme et formèrent une éphémère « Grande Loge de Clermont ».

Pendant la Révolution française le Grand Orient de France est soumis aux mêmes évolutions et difficultés que l'ensemble de la société : Il proclame son attachement à la forme démocratique de gouvernement dès janvier 1789 et il y a de nombreux francs-maçons parmi les révolutionnaires mais le bras droit de son Grand Maître émigre dès le 15 juillet 1789. Le Grand Maître lui même, devenu « Philippe-Égalité » renie publiquement la maçonnerie en 1793, peu de temps avant de finir sur l'échafaud. En 1794, sous la Terreur, l'ensemble de la franc-maçonnerie française plonge dans un sommeil dont elle ne se relèvera que difficilement à partir de 1797 : Alors qu'on dénombrait près de 1000 loges à la veille de la Révolution, 75 loges seulement auront repris leurs travaux en 1800.

Source : http://www.forum-francophone.com

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