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Hauts Grades

L’Armée et la Franc-maçonnerie

30 Décembre 2013 , Rédigé par R\ C\ Publié dans #Planches

Les Armées de l’Europe Moderne ont été les pôles de fixation d’un phénomène associatif original qui est la Franc-maçonnerie. Trois facteurs essentiels semblent avoir favorisé l’extension de la Franc-Maçonnerie dans les armées : Tout d’abord, le premier qui découle de la Chevalerie de Saint Lazare, fondée sur des principes fondamentaux dont nous retrouvons la similitude entre le code de notre propre Rite, le Rite Écossais Rectifié, et les règles et statuts de Saint Lazare. Pour celui-ci, il faut être Catholique, à défaut Chrétien, être fidèle à la Religion, humble, compatissant avec les pauvres et les malades, assurer une mission charitable. Il convient aussi, d’être apte au Combat et l’aborder avec courage. Dans le Code Rectifié, que retrouvons-nous ? La notion fondamentale du Rite et de son Régime est une fidélité à ce qui fut appelé « le plus pur esprit du Christianisme ». Certains voient dans cette phrase une définition de la Catholicité, d’autres du Christianisme des premiers Siècles ; l’extrait d’une lettre à un candidat à l’admission, dans une Loge rectifiée de J.B.Willermoz en est un témoignage : « Mais qui ne peut mériter de vertu qu’autant qu’elle est fondée au plus pur esprit du Christianisme ». Nous retrouvons d’ailleurs ce point précis dans le Rituel d’Initiation, au moment de l’engagement de l’Ap. « Je promets sur le Saint Évangile d’être fidèle au plus pur esprit du Christianisme » et aussi lorsque l’Ap. reçoit les vêtements de son grade, le V.M. lui dit en lui rendant son épée : « Je vous rends votre épée. Ne vous en servez désormais que pour le salut de la Patrie et de vos FF., et pour la défense de la Religion ». Le second facteur est l’essor d’un mouvement philanthropique et son succès auprès de la haute noblesse d’épée qui en a introduit les principes au sein des Régiments dont elle était propriétaire ; parmi ces principes l’idée selon laquelle la guerre n’est plus un art, mais une éthique, l’idée encore qu’il existe des principes humanitaires imprescriptibles qui président à la guerre. Le Troisième facteur est l’apolitisme de la Maçonnerie Militaire et son loyalisme à l’égard de tous les régimes qui se sont succédés jusqu’en 1815 et après. Le déclin des Loges militaires sera décisif après la Chute de Napoléon. Après 1848 cependant, de nombreux militaires reviennent sur les Colonnes. Les Loges deviennent des Sociétés de pensée où règne l’esprit dit Républicain. La lutte religieuse bat son plein : les conflits civils militaires s’accentuent sous le deuxième Empire et les militaires Francs-Maçons deviennent moins nombreux ; peu à peu, le conflit civil contre militaires devient le conflit de l’armée contre la Franc-maçonnerie. La progression des loges militaires sous le Consulat et l’Empire (1802-1814) montre que la Maçonnerie correspondait, pour les militaires, à un besoin collectif dans une Société à la recherche de nouvelles valeurs après la triste période révolutionnaire. Depuis quelques années, nous retrouvons ce même besoin, cette même recherche dans tous les milieux actuels, qu’ils soient militaires certes, mais aussi civils. Napoléon avançait : « Et si le militaire était le Franc-maçon par excellence ? » Il jugeait naturel ce que d’aucuns considèrent comme un paradoxe choquant « Le militaire Franc-maçon est une Franc-maçonnerie ; il y a entre tous, une certaine intelligence ». Après avoir examiné les trois éléments précités, nous essaierons de faire un rapide historique des Loges militaires et d’analyser si le militaire était plus disposé que d’autres à recevoir le message initiatique. En dernière partie nous tenterons de démontrer que le militaire, par son esprit de discipline, son goût de l’ordre et de la hiérarchie des grades, possède une grande aptitude à l’exercice des vertus maçonniques.

