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Hauts Grades

L'Equerre

4 Juillet 2012 , Rédigé par Y. H.M. Publié dans #symbolisme

Au Moyen Âge, l'outillage individuel des corps de métiers du bâtiment est assez proche de celui qui est en usage de nos jours sur les chantiers. Parmi le matériel, l'équerre sert à tracer à construire ou à vérifier un angle droit. L'outil date de l'Antiquité. D'abord en bois, puis en fer, l'équerre du maçon est toujours de branche inégale, presque toujours dans le rapport 3/4. L'iconographie médiévale montre également des « fausses équerres » dites «sauterelles» pour mesurer des angles non droits.

Dans les Old Charges , son symbole n'est pas encore fixé. Il se précise au début du XVIIIe siècle. Dans le Sloane (vers 1700} on lit:
« Combien y a–t–il de lumières  dans votre loge ?
–Trois: le soleil le maître et l'équerre. »
Le texte précise qu'il existe des variantes:
« Combien y a–t–il de lumières dans votre loge ?
–Deux: une pour y voir en entrant et une pour y voir en travaillant.–
Par quoi avez–vous prêté serment ?
–Par Dieu et l'équerre. »

Un dialogue différent se trouve dans le manuscrit Dumfries nº 4 (vers 1710):
«Combien y a–t–il de colonnes [piliers] dans votre loge ?
–Trois.–Lesquelles ? –L'équerre, le compas  et la Bible"

Dans L 'Examen d'un maçon (1723), l'équerre est citée quatre fois, notamment comme un des quatre bijoux  précieux, avec la pierre cubique, le parpaing et la planche à tracer. Dans le manuscrit Graham {1726), l'équerre est le septième joyau et un des « six outils sans la plupart desquels un maçon ne peut accomplir un bon travail »..

Le Wilkinson (vers 1727) en fait un meuble de la loge, avec le compas et la Bible, et un des trois bijoux mobiles, avec le niveau et le fil à plomb.

Dans la Confession d'un maçon {vers 1727), on peut lire un long développement sur l'équerre, notamment à propos de la marche. On y trouve également la précision suivante:
« Combien de points y a–t–il dans l'équerre ?
–Cinq.–
Que sont ces cinq points ?
–L'équerre, notre maître soumis à Dieu en est un, le niveau est le deuxième, le fil à plomb le troisième, la règle portative le quatrième et la jauge le cinquième. »

Dans Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), l'équerre est incluse dans deux triades:
«Quels sont les autres meubles de la loge ?
–La Bible, le compas et l'équerre.–
À qui appartiennent–ils en propre ?
–La Bible à Dieu, le compas au maître et l'équerre au compagnon de métier.–
Y a–t–il des bijoux dans votre loge ?
–Oui.–
Combien ?
–Six, trois mobiles et trois immobiles.–
Quels sont les bijoux mobiles ?
–L'équerre, le niveau et le fil à plomb.–
Quel est leur usage ?
–L'équerre pour poser selon des lignes justes et d'équerre, le niveau pour vérifier toutes les horizontales et le fil à plomb pour vérifier toutes les verticales.» La symbolique de l'équerre est assez univoque: elle implique l'idée de rectitude de rigueur, de précision. Le maçon se doit ainsi « d'être à l'équerre » (ou « d'être d'équerre »), c'est–à-dire droit, rigoureux et ferme dans ses pensées, ses actes et ses paroles. Le Graham invite le maçon à ne pas faire « honte à l'équerre ». L'équerre est un des symboles les plus signifiants de la franc–maçonnerie spéculative. Déjà le Dumfries précisait:
« Qu'est-ce que la maçonnerie?
–Une oeuvre d'équerre. »

Dans presque tous les rites « l'équerre ", le « niveau  >, et la « perpendiculaire »servent de modèle et de justification à la mise à l'ordre, au(x} signets) et à la marche des grades d'apprenti et de compagnon  et dans une certaine me sure de maître.

L'équerre est le bijou  du vénérable qu'il porte suspendu au sautoir .Comme sa consoeur opérative, ses branches sont inégales, dans le rapport 3/4. Jules Boucher précise que la branche longue doit se trouver du côté droit, siège de l'activité, dominant sur le côté gauche. Dans le catéchisrne du Régime Rectifié on peut lire:
« Combien y a-t-il de bijoux dans la loge ?
-Il y en a trois.-
Quels sont-ils ?
-L'équerre, le niveau et la perpendiculaire.-
A qui sont attribués ces bijoux ?
-L'équerre au vénérable maître [...].-
Que signifie l'équerre ?
-Elle est l'emblème de la régularité et de la perfection des travaux d'une Loge, dont le vénérable maître doit diriger tous les plans. »

L'équerre joue un rôle important notamment dans le rituel de réception. Dans le Rite Écossais Ancien Accepté le récipiendaire se met sur le genou gauche dénudé ou reste debout, la main droite posée sur le volume de la Loi sacrée ou le Livre de la loi maçonnique, l'équerre et le compas. Dans sa main gauche, il tient un compas ouvert avec une pointe appuyée sur le coeur. L'expert et le maître des cérémonies forment alors au-dessus de lui une équerre avec l'épée et la canne  .

Dans le Régime Rectifié, le néophyte a le genou droit dénudé posé sur l'équerre au bas de l'autel, la main droite sur la Bible, un compas ouvert en équerre, une pointe sur le « coeur à découvert » dans la main gauche.

Au Rite Français on trouve une gestuelle assez voisine mais le serment se prête sur la Constitution (statuts et règlements généraux).

