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Hauts Grades

L’équerre et le compas ou une ontologie Maçonnique

4 Juillet 2012 Publié dans #Planches

 

L’équerre et le compas

Ou une ontologie Maçonnique

Dans les confessions d’un enfant du siècle Alfred de Musset nous décrit ainsi l’Humanité : « derrière elle, un passé à jamais détruit s’agitant sur ses ruines, devant elle l’aurore d’un immense horizon, et, entre ces deux mondes…je ne sais quoi de vague et de flottant ».Ce soir je voudrais justement vous parler de ce « je ne sais quoi de vague et de flottant ».
Je voudrais montrer ce que représente respectivement l’équerre et le compas, puis affirmer la nécessité de leur union.

Si on considère l’évolution, force est de reconnaître qu’il a fallu attendre l’arrivée de formes de vie complexes avant que l’esprit ne se manifeste pleinement. Dans cette optique, on peut dire que la matière a précédé l’expression des formes évoluées de l’esprit.
Il est d’usage de dire que l’équerre sert à tracer le carré et le compas le cercle.
La Tradition attribue à la Terre, donc à la matière une forme carrée, tandis que le mouvement circulaire des astres a de tout temps fait attribué le cercle au ciel, et par extension à l’esprit. L’équerre et le compas sont des flèches sur l’axe du temps, l’équerre peut représenter le passé, ce que nous avons été, alors que le compas peut représenter l’avenir, ce que nous avons à être.

Selon Marc Alain Ouaknin : « l’être ce n’est pas le soi, mais l’articulation entre avoir été et avoir à être ».
Si on croit cet auteur, l’espace circonscrit par l’équerre et le compas définit le présent et mon travail consiste à montrer comment nous devons être, donc à tracer une ontologie.
Le losange délimité par l’équerre et le compas est évocateur de la vulve, dont le symbolisme s’apparente à celui de la source et à celui de la gueule : elle prend et donne, avale la virilité et rejette la vie, elle unit les contraires, ou plus exactement les transmute l’un en l’autre.
Elle symbolise l’ouverture aux richesses secrètes, aux connaissances sacrées, à la Gnose. Ainsi nous comprenons mieux la formule qui orne souvent les vierges noires : « Virgina pariturae » : la vierge qui doit enfanter. Cet enfantement résulte de l’union des contraires symbolisée par l’enlacement des deux triangles que dessinent l’équerre et le compas, contraires qui sont en nous même et nul part ailleurs.

Ce qu’il s’agit d’unir, c’est : l’animus et l’anima. Nous devons prendre conscience de notre coté ombre de nos blessures du moi, et une fois identifiées nous devons les accepter (ce qui n’est pas une mince affaire). Une fois ce travail accompli a lieu l’union mystica qui donne naissance à l’embryon hermétique que la Tradition Chrétienne a symbolisée sur le fronton de certaines Cathédrales par le Christ en gloire entouré d’une amande ourlée, qui n’est qu’une forme stylisée de La Vulve archétypique d’où sort l’embryon hermétique ou fils de l’homme.
L’espace losangique reposant sur le prologue peut être interprété comme la vulve d’une vierge prête à recevoir la semence divine ici représentée par le logos du prologue.
C’est ce qui permet à Maître Eckart de dire : « si l’homme restait toujours vierge, nul fruit ne viendrait de lui. Pour devenir fécond, il faut qu’il soit Femme ».

Première conclusion, nous devons enfanter
L’espace délimité par le c et l’, est losangique et repose sur le prologue : » au commencement était la Parole, La parole est perdue, nous devons la retrouver donc nous retrouver auprès de Dieu cf. le mythe de la chute Adamique. L’initiation c’est le retour : le chemin est ce que le maçon doit parcourir, je dis bien doit, la maçonnerie est un devoir. Nous devons redevenir nous même, cf. le meurs et devient de Goethe : meurs à ce que tu es pour devenir un peu plus toi même. cf. : il est plus moi même que je ne le suis.
Tu es cela : TAT TVAM ASI comme le disent les hindouistes.
Cet enfantement dont je viens de parler c’est la révélation à sa propre identité.
Entre le passé et l’avenir il y a le présent, le ici et maintenant, quand nous vivons le ici et maintenant, nous sommes au centre, centre par lequel passe un axe qui permet de changer de plan. Vivre l’instant présent c’est ressentir cet axe en soi. Etre sur cet axe c’est acquérir La connaissance, la Gnose. Là, La Parole qui brillait dans les ténèbres et que les ténèbres n’avait pas comprise est retrouvée.