En première partie, il nous revient donc de conforter notre affirmation sur la Chevalerie. En effet, à l’origine, celle-ci ne s’insérait pas dans une hiérarchie, cette qualité étant individuelle ; elle était conférée d’homme à homme, chaque Chevalier ayant le pouvoir d’armer Chevalier, qui il en jugeait digne. La conscience de la nature de la Chevalerie resta très vive tout au long du moyen âge, et au delà. Dès le XIe. siècle, la Chevalerie à l’origine forme d’Initiation non Chrétienne, reçut le sceau du Christianisme lorsque l’Eglise fit de l’adoubement une cérémonie religieuse, et surtout institua les Ordres religieux dans la Chevalerie. Cela est particulièrement important pour nous, puisque c’est dans la tradition de ces Ordres religieux militaires que se situe notre propre Ordre, lequel est essentiellement Chrétien, comme on n’a cessé de vous le rappeler depuis que vous y êtes entré. Les Chevaliers furent dès lors réunis en des sociétés organisées sur le modèle des Ordres monastiques. A l’instar des Moines, les Chevaliers faisaient le triple vœu d’Obéissance, de pauvreté et de Chasteté, afin de se vouer entièrement au but de l’Ordre. Pour les Princes de Sang Royal eux-mêmes, l’adoubement était un des événements les plus importants de leur vie. Le jeune prince François 1er fut armé Chevalier sur le Champ de Bataille de Marignan par le simple Chevalier Bayard. Des similitudes existent avec la remise des Casoars aux Saint-cyriens ; tous ensemble, ils posent un Genou en terre : « A Genoux les hommes ! ». Les parrains coiffent alors leur filleul du Casoar, un peu comme jadis on armait un Chevalier. C’est bien dans la tradition de ces Ordres religieux militaires que se situe notre propre Ordre. Celle de la Chevalerie était de se grouper en Unités militaires, de combattre, et de défendre le faible et l’opprimé. - Dans la société profane, le Chevalier était dénommé par le mot Miles, lequel prit une portée nouvelle puisqu’il désigna le Soldat de Christ. Qu’il me suffise de vous rappeler cette sculpture de la Cathédrale de Reims qui représente un Chevalier recevant la communion de la main d’un prêtre, mais dans lequel la tradition a toujours vu la représentation d’Abraham recevant le pain et le vin des mains de Melchisédech (Gen.14/17-20). Une telle conception de la Chevalerie ne recevra jamais, et par nature, ne saurait recevoir la caution des historiens. Nous croyons qu’elle atteint, au-delà de l’histoire, une réalité plus profonde qui a trouvé son expression. Seule subsistait l’action, cette nostalgie du rêve, et la guerre, cette finalité du soldat. Comme chez nous les Franc-maçon, le passé, dans sa complexité, dans son entité, dans ses contradictions aussi, est d’une importance essentielle. Il nourrit le présent qui a lui-même entre ses mains, l’essentiel de l’avenir. Le Passé, le Présent, l’Avenir ne peuvent être séparés ; Ils sont solidaires. Tout se tient, emmené par la tradition. Il faut aussi apprendre à obéir avant de commander. Le prestige : oui, mais aussi le respect de la hiérarchie. Cependant, il convient que les supérieurs restent à l’écoute de leurs subordonnés. Les historiens anglais de la Loge Quatuor Coronati n° 2076 reconnaissaient la tradition selon laquelle la maçonnerie opérative avait eu comme premiers protecteurs militaires le roi Ashelstan (925-961) pour l’Angleterre, et le roi Charles Martel pour la France. Parmi les tout premiers militaires initiés à la Maçonnerie spéculative figure : Le Très honorable Robert Moray, quartier maître général de l’Armée d’Ecosse qui avait auparavant servi dans l’armée française sous Richelieu. C’est en Angleterre, en 1721, que le Frère duc Montaigu inaugure la série des Grands Maîtres Militaires. De nombreux militaires et marins avaient été initiés, mais l’idée de constituer des Loges uniquement réservées aux militaires n’avait pas encore germé dans l’esprit des dirigeants de la Maçonnerie. La toute première Loge exclusivement réservée aux militaires aurait été établie à Gibraltar en 1728. La première Loge régimentaire ne sera fondée que quatre années plus tard en 1732. Le R. F. GOULD avance pour sa part l’existence de cette première Loge régimentaire en 1742. Ce flottement manifeste de la chronologie des Loges militaires témoigne de l’absence d’une quelconque définition officielle. En France, les