Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Hauts Grades

L’ésotérisme dans l’Evangile de Saint Jean

31 Mars 2012 , Rédigé par Bruno Phelebon-Griolet Publié dans #Planches

A)   Prolégomènes :

            Au delà d’une présentation quelque peu austère, dans le cadre strict de cette réflexion et liée au fait que nous ne saurions prendre des libertés quant à l’interprétation des Textes Sacrés comme des Rituels, Il demeure cependant un espace créatif et spirituel au niveau du symbole qui demeure (suivant la belle expression de G.Bachelard)  « Une fenêtre ouverte sur le monde ».

 

-  Aperçu de l’ésotérisme

-  L’ésotérisme chrétien

-  L’ésotérisme dans l’Evangile de Jean

-  L’enseignement du Rite Ecossais Ancien et Accepté

-  Conclusions

 L’étude de l’ésotérisme Chrétien et plus particulièrement celui de l’évangile de Jean a toute son importance pour nous Francs-Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, puisque nous ouvrons le Volume de la Loi Sacrée au Prologue de Jean et que c’est sur cette même Bible que nous prêtons tous nos serments et engagements. Je vous en cite, pour mémoire, les quatre premiers versets :

 

1 « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.

2 Il était au commencement auprès de Dieu.

3 Par lui tout a paru, et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru.

4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes.

 

A)    Aperçu de l’ésotérisme :

 L’enseignement ésotérique d’un philosophe était celui qu’il réservait à ses disciples, s’associant ainsi à la notion d’un savoir réservé : C’est donc l’idée de secret qui frappe évidemment, mais « Ce que les philosophes s’efforcent d’atteindre par une voie détournée et comme par tâtonnement, il faut y parvenir immédiatement, par l’intuition sans laquelle nulle métaphysique réelle n’est possible et hors de laquelle on ne peut saisir qu’une ombre de la vérité » (R. Guénon).

       L’adverbe grec « eisw » (eiso) signifie « au dedans ». Il est indéniable que cet adjectif et le nom « ésotérisme » ont tendu à s’associer étroitement à l’idée de secret au sens d’«occulte» que peut prendre l’épithète. Plutarque, dans son traité « Isis et Osiris », écrivait : « Il existe une doctrine qui se rattache à la plus haute antiquité et qui, des fondateurs de connaissances sacrées et des législateurs, est descendue jusqu’aux poètes et aux philosophes ».

      S’il y a bien convergence de toutes les traditions vers un même noyau central de vérités fondamentales (les mêmes partout et toujours, sauf peut-être dans les conditions qui prévalent hélas dans notre monde moderne Occidental), on retrouve la nécessité d’une préalable et complète intégration à l’exotérisme d’une tradition avant de pouvoir espérer accéder à l’ésotérisme qu’elle encercle.

Or, la tradition est la transmission (étymologiquement) d’un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principes immanents d’ordre universel (puisque l’homme ne s’est semble-t-il pas donné à lui-même ses raisons de vivre). C’est pourquoi l’on peut parler d’ésotérisme au sens large lorsque celui-ci s’enrichit de la dimension théosophique.

 On peut préciser encore : «  L’enseignement concernant l’inexprimable ne peut évidemment que le suggérer à l’aide d’images appropriées … Cela revient à dire qu’un tel enseignement prend nécessairement la forme symbolique ».

 Enfin, pour parler d’Initiation, il faut supposer la transmission d’une influence spirituelle, outre l’aspect « initiable » de l’impétrant, ce qui ne peut se faire que par des rites appropriés, et à condition que l’ « Initiant » détienne un héritage rituel et traditionnel, et surtout par le « travail intérieur » que l’ « Initié » accomplira sur lui-même et sans lequel l’initiation demeurerait toute formelle, inopérante (R.Guénon).