Au Rite Français Groussier après la réception de la lumière, le vénérable de la loge doit attirer « l'attention du récipiendaire sur trois des principaux symboles: le Livre de la loi, symbole des devoirs maçonniques;
l'équerre, symbole de la rectitude du jugement et de la conduite;
le compas, symbole de l'exact et de la mesure que nous devons observer à l'égard de nos semblables et en particulier des francs-maçons ».

Au 2°, l'équerre joue un rôle important, avec les autres outils, lorsque le nouveau compagnon déc,ouvre l'utilisation de l'outillage. Au Rite Écossais Ancien Accepté, le néophyte reçoit, pour le 4e voyage, une règle et une équerre, ou selon les rituels une équerre seule. Au Rite Français, le récipiendaire, toujours pour le 4e voyage, tiendra, dans sa main gauche, une équerre et une règle. Dans le Régulateur de 1801, le voyage effectué, le vénérable déclare au futur compagnon: « Mon frère, nous avons voulu vous figurer par ce voyage, la quatrième année d'un compagnon pendant laquelle il est occupé à la construction et à l'élévation des bâtiments, à en diriger l'ensemble et à vérifier l'exactitude de la pose des pierres et l'emploi des matériaux. Ceci vous offre l'emblème de la supériorité que les hommes obtiennent sur leurs semblables par le zèle, l'assiduité et l'éminence de leurs connaissances, lors même qu'ils la cherchent le mains. », Au Rite Français {Groussier, l'équerre, associée au compas, est confiée au récipiendaire lors de son 2e voyage, consacré à la découverte de l'Art. Le premier surveillant explique alors: « Dans le voyage que vous venez d'accomplir, l'équerre - qui sert à dresser régulièrement les matériaux -, et le compas - qui sert à établir les mesures exactes - étaient les emblèmes de l'Art, ils sont aussi, pour les maçons, les symboles de la Justice et de la Vérité. »

L'équerre joue également un rôle au 3°. Dans Masonzy Dissected, de Samuel Prichard, on peut déjà lire:
« Comment êtes vous parvenu à devenir (to be pass'd) maître ?
-Avec l'aide de Dieu, de l'équerre et de mon propre travail.-
Comment avez vous été fait maître ?
-De l'équerre au compas.-
Je présume que vous avez été apprenti entré.
-J'ai vu Jachim et Boaz. J'ai été fait maître maçon, c'est le plus rare, Avec le parpaing, la pierre cubique et l'équerre. »

À noter que dès les premiers tableaux  de loge au grade de maître, on voit très souvent l'équerre, du côté de l'occident à la tête du tombeau (du cercueil ou du cadavre} d'Hiram et le compas du côté de l'orient, aux pieds de la sépulture. Ainsi, lors du passage ritualisé au-dessus du cadavre de l'architecte assassiné le récipiendaire passe littéralement de l'équerre au compas.
De plus, le nouveau maître ne doit pas rester définitivement au niveau du compas seul, mais il doit se situer entre les deux. Ainsi le Régulateur de 1801 précise:
« Si un maître était perdu, où le trouveriez-vous?
- Entre l'equerre et le compas »
Cette formule, déjà suggérée par Prichard, se retrouve dans presque tous les rites, notamment d'esprit Moderne avec les mêmes justificatifs.

Équerre et compas sont intimement liés des le début du XVIIIe siècle, selon un symbolisme plus cosmogonique que rnaçonnico-opératif. L'équerre exprime la terre le compas, le ciel, y compris en Chine comme l'a montré Léon Wieger. Leur association, du côté de l'orient, et leur place sur le volume de la Sainte Loi (ou de la Loi maçonnique) indiquent et expliquent à quel grade les travaux se déroulent. Dans presque tous les rites, au grade d'apprenti, l'équerre est au-dessus du compas. Au degré suivant, les deux outils sont entrelacés (au Régime Rectifie, 11 en est toujours ainsi). Au grade de maître, le compas est posé sur l'équerre. De manière lapidaire, Jules Boucher explicite cette évolution: « Le compas symbolise [..}.l'esprit, et l'équerre la matière. Par conséquent, nous pouvons dire: au premier degré la matière domine l'esprit; au deuxième degré ces deux forces s'équilibrent; enfin, au troisième degré l'esprit survole la matière et la transcende. » L'apprenti travaille avec confiance et sincérité, le compagnon avec sincérité et discernement, le maître avec discernement et justice. .

L'équerre est plus rare dans les hauts grades. Dans l'écossisme, elle est encore très présente au 4°, sur le front du récipiendaire en particulier:
« Comment avez-vous été reçu à ce grade ?
-En passant de l'équerre au compas.-
Que signifient ces paroles ?
-Ainsi que le géomètre qui passe des lignes droites aux grandes courbes et au cercle, j'aspire à m'élever au-dessus de la surface de la terre et à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle. »

On la retrouve au 10° du Rite Écossais Ancien Accepté (Illustre Élu des Quinze), lors de la découverte des assassins d'Hiram.

Elle figure également au 12°, où elle orne parfois le tablier de Grand Maître Architecte:
« Je connais parfaitement tout ce que renferme un étui de mathématiques.
Quels objets renferme-t-il ?
- Une équerre, un compas simple, un compas à quatre pointes? une règle, un aplomb, un compas de proportion, un demi-cercle. »
Elle est encore présente dans quelques grades chevaleresques, notamment dans le 1er signe et sur le tableau de loge du 20°. Elle figure quelquefois sur celui du 24° (Prince du Tabernacle). On la retrouve parfois dans le signe d'ordre du Grand Commandeur du Temple (27°) et dans le signe de Chevalier du Soleils {28°). Elle figure « renversée " dans le bijou de Grand Écossais (29°}.

Source : http://vrijmetselaarsgilde.eu/

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