initiations individuelles précèdent l’apparition de Loges uniquement composées de militaires. Le premier officier supérieur reçu par les Loges fut le Maréchal d’Estrée en 1737, suivi de près par le Maréchal de Saxe et le Duc de Richelieu. En 1744, on dénombre 5 Loges dans les régiments et en 1776 la France compte 23 Loges militaires regroupant 600 Frères. En dehors de ces Loges régimentaires, l'armée compte un grand nombre de Maçons non affiliés aux Loges régimentaires. On relève les noms du Duc de Chartres, du Duc de Montmorency-Luxembourg, du Duc de la Tremouille, du Marquis de La Fayette... On peut signaler aussi qu’en 1744, la France déclare la guerre à l’Autriche et que des contacts ont lieu aux Pays-Bas, entre officiers Maçons des camps adverses. Le renversement des alliances en 1748 fait de la France l’alliée de l’Autriche contre la Prusse et l’Angleterre. La reprise de la guerre en 1756 va entraîner l’éclosion de quelques Loges au sein des armées en conflit. Pour la France, la grande maîtrise d’un militaire, le Comte de Clermont, si elle n’a pas favorisé l’essor de la Maçonnerie, ne l’a pas non plus, contrarié. L’origine de l’actuel « Centre des Amis », selon l’historien G. BORD, se trouve dans les Loges Militaires de la « Principauté de Bouillon », et en particulier dans la Loge « L’Union », antérieure à 1766, du Régiment dit : « Toul Artillerie ». Celle-ci fonde, après une forme intermédiaire dite « La Parfaite Union », deux Loges ; la Loge « Henri IV », (qui dura de 1776 à 1786), et la Loge « Sully » (1776-1789). A ces deux Loges s’adjoint « La Sincérité » de Besançon, et toutes trois fondent la Loge « Guillaume Tell », du Régiment de Sonnenberg, dont le Temple est à Courbevoie (Caserne des Gardes Suisses). Au commencement de la Révolution, on compte six Loges provinciales, 629 Loges militaires dont 60 purement régimentaires. La dernière créée est celle du Royal Italien, qui date de 1787, le Vénérable n’est autre qu’André MASSENA, le futur Maréchal. Pendant la période révolutionnaire, la Maçonnerie plongeant dans les convulsions profondes qui secouent la nation se trouve affaiblie. Les ateliers sont mis en sommeil : les Frères dispersés, poursuivis, persécutés ; la terreur les frappe.  « Les Gardes Suisses », qui ont juré fidélité au Roi, donne l’Ordre du « Cessez-le-feu » ; ils se désarment. Alors, sans défense, ils sont tous massacrés par la populace (10 Août 1792). Les Gardes Suisses Maçons, hors service ce jour, fondent le 2 février 1792, douze jours après la décapitation de Louis XVI, en pleine terreur, « Le Centre des Amis ». En 1797, il reste 18 Loges en activité, dont 3 à Paris. Un renouveau de grande ampleur des Loges militaires marquera le Consulat et surtout l’Empire. La Loge militaire est un instrument important entre les mains de Napoléon. En 1802, trente-cinq ateliers sont créés. A la fin de 1804, Napoléon souhaite l’unité maçonnique et parmi les 148 grands officiers, on compte 24 maréchaux, amiraux et généraux. Depuis 1805, Joseph Bonaparte est Grand Maître et une grande partie de la famille et des proches de l’Empereur a reçu la lumière. (Bernadotte, Soult, Bonneville, Lefebvre, Poniatowski) portent, avec le triomphe de leurs armées, les idées maçonniques mises au goût du jour par Napoléon. En 1805, on compte : 3032 officiers, 1458 sous-officiers et 437 soldats Francs-Maçons. Leur nombre ne cesse de croître jusqu’en 1814, date à laquelle 73 Loges militaires sont dénombrées : une Loge militaire existait pratiquement dans chaque régiment, ainsi que dans la garde impériale. Oasis de calme pour des gens à la vie agitée, la Maçonnerie militaire sert à l’avancement tout en permettant, à l’occasion, d’avoir la vie sauve en faisant le signe de détresse sur le champ de bataille. De nombreux exemples cités par un orateur de la Loge Ernest Renan montrent que la solidarité internationale maçonnique jouait au-dessus des considérations militaires les plus impérieuses. Toutefois cette Maçonnerie militaire perd de son caractère spirituel comme en témoignent les changements d’appellation. Cette « Maçonnerie en Armes », « Maçonnerie de la Servilité » est frappée par la chute de l’Empire. En 1815, l’abandon du Maréchal Ney par ses frères en est le symbole. En 1823, il reste 4 Loges militaires et en 1830, au moment de la campagne d’Algérie, il reste 