Les formes traditionnelles peuvent être comparées à des voies qui conduisent toutes à un même but, mais qui n’en sont pas moins distinctes ; il est évident qu’on n’en peut suivre plusieurs à la fois, et que, lorsqu’on s’est engagé dans l’une d’elles, il convient de la suivre jusqu’au bout et sans s’en écarter, car vouloir passer de l’une à l’autre serait bien le meilleur moyen de ne pas avancer en réalité, sinon même de risquer à s’égarer tout à fait. Il n’y a que celui qui est parvenu au terme qui, par là même, domine toutes les voies et cela parce qu’il n’a plus à les suivre ; il pourra donc, s’il y a lieu, pratiquer indistinctement toutes les formes, mais précisément parce qu’il les a dépassées et que, pour lui, elles sont désormais unifiées dans leur principe commun. (R. Guénon).

 A l’époque dite archaïque de la Grèce, le Mythos  et le Logos  ne s’opposent pas l’un à l’autre (en grec , le mythe c’est le mot !  Ils évoquent un récit sacré concernant les dieux et les héros : la Mytho-Logie !) et « Si le mythe est historiquement faux, il n’en est pas moins psychologiquement réel » ( P. DIEL ). Mais peu à peu le Logos l’a emporté et donc la philosophie sur la mythologie, au détriment de la métonymie (changement de concept). De là découle sans doute la perte progressive de la portée ésotérique des Evangiles et plus particulièrement celui de Jean. La théologie chrétienne s’est en effet inféodée à une méthode d’interprétation littérale (Cf. St Irénée au II° siècle) pour la forme et historicisante pour le fond, excepté dans l’art gothique qui démontra la réelle connaissance qu’avaient certains bâtisseurs, aux XII°-XIII° siècles, de l’exégèse symbolique et ésotérique de la Bible.

B)    Esotérisme Chrétien :

 

Il est significatif que la révélation chrétienne se soit appelée « Evangile » (terme emprunté au vocabulaire du protocole de la cour impériale). La révélation de Jésus-Christ était l’Heureuse nouvelle manifestant une venue bienveillante de Dieu parmi les hommes, une lumière sur les origines et sur le terme, une source de renouvellement du projet humain.

-  Contexte historique : C’est parmi les nombreuses sectes messianiques qui se développaient dans le monde juif au début de notre ère que s’opéra le regroupement des disciples de Jésus dans la continuité de ceux de Jean le Baptiste et sans doute des Esséniens. Contestée par les Pharisiens, rejetée par les Saducéens, la communauté des Chrétiens fut acceptée au sein du judaïsme jusqu’aux environs de l’an 65, date à laquelle se consomma une rupture inévitable, par accomplissement et dépassement du judaïsme, exprimée dès le début. 

 Qu’on attribue son expansion aux chances historiques qu’on donné au christianisme l’Empire romain d’abord puis la civilisation occidentale n’empêche pas de lui reconnaître un universalisme de principe qu’il s’est attribué dès l’origine, Asie mis à part.  Il faut également situer les premières expressions de la foi chrétienne dans les écritures du Nouveau Testament : Le christianisme n’est pas une religion du livre sacré ; Jésus n’a point écrit et n’y a point incité ses Apôtres, même s’ils se sont, comme lui, abondamment appuyés sur les livres de l’A.T..

 La première génération chrétienne n’eut point ses écrits propres : Après les lettres de Paul, entre 56 et 63, c’est seulement entre 70 et 95 que furent rédigés les récits évangéliques. Finalement quatre récits furent reconnus comme authentiques dans la Communauté : celui de Mathieu, celui de Marc, celui de Luc et celui de Jean.