Lors de l’ouverture des travaux de table le VM dit : « nous savons que le FM étant un Homme participe à la fois de la chair et de l’esprit ».Ce passage du rituel nous apprend donc qu’un FM résulte de l’union de ces deux pôles. Pas d’équerre sans compas ni de compas sans équerre, car l’homme participe à la fois de l’esprit et de la chair. L’homme n’est ni ange ni bête, mais qui fait l’ange fait la bête. Faire l’ange ou faire la bête, résulte de la même erreur, celle qui consiste à oublier qui nous sommes, or ce soir nous essayons précisément de nous en souvenir.

3- Essayons de décrire la technique pour vivre l’ici et maintenant.
Il nous faut lâcher les projections vers le passé et vers l’avenir, par exemple j’aurais aimé que les choses se soient passées autrement, ou bien je souhaiterai qu’elles se passent de telle ou telle manière : non ! L’un sans second,
« Ne contemple en toute chose qu’une, c’est la seconde qui te fourvoie » Kabîr l’acceptation, un oui qui soit oui (cf. ADJ), faire corps avec le présent.
L’acceptation n’est pas une résignation, c’est un silence du mental permettant de franchir Yesod (la Lune) et d’arriver à Tipheret (Soleil) lieu de pleine lumière, d’illumination, source de la gnose.

Dans un passage de l’évangile le Christ dit : « Je Suis la Porte », cela signifie que quand je dis : je suis, je franchi la porte de l’être « je suis celui qui est qui était et qui vient » répond YHVH à Moïse.
La libération ne peut être réalisée, si ce n’est par la perception de l’identité de l’esprit individuel et de l’esprit universel. Immanence et transcendance ne sont que les deux faces d’une même pièce.

Ecoutons Yung Chia Ta Shih : « la lumière intérieure est au-delà des louanges et des reproches, comme l’espace, elle ne connaît point de limite, pourtant elle est ici même, en nous gardant à jamais sa sérénité et sa plénitude. Ce n’est que quand tu la cherches en la pourchassant que tu la perds, tu ne peux la saisir, mais également tu ne peux t’en débarrasser, et cependant que tu ne peux ni l’un ni l’autre, elle poursuit son chemin, tu restes silencieux, et elle parle, tu parles et elle est muette ».

La vérité de Brahman peut être comprise intellectuellement, mais le désir de séparation personnelle est profondément enraciné et puissant…il crée cette notion : « je suis lecteur, je suis celui qui éprouve », cette notion est la cause de la servitude à l’existence conditionnelle, à la naissance et à la mort…elle ne peut être ôtée que par l’effort sérieux pour vivre constamment en union avec Brahman. La chaîne d’union est la contra posée du désir de la séparation. Cette phase du rituel maçonnique nous permet de dépasser nos déterminismes. En abandonnant notre moi nous participons au Soi.
- En supprimant cette notion et le besoin de séparation personnelle nous accédons à l’état appelée LA LIBERATION.
4 Résultat de l’union
La délivrance c’est l’évacuation du placenta nourricier, celui qui nous rattache à la matrice (Tellus Mater). La libération c’est la sortie des contingences que sont : matière, esprit, espace, temps.
L’équerre est plus spécialement en rapport avec la détermination de l’espace alors que le Compas est plus en rapport avec celui du temps. Réunir équerre et compas c’est constituer un mandala nous permettant de transcender ces quatre dimensions. La matière c’est le conditionnement, le déterminisme. Transcender espace et temps c’est atteindre à l’état inconditionné, illimité, à l’éternité (qui n’est pas une succession d’instants mais une qualité du temps éprouvé, vécu.), en un mot à l’état édénique.
L’Essence est atteinte, or : chaque être renferme en lui la totalité du monde intelligible (Un le tout, tout est partout, tout est Brahman.) être c’est donc accéder à la connaissance. La Connaissance est aussi Amour, donc être c’est aussi aimer. La connaissance implique une certitude, elle ne permet pas de tergiversation ni d’atermoiement, c’est ou cela n’est pas.

Conclusion :

Non, il ne s’agit pas de naviguer entre la honte de ce qu’on a été et le mensonge de ce que l’on voudrait être,
Mais plutôt : Ici et maintenant, instant après instant :

JE SUIS.

J’ai dit Vénérable Maître.

Source ; www.ledifice.net

 

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