2 Loges militaires. Cette campagne sera pour l’armée française l’occasion d’implanter solidement et solidairement la Franc-maçonnerie dans ce pays. Dans le corps expéditionnaire il y a de nombreux officiers Francs-Maçons (Maréchal Pélissier, Magnan). Alors que la Franc-maçonnerie stagne en France, sous l’impulsion des militaires, elle fait preuve sur place d’un grand dynamisme. En effet, la composition sociale des Loges va évoluer rapidement et en 1847, les fonctionnaires et les militaires sont peu à peu remplacés par des commerçants, des artisans et des industriels. En ce qui concerne les militaires la trop célèbre circulaire SOULT de 1845, interdisant aux militaires de se faire initier, va amorcer la désertion de ceux contraints de quitter les Loges. Celles-ci sont désorganisées car de nombreux officiers supérieurs sont Vénérables. Deux groupes de militaires resteront sur les colonnes et reprendront l’œuvre Maçonnique : les officiers de santé et les officiers des bureaux arabes. Après 1848, de nombreux militaires reviennent sur les colonnes. Les Loges deviennent des sociétés de pensée où semble régner l’esprit dit républicain. En 1858, on assiste à la création d’une Loge militaire en Crimée. Cependant des ministres de la guerre (les généraux Billot en 1882 et Freycinet en 1889), adressèrent une circulaire interdisant aux militaires en activité de faire partie d’aucune association. Les nombreuses conspirations républicaines fomentées par les Carbonari et les Maçons du moment, avaient justement attiré l’attention sur le deuxième objectif d’une certaine Maçonnerie : après avoir fortement désarticulé la puissance catholique par ses attaques, il s’agissait de briser la Monarchie et de faire accéder le peuple au stade démocratique grâce auquel la Maçonnerie, armature secrète du régime, devrait arriver bientôt à dominer l’Europe. La puissance révolutionnaire des masses populaires se révélant plus forte et plus sûre pour les Loges, que les appels à l’armée, les Loges militaires disparurent, moitié sous l’effet de la circulaire de SOULT, moitié devant la force nouvelle du peuple excité et trompé par l’Orientation nouvelle de cette presse maçonnique : En effet, la Maçonnerie « nouvelle mouture », changeait de tactique. Parmi les éléments qui ont dynamisé la Franc-maçonnerie militaire, la mobilité des régiments et le phénomène associatif dans les armées en sont les principaux éléments auxquels il convient d’ajouter, pour la majeure partie : la foi Chrétienne. En effet, au XVIIIème siècle, comme il y a peu d’années encore, les militaires Maçons fréquentaient, autant que faire se peut, et les Églises, et les Loges de leur garnison. Se déplaçant souvent, mutés fréquemment, il leur était impossible de s’agréger à une Loge civile, d’où la nécessité « d’ateliers ambulants ». Il suffisait parfois d’un seul officier muni d’une patente régulière pour qu’une Loge soit ouverte, ce qui favorisa leur multiplication. Certaines étaient stables, mais la plupart se déplaçaient avec les régiments. Elles initiaient aussi des civils, permettant ainsi l’implantation d’ateliers dans des « Orients » fixes. - Elles se composaient d’officiers de rang moyen (chirurgiens, aumôniers, Sous-officiers). Cette forme de Maçonnerie qui connut un vif essor pendant la guerre de cent ans, fut bien implantée dans les régiments de Hussards et de Dragons, ainsi que dans les unités militaires de la Maison du Roi.Les Loges navales constituées à bord des navires pour occuper les soirées n’étaient pas rattachées à des Obédiences et il est de ce fait, impossible de les dénombrer. Les « FF. de la Côte » en sont un exemple. De nombreux marins furent Maçons, initiés dans leur port d’attache ou au cours d’escales, et ils contribuèrent, avec les fusiliers marins, (ossature de l’armée Coloniale) à diffuser la Maçonnerie dans les colonies. Parmi les marins Maçons, il faut citer le bailli de Suffren, Surcouf initié en 1756, à l’âge de 23 ans, à « la Triple Espérance »à l’Ile Maurice.Si les Loges militaires permirent, sous l’ancien régime et avec Napoléon 1er, à faire connaître l’idéal maçonnique en France et en Europe lors des campagnes napoléoniennes, elles n’ont guère survécu à l’épopée du Premier Empire. Cela étant, et grâce aux militaires, la Franc-maçonnerie a été implantée en Algérie. Voilà donc le destin