L’évangile n’était pas seulement une religion, ni doctrine métaphysique, ni éthique, mais tout cela ensemble. Si l’on essaye de dégager les aspects historiques et politiques de cette originalité (l’exotérisme), on est amené à remarquer les points suivants :

-   Nouveauté du côté de Dieu : Sa puissance est d’amour, ni de crainte ou de domination. Il est le Dieu très humain qui s’adresse à la liberté et au projet de l’homme, il fait l’histoire avec lui et lui propose un avenir absolu ; il est le Dieu de tous et non d’un peuple élu : « A une religion nationale on substitua une religion capable de devenir universelle, à un Dieu dont la puissance s’exerçait en faveur de son peuple, succéda un Dieu qui aimait l’humanité entière », nous affirme Bergson.

 -   Nouveauté du côté de l’homme : L’homme n’est pas seulement le sujet mais le collaborateur et le fils. Il est appelé à imiter Dieu par l’amour de la vie, de ses frères et de la cause de l’humanité entière. Sa faiblesse n’est plus accablante car Dieu met en lui son espérance et partage son projet.

 -  Nouveauté du côté de la religion : Elle n’est pas « commerce » particulier des prêtres avec la divinité. Jésus, seul médiateur toujours agissant entre Dieu et les hommes, dispense les hommes d’inventer des voies d’accès à Dieu, les libérant du clergé. C’est toute l’existence humaine qu’il faut accorder à l’action et aux intentions éclairées de Dieu car la distinction entre monde sacré et monde profane a éclaté.

     La moralité chrétienne dépasse ainsi le « légalisme » et on parlerait plutôt d’une mystique tant s’y trouvent réinterprétées et prolongées les exigences d’accomplissement véritable de l’homme. Des Synoptiques, nous savons que Mathieu et Marc nous proposent l’Evangile du Fait et de la Lettre et que Luc nous présente celui de l’Ame. Quant à Jean, il nous offre celui de l’Esprit (Cf. Clément d’Alexandrie) et de l’Amour dont la substance symbolique doit naturellement nous porter à en extraire les enseignements ésotériques qu’il contient.

  C’est de ce dernier dont nous allons nous entretenir et plus particulièrement du Prologue, puisque nous ouvrons nos travaux à la première page de l’Evangile de Jean au 1er degré du R\E\A\A\.

 C)    Esotérisme de l’Evangile de Jean :

Verbe et Amour

 « La compréhension et l’admission de l’Evangile Johannique ne peuvent donc être effectives que dans la mesure où est acceptée son écriture symbolique qui recouvre une interprétation profonde du sens de la vie par au-delà les irréalités d’un certain foisonnement de mythes et d’allégories ». Paul Diel précise encore : « Il est actuellement admis que l’Evangile de Jean est un texte symbolique ».

Ainsi, le quatrième Evangile a manifestement pour intention d’inciter le lecteur à découvrir le sens réel et profond qui se dissimule derrière le Prologue et les chapitres relatant les éléments qui jalonnent la brève existence de Jésus.

 Tout au long de son récit, Jean accorde, au symbolisme dont il le pare, l’expression d’une pensée intuitive et analogique qui se réfère à l’insondable profondeur de la vie. A ce titre, le symbole, pour lui, n’a nullement pour but d’apporter une preuve logique, mais doit déboucher sur une conviction intuitive qui est la foi : La confiance inébranlable dans l’organisation légale du monde physique et de la vie …

Si l’Evangile Johannique est bien celui de l’Esprit, il est également le message d’espérance et de joie. Ce message, qui apparaît en filigrane dans la trame de toutes les mythologies, précise à l’homme, de la manière la plus simple bien que substituée, qu’il peut dominer l’angoisse née de son ignorance du sens de la vie, triompher de ses tentations, de ses mauvais penchants et de ses passions, surmonter son goût inné d’une sublimation excessive née de son imagination.

L’homme qui sait reconnaître sa médiocrité, lutter contre ses faiblesses, affronter les difficultés, peut être en mesure d’entrevoir, au terme de son combat, ne serait-ce qu’un bref éclat de la vraie Lumière (« Gardez courage, j’ai vaincu le monde » Ev. XVI, 33 ).

