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Hauts Grades

L'escadrille Normandie Niémen

22 Septembre 2012 , Rédigé par Yves Donjon

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Jours sombres pour la France dont l'armée a été vaincue deux ans plus tôt en quelques semaines.
Néanmoins, certains Français ne se résignent pas à la défaite. Les forces de la France Libre continuent la lutte aux cotés des Anglais. En Egypte, en Syrie, au Liban, au Tchad, en Libye, dans les Iles du Pacifique, sur terre, sur mer et dans les airs, l'armée française est présente.
Le général de Gaulle décide qu'une unité d'aviation de chasse française sera présente sur le front de l'Est. Il existe déjà deux groupes de chasse dans les F.A.F.L.,"Alsace" et "Ile de France". Le troisième groupe s'appellera "Normandie".
Après de longues négociations avec l'U.R.S.S., le groupe constitué à Rayack au Liban, rejoint après un long périple, la base d'Ivanovo, ville située à 250 km au nord-est de Moscou.
60 militaires français dont 14 pilotes de chasse et 1 pilote de liaison, tous volontaires, vont représenter la France sur le sol soviétique pour combattre le nazisme. L'instruction des Français durera du 2 décembre 1942 au 14 mars 1943.
Il faut se familiariser avec la langue et surtout s'adapter aux conditions climatiques très difficiles de l'U.R.S.S. Les Soviétiques, malgré les difficultés économiques liées au conflit, font le maximum pour aider ces combattants venus de l'Ouest. La vie est très dure pour tous (température descendant jusqu'à -30° ayant une incidence directe sur l'entretien des avions) nourriture, difficultés d'adaptation pour les pilotes pour naviguer et retrouver leurs terrains dans ces énormes étendues enneigées. Parmi les différents types d'appareils, dont certains anglais ou américains, proposés par le commandement soviétique, et après les avoir tous testés, le commandant Tulasne et Albert Littolff arrêtent leur choix sur le "Yak" ce qui va droit au cœur des Russes. Les versions successives du "Yak" satisferont toujours les Français.
Le 19 mars 1943, le général Petit, chef de la Mission Militaire Française à Moscou, et le colonel Levandovitch du Commandement Supérieur des Forces Aériennes de l'Armée Rouge inspectent pendant deux jours "Normandie". De cette inspection, il est établi que : "Par ses qualités militaires et morales, cette unité est prête pour partir sur le front".
L'aventure du "Normandie" commence et la première campagne se déroule du 22 mars au 6 novembre 1943.
Pendant cette première campagne, les 15 premiers pilotes et les 22 pilotes de renfort vont, parfois au prix du sacrifice suprême, impressionner très favorablement le Commandement des Forces Aériennes Soviétiques.
Les exploits et la fougue de nos pilotes en combat aérien vont faire l'objet d'un modèle de tactique qui va être cité en exemple et même copié par leurs homologues aviateurs soviétiques. Le "Normandie" est à la pointe du combat. Les missions consistent notamment à escorter les bombardiers "Pe-2". La chasse ennemie du secteur est assurée par la très fameuse "Jagdgeschwader 51 Mölders".
Les combats vont succéder aux combats, toujours plus âpres aux cours desquels les victoires vont s'accumuler mais avec leur inévitable lot de pertes. Celles-ci vont devenir si importantes que des renforts seront nécessaires. Ils arriveront à compter du 10 mai 1943.
Le 19 juin, pour la première fois, la Pravda publie le nom de cinq officiers français décorés de "l'Ordre de la Guerre pour la Patrie".
Le 14 juillet, "Normandie", unité minuscule sur l'immensité du territoire soviétique, voit flotter le drapeau français lors d'une prise d'armes de dix minutes entre Français et Soviétiques.
Trois jours plus tard, c'est au tour du commandant Tulasne de ne pas rentrer. Il sera remplacé à la tête de "Normandie" par le commandant Pouyade tandis que le sous-lieutenant Albert et le capitaine Préziosi obtiennent la 30ème victoire du groupe.