d’un corps social qui a su œuvrer à sa manière pour reprendre notre idéal de Franc-maçon. Mais le survol de l’histoire des Loges militaires, leur naissance, leur multiplication, leur apogée et leur déclin seraient incomplets sans faire référence aux Loges militaires de prisonniers francs-maçons qui réaffirmaient dans leur servitude, parfois dans des conditions abominables, surhumaines, la foi de l’initié. Bien des Triangles, parfois des Loges, ont été formées dans les Stalags, voire même dans « les Camps de la Mort » où des déportés résistants et politiques étaient enfermés. Cet épisode de la Maçonnerie Militaire devrait normalement faire l’objet d’un développement ultérieur par un de nos frères martyrs, donc témoin de ces geôles et…des atrocités qui y furent commises ! Nous n’avons pratiquement pas d’écrits sur ce sujet. C’est regrettable ! Nous allons à présent aborder la réflexion qui nous conduira à nous poser la question : Le militaire serait-il disposé à recevoir le message Initiatique ? Encore aujourd'hui pour toute une opinion - dite conservatrice, le problème se pose toujours en ces termes : « Comment l'Armée dont l'image a été associée à l'idée d'ordre politique et de fidélité patriotique, a-t-elle pu « s'entendre » autrefois avec la Franc Maçonnerie si longtemps dénoncée comme le parti par excellence de la trahison diffuse, et visant à saper les fondements de l'ordre et de la morale traditionnels, c'est-à-dire chrétiens ? » Trois éléments ont formé le rôle catalyseur dans l'élaboration de cette conviction : La défaite de 1870, L'affaire dite des fiches, L'affaire DREYFUS. La défaite de la France dans sa guerre contre la Prusse était due, selon certains esprits et sans aucune preuve, à la présence de Francs-Maçons dans des Loges organisées qui communiquaient aux Prussiens des informations hautement confidentielles ? La guerre était ressentie par les Loges parisiennes comme une trahison : trahison du serment prêté par le Frère GUILLAUME 1er, Roi de Prusse. Or, le triomphe était impossible, la Nation française était condamnée par la Haute Maçonnerie internationale ! Cependant malgré les accusations d'antipatriotisme portées par la presse, les Maçons se sont montrés aux premiers rangs des défenseurs de la Patrie et ses Temples qui sont ouverts à tous les hommes restent les meilleures écoles pour former les citoyens. Jusqu'en 1815, le discours maçonnique avait prêché l'opportunisme et l'apolitisme. A partir de cette date, l'Ordre subit une évolution sensible. L'armée quant à elle, après avoir appuyé la réaction en 1848 contre les mouvements de libération nationalistes européens, et soutenu le coup d'état du 2 décembre 1851, va devenir à partir de la fin du second Empire, par son recrutement de plus en plus aristocratique aux convictions religieuses affirmées, et Catholiques en particulier, un bastion du conservatisme. Le principe du recrutement par cooptation accentue encore le caractère conservateur du Haut État-major. La Franc-maçonnerie, elle, accuse les généraux de vouloir « décléricaliser », et l'Armée refuse souvent l'initiation d'officiers qui sont réputés réactionnaires et catholiques… Après l'école primaire, c'est dans l'armée que la Franc-maçonnerie situe le lieu d'apprentissage des principes maçonniques. L'armée étant un terrain propice pour la diffusion des lumières, le devoir maçonnique n'est nullement incompatible avec le devoir militaire. Le Général Freycinet accepte de ne pas s'opposer à ce que les militaires entrent en Maçonnerie, à condition de ne faire aucune manifestation publique et de ne pas attirer sur eux, l'attention de la presse. C'est justement la presse (lorsque éclate l'affaire DREYFUS) qui va jouer un rôle catalyseur de toutes les vieilles hantises des différentes sensibilités. Au sujet de l'affaire, c'est dans la bonne conscience d'un honneur sauvegardé et avec discrétion et dignité, que les militaires acceptent la sentence rendue par le premier Conseil de Guerre de Paris. L'honneur du corps des officiers français demeure au-dessus de tout soupçon. La question de l'appartenance du Capitaine DREYFUS à la Maçonnerie ne manque pas d'être soulevée, mais en réalité il n'existe aucune trace permettant de le confirmer. Dreyfus condamné à nouveau par le Tribunal Militaire de Rennes sera réhabilité en 1906. Le Haut État-major