     L’Evangile de Saint-Jean est aussi celui de l’ « Amour » : Il nous engage à nous ouvrir à la bonté en ce qu’elle est le contraire de la haine. C’est à cette fin qu’il émet ce qu’il nomme son « Nouveau Commandement », aboutissement de tout le quatrième Evangile : « Aimez-vous les uns les autres … » (Ev. XII, 34 et XV, 12).

 Ainsi, la Bonne Nouvelle apportée par l’Evangile réside dans le fait que la mort de l’âme n’est pas irrémédiable. La résurrection est donc le réveil de la capacité d’aimer de manière spirituelle et ontologique : « Tant il est vrai que la Connaissance et l’Amour sont une même chose et que l’éveil, ou le réveil du Surconscient (Cf. # états de l’Etre : Subconscient < Conscient < Surconscient), est seul de nature à nous en ouvrir l’accès ». ( J. Trescases). La véritable mort, celle de l’âme, la « Seconde Mort » tant redoutée des Egyptiens, engendrée par le pêché, est définie à contrario comme la perte de la capacité d’aimer exprimée ainsi (je cite) : « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères ... Celui qui n’aime pas demeure dans la mort … » (Jean, Epître 1,3).

Le Silence et le Verbe

 

     Il semble impossible de parler de ce qui est absence ou abolition de toute parole. Le silence se présente comme le point zéro à partir duquel s’inaugure tout langage, sans qu’on y puisse faire retour.

     Pour reprendre une terminologie empruntée à Claude Lévi-Strauss, on peut dire que le silence est la nature pure, donc l’inabordable, la culture étant la rupture définitive du silence. Celui-ci ne saurait être objet de connaissance.

     C’est d’ailleurs à lui que, par bien des côtés, les sciences humaines voudraient ramener les contemporains : silence de la religion, silence de l’homme, silence de Dieu, à l’image du sage que Lévi-Strauss, à la fin de Tristes Tropiques, évoque au pied de son arbre, ou du Bouddha qui renvoie au grand silence, dans l’essence universelle.

     Pourtant c’est à cette expérience, inobjectivable comme moment privilégié de présence à soi, au monde et à Dieu, que toutes les religions convient leurs fidèles. La prière contient toujours cet élément de solitude silencieuse.

    Toutes les voies ascétiques passent par le silence. De Jésus, qui conseille de s’enfermer dans sa chambre et dans le secret de son cœur, aux ermites, qui fuient dans le désert, tous les maîtres spirituels nous convoquent au silence comme à l’expérience de la présence de l’Autre. Même si certains mystiques chrétiens eux-mêmes font l’expérience du nada, nada, nada de saint Jean de la Croix, tous affirment cependant que le silence est plein d’une présence cachée.

     Le silence est-il donc franchissement de la limite, catharsis devant l’étouffement possible de nos tâches et de nos relations, néant qui permet tout le reste, envers inconnaissable du langage, dont certains « langages » cependant nous rapprochent (comme la musique) ? Chacun peut en faire ce qu’il veut, puisque le silence s’expérimente, mais ne se dit pas.

Le silence des espaces infinis, qui effrayait Pascal, peut-il être absolu ? Le silence - mais, alors, celui-là angoisse - n’est-il pas simplement l’absence de réponse à mes questions, l’impossible intelligibilité des choses et des êtres ? Alors peut-être le manque de ce que j’attends, l’effort du langage pour sauter par-dessus son ombre me font-ils reconnaître, comme à Ludwig Wittgenstein, « qu’il y a du mystique », mais en sachant bien que « ce dont on ne peut parler il faut le taire » (dernière proposition du Tractatus logico-philosophicus). Saurait-on pour autant y trouver la garantie d’une présence ?