L'effectif des mécaniciens français était insuffisant, aussi un complément fut réclamé. Non seulement la France Libre n'était pas en mesure d'y faire face, mais en plus elle demandait du personnel mécanicien en vue de la mise sur pied de nouvelles unités, suite à la libération de l'Afrique du Nord. Au mois d'août 1943, l'ensemble du personnel technique français fut muté au Moyen-Orient et remplacé par du personnel soviétique. C'est ainsi que "Normandie" perdit ses compagnons de la première heure.
33 pilotes arrivent en renfort du 22 décembre 1943 au 28 février 1944, puis 18 autres en mai.
"Normandie", qui compte maintenant 4 escadrilles, est, à juste titre, considérée comme unité d'élite. Le groupe est désormais la seule unité de chasse française connue à ce jour à porter l'appellation de "Régiment" et à être pourvue d'un drapeau. L'unité, qui compte alors 61 pilotes, entre dans sa deuxième campagne.
Deuxième campagne de mai à novembre 1944.
Les actes de bravoure deviennent le quotidien des aviateurs français. Notons lors de cette deuxième campagne, les fastes journées du 16 octobre pour "Normandie" qui, en cent sorties, s'octroie 29 victoires sans une seule perte.
Deux jours plus tard, en quatre vingt huit sorties, les casseroles d'hélices tricolores abattent 12 avions. Le 20 octobre, soixante-neuf sorties, 11 victoires, le 22, cinquante-six sorties et 14 autres victoires sans perte.
Le 27 novembre 1944, "Normandie" a le privilège d'être la première unité française à stationner sur le sol allemand.
Le lendemain, les lieutenants Albert et de la Poype sont élevés à la dignité de "Héros de l'Union Soviétique". Auparavant, par ordre de Staline, l'unité reçoit le titre de "Régiment du Niémen" le 21 juillet 1944.
A compter de ce jour, 21 juillet 1944, "Normandie" portera fièrement l'appellation de "Régiment Normandie-Niémen".
Le 9 décembre, le général de Gaulle accueille à Moscou tous les pilotes du "Normandie-Niémen" qui reçoivent honneurs et décorations.
Troisième campagne de janvier à mai 1945.
Le 12 janvier, le rouleau compresseur soviétique se remet en marche sur la Prusse Orientale et la Pologne. Les chars soviétiques se battent à 7 contre 1, l'aviation à 18 contre 1.
Le lieutenant-colonel Pouyade, victime d'un accident de voiture, laisse son commandement au commandant Delfino.
Les anciens partent en permission et le 23 décembre 1944, le lieutenant Marchi remporte la 200ème victoire.
Les 19, 21 et 23 janvier 1945, l'héroïsme du "Normandie-Niémen" est récompensé par trois citations à l'ordre du jour du maréchal Staline.
Le 21 février, il ne reste que 25 pilotes. Le 20 mars, le "Normandie-Niémen" se voit remettre "l'Ordre du Drapeau Rouge".
Le 12 avril, le lieutenant Henry abat un "Fw 190", ce qui sera la dernière victoire du "Normandie-Niémen". Hélas, quelques heures plus tard, ce même pilote en sera la dernière victime, tué par un mitraillage au sol.
Le 9 juin 1945, considérant le comportement exemplaire des pilotes français sur le front soviétique, le maréchal Staline estime qu'il serait injuste de les désarmer. I
l leur fait don de leurs avions "Yak 3" qui se poseront le 20 juin au Bourget devant une foule énorme venue les accueillir en héros.
Ainsi se termine l'épopée commencée le 22 mars 1943. Le "Normandie-Niémen" a obtenu 273 victoires confirmées, 37 probables et 47 avions endommagés en 869 combats aériens.
Quatre pilotes ont été élevés à la dignité de "Héros de l'Union Soviétique".
Vingt et un ont été faits Compagnons de la Libération par le général de Gaulle.
Quarante-deux pilotes français sont morts pour la France sur un total de quatre-vingt-dix-sept qui participèrent aux trois campagnes.
Leurs noms sont inscrits sur une plaque commémorative scellée sur la façade de la maison de la Mission Militaire Française à Moscou, quai Kropotkine.
Un musée inauguré le 21 septembre 1992, aux Andelys (Eure), retrace cette fabuleuse épopée.
Quand vous visiterez ce musée, unique en France, je pense que vous serez pris comme moi par une espèce de culte pour toute l'abnégation, l'héroïsme, les joies, les peines, les sacrifices que représentent ces souvenirs que nous nous devons de citer en exemple aux jeunes générations.
 
Photo du Yak 3 au meeting aérien de Rennes le 22 septembre 2012 
 

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