commence, dès 1905, à faire l'objet de démocratisation et de décléricalisation. Les Loges proposent un certain nombre de résolutions vis-à-vis de l'Armée. La Loge « Les Enfants de Gergovie à Clermont-Ferrand » suggère que : « toutes les propositions pour l'avancement, les décorations, les récompenses et que toutes les nominations soient faites au cabinet du Ministre, ceci sans tenir compte de l'avis des chefs qui sont pour la plupart cléricaux et réactionnaires. Ces accusations atteignent leur paroxysme en 1904 avec l'affaire dite des fiches ». Le Ministre de la Guerre, le Général André est interpellé à la Chambre. Il est accusé d'utiliser les officiers Francs Maçons pour enquêter sur les opinions et pratiques religieuses des cadres de l'Armée soupçonnés de « Jésuitisme ». Certains FF. considèrent en effet que l'Armée est restée une institution de l’ancien régime et que rien n'a été fait pour la Républicaniser. Cette affaire est loin d'avoir l'unanimité au sein des Loges et l'une des conséquences en a été la remise en question de l'appartenance des militaires à la Franc-maçonnerie. A cet égard le Frère Chatenet de l'orient de Paris considère : « que les officiers n'étant ni électeurs, ni éligibles, ne peuvent faire partie de la Franc-maçonnerie ». Ainsi le militaire n'étant pas un citoyen libre, ne saurait être un Maçon libre ? Point de vue combattu par le Frère Duprat de la Loge de Rochefort qui affirme : « C'est dans l'élément militaire que nous avons trouvé le plus de fidélité aux idées maçonniques. C'est un honneur pour la Loge de recevoir des officiers et des soldats qui montrent ainsi leur courage et leur détermination vis-à-vis de nos idéaux ». La Franc Maçonnerie fait ainsi l'aveu qu'elle n'a plus prise sur l'Armée, qu'elle n'est plus à même de se porter garant de son loyalisme, mais encore que sa méfiance et sa suspicion à son égard sont totales. Dès lors elle requiert toute une série de mesures visant à modeler l'appareil militaire sur l'idéal républicain. Les méthodes utilisées n'étaient pas nouvelles, la pratique des fiches existait déjà en 1789 ; le but étant de dépister les officiers nobles et contre-révolutionnaires. Les procédés du Général André se situaient dans la plus pure tradition jacobine de pureté et de fidélité républicaine. A la veille du premier conflit mondial, une question semble l'emporter sur les autres. C'est celle posée en janvier 1914 par l'Association antimaçonnique de France dans le cadre : « D’une consultation publique sur le rôle et l'action de cette société secrète et internationale qui constitue un état dans l'état : « l'existence de la Franc Maçonnerie (Société secrète et internationale) qui a instauré le régime des fiches, est-elle compatible avec la hiérarchie de l'Armée, la discipline militaire et la Défense Nationale ? » Ainsi la Société militaire a-t-elle connu une évolution révélatrice ces derniers cent ans. Aussi beaucoup d'anti-maçons étaient-ils convaincus qu'une fois la France en guerre, l'ennemi véritable serait à l'arrière et jouerait le jeu de l'adversaire. L'obsession du « coup de poignard dans le dos » tentera de façon presque paranoïaque certains groupes jusqu'à la Libération. En tout état de cause, et durant le conflit, les Frères affirment hautement leur idéal patriotique : leur participation active et sans réserve n’est pas contestable. La progression des Loges Militaires montre que la maçonnerie correspondait à un besoin collectif dans une société à la recherche de nouvelles valeurs. Cependant, certains militaires voyaient dans la Franc maçonnerie un remède à la morosité de la vie de garnison, d'autres une source d'avantages et de protection. Si le discours maçonnique, à la fin du 18ème et de l'Empire, proclame que tous les hommes sont frères, il est cependant reconnu que tous n'ont pas la même aptitude à la vertu. Mais l’initiation a un effet compensatoire qui rapproche les conditions inégales sans les confondre. L'initiation a un effet anoblissant. Le gentilhomme de cette nouvelle race étant dès lors celui qui possède la capacité d'intuition suffisante pour parvenir à la connaissance qui lui est suggérée à travers l'initiation. Chacun des rites maçonniques est régi par un ensemble de règles qui donne à chaque rite un caractère spécifique. L'institution militaire possède aussi ses rites qui