 Dans le Prologue, en transmettant un message de salut qui doit consoler l’homme de sa condition de faiblesse et de mortalité, l’Evangile de Jean veut surtout lui faire découvrir la sublime Lumière de la Vérité en le soustrayant à ses conflits intérieurs par un effort personnel et en l’aidant à passer de l’état de trouble qui l’agite à l’harmonie ressaisie de son Moi. La démonstration est alors faite que chacun de nous possède la potentialité de trouver et de parcourir le chemin qui doit mener vers la joie, vers la satisfaction essentielle, par la découverte de l’explication symbolique de la vie en évolution, cette vie qui est : « La Lumière des hommes » (c.q.f.d.).

      Cette certitude en recèle implicitement une autre : celle de l’ignorance pérenne de la cause interprétative de la création cosmique. Jean, dans un raccourci saisissant, affirme que « le Verbe était Dieu ». Saint Ignace d’Antioche (v.100-117 ap. JC) parle du « Verbe sorti du Silence ».   Manifestation, épiphanie du « Verbe », qui semble une réponse à l’impatience du 1er Millénaire. En attendant ce jour, qui tardait tant, et auquel il était prudent de ne pas songer trop ardemment, la spiritualité d’Ignace sera de se mettre en route pour le rejoindre par le silence et la mort : « Celui qui comprend véritablement la parole de Jésus, celui-là peut entendre son silence même ; c’est alors qu’il sera parfait ; il agira par sa parole »… Ainsi le Silence peut être le Principe : La Parole n’existe que par le Silence, comme elle le manifeste également. Le Silence dont il est question est donc « Archétype », il est le « Principe » de la « Parole »… (cf. Cataphase et Apophase de la Vie Spirituelle), signifiant de la sorte que l’esprit humain ne peut dissocier l’organisation spatio-temporelle de l’Univers et le mystère de son origine sans attenter à l’Existence elle-même (complémentarité entre les deux aspects de l’énigme primordiale : Le Chaos symbolise alors la déroute de l’esprit humain devant le mystère de l’existence). Jean apportera en guise d’ultime interrogation, une nouvelle affirmation du mystère originel en s’écriant : « Dieu, personne ne l’a jamais vu » ! (Ev. I, 18)

 Analogies

 Le Prologue de Jean présente donc une signification métaphysique et une signification éthique : Sous son aspect éthique, il présente Jésus comme le héros vainqueur, celui qui a surmonté le péché d’Adam. Dans son sens le plus profond, le Prologue de Jean ne parle pas spécifiquement de l’homme Jésus en tant que réalité historique, mais du Christ, qui est un symbole, Le « Fils Unique » est l’espoir évolutif actualisé par cet accomplissement, et qui concerne l’humanité entière ». (P. Diel).  

Nous trouvons ici une analogie presque complète entre le mythe de Persée et le mythe Chrétien du héros vainqueur : Les deux héros sont fils de l’Esprit-Père et de la Terre-Matière.

Ils triomphent du principe de pervertissement, figuré dans le mythe judéo-chrétien par le « Prince du Mal », Satan. Lui aussi symbolise la déformation de l’esprit (ange déchu), la vanité (serpent séducteur) et sa conséquence légale, la mortification infernale (culpabilité) allant jusqu’à la « mort de l’âme », l’équivalent de la « pétrification » intérieure (Méduse). Les deux héros rencontrent l’hostilité du monde, le refus d’hospitalité. Ils se trouvent l’un et l’autre divinisés en vertu de leur victoire sur le plan essentiel. Dans le mythe chrétien, le Christ, messager de la vérité (Messie) sort du tombeau, ce qui correspond au symbolisme du mythe grec : Athéné (Athéna, Minerve…), la déesse de la Vérité et de la Sagesse, montrant aux hommes, sur son égide, la tête du monstre vaincu (P. Diel).  

                         

Plus essentielle encore est la signification métaphysique selon laquelle l’homme sanctifié est représenté comme l’apparition la plus évoluée de l’intentionnalité immanente de la nature, aussi mystérieuse dans son origine que manifeste par l’existence du monde organisé et que le mythe nomme : « Verbe de Dieu ».