diffèrent d'une Armée à l'autre et d'un régiment à l'autre. On retrouve cette similitude dans les symboliques, verbal et gestuel, et dans les rituels. Les rituels maçonniques font appel à des techniques récurrentes sous la forme d'invocations ou de récitations répétitives pour marquer un instant solennel. La brièveté et le rythme des questions et réponses contribuent à renforcer le pouvoir du son vocal. Ce son vocal a un pouvoir et c'est pour cela qu'il est fréquemment employé par les militaires à l’occasion de parades, de défilés ou pour la conduite des hommes au combat. La précision est dans les gestes et les attitudes constitutives d'une tradition respectée par les Maçons et les militaires. La mise à l'ordre, le signe, la griffe et la marche sont autant de gestes communs qui traduisent le respect envers l'autorité supérieure et l'état de préparation de l'homme face à ses responsabilités. Le langage symbolique en Maçonnerie fonctionne selon la structure des « langues sacrées ». La connaissance de la langue sacrée est indispensable pour comprendre l'enseignement ésotérique. C'est un langage, une science, un art. Le milieu militaire possède depuis toujours, son langage dont seul un initié possède la clé. Ainsi chaque année, chaque spécialiste a son langage spécifique qui permet une meilleure compréhension, une cohésion plus grande et une meilleure conservation des secrets. Dès lors la détention d'un secret confère un pouvoir et un rang qui agrègent, au terme de l'épreuve, à une communauté nouvelle dont les membres se reconnaissent à certains signes, mots et attouchements. Le rituel décrit la façon de réaliser certaines opérations. La préparation de la Loge, l'ouverture et la fermeture des travaux ne sont pas sans rappeler les dispositions entourant une cérémonie ou une opération militaire. Pour y assister, il faut être militaire ou y être invité. Le décor est imposé en fonction du type de parade, Les travaux sont terminés après le départ du drapeau et de sa garde. Les nôtres sont immuables et le déroulement obéit à certaines règles. Si le Frère porte tablier et gants blancs comme vêtements de protection contre les possibles dangers, l'officier porte gants blancs, épée, sabre ou poignard pour se défendre. Il porte, comme le Maçon Rectifié en particulier, une coiffure pour marquer son indépendance et son autorité. Enfin, s'il doit se voir récompenser sur la « personne » par la remise d'une décoration, il sera dépouillé de tous ses métaux. L'élévation à l'état d'officier rappelle certaines cérémonies d'initiation et d’augmentation de Salaire. L'instruction du grade est poursuivie individuellement ou à l'occasion de séminaires et a pour but d'acquérir les connaissances pour mériter une éventuelle augmentation de grade. Ceci n'est pas sans rappeler la tradition militaire. L'état de militaire prédispose à la pratique des devoirs du Maçon dans le sens d'une plus grande maîtrise de soi-même. Inversement l'Art Royal est ce qu'il y a de plus propice à nous faire accomplir nos devoirs de soldats de la manière la plus élevée possible. Cependant entre les devoirs du soldat et la profession de foi du Maçon, le militaire ne dissimule plus la troublante ambiguïté de sa tâche telle qu'elle apparaissait à la fin de l'ancien régime. En 1781, un capitaine apprenti Maçon déclare : « Le Maçon gémit de l'affreuse nécessité qui le contraint à remplir un devoir barbare…». Sous l'Empire, le respect de la dignité du vaincu, surtout s'il est Maçon, est réaffirmé avec une vigueur nouvelle. Les scrupules du soldat ne tiennent pas tant à un manque de courage qu'à un surplus d'humanité. Les faits de fraternisation entre adversaires Maçons sur le champ de bataille ont été, dès le Second Empire diversement interprétés. Ainsi au plus fort de la guerre, c'est au milieu même de l'Armée que les doctrines spécifiques semblaient s'être réfugiées. Sous le régime de Bonaparte, elle devint une société d'assurance contre le meurtre militaire et le signe de détresse fut une chance de sauvegarde dans les combats et devant les Conseils de Guerre. Certaines Loges ont à cette époque perçue la contradiction entre Armée et Maçonnerie. En fait, le guerrier Maçon sera toujours aux prises avec deux sortes d'ennemis, l'un extérieur et l'autre intérieur, le combat maçonnique étant d'abord un combat en dehors de lui-même, et la seule victoire, une victoire sur lui-même. Peut-on dire que c'est en temps de guerre que le Maçon peut répandre ses plus grands bienfaits ? Peut-on affirmer que la guerre est une véritable épreuve initiatique ? Bien des militaires ont vu dans la guerre une véritable entreprise missionnaire, une croisade contre le fanatisme et la superstition. Les événements d’Algérie l’ont illustré. Les Chefs de S.A.S., les responsables de Harkas ou plus simplement les Capitaines Commandant d’Unités et les Chefs de Postes dans les Aurès, en Kabylie, dans l’Algérois ou dans l’Oranais l’ont amplement démontré. Par l'évocation lyrique de l'époque guerrière, le Militaire Maçon se rappelle qu'il a été formé à l'apprentissage des armes avant de l'être à celui de la sagesse. Dans l’ère napoléonienne, son culte de l'Empereur venait bien plus tôt, avant celui du Grand Architecte et son amour de la Patrie, avant celui de l'univers. Les vertus guerrières ne sont point fondées sur le mépris qu’on fait de la vie, mais bien sûr, sur une force d’âme et une intrépidité héroïque, qu’aucun péril ne peut arrêter, dès qu’il s’agit de devoir et des Ordres Supérieurs. Ce n’est pas aux Soldats, ni aux Officiers, à examiner si la guerre est juste sans doute, l’esprit de discipline devant primer, mais il appartient bien aux Nations héroïques pouvant conduire à une seconde naissance, d’éveiller l’individu à un nouveau lui-même. « Comment expliquer cet attachement du militaire pour la Franc-maçonnerie ? » Une affinité particulière entre Armée et Maçonnerie expliquerait-elle la pénétration de l'une par l'autre de ces deux formes de sociétés fort différentes mais douées également de vertus associatives ? L'histoire des Loges Militaires nous démontre que la société militaire par son esprit de corps, sa cohésion, sa discipline, sa tolérance, a favorisé à sa manière l'expansion de la Franc-maçonnerie en France, en Europe, voire même en Afrique. Aujourd'hui, la guerre conduite par le Militaire pour rétablir la paix est-elle compatible avec les principes généraux de la Franc-maçonnerie ? Cette question s'adresse à la Franc-maçonnerie en général, œuvre humanitaire, expression de l'Art Royal lequel, au-delà du temps et de l'espace unit à jamais les Fils de la Lumière. A la représentation essentiellement affective, voire sentimentale, que les militaires se faisaient de la Maçonnerie dans les années 1870 a succédé, sous l'Empire, celles qui unissent les hommes face aux épreuves de la guerre. Après l'abandon à cette sensibilité, l'attachement aux serments inébranlables revient à grands pas. Dès lors la bravoure s'exalte en un fol héroïsme qui place le Militaire Maçon au-dessus du commun des mortels. Cette exaltation lyrique de la solidarité maçonnique a pu se trouver confortée par l'élargissement constant de l'Empire mais la référence à l'époque napoléonienne comme modèle d'élan patriotique fut sans lendemain. Certains dénoncent la période impériale comme celle qui avait dévoyé la Maçonnerie en la plaçant sous le joug d'un militarisme omnipotent. Pour d'autres, la guerre reste comme étant l'état le plus propre pour développer en soi l'état maçonnique. La fraternité maçonnique n'a nullement empêché les hommes de se battre, ni moins infléchi le sort des batailles, tout comme aucun fait ne peut laisser soupçonner que la fraternité maçonnique ait affaibli le sentiment patriotique chez ses adeptes. Les Francs-Maçons, comme les Militaires, ont joué le rôle d'une courroie de transmission entre des organisations et des hommes qui s'attachaient à promouvoir l'idée de la nécessité d'une amélioration morale et matérielle de l'homme. Dans leur comportement, les hommes sont attachés aux valeurs de discipline, de rigueur, d’honneur, de patrie et de sens des responsabilités. Aussi dans les périodes troublées, le drapeau, symbole de ralliement et d'unité, peut constituer pour beaucoup de militaires le seul orient possible. On ne sait jamais ce que l'on vaut tant qu'on n'a pas été mis à l'épreuve, mais il faut au moins se demander dans le secret de son cœur, lorsque l'on veut entrer en Maçonnerie, si l'on sera au moins capable de courage. C'est aussi le problème que se pose l'homme qui a choisi le métier des armes

J'ai dit

Source : www.ledifice.net

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