 D)    Enseignement du Rite Ecossais Ancien et Accepté :

         Les Mythes sont essentiellement fondés sur le principe gnostique de la Lumière triomphant des Ténèbres, c’est à dire de la victoire du Bien sur le Mal (mythe éternel). Plus ici qu’ailleurs, il importe donc de ne pas prendre les mots pour des idées … et de s’efforcer de découvrir l’idée sous le symbole  dans la mesure où, comme nous l’avons vu en première partie ,  toute parole mystérieuse comporte un sens littéral (exotérique) et des sens ésotériques .

 Dans une peinture de Raphaël, Aristote montre la terre et Platon le ciel ; la Table d’Emeraude enseigne également que :« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » ; ce symbolisme atteste qu’il existe un principe créateur Grand Architecte de l’Univers, que l’esprit doit dominer la matière et que l’homme doit retourner à la Terre.

 Les Vertus Cardinales : Force, Justice, Prudence et Tempérance, Vertus essentielles du Maître Maçon, nous enseignent maintes choses à bien des égards : La Force soutient notre édifice (Rituel), la Justice doit le maintenir en Equité, c'est-à-dire « tempérée par l’Amour » (Aristote). « A la différence de la Sagesse, la Prudence n’est pas science…elle guide la vertu morale en lui indiquant les moyens d’atteindre ses fins ; par là, elle acquiert elle-même une valeur morale. La Tempérance exige qu’on retranche tout ce qui empêche la pensée de se tourner vers la vérité, un certain renoncement qui seul permet d’acquérir la pensée de l’ordre, laquelle est l’exercice de purification par excellence » (Aristote).

Nous donnons aux trois vertus théologales : Foi, Charité et Espérance une interprétation qui, sans être en contradiction avec la doctrine chrétienne, leur confère un sens initiatique :  « Supports initiatiques traditionnels, nos symboles permettent de relier le visible à l’invisible et conduisent, grâce à l’initiation, vers la Connaissance » .

 La Foi, pour nous, n’est pas une croyance aveugle en des dogmes ou en une révélation. Elle est une tension qui se manifeste dans le cœur de l’homme et le porte à consacrer toute sa vie à la poursuite de l’idéal engendré par l’Espérance. C’est la Lumière qui éclaire l’esprit, c’est aussi la Foi en l’Homme, considéré comme valeur essentielle. Cet idéal repose sur la seule primauté de l’Esprit et qui, conformément à la Tradition, assure la transmission de l’influence spirituelle de l’Ordre.

La Charité, c’est la beauté de l’âme ; le Franc-Maçon la conçoit sous l’aspect du dévouement total à ses semblables qu’il est tenu d’aider et d’aimer… Pour nous, la charité procède de l’unité du cosmos ; l’initiation nous a permis de nous sentir partie intégrante du Grand Tout, donc responsables de son évolution. Elle nous porte dès lors à nous identifier par un acte d’amour à tout ce qui vit. Ainsi, la sublime charité, l’amour inconditionné de toute vie, n’est-elle pas un feu qui embrase le cœur des initiés et qui les pousse à remédier aux injustices, à faire régner l’ordre sur le chaos, à exalter les nobles sentiments, en un mot à rénover incessamment la société et les hommes ? Cela ne nous remémore-t-il pas le 3ème voyage initiatique du 1er degré du R\E\A\A\ ? (je cite : « Puisse le Feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un Amour ardent pour vos semblables, puisse la Charité inspirer désormais vos paroles et vos actions » !).

L’Espérance témoigne des objectifs sans cesse renouvelés et qui ont jalonné la lente et laborieuse marche de l’humanité vers son perfectionnement spirituel … pas à pas , elle poursuit sa route vers une ère de Vérité et de Lumière (du moins pouvons nous l’espérer !), vers le royaume de l’Amour et de l’Esprit … L’initié ne fonde pas son espérance sur l’attente d’une récompense, mais sur le besoin de dépassement qu’il ressent en lui-même : en effet, on espère pas pour soi mais bien pour les autres 

Il s’agit d’un « pèlerinage », pour gagner un « ailleurs » qui rende « autre », et non point d’une « errance » dont parlait Parménide, pour celui qui s’écarterait du sentier battu des hommes…. Car ce qui « constitue » une personne, c’est la tendance vers une autre, un « ad aliud », qui fait que c’est en se « perdant » dans l’autre, le « tout autre », que l’individualité se constitue et se trouve. (« Celui qui perdra la vie la trouvera ». Mathieu : XVI, 2)

 L’homme ne peut retrouver la parole perdue qu’en redevenant fidèle à son destin essentiel et l’Evangile nous rappelle qu’Adam jouit mal des « fruits de la terre » et ne peut recouvrer son état primordial qu’en s’associant à la geste du Christ (voir Matthieu 28-7, Jean 20-9, Paul 1ère Ep. Cor. III,15) … Il doit alors mourir pour renaître . (cf. symbolique du grain de blé : Jean XII, 24). Le Christ ressuscité après sa descente aux enfers comme Osiris, Perséphone …  représente ainsi l’homme régénéré (que nous avions pu entre-découvrir dans le symbole de l’Etoile Flamboyante au 2ème degré du R\E\A\A\) . Il appartient donc à chacun de faire renaître sa conscience.

 Il est intéressant de rappeler aussi le mythe de la naissance d’Eve ou HaVâH = Vie, qui est sortie « du côté d’Adam endormi ». C’est en rapport avec la symbolique de la Mort Initiatique : Eve qui représente en premier lieu la Vie, symbolise par transposition métaphysique l’Amour et la Connaissance, et l’homme Adam ne peut donc arriver à la Connaissance de sa propre essence que par la mort à lui-même … La Mort ne s’oppose pas à la Vie mais à la Naissance, dans ce concept, « Renaître » c’est « Vivre » en harmonie avec nous même et avec le cosmos. (Cf. retour à l’Unité principielle).

     On ne peut être plus explicite ! Encore qu’il conviendrait de ne pas nous payer de mots et de bien nous imprégner de la haute portée des symboles (« La Lettre tue, c’est l’Esprit qui vivifie » : Jean ,VI,64), car l’initiation se vit pleinement ou alors elle n’est pas : L’Initiation n’est pas liée à l’acquisition d’une nouvelle connaissance mais bien à celle d’un état de l’être tout entier, et sans réserve d’aucune sorte

E)    Conclusions :

 Nous avons vu que les symboles permettent de rendre concrètes, sensibles et perceptibles, des vérités transcendantes que le langage serait incapable de formuler et que l’ésotérisme devient ainsi à même d’en dégager la réalité spirituelle sous-jacente.

     L’ésotérisme procède non point par syncrétisme (réunion d’éléments disparates) mais par synthèse unificatrice. « La synthèse s’effectue essentiellement du dedans ; nous voulons dire par là qu’elle consiste proprement à envisager les choses dans l’Unité de leur Principe même et à les unir ainsi … » (R. Guénon). Mais à cela s’ajoute l’idée fondamentale d’une transmission, d’une « Tradition », au sens étymologique du mot.

« De ce qui n’aurait pu n’être qu’un fatras de mots et d’idées, est né un rituel initiatique qui a su sélectionner et ordonnancer les seules notions qui, éprouvées par l’usage du temps, semblaient immuables, incontestables, peut-être parce qu’il s’agissait de vérités éternelles, parcelles éclatantes de l’ineffable Vérité, de l’éternelle Lumière » (B.Martinez).

 Sur l’Autel de nos Loges, le Livre de la Loi Sacrée, ouvert au Prologue de l’Evangile de Jean, est ainsi offert à la réflexion du Maçon du R\E\A\A\ pour qu’il découvre  la clef du message Johannique. Celui-ci, comme nous l’avons constaté supra, nous invite, en tout premier lieu, à rechercher la vérité dans son acception initiale qui en fait le contraire de l’erreur, la sublime Vérité se maintenant, certes, toujours hors de notre portée. Cette investigation induit un immense programme dont l’exécution obéit au dessein de contraindre, sans les ignorer cependant, les tentations et les passions, de freiner les désordres de l’âme et les exaltations excessives et factices (cf. P. Diel).

« Toute la cécité de l’homme et son malheur viennent de ce que son individualité lui masque son destin collectif et qu’il rêve de transférer sur lui seul l’éternité de la vie. Comme la bûche dans le foyer, il n’est porteur de flamme que s’il joue son rôle et accompli son destin dans la Chaîne d’Union » ( J. Trescases ).                             

 Ainsi l’enseignement de l’ésotérisme chrétien permet-il, au travers d’une certaine synthèse des traditions (« Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père » : Jean XIV, 2) et notamment de l’évangile de Jean, d’appréhender « une spiritualisation plus haute de l’initié qui suit ainsi la voie traditionnelle de sa réalisation intérieure ».

Le Rituel nous replace en effet en dehors de l’espace et du temps et le R\E\A\A\, Ordre animé d’une pensée spirituelle intense, est capable de participer à une alchimie rédemptrice qui nous conduit vers la compréhension mystique de la représentation de la continuité de la vie, puisqu’au secret de l’évolution s’associent les divers états de l’être. « La compréhension de cette symbolique permet donc à l’initié de se réaliser et à l’homme banalisé de devenir  l’homme véritable, ou homme de vérité, réintégré dans la chaîne de la vie, porteur de lumière et facteur de paix, de joie et d’amour » (J.Trescases).

Partager cet article

Commenter cet article

claude gétaz 20/11/2012 16:54


Concerne : Prologue de l’Evangile de
Jean


 


 


1) Au commencement était le Verbe ( le Logos, la Parole ) , et le Verbe était auprès de
Dieu (o Théos)  et le Verbe était Dieu (Théos );


2) Il était au commencement auprès de Dieu;


3) Par lui tout a paru, et sans lui rien n'a paru de ce qui est paru;


4) En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes;


5) Et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas
arrêtée;


6) Parut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean;


7) Il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous crussent par
lui;


8) Celui-là n'était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la
lumière;


9) La lumière, la véritable, qui illumine tout homme, venait dans le monde;


10) Il était dans le monde, et par lui le monde a paru, et le monde ne l'a pas
connu;


11) Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli;


12) Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux
qui croient en son Nom;


13) Qui ne sont nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de
Dieu;


14) Et le Verbe est devenu chair, et il a séjourné parmi nous. Et nous avons contemplé sa
gloire, gloire comme celle que tient de son Père un fils unique, plein de grâce et de vérité;


15) Jean témoigne à son sujet et il crie: " C'était celui dont j'ai dit: Celui qui vient
après moi est passé devant moi, parce que, avant moi, il était.";


16) Car de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce;


17) Car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par
Jésus-Christ;


18) Dieu, personne ne l'a jamais vu; un Dieu, Fils unique qui est dans le sein du Père,
celui-là l'a fait connaître.


 


****


 


Voici la version sabéenne du texte ci-dessus présenté 


 


 


1) Au commencement le Soleil était auprès de la planète Saturne dans la constellation des
deux Poissons (nous sommes alors en l’année +25) jusqu’à un faire un avec elle.


 


2) Le Soleil était au commencement auprès de la planète Saturne (Père d’un Fils qui est ici
le Soleil durant son déplacement le long de la ligne de l'Ecliptique, et qui était en train de s’approcher du Point Vernal).


 


3) Le Soleil étant à la hauteur du Point Vernal, durant son déplacement le long de la ligne
de l'Ecliptique,  tout parut grâce à une planète Sarturne qui se tenait elle aussi